Paroles de Fatimah (paix sur elle) après le Prophète
« Après toi, ô père, tellement de malheurs me sont arrivés que s'ils devaient recouvrir les jours heureux, alors ceux-ci deviendraient obscurs et noirs, comme la nuit. »
« Après la mort du Prophète, elle se couvrait toujours la tête d'une écharpe de deuil ; elle avait toujours les larmes aux yeux et le cœur brûlant. »
« Après toi, cher père, je me suis retrouvée seule. Je me suis sentie errante et dépourvue. Ma voix s'est éteinte, mon dos s'est brisé et l'agréable goût de la vie est devenu amer dans ma bouche. »
« Quelqu'un qui a reçu l'odeur de la terre purifiée du Prophète (que la paix soit sur lui) ne pourra jamais plus sentir l'odeur d'aucun autre parfum, jusqu'à la fin de sa vie ! »
Oumma Salama raconte : Quand, après la mort du Prophète, je suis allée rendre visite à la Dame de l'Islam, Fatimah (salut sur elle), je lui ai demandé comment elle allait ; elle me répondit ces mots des plus significatifs :
Préface sur le discours de Fatimah az-Zahra (Salut sur elle)
« Ô Oumme Salama, que me demandes-tu… Comment je suis alors que je suis submergée par la tristesse et la douleur… Il y a d’une part le décès de mon père, le Prophète (que la paix soit sur lui), et d’autre part, je vois de mes propres yeux que son successeur, 'Ali ibn Abi Talib, subit la pire des injustices. Je jure devant Dieu qu’ils ont déchiré le voile du respect qui lui est dû… Je sais aussi que ce n’est que le fruit de la rancune de Badr et le désir de se venger de Ohod, qui demeuraient jusqu’à présent dissimulés et masqués dans les cœurs des hypocrites. »
« Que la paix de Dieu soit sur toi, ô fille du Prophète de Dieu, que la bénédiction de Dieu soit sur toi ! »
La confiscation de Fadak après la mort du Prophète
Après la mort du Prophète, une tempête inattendue vint secouer terriblement le monde de l’Islam. L’épicentre de ce séisme fut d’abord le « califat », mais l’orage finit par éclater surtout sur tout ce qui avait, d’une manière ou d’une autre, une relation avec lui. C’est ainsi que l’ordre de confiscation des terres de Fadak, qui avaient été cédées par le Prophète de l’Islam (que la paix soit sur lui) à sa fille Fatimah (salut sur elle), témoignant de son importante bienveillance à son égard, fut donné par les autorités au pouvoir.
Qu’était Fadak ?
Fadak : un village aux portes de Médine
Fadak était le nom d’un village de la région de Médine. C’était un village considérablement développé dont certains habitants étaient juifs et ne cessaient de comploter contre l’islam, comme les autres juifs de Médine et de Khaybar d’ailleurs. Ce fut au cours de la septième année de l’Hégire, devant les combattants de l’islam et alors que le pouvoir dominateur des juifs fut détruit, que les habitants de Fadak choisirent de se rendre et de faire la paix avec le Prophète (psl&sf). Ils cédèrent l’autre moitié.
Le don du Prophète à Fatimah
Le cher Prophète de l’islam (psl&sf), comme l’ont rapporté nombre d’historiens et de commentateurs, tant sunnites que chiites, offrit de son vivant les terres de Fadak à sa fille Fatimah (salut sur elle). Mais après la mort du Prophète (psl&sf), les usurpateurs du gouvernement islamique, qui avaient compris d’une part que l’existence de ce pouvoir économique entre les mains de l’épouse de Ali (a.s) représentait un réel danger pour le pouvoir politique, et d’autre part qui avaient décidé d’isoler à tous points de vue les amis de l’Imam Ali (a.s), prirent la décision de confisquer ces biens, prétendant ainsi veiller à leurs propres intérêts.
L’histoire de Fadak, ainsi que les différents événements qui s’y rattachent, qui appartiennent à l’histoire du début de l’islam et des années qui suivirent, sont des étapes des plus douloureuses, des plus tristes et des plus instructives de l’histoire du début de l’islam. Avec l’aide de Dieu, elles méritent d’être étudiées séparément et avec précision.
La conscience de Fatimah et la défense de Ali
Fatimah (a.s) était consciente que cet abus et que la négligence de certains devant nombre des préceptes de l’islam en cette relation allaient mener la société islamique à l’égarement et à la méconnaissance des enseignements de l’islam et de la sunna du Prophète (psl&sf), et allaient la faire tendre vers un retour aux pratiques du temps de l’Ignorance. Elle savait aussi qu’une telle initiative n’avait pour but que de marginaliser l’Émir des croyants Ali (salut à lui) et de dominer économiquement les amis dévoués de Ali (salut sur lui).
Ali (a.s), quant à lui, ne resta pas sans défendre son droit devant les usurpateurs de Fadak et exigea, de toutes ses forces, que ce droit usurpé lui soit rendu. Mais les autorités au pouvoir refusèrent de lui donner gain de cause, affirmant que selon un certain hadith — faux bien sûr — dans lequel le Prophète aurait dit :
« Nous, Prophètes, ne laissons, de notre propre part, aucun héritage ! »
Le discours de Fadak : contexte et portée
Il n’était autorisé à aucun droit. La Dame de l’islam, « la Majesté des femmes du monde » (Salut sur elle), se révolta et se rendit alors à la mosquée, accompagnée de quelques femmes de la Bani Hachem, afin de dire ce qu’il était devenu nécessaire de dire à la masse des musulmans, aux chefs émigrés et aux Ansars. Elle fit une tentative ultime pour faire taire tous ceux qui ne savaient que donner des prétextes pour justifier cette surprenante usurpation et cette confiscation abusive ordonnées par le gouvernement de l’époque. Son but était aussi de faire distinguer et différencier, par tous et pour tous, le chemin suivi par les fidèles de l’islam de celui suivi par les protecteurs des politiques abusives.
Indifférente à l'atmosphère particulière
Indifférente à l'atmosphère particulière qui était liée à cette affaire, elle alla jusqu'au bout de son intention. Elle fit un discours des plus insinuants, discours qui promettait aussi d'être des plus conséquents, dans la mosquée du Prophète (Que la paix soit sur lui) devant les Émigrés, prenant comme prétexte « l'usurpation de Fadak » pour dévoiler nombre de vérités.
La portée du khotbah
Ce khotbah allait être le coup ultime porté à ceux qui essayaient de détourner la souveraineté du Prophète (Que la paix soit sur lui) et le Gouvernement Islamique de sa direction principale, et de faire tomber dans l'oubli vingt-trois ans de ses activités. Ce khotbah allait être :
- Une sonnette d'alarme pour tous ceux dont les cœurs battaient par amour de l'Islam et qui craignaient pour l'avenir de cette pure doctrine.
- Un dangereux avertissement pour tous ceux qui ignoraient encore l'ampleur prise par le parti des hypocrites et l'influence que ces gens exerçaient sur le système politique depuis la mort du Prophète de Dieu (Que la paix soit sur lui), et qui étaient négligents devant leurs manigances secrètes et mystérieuses.
- Un cri de douleur en faveur de l'Émir des croyants, Ali (Salut à lui), successeur unique du Prophète Mohammed (Que la paix soit sur lui) et seule personne capable de faire se rétablir la situation devant ceux des hommes politiques qui avaient nié les faits et avaient négligé de considérer les versets du Coran et les conseils rigoureux du Prophète de Dieu (Que la paix soit sur lui) à l'égard d'Ali (Salut à lui).
- Le moyen de reprendre le droit injustement usurpé dans le but de faire se réveiller tous ceux dont les droits sont usurpés et qui préfèrent se taire et rester dans l'ombre plutôt que de manifester leur présence et leur colère.
Un orage dans l'histoire
Ce khotbah allait être un orage, violent et rude, qui allait semer le trouble partout et dont les conséquences resteraient visibles sur toute la longueur de l'histoire, à travers le temps et les siècles. Ce khotbah allait être une forte tempête sur la mer dont les vagues mugissantes allaient faire se réveiller les esprits endormis (même si ce n'était que pour un temps) et il allait leur montrer le chemin droit qu'il leur fallait suivre. Et enfin, ce khotbah allait s'abattre comme la foudre sur la tête des ennemis de l'Islam et les prendre par surprise !
L'analyse en profondeur de la situation faite dans ce khotbah par la Dame de l'Islam témoigne de sa rigoureuse compréhension des problèmes les plus compliqués et les plus difficiles relatifs au « Monothéisme », aux « Origines » et à la « Résurrection ». Le commentaire fait par la chère fille du Prophète (Que la paix soit sur lui) dans ce khotbah sur les importants problèmes idéologiques, politiques et sociaux vient confirmer clairement l'idée que Fatimah (Salut sur elle) n'appartenait à aucune époque particulière.
L'éloquence de Fatimah (Salut sur elle)
Les épopées de Fatimah (paix sur elle) : un modèle de lutte et d'éloquence
Les épopées spectaculaires qui ont coulé, telle une eau, de la bouche et dans le langage de Fatimah (paix sur elle) témoignent de la grandeur de cette dame dévouée et combattante qui s'était vouée au sacrifice. Elle était un chef de file précieux pour tous ceux qui œuvraient et luttaient sur le chemin de Dieu, pour tous les dévoués à la cause divine.
Le ton ferme et déterminé de la Dame de l'Islam (paix sur elle) dans ce discours, qui ne manque pas de toucher au plus profond de l'être et de l'âme de l'individu, atteste qu'elle était en réalité une oratrice éloquente, comme son époux, l'Émir des croyants, Ali (paix sur lui), capable de faire inlassablement déclarations sur déclarations.
Ce discours, des plus insinuants, est digne des discours d'Ali (paix sur lui) réunis dans le Nahj al-Balagha et leur est comparable. Il est la preuve que Zaynab (paix sur elle), fille de Fatimah (paix sur elle), a hérité de son père et de sa mère ce don de parler avec éloquence, qu'elle mit à profit au bazar de Koufa et au cours de l'assemblée organisée par Yazid. Les propos brûlants qu'elle y tint firent naître le frisson dans le dos des criminels des Banu Umayya et réussirent à ébranler les bases du palais de leur gouvernement illégitime. Elle parvint en effet à semer et à faire germer la graine de la Révolution dans les cœurs des gens de Koufa et de Sham, contre ce gouvernement tyrannique et cruel.
Une leçon pour les générations
Les analyses, des plus précises et des plus exactes, faites par Fatimah (paix sur elle) dans ce discours, relevant du domaine de la philosophie et relatives aux secrets des préceptes, son analyse de l'histoire politique de l'Islam et la comparaison qu'elle y fait entre la vie en Arabie au temps de l'Ignorance et la vie après l'apparition de l'Islam, sont une leçon importante pour tous ceux qui marchent sur le chemin de Dieu. Elle leur fait don, pour continuer la lutte, de ses propres expériences et de tout ce qu'elle a appris sur le chemin de la Lutte.
Plus important que tout encore, c'est que par ce discours, Fatimah (paix sur elle) établit clairement la position de la famille du Prophète (que la paix soit sur lui) face au système dominant à l'époque et disculpe le saint seuil de l'Islam. Et quand bien même le seul intérêt de ce discours superbe et riche en contenu serait celui-là, cela suffirait amplement.
Les documents et les références de ce discours
Les sources du discours de Fatimah az-Zahra (paix sur elle)
Ce discours est un des célèbres discours auxquels les illustres savants chiites et sunnites ont tous fait référence, s'appuyant sur nombre de documents. Contrairement à ce que certains pourraient croire, il ne s'agit pas du tout d'une information unique. Nous nous proposons de citer, à présent, certaines sources dans lesquelles ce discours a été cité.
I. Ibn Abi al-Hadid al-Mu'tazili, célèbre savant sunnite
I. Témoignages sur l’authenticité du discours de Fâtimah (s)
Dans son commentaire du Nahdj al-Balâghah, à la biographie d’Uthmân ibn Hunayf (première partie), Ibn Abi al-Hadîd cite les différents documents qui attestent de l’authenticité du discours de la Dame de l’Islam (s). Il souligne qu’aucune des références qu’il a citées dans son livre pour ce discours n’émane de sources chiites. Il fait aussi référence au célèbre ouvrage intitulé Al-Saqîfah d’Abû Bakr Ahmad ibn ‘Abd al-‘Azîz al-Jawharî, l’un des plus fameux et des plus grands narrateurs sunnites, qui a cité et confirmé l’authenticité de ce discours par plusieurs voies de transmission.
Ibn Abi al-Hadîd a cité toutes ces voies dans son commentaire du Nahdj al-Balâghah, auquel nous renvoyons les lecteurs, ne pouvant, par souci de concision, rapporter tout ce qui y est dit.
Il ajoute que, lorsque le gouvernement de l’époque prit la décision d’usurper Fadak, Fâtimah (s), accompagnée de plusieurs femmes de Quraysh, se dirigea d’un pas décidé vers la mosquée pour y prononcer un long et important discours. Sa démarche était alors exactement celle du Prophète (p). Il rapporte ensuite ce même célèbre discours (dont le texte varie quelque peu selon les récits), connu de tous.
II. ‘Alî ibn ‘Îsâ al-Irbilî
Il a cité ce discours dans son livre Kashf al-Ghummah, se référant également à Al-Saqîfah d’Abû Bakr Ahmad ibn ‘Abd al-‘Azîz.
III. Al-Mas‘ûdî
Il mentionne brièvement ce discours dans Murûj al-Dhahab.
IV. Sayyid al-Murtadâ
Grand savant chiite dévoué, il a cité ce discours, rapporté par ‘Â’ishah, épouse du Prophète (p), dans son livre Al-Shâfî.
V. Le célèbre narrateur défunt al-Sadûq
Il a repris certaines phrases de ce discours dans son livre ‘Ilal al-Sharâ’i‘.
VI. Le juge religieux et célèbre narrateur défunt al-Shaykh al-Mufîd
Il a cité un extrait de ce discours.
VII. Sayyid ibn Tâwûs
Il cite dans son livre Al-Tarâ’if une partie de ce discours, rapporté par ‘Â’ishah, se référant au livre Al-Manâqib d’Ahmad ibn Mûsâ ibn Mardawayh al-Isfahânî, savant sunnite.
VIII. Le défunt al-Tabrisî, auteur du livre Ijtihâd
Il a cité ce discours dans son livre comme un « témoignage missionnaire »1.
Ce discours historique est, indéniablement, l’un des fameux discours prononcés par les descendants du Prophète (p). Il a été rapporté que nombre de chiites (partisans de ‘Alî) engagés recommandèrent et recommandent toujours à leurs enfants d’apprendre par cœur ce discours, afin qu’il ne reste pas, avec le passage du temps, caché sous la poussière de l’oubli et de la négligence, et qu’aucun ennemi mal intentionné ne puisse remettre en question son contenu. Ainsi est-il de mise aujourd’hui que la jeune génération fertile apprenne par cœur le contenu de cette « grande épopée », afin de transmettre à son tour aux générations à venir son message.
Les sept axes du discours de Fâtimah al-Zahrâ’ (s)
1 Cf. Bihâr al-Anwâr de ‘Allâmah al-Majlisî, tome 8, p. 108, ancienne édition.
Première partie : Le monothéisme, les attributs de Dieu et le but de la création
« Louange à Dieu pour son opulence, prions pour sa réussite et louons-Le, pour tous les bienfaits dont Il nous a fait grâce, pour la riche abondance qu'Il a mise à notre disposition depuis le premier jour, pour tous les innombrables dons qu'Il nous a offerts et pour tous les présents dont Il n'a cessé de nous faire don depuis toujours. »
Ce khotbah, insinuant et unique, tourne autour de sept axes principaux et est constitué en réalité de sept parties qui, toutes, visent à atteindre un but bien précis et méritent d'être étudiées chacune indépendamment et avec attention.
Première partie
Analyse brève et profonde de ce qu'est le monothéisme, des attributs et des hautes qualités de Dieu et du but de la Création.
Seconde partie
Le haut grade du Prophète (que la paix soit sur lui), ses responsabilités, ses traits de caractère et ses idéaux y sont mis en discussion.
Troisième partie
Fatima Zahra (salut sur elle) parle ici de l'importance du Coran glorieux, du fond des enseignements de l'Islam, de la philosophie et des secrets des préceptes et prodigue conseils et bonnes paroles à ce propos.
Quatrième partie
La Dame de l'Islam (salut sur elle), tout en se présentant elle-même, rappelle aux gens les services rendus par son père, le Prophète de Dieu (que la paix soit sur lui). Elle leur prend à présent la main pour faire une visite dans leurs souvenirs, visite riche en enseignements, et leur faire remonter le temps jusqu'au temps de l'ignorance passée mais malgré tout encore bien proche d'eux, afin de comparer la vie à cette époque avec celle d'après l'apparition de l'Islam et de tirer la leçon de tous les changements opérés.
Cinquième partie
Elle remémore, pour tous, les événements et les incidents qui suivirent la mort du Prophète (que la paix soit sur lui), les agissements et les tentatives faites par le parti des hypocrites pour la disparition de l'Islam.
Sixième partie
Elle dénonce l'usurpation de Fadak et les vides prétextes qui servirent à justifier cette injustice et répond à tous ceux qui osent cacher leurs méfaits derrière de tels prétextes.
Septième partie
Enfin, qui fut intitulée "un dernier mot" dans laquelle elle lance un appel au secours à la tribu Ansar et aux compagnons sincères du Prophète (que la paix soit sur lui). Pour conclure, elle ne manque pas de menacer certains du châtiment de Dieu.
Les Bienfaits Divins et la Soumission à Dieu
Tous ces bienfaits sont innombrables et en dehors de tout compte. Du fait de leur étalement au fil du temps qui passe, ils sont incompensables, et leur limite est telle qu'elle est inconcevable pour les hommes. Dieu a demandé à Ses serviteurs de Le prier afin qu’Il continue de leur prodiguer Ses grâces, et toujours en abondance. Il a invité Ses créatures à Le louer pour qu'Il les comble de Ses grâces. Il les a encouragés à faire tout pour obtenir la meilleure de Ses grâces.
Et moi, je témoigne qu'il n'y a pas d'autre Dieu que Dieu, l'Unique. Dieu est Unique, Il n'a pas d'associé et rien ne Lui ressemble. Il est certain que Son esprit est la Sincérité, que les cœurs des fidèles y sont attachés et que Son ombre se reflète dans leurs pensées. Dieu, que nul ne peut voir de ses yeux, dont nul ne peut énumérer les attributs avec sa langue et dont nul ne peut concevoir, par la sagesse et en pensée, la Sainte Essence.
Première partie du khotbah : thèmes essentiels
1. L’opulence divine et la gratitude
L’accent est mis sur cette vérité que l’opulence de Dieu est présente tout autour de nous et partout dans l’existence. Nous sommes noyés, de la tête jusqu’aux pieds, dans cette mer de bienfaits. C’est cette réalité qui fait naître en nous un sentiment de gratitude, nous incitant à chercher à connaître la pure Essence de Dieu. Les savants spécialistes de la science du mot et des opinions insistent sur ce fait lorsqu’ils abordent le problème du théisme et de l’obligation de chercher à connaître Dieu, au chapitre de « l’obligation de remercier celui qui nous fait don de son opulence ».
2. Le remerciement : un bien pour l’homme, non pour Dieu
Si Dieu invite ses créatures à le remercier pour ses bienfaits, ce n’est pas parce que cela lui est nécessaire. C’est au contraire dans le but de faire acquérir aux hommes plus de mérite et de les rendre dignes de recevoir encore davantage de ses grâces.
3. L’incapacité humaine à rendre grâce
Aucune créature n’est capable de fixer le droit de gratitude, puisque cette faculté de remercier, à elle seule, est un nouveau signe de l’opulence de Dieu. Les outils nécessaires pour remercier (la pensée, la main, la langue) sont tous des dons de Dieu. Si ce n’est d’avouer leur impuissance et leur incapacité dans ce domaine, les créatures de Dieu ne peuvent rien faire d’autre. Il est préférable de se soumettre à son ordre plutôt que de pécher contre lui, car tous nous serons appelés à nous justifier devant Dieu, ne serait-ce que parce qu’il le mérite. Personne n’est capable de le remercier comme il faut.
4. La sincérité, esprit du monothéisme
L’esprit du monothéisme est celui de la sincérité. Il est impératif :
- de purifier les esprits de tout autre que Dieu ;
- de répondre à son amitié par l’amour ;
- d’être corps et âme soumis à son ordre ;
- d’éloigner des esprits tout ce qui est contre lui ;
- d’oublier tout ce qui est autre que lui.
5. Le monothéisme inné dans la nature humaine
Le monothéisme inné en l'homme
En réalité, le monothéisme existe dès le départ dans la nature des hommes. Cette lumière divine étincelle du plus profond de l’âme de tous les hommes. Tous entendons, dans notre for intérieur, le cri de « Allah Ô Akbar ». C’est la raison pour laquelle, lorsque nous sommes appelés à traverser les durs orages de la vie et lorsque se déchirent les voiles de l’ignorance et de la négligence, cette lumière luit avec encore plus d’éclat que jamais auparavant. Elle nous attire tous, malgré nous, vers elle, en murmurant à notre oreille : « La Elaha Ella-howa » (il n’y a de Dieu que Dieu).
L’inconnaissabilité de l’Essence divine
« Nul ne peut saisir dans ses pensées, même les plus profondes, les limites de son Essence. »
« Nul ne peut pénétrer dans l’immensité de ses attributs. »
Il nous faut donc avouer :
- « Nous ne te connaissons pas, Dieu, comme tu mériterais que nous te connaissions. »
- « Nous ne t’avons pas adoré, Dieu, comme tu mériterais que nous t’adorions. »
La création ex nihilo
Un des points importants dans le domaine de la Création est qu’au départ, il n’existait aucune matière et aucun matériau à la disposition de Dieu pour qu’il créât ce monde à partir de matériaux préfabriqués. Non, la Création eut lieu alors que régnait le néant absolu. Elle appartient donc de droit à l’Essence pure de Dieu. Création que certains ont encore bien du mal à concevoir, même en pensée.
Dieu, Créateur sans modèle
Contrairement aux peintres spécialistes du portrait, qui s’inspirent toujours pour leurs œuvres de ce qu’ils ont vu dans la nature de chaque être, mélangeant parfois différentes formes pour faire naître une nouvelle forme, Dieu est un innovateur. Il a créé et dessiné le monde sans avoir ni modèle ni exemple à suivre.
Sources : « Arbïn » de Cheikh Bahaïn et « Behar al-Anvar » de Allameh Madjless – tome 69, page 293 ; Ibid. – tome 69, page 292 ; « Mostadrak al-Vassael » de Mohadess Noury – tome 1, page 16.
La non-nécessité absolue de Dieu
Encore un thème important de ce début de khotbah historique prononcé par la Dame de l’Islam : pour Dieu, la non-nécessité absolue de quoi que ce soit. Il est évident que le besoin ne peut exister dans la pure Essence d’un être qui est Infini et Illimité, car le « besoin » est preuve d’un « manque ». Le manque n’est concevable qu’en relation des êtres « relatifs » et « conditionnés », et non pas en relation de l’Être Absolu de l’Essence divine.
Le but de la Création
Enfin, un dernier sujet d’importance auquel il est fait référence dans cette partie est « le but de la Création », brièvement exposé par la Dame de l’Islam dans son discours :
- La révélation d’une infinie récompense de la part de Dieu.
- L’invitation des serviteurs à la soumission.
- La démonstration de son pouvoir illimité.
- L’appel de ses serviteurs à l’adorer.
- Donner de la force aux paroles de ses prophètes.
Les buts de la Création selon sa Majesté Zahra (Salut sur elle)
Les buts de la Création selon sa Majesté Zahra (Salut sur elle)
Voici les différents buts de la Création que sa Majesté Zahra (Salut sur elle) a mentionnés. Il est important de remarquer que ces buts sont en relation les uns avec les autres et nécessaires pour l'existence des uns et des autres : lorsque les serviteurs auront vu les œuvres réalisées grâce au pouvoir de Dieu et ses récompenses, ils seront attirés vers sa soumission et en viendront finalement à son adoration, avec la volonté de parcourir les différentes étapes du chemin de la perfection.
De plus, il est à noter que, du fait que les prophètes insistent, dans leurs paroles, sur le merveilleux du système de la Création du monde existant, ils ont la possibilité d'exercer leur influence dans les cœurs mêmes des hommes et de rendre ainsi le problème de l'orientation plus simple et plus facile pour eux.
Il nous faut savoir que Dieu n'a pas créé le monde pour en tirer quelque bénéfice que ce soit car, au contraire, son but a été de faire preuve de sa "générosité". Il a voulu que ses créatures suivent le chemin de l'orientation et les a invitées à venir s'asseoir à ses côtés ; il leur a conseillé d'aller toujours sur ce chemin afin de recevoir, chacun selon ses mérites, toujours davantage les grâces de sa bienveillance infinie.
Deuxième partie : Le haut grade du Prophète (que la paix soit sur lui), ses traits de caractère et ses idéaux
« Et je témoigne que mon père, Mohammad (psl&sf) est son serviteur et son Envoyé, qu'il l'a élu avant de l'envoyer, et ceci avant même de le créer, il l'a inscrit au nombre des candidats à ce grade et qu'il l'a choisi avant même de savoir quel serait son message. En ce jour où ses serviteurs étaient encore dans l'ombre, dans le monde invisible et cachés derrière le voile terrible de l'inexistence, alors qu'ils se trouvaient encore dans la genèse à la limite ultime de la non-existence, Dieu avait déjà effectué tout ce travail parce qu'il était conscient de ce que réservait l'avenir ; parce qu'il dominait la situation et les événements du monde, il savait pertinemment où le destin allait les mener. Il l'a élu pour qu'il vienne compléter son message et faire appliquer son ordre, pour qu'il vienne jouer de son influence et trancher définitivement le destin.
Dieu l'a élu puis il a vu que les peuples avaient opté pour différentes religions : certains vénéraient le feu, certains se prosternaient devant les idoles et, bien qu'il avait été donné à leurs cœurs de connaître Dieu, ils persistaient à nier. Dieu a effacé les injustices par la lumière de Mohammad (Que la paix soit sur lui) qui a ôté le voile de l'injustice de sur les cœurs et qui a fait fuir les nuages noirs et obscurs de devant leurs yeux. Il s'est déchaîné pour guider les gens et les a sauvés de l'égarement et de la perversion. »
Commentaire
Première partie du discours
C'est lui qui a permis à vos yeux de voir et qui vous a orientés, c'est lui qui a établi l'Islam sur la terre et a invité les hommes à suivre ce chemin droit. Puis, Dieu, selon sa volonté et par infinie amitié, a rappelé l'âme du Prophète, témoignant de sa volonté et de sa générosité, il a fini par le libérer de la peine de ce monde. Pour le moment, il est parmi les anges, avec l'assentiment de Dieu, Généreux, et tout le respect dû à Dieu, Puissant.
Salut de Dieu à mon père, le Prophète (Que la paix soit sur lui), confident de l'inspiration et élu de Dieu parmi les hommes. Salut à lui, que la bénédiction et la grâce de Dieu soient sur lui.
Ce passage évoque la mission prophétique de Muhammad (paix sur lui) en tant que guide et fondateur de l'Islam, avant son rappel à Dieu. Il souligne la libération des souffrances terrestres et la proximité divine, dans une perspective de vénération et de reconnaissance envers le Prophète.
Deuxième partie du discours de la Dame de l'Islam (Salut sur elle)
Dans cette deuxième partie du discours, la Dame de l'Islam (Salut sur elle) fait des remarques des plus significatives relatives à une série de problèmes importants concernant le Prophète (Que la paix soit sur lui). Voici ces remarques :
1. La constitution génétique du Prophète
Dès le début, elle fait référence aux gènes particuliers et spécifiques du Prophète (Que la paix soit sur lui) qui lui confèrent cette qualité d'élu, caractéristique déjà mentionnée dans d'autres hadiths islamiques. Ce problème, qui vise à savoir si le Prophète, de par sa constitution génétique, était totalement différent des hommes, ouvre un important débat.
Si cela est vrai, alors son être pur et innocent émane de ces gènes purs, et il n'y a donc aucun mérite ni honneur à cela. Si sa constitution génétique ne diffère pas de celle des autres hommes, alors nous sommes en droit de nous demander pourquoi la Dame de l'Islam soulève ce problème dans son discours.
Il apparaît, en vérité, que les mérites et les talents des Prophètes et des Imams résultent pour une part de l'inné et pour une autre part de l'acquis. Ce n'est qu'en tenant compte de cette composition particulière que nombre de questions trouveront des réponses. De plus, il est clair que Dieu, le Sage qui confie une telle mission à son Prophète, ne peut que le doter de dispositions naturelles particulières :
- Une composition génétique exceptionnelle
- Une intelligence parfaite
- Une volonté d'acier
- Une décision ferme
- Un savoir immense
- Une faculté de discernement dominante
Si le Messager de Dieu était, comme un simple individu, avec toutes ses faiblesses, aurait-il pu mener à bien une telle mission et ne pas manquer le but recherché ? Ce fait ne résulte d'aucune injustice ! Est-ce que si les muscles des bras n'étaient pas différents et autrement plus puissants que les fins muscles de la paupière de l'œil, alors que le travail de faire bouger une paupière est largement moindre que celui des bras qui consiste à lever d'importantes charges et à accomplir des travaux difficiles, cela ne serait pas contraire à la justice ?
1. La nature génétique du Prophète et le libre-arbitre
Cependant, la constitution génétique naturellement exceptionnelle du Prophète (Que la paix soit sur lui) ne lui retira rien de son libre-arbitre et de son pouvoir de décision, car lui aussi était susceptible de commettre des péchés bien qu’il n’en ait jamais fait. Ne vous étonnez pas, car beaucoup de gens, des plus ordinaires, se trouvent dans une situation similaire devant nombre de péchés.
Par exemple, tous avons le pouvoir de sortir tout nu au milieu de la foule, et tous avons le pouvoir de dormir sans vêtement sur un lit de neige par une très froide nuit d’hiver. Mais, si ce n’est les fous, personne ne le fait. Les Prophètes et les Imams purs et exempts de tout péché se trouvaient dans de telles conditions face aux péchés.
Il est raisonnable et convenable que les purs aient une responsabilité plus lourde en fonction de leurs gènes purs, et nul ne saurait accepter qu’ils faillent ou s’écartent le moins du monde de leur chemin d’origine. Lorsque sa Majesté (Salut sur elle) dit :
« (Dieu) Il était conscient de ce que réservait l’avenir ; parce qu’il dominait la situation et les événements du monde, il savait pertinemment où le destin allait les mener. »
Elle veut simplement faire remarquer que c’est parce que Dieu savait que la mission à venir du Prophète serait dure et difficile, qu’il l’a doté d’une constitution génétique aussi précieuse.
« Il l’a élu pour qu’il vienne compléter son message et faire appliquer son ordre »
ordre d’évolution.
2. La mission de compléter le message
Cette phrase, riche en signification, peut d’une part faire référence à sa qualité de sceau des Prophètes (Que la paix soit sur lui) et d’autre part souligne l’importance de sa mission qui était de compléter par la religion et les préceptes divins l’aptitude à évoluer de l’Homme. Soyez attentifs.
3. La situation des peuples avant la prophétie
La chère fille du Prophète (Que la paix soit sur lui) rappelle dans cette partie de son discours quelle était la situation misérable des peuples avant la prophétie et dans quel obscurantisme, dominés par des mythes, ils vivaient : les sabéens se prosternaient dans le temple du Feu, les arabes dans le temple des Idoles et les autres étaient tous dominés par la perversion et soumis à la dispersion.
Très intéressantes sont aussi ses paroles lorsqu’elle dit :
« Bien qu’il avait été donné à leurs cœurs de connaître Dieu, ils persistaient à nier. »
Ces paroles font très clairement référence au « monothéisme inné » qui existe dans l’essence même de tous les hommes.
4. Les bienfaits de l’existence du Prophète
À un autre moment, elle se réfère aux abondants bienfaits de l’existence même du Prophète (Que la paix soit sur lui). Elle rappelle comment, en se révoltant contre l’ordre établi, il réussit à éloigner de l’aube des pensées les nuages obscurs et ténébreux du temps, comment il réussit à nettoyer la rouille de l’Ignorance et des mythes du miroir des cœurs, comment il réussit à déchirer le voile qui était devant les yeux et qui empêchait que la vérité soit visible, et comment il réussit à rassembler les hommes autour de cette doctrine qui est « la voie directe » et qui se situe à la moyenne limite par rapport au radicalisme et au fanatisme.
Pour que tous comprennent parfaitement le fond de ce message
Pour que la réalité apparaisse avec clarté aux yeux de tous, il était nécessaire de faire une minutieuse comparaison entre la situation des gens au temps de l’ignorance et leur situation après la venue de l’Islam. C’est ce que fit la Dame de l’Islam (Salut sur elle) dans son discours.
5. La mort du Prophète
La mort du Prophète (Que la paix soit sur lui) est un autre thème d’importance auquel la Dame de l’Islam (Salut sur elle) a bien voulu faire référence dans cette partie de son discours historique. L’esprit de celui qui était un oiseau des hautes cimes avait été fait prisonnier et enfermé, depuis des années, dans une cage, dans la cage du corps, en ce monde périssable. Après s’être acquitté de sa mission et avoir accompli son devoir, il s’empressa de casser les barreaux de la cage et s’envola pour aller rejoindre à tire d’aile son ami. Il virevolta autour de lui, puis alla prendre place parmi les anges les plus haut gradés du ciel.
Troisième partie : L’importance du Livre d’ALLAH, les secrets et la philosophie des préceptes
Puis, s’adressant aux gens de l’assemblée, elle rappela l’important et difficile devoir des Émigrés et des Ansars. Elle dit :
« Vous, serviteurs de Dieu, vous êtes responsables du Commandement et de l’Ordre de Dieu, vous êtes porteurs du Message de sa Religion et les gardiens de sa Révélation. Vous êtes les représentants de Dieu pour vous-mêmes et ses missionnaires pour les peuples. Le Protecteur du Droit divin est parmi vous et le Garant de la promesse de Dieu est sous vos yeux, ce que le Prophète (Que la paix soit sur lui) a laissé en souvenir. Après sa mort, à la Communauté, c’est le "Livre parlant de Dieu" et le Coran sincère, ainsi que son éclat évident et sa lumière étincelante.
Il nous a laissé un livre dont les mots sont clairs, dont le fond est évident, dont la forme est des plus lumineuses et dont les partisans seront des plus glorieux. Il nous a laissé un livre qui appelle ses serviteurs à gagner le Paradis et qui tend à ses fidèles une branche de salut.
Par ce livre, nous ont été données les Preuves divines les plus évidentes ; il nous a été donné de recevoir le commentaire des ordres de Dieu et d’y lire le pourquoi des interdits. Il nous a été possible aussi d’analyser les arguments probants et suffisants qui nous ont été présentés.
Dans ce livre, ont été écrits tous les devoirs moraux qui sont les nôtres, tout ce qui est légal et tout ce qui nous est permis. »
Elle ajoute en continuation :
« Dieu nous a donné "la foi", pour nous purifier de l’athéisme, et il nous a donné "la Prière", pour nous permettre d’effacer l’orgueil et la prétention qui sont les nôtres. Il nous a donné "la Zakat", pour nous permettre de purifier nos esprits et d’accroître la nourriture ; Il nous a donné "le Jeûne", comme étant le facteur décisif de la sincérité, et "le Hadj" aussi, pour nous permettre de renforcer le pouvoir de l’Islam.
Dieu nous a donné "la Justice", pour nous permettre d’harmoniser les cœurs. Il nous a donné notre "soumission", la raison d’être du peuple de l’Islam, et pour lutter contre les divergences et la dispersion. Il nous a donné aussi "le Djihad", pour nous permettre de garantir et de protéger la Gloire de l’Islam. »
Enseignements de la Dame de l’Islam
Il nous a donné "la patience" et "la Résistance", pour nous permettre de mériter la Récompense divine ; il nous a commandé "de faire le Bien", pour nous permettre de corriger les peuples, et nous a commandé "le respect des parents", pour nous éviter la colère de Dieu.
Dieu nous a commandé de veiller au "droit du sang", pour permettre à la population de s'accroître et de pouvoir se développer, et nous a commandé "la co-vengeance", pour la protection des âmes.
Il nous a commandé "la fidélité aux ablutions", pour nous permettre d'obtenir l'Absolution ; Il nous a interdit "la vente illégale", pour nous permettre de remédier aux manques, et nous a interdit "la consommation de boissons alcoolisées", pour nous permettre d'éliminer la méchanceté.
Il nous a commandé de proscrire l’accusation et les insultes, pour mettre, comme un voile, devant la colère de Dieu ; nous a interdit le vol, pour nous permettre de préserver la chasteté à l’esprit, et nous a commandé de bannir l’athéisme, pour nous permettre de gagner la sincérité du serviteur et la divinité de Dieu. Puisqu’il en est ainsi, choisissez la vertu divine ; tel que le mérite son grade, abstenez-vous de contrarier ses ordres et faites en sorte de quitter ce monde en musulmans.
Obéissez à Dieu, à ce qu’il a prescrit et à ce qu’il a proscrit, et suivez le chemin de la Science et du Savoir pour en disposer puisque, parmi les serviteurs de Dieu, seuls les savants et les sages craignent Dieu et sont conscients des responsabilités qui sont les leurs.
Commentaire
Dans cette partie du discours, la Dame de l’Islam fait référence et insiste sur certains sujets d’importance que voici :
La lourde responsabilité des musulmans
Les musulmans se doivent de s'acquitter de leur mission. Étendre le pouvoir de l'Islam à travers le monde, préserver les lois, les enseignements et les valeurs islamiques sont un devoir des plus importants qui incombe à leur responsabilité. S'ils négligent cette obligation, ils doivent s'attendre à recevoir châtiments et punitions divines et à perdre le bénéfice des grâces infinies de Dieu.
La grandeur du Coran sincère
Le discours évoque la grandeur du Coran sincère, livre parlant qui est une vertu pour lutter contre la ténébreuse ignorance, contre le fanatisme et contre les mythes. Il fait référence à son éclat évident et à sa lumière étincelante. Ce livre, dont les propos sont beaux et lumineux de l'extérieur, évidents et lourds de l'intérieur, présente des arguments pertinents, décisifs et sauveurs.
Ce guide permet à ceux qui le suivent de se sauver et leur donne rendez-vous au Paradis éternel. Cet ange sauveur nous a donné, par son éloquente logique, les arguments du monothéisme. Il a consolidé, par des preuves évidentes, la base idéologique de l'humanité, transmis à l'Homme les programmes pratiques dont il aura besoin sur le chemin de l'Évolution, et distingué pour nous :
- le "permis" de "l'interdit"
- le "bien" du "mal"
- le "vrai" du "faux"
La philosophie des préceptes
La philosophie des préceptes dans le discours de Fatimah (paix sur elle)
Dans un langage sévère et par des phrases courtes, le discours fait référence à la philosophie des préceptes, les cite et les définit un à un, en une phrase des plus explicites, allant de la "Foi" à la "Fidélité", aux "ablutions", du "monothéisme" à "l'interdiction des ventes illégales".
"Dieu nous a donné la Foi, pour nous purifier de l'athéisme."
Cette explication prouve que la réalité du monothéisme et la conscience en Dieu existent dans l'essence même de l'Homme. L'Islam est venu pour nettoyer les souillures contagieuses qui résultent de l'athéisme, de la même façon qu'est blanchi un habit blanc après qu'il ait été souillé et qu'il ait perdu sa couleur d'origine.
Dieu a mis la "prière" dans la religion pour inspirer l'humilité dans l'esprit des hommes, pour faire descendre les insoumis de leur piédestal de l'orgueil, les faire se prosterner et se courber au seuil de Dieu et l'adorer.
Par la "zakat", l'esprit de l'Homme se libère de toutes ses attaches aux biens et aux richesses de ce monde, tandis que la richesse de la Communauté se développe grâce à l'accroissement du pouvoir financier des déshérités.
Pour ce qui est du "Jeûne", qui permet à l'Homme de dominer son esprit tentateur, il insuffle en son esprit la sincérité et fait éclore les fleurs de la chasteté sur les branches de son existence.
Le grand congrès islamique du "Hadj" permet, pour sa part, de consolider les bases de l'Islam et de multiplier la force et le pouvoir des musulmans dans les différents domaines : intellectuel, culturel, militaire et politique.
La "Justice sociale" nettoie la rancune des cœurs et remet l'ordre après le désordre. Dieu a mis à la disposition des musulmans un système socialement parfait, à condition d'accepter la "guidance" des saints Imams qui fait avancer la Communauté sur le chemin droit du monothéisme, à l'écart de toute sorte de divergences et de dispersion.
En mentionnant le "Djihad", la "Patience" et la "Résistance", "l'obligation de faire le bien" et "l'interdiction de faire le mal", tout ce qui concerne la vengeance, l'obligation devant ses engagements, la lutte contre la vente illicite, la préservation de la propreté des jupes devant l'impudeur et le renoncement aux boissons alcoolisées, elle a mis le doigt sur autant de points sensibles, exprimant dans ses propos juste ce qui était suffisant pour comprendre.
L'appel à l'abstinence et à la science
La Dame de l'Islam revient encore une fois sur l'importance de la responsabilité des musulmans devant l'Islam et le Coran et les invite à l'abstinence. Elle insiste tout particulièrement sur le résultat final, sur le résultat de fin de travail, et leur recommande d'être attentifs sur ce principe afin de faire en sorte de quitter ce monde en musulmans.
« Éclairez vos cœurs et vos âmes à la lumière de la Science et du Savoir car seuls les savants sont capables de sentir leur responsabilité et de craindre Dieu. Eux seuls avancent sur le chemin de l'abstinence. »
Quatrième partie
Détermination de sa position par la dame de l'Islam face au système dominant
Suite du discours de Fatimah (paix sur elle)
Elle poursuit :
1. Qui suis-je ?
« Ô gens, savez-vous que je suis Fatimah, fille de Mohammad, que le salut et la paix de Dieu soient sur lui et toute sa famille. Tous mes propos, du début jusqu'à la fin, sont un, il n’existe aucune contradiction dans ce que je dis ; je ne dis jamais ce qui n’est pas la vérité et je ne me trompe pas dans ce que je fais.
Dans cette partie encore, de grandes vérités ont été mises à découvert.
La mission prophétique
Un Prophète s'est élevé de parmi vous et il est venu vers vous pour porter vos peines ; il ne désirait que de vous guider, il était aimable et charitable à l'égard des croyants.
La descendance du Prophète
Si vous cherchez à savoir qui sont ses descendants, vous verrez qu'il était mon père et non le père d'aucune de vos femmes et qu'il était le généreux frère de mon cousin et non le frère d'aucun de vos hommes ! Vous verrez que sa descendance est une glorieuse descendance, que la paix de Dieu soit sur lui et sur sa famille !
L'accomplissement de la mission
Oui, il est venu et a bel et bien accompli sa mission : il a éclairé les gens à la lumière de la Vérité, il s'est détourné du chemin des athées auxquels il a frappé sur la tête et a serré le cou, pour qu’ils retirent leurs mains de sur l’athéisme et mettent les pieds sur le chemin du monothéisme.
L'invitation par la raison et la démonstration
Il a toujours invité le monde, par la démonstration, la raison et les bons conseils à suivre le chemin de Dieu. Il a brisé les idoles et a asséné des coups aux cerveaux des orgueilleux tant que leurs contenus n'avaient pas été détruits et tant que l'obscurité n'avait pas disparu pour laisser la place à l'aube du jour, ainsi put apparaître la vérité !
La victoire de la vérité sur les ténèbres
Le représentant de la Religion a levé la voix et les murmures de Satan ont cessé. La tête de la discorde est tombée à terre, les nœuds du Blasphème et de la divergence se sont ouverts et vous avez ouvert votre cœur à la sincérité en proclamant "La Ilaha Illa L'Allah" (Il n'y a de Dieu que Dieu) alors que vous n'étiez que quelques-uns et que vous étiez bien pauvres !
La situation des croyants avant l'Islam
Oui, à cette époque, vous étiez à deux doigts de tomber dans le précipice qui mène au feu de l'Enfer ; peu nombreux, vous étiez comme une goutte d'eau pour l'assoiffé, comme une bouchée pour l'affamé, comme une flamme pour celui qui court à toute hâte à la recherche du feu et vous étiez écrasés sous les mains et les pieds !
La délivrance par la grâce divine
Oui, à cette époque, vous buviez encore de l'eau souillée et croupie et vous vous nourrissiez encore des feuilles des arbres ! Vous viviez dans le mépris et l'avilissement et vous étiez toujours envahis par la peur que votre ennemi puissant vienne vous voler et vous avaler ! Mais Dieu, le TRÈS-HAUT, vous a sauvés par les grâces de Mohammed (Que la paix soit sur lui).
Le combat contre les ennemis
Après avoir vu un tel avilissement, un tel mépris et une telle impuissance, lui se dressa contre les puissants et se mit à lutter contre les loups arabes et les juifs indociles de Nazareth, chaque fois qu'ils ont voulu allumer le feu de la guerre, Dieu s'est empressé de l'éteindre. Chaque fois que la corne de Satan apparaissait et que les athées avaient dans l'intention de fomenter quelque complot, mon père chargeait son frère Ali (Salut à lui) de leur faire obstacle et c'est ainsi que, par son intermédiaire, il réussissait à les dominer.
La persévérance dans la mission
Il n'a jamais capitulé devant une mission dangereuse et ne s'en retournait que lorsque la tête de l'ennemi avait été fracassée et son nez baissé jusqu'à terre. »
1. L’appel à la responsabilité
Avant tout, elle se présente et interpelle les gens, usant de stratagèmes afin de ne laisser à personne l’opportunité de dire : « Moi, je ne savais pas, je ne connaissais pas la fille du Prophète ; sinon, j’aurais couru à son secours. » Elle insiste tout particulièrement sur la relation qui l’unit au Prophète (que la paix soit sur lui) ainsi que sur la relation de Ali (salut sur lui) avec lui.
Puis, elle affirme : « Ce que je dis, ce n’est que la vérité ; j’ai pesé chacun de mes mots et aucun des mots qui sortent de ma bouche ne saurait être inopportun. Ouvrez grandes vos deux oreilles et écoutez ce que j’ai à vous dire, puis voyez quelle est votre lourde responsabilité devant l’événement ! »
2. L’excès de pitié
À continuation, elle rappelle quel était l’attachement du Prophète de Dieu (que la paix soit sur lui) à leur égard, comment il souffrait de les voir souffrir et comment il s’associait toujours à leur tristesse. Elle insiste particulièrement sur cinq des qualités du Prophète auxquelles il est aussi fait référence avec insistance dans un des versets du Coran. Elle dit :
« Le Prophète s’est élevé du cœur de la société et est sorti de la masse des gens. Il est venu vers vous et était un Prophète compatissant et désireux de vous guider, un Prophète aimable et toujours amical. Autant de qualités que tous les compagnons avaient pu voir chez le Prophète de Dieu (que la paix soit sur lui) et qu’ils connaissaient bien. »
3. Les peines insupportables du Prophète (que la paix soit sur lui)
Elle poursuit en remémorant les dures peines du Prophète (que la paix soit sur lui), en rappelant comment il s’est soulevé alors qu’il était seul, pour proclamer l’importante mission qui lui avait été confiée, comment il était le plus droit de tous les hommes et comment il a fait baisser le nez des rebelles jusqu’à terre et écrasé le cerveau des orgueilleux. Son arme, lorsqu’il se trouvait devant les chercheurs et les fervents de la vérité, c’était la logique, l’argumentation, le conseil et la sagesse. Dès qu’il parvint à briser le pouvoir des athées, après avoir détruit les temples des idoles et avoir fait se disperser les ennemis, l’obscurité de la nuit fit place à l’aube du jour qui apparaissait. Les chauve-souris s’enfuirent alors que quelques-uns commençaient à entonner, à la lumière du grand jour, le chant de « La Ilaha In Allah » (Il n’y a de Dieu que Dieu l’Unique) et à reprendre cet air du monothéisme sur la terre du Blasphème.
4. Rappelez-vous, vous étiez ainsi !
Fatimah (salut sur elle) leur fait se souvenir que, à cette époque, ce petit groupe de croyants qu’ils étaient, était pris dans la rude tempête qui sévissait et semait la terreur : d’un côté, les tentations du temps du polythéisme et de l’idolâtrie ne cessaient de venir vous tourmenter et de vous attirer au bord du précipice qui mène au feu de l’Enfer ; de l’autre côté, les puissants et les cruels ennemis vous avaient encerclés de tous côtés, de sorte qu’il leur était devenu possible de vous écraser du pied en un instant. La situation vous opprimait à un point tel que vous ne pouviez plus trouver à l’eau qu’un goût désagréable, qu’aucun repas n’était plus convenable pour vous et que vous ne viviez plus que dans le bruit et l’agitation, et dans la crainte toujours de ce que l’avenir réservait.
Les services rendus par Ali (a.s)
La fille du Prophète (que la paix soit sur lui) rapporte aussi les immenses services rendus, dans ce contexte, par son Excellence Ali (salut à lui), comment le Prophète (que la paix soit sur lui) le chargeait de faire face aux situations dangereuses et comment lui se mettait à lutter avec une extraordinaire abnégation, une dévotion sans faille et un amour du sacrifice. Il entrait au cœur de la bataille, dominait la situation et s'en retournait victorieux, il coupait les têtes des rebelles avec son sabre et frottait le nez des Taghouts à terre. En toute circonstance et partout, il était aux côtés du Prophète, son ami, son secours, son protecteur et son soutien. Oui, seule une personne comme lui pouvait permettre de suivre la route tracée par cette grande révolution et éviter de faire tout écart !
Cinquième partie : La tempête qui se leva après la mort du Prophète (que la paix soit sur lui)
Mais, quand Dieu jugea que le temps était venu pour son Prophète d'aller rejoindre les autres Prophètes et que lui prit place sur le siège des élus comme sur son siège, soudain, les rancunes intérieures et des traces de discorde apparurent parmi vous. Le voile de la Religion fut tiré et les égarés se mirent à parler ; les inconnus qui avaient jusqu'alors sombré dans l'oubli redressèrent la tête et le cri du mensonge se leva : tous ces gens se mirent à œuvrer sur la scène de votre communauté ! Satan sortit sa tête du trou où il s'était caché ; il vous invita à prendre parti pour lui et vous trouva disposés à accepter son invitation et prêts à être séduits par lui !
Puis, il vous a appelés à vous révolter et vous a trouvés légers pour avancer.
Il a allumé le feu de la colère et de la vengeance dans vos cœurs
Des traces de colère apparurent sur vos visages. Voilà pourquoi vous faites porter votre marque à un chameau qui n'est pas le vôtre, pourquoi vous mettez le nez dans une assiette qui n'est pas la vôtre non plus, et pourquoi vous êtes partis à la recherche de quelque chose qui n'est pas à vous et dont vous ne pouvez prétendre à aucun droit. Finalement, vous avez accepté de laisser usurper le gouvernement !
Cela ne s'est passé que peu de temps après la mort du Prophète, alors que les blessures de notre malheur étaient importantes et que celles de notre cœur n'étaient pas encore guéries, alors que nous n'avions pas encore enterré le Prophète (que la paix soit sur lui). Votre prétexte était : « Nous craignions que la bagarre ne commence. » Quel piège devait être celui-là pour que vous tombiez dedans ?! C'est ainsi que l'Enfer a été dominé par les athées.
Que de tels actes sont loin de vous ! Qu'êtes-vous en train de faire, honnêtement ? Et où allez-vous ? Pourtant, le Livre de Dieu, le Coran, vous a été donné : tout ce qui y est écrit est lumineux, tous ses signes sont reluisants, toutes les interdictions sont nettes et toutes ses ordonnances sont claires, mais vous l'avez lancé par-dessus vos têtes !
Vous êtes-vous détournés de tout ceci ou donnez-vous un autre ordre que celui-là ? Ô que les oppresseurs ont choisi un mauvais destin pour le Coran ! Sachez que si quiconque choisit une doctrine autre que l'Islam, cela ne sera pas accepté et, au jour de la Résurrection, il sera du nombre des perdants.
Commentaire
Les mouvements suspects et les risques de déviation
La Dame de l'Islam, dans cette partie de son discours, fait référence aux vestiges du temps de l'Ignorance et de l'hypocrisie. Elle rappelle comment, à l'époque du Prophète (que la paix soit sur lui), la vie était des plus dures et des plus difficiles pour certains qui s'étaient repliés dans leurs coquilles et enfoncés au plus profond de leurs nids. Cependant, soudain, ces insectes rampants, informés de la mort du Prophète de Dieu (que la paix soit sur lui), ont sorti la tête de leurs cachettes. Les chauves-souris, jusqu'alors impuissantes à voler sous le soleil brûlant de l'existence du Prophète (que la paix soit sur lui), se sont emparées des devants de la scène. Des mouvements suspects ont alors vu le jour, des chemins écartés ont été dessinés, tandis que de nouveaux acteurs politiques prenaient place sur la scène.
Certains ont accepté l'invitation de Satan
La tristesse de Fatima face à l'égarement des hommes
La fille du Prophète (que la paix soit sur lui) manifeste ici sa profonde tristesse de voir la majorité de la population répondre à l'invitation de Satan et se mettre en action au sinistre cri des chouettes. Nombre d'entre les gens, en effet, étaient devenus des jouets à la main des hypocrites aux cœurs aveugles et du parti de Satan. Alors que le linceul du Prophète (que la paix soit sur lui) n'avait pas encore eu le temps de sécher, que l'appel à la prière de son muezzin était toujours perceptible à l'oreille et que les échos de sa prière résonnaient encore dans les cœurs, la réaction avait commencé à se manifester.
Mis à part les naïfs et les cœurs malades, d'autres encore, sous prétexte qu'ils avaient peur que, s'ils parlaient, naîtraient divergences et discordes, préférèrent se coller le tampon du silence sur la bouche afin qu'aucune division n'apparût. Leur attitude, à elle toute seule, était le plus grand signe d'opposition et de déviation.
Venez au secours du Coran
Fatimah (salut sur elle), cette divine crieuse, ne cesse de crier sur eux : « Où êtes-vous ? Et où allez-vous ? Ô pourquoi allez-vous sur le chemin des perdants ? » Il semble qu'elle veuille leur faire revenir à la mémoire les propos de son père, le Prophète (que la paix soit sur lui), qui disait :
« Quand des troubles viennent faire tomber sur vous le rideau de la nuit ténébreuse, il vous faut vous secourir à l'aide du Coran. Celui qui garde le Coran sous les yeux et se soumet à sa parole, il le conduira au Paradis, et celui qui le jette par derrière sa tête, il le poussera en Enfer ! »
Elle leur crie de ne pas abandonner le Coran, de ne pas perdre de vue ses ordonnances et ses interdictions qui sont suffisamment claires, et particulièrement les ordres qui ont été donnés à propos de l'avenir du Califat après la mort du Prophète (que la paix soit sur lui). Car le Coran a prévu tout ce qui était nécessaire afin que, après sa mort, rien ne soit laissé dans l'ambiguïté.
Appel aux compagnons et amis du Prophète
La Dame de l'Islam (salut sur elle), cette crieuse de l'époque, leur lance un ultimatum. Elle leur dit que, si vous abandonnez le prestigieux souvenir du Prophète (que la paix soit sur lui) — « le Coran » —, si vous posez votre regard sur autre que lui, si vous privilégiez vos pensées impuissantes plutôt que les enseignements islamiques et si vous prétendez, sous prétexte de bienveillance ou d'éviter les querelles, pouvoir être souverains au Coran et non condamnés à vous plier sous ses ordres, il vous faudra vous attendre à recevoir une grande perte.
Le feu des manigances ne s'éteindra plus jamais au sein de votre communauté et vous serez alors plongés au cœur de ce que vous craignez aujourd'hui. L'esprit de l'Islam disparaîtra totalement et n'existera plus parmi vous. Si ce n'est quelques résidus superficiels et une apparence sans contenu, il ne restera plus rien d'autre.
Sixième partie : L'usurpation de "Fadak"
Les prétextes avancés par les usurpateurs pour justifier les faits et sa réponse, stricte et décisive
Discours de Fâtima al-Zahrâ' (que la paix soit sur elle)
Réfutation de l'usurpation de l'héritage prophétique
Oui, vous avez pris la chamelle de tête sous vos ordres ; vous n'avez même pas attendu qu'elle soit apprivoisée et se rende à vous. Vous avez subitement allumé le feu des manigances et vous l'avez attisé pour faire grandir les flammes ; vous avez répondu à l'appel du séducteur Satan.
Vous vous êtes chargés d'éteindre les lumières éclatantes de la doctrine divine et de faire disparaître la Sunna de l'authentique Prophète de Dieu. Feignant de vouloir manger la crème sur le lait, ils ont bu le lait en cachette, et jusqu'à la dernière goutte. Vous sembliez vous casser la tête pour les autres alors qu'en réalité, vous preniez l'affaire à pleine main.
Vous avez tout fait pour isoler sa famille et ses enfants ; d'ailleurs nous n'avons pu trouver d'autre solution que de patienter, comme celui qui est assis, un sabre sous la gorge et un autre pointé vers le cœur !
Interrogation sur la justice divine et l'héritage
Le plus étonnant, c'est que vous croyez que Dieu ne nous autorise pas à hériter et que nous ne pouvons prétendre à l'héritage du Prophète de Dieu (Que la paix soit sur lui). Vous soumettez-vous toujours aux ordres du temps de l'Ignorance ou est-ce que pour les croyants le meilleur ordre n'est pas l'ordre de Dieu ? Ne savez-vous pas tout cela ?
Oui, vous savez et il est clair pour vous, comme de l'eau de roche, que moi, je suis sa fille.
Vous, ô musulmans ! Est-ce que mon héritage doit m'être retiré par la force ? Ô fils d'Abi Ghahafeh ! Réponds-moi. Est-ce qu'il est écrit dans le Coran que toi, tu dois hériter de ton père et que moi, je ne dois pas hériter du mien ?! Il n'y a rien de plus incorrect que ça !
Références coraniques à l'héritage
Vous vous êtes éloignés intentionnellement du Livre de Dieu pour le lancer par derrière vos têtes, alors qu'il y est écrit :
- "Süleyman hérita de son père David"
- Dans l'histoire de Yahya ben Zakarya, il est dit aussi : "Ô Dieu, offre-moi un enfant pour qu'il hérite de moi et de la famille Jacob"
- "Les proches peuvent hériter les uns des autres et sont, de ce fait, plus privilégiés que les étrangers"
- "Dieu conseille que, pour vos enfants, la part des garçons soit double à celle des filles"
- "Si quelqu'un laisse quelque chose en héritage derrière lui, il est raisonnable qu'il écrive un testament des plus méritoires, pour ses parents et ses proches ; et tous les pieux sont d'accord sur la question"
Comment avez-vous pu imaginer que moi je n'aurais aucun droit ni héritage de mon père ? N'existe-t-il aucun lien, aucune relation parentale entre nous ?!
Commentaire final
Dieu a-t-il fait descendre un verset spécialement pour vous dans lequel mon père aurait été exclu ? Peut-être direz-vous que les fidèles à des religions différentes ne peuvent hériter les uns des autres et que moi, je n'ai pas la même religion que mon père ? Ou peut-être direz-vous encore que vous êtes plus informés que mon père et que mon cousin de ce que renferme le Coran ?
Puisqu'il en est ainsi, tenez, je vous le donne, mon héritage. Il est fin prêt, comme un cheval dompté et scellé, à être exploité ; montez-le, mais sachez que lorsque le jour de la Résurrection arrivera, vous serez interrogés.
1. Nouveau rappel des principes qui faisaient loi au temps de l'Ignorance
Dans cette partie, les propos de Fatimah (Salut sur elle) prennent de l'envergure, ils sont chargés d'une plus grande émotion et d'une tristesse encore plus profonde. La Dame de l'Islam est fortement peinée de voir qu'une fois de plus, ce sont les principes du temps de l'Ignorance qui sont en train de primer puisqu'à cette époque, la fille ne pouvait prétendre et ne recevait aucune part d'héritage. Lorsque l'Islam est apparu, il a mis fin à ces pratiques futiles en faisant bénéficier tous les membres de la famille musulmane de l'héritage.
Ce n'est pas seulement le problème de "Fadak" qui est exposé ici car, à un premier degré, Fatimah (Salut sur elle) a dans l'intention de montrer le danger de voir ressusciter des traditions du temps de l'Ignorance et disparaître des traditions islamiques. C'est la raison pour laquelle elle fait de cinglants reproches, dans cette partie de son discours, à tous les gens venus l'écouter et qu'elle les inonde par l'averse de ses attaques.
Le plus étonnant dans cette affaire, c'est que l'usurpation de Fadak fut tellement précipitée que tout un chacun pouvait comprendre qu'il ne s'agissait pas là d'un mince problème et qu'autre chose se tramait. Ils n'attendirent même pas que leurs traces de pieds, au gouvernement, soient sèches et que, comme il est d'usage de dire, "le calme soit rétabli partout" pour se mettre à penser à exécuter cet acte abusif et injuste. Ce point est important parce qu'il permet de comprendre, en profondeur, les dimensions de ce terrible complot.
2. Remarques à propos des arguments hostiles formulés par certains
Puis la fille du Prophète, grande narratrice et arbitre impartial, se propose de répondre aux arguments avancés par certains qui ont prétendu que le Prophète de Dieu (Que la paix soit sur lui) avait dit :
"Nous, Prophètes, ne laissons absolument aucun héritage en souvenir".
Ses propos, qu'elle fait reposer sur le Coran qu'elle avance comme témoin, sont logiques et fracassants. Elle mentionne des cas généraux rapportés dans le Coran mais aussi des cas précis et voilà comment, en énonçant quelques versets du Livre, elle démontre que ce hadith est factice et qu'il faut l'éliminer !
3. Fatimah (Salut sur elle) leur lie pieds et poings afin qu'ils ne puissent pas chercher à s'échapper
Cette grande Dame savante s'attaque d'une façon superbe, usant de toute sa raison, à l'ennemi qui, pris dans son piège, n'a plus aucune issue pour fuir. Elle leur dit :
4. Prétendriez-vous connaître le Coran mieux que la sainte Famille du Prophète (que la paix soit sur lui) ?
Fatimah (salut sur elle), femme courageuse, leur ferme aussi cette porte, à eux qui affirment avoir compris telle chose dans le Coran et de telle manière. Elle leur dit :
« Où avez-vous compris cela dans le Coran ? Et selon quel commentaire ? Qui est plus capable que mon cousin Ali (salut sur lui), qui a grandi au cœur de l'Inspiration qu'il a transcrite et qui a entendu le Coran et le commentaire du Coran de la bouche même du Prophète (que la paix soit sur lui) ? C'est chez nous que le Coran est descendu ! »
Elle finit en leur faisant remarquer à la fois le fait que Süleyman hérita de son père David tout comme Yahya hérita aussi de son père Zakarïya et que, du fait que non seulement le Coran ne fait aucune mention de ce récit factice qui leur sert de prétexte mais il établit au contraire le fait que tous ces grands Prophètes ont hérité les uns des autres, ce récit, comme tous les autres du même genre, qui va à l'encontre du Coran, ne peut donc être reconnu comme authentique.
Elle mentionne certains cas généraux dans le Coran, comme par exemple :
« Les enfants, qu'ils soient filles ou garçons, héritent de leurs parents. »
et
« Tout membre de la famille recevra sa part de l'héritage, selon la loi de l'Islam et en fonction de la catégorie d'héritiers à laquelle il appartient. »
Puis elle les interpelle en disant : Est-ce que cette information unique qui vous sert de prétexte, qui va à l'encontre de tout ce qui est dit dans le Coran, du général au particulier, peut vraiment avoir quelque valeur ? Est-ce qu'elle peut faire le poids dans le tribunal de la justice islamique alors qu'elle ne vaut même pas le prix de la tête d'une aiguille ? Elle continue en soulignant tous les importants obstacles à l'héritage ainsi que tous les moyens utilisés comme prétexte et les refuse.
5. Puisqu'il en est ainsi, prenez tout !!!
Septième partie : Appel au secours aux "Ansars"
Puis la chère fille du Prophète (que la paix soit sur lui), cette Dame dévouée, afin que personne n'aille s'imaginer qu'elle éprouve un quelconque et particulier attachement pour Fadak, en tant que richesse du monde et non comme but divin, finit par dire :
"Puisqu'il en est ainsi, prenez tout ! C'est à vous et faites-en ce que vous voulez, mais sachez que vous serez jugés devant un grand tribunal qui est de beaucoup différent de tous les tribunaux du monde entier. Là-bas, le Juge-arbitre sera Dieu et votre prétendant sera, dans ce tribunal, le Prophète (que la paix soit sur lui), en personne ; la date du jugement sera le jour de la Résurrection."
Le jour de l'apparition,
"le jour où tous les disparus réapparaîtront ! Si vous avez préparé une réponse pour ce jour-là, alors n'hésitez pas ; et si vous n'avez aucune réponse pour ce jour-là, alors préparez-vous à recevoir le châtiment divin. Ce jour-là, vous..."
Appel au secours aux "Ansars"
Puis la Dame de l'Islam interpelle la tribu des "Ansars" et continue à parler ; élevant la voix, et sur un ton sévère et accusateur, elle dit :
« Ô vous, braves hommes ! Ô vous, les bras forts du peuple et les amis de l'Islam, où êtes-vous ? Êtes-vous négligents que vous ne vous manifestez pas devant l'injustice qui m'a été faite ?
Est-ce que l'Envoyé de Dieu (que la paix soit sur lui), mon père, ne disait pas qu'il est nécessaire de veiller au respect du droit de chacun et au droit de ses enfants aussi ? Comme les temps ont vite changé et à quelle vitesse vous êtes-vous détournés du chemin ? Pourtant, vous avez tous les pouvoirs et vous avez suffisamment de force pour faire en sorte que mon droit me soit rendu.
Est-ce que vous croyez que maintenant que Mohammad (que la paix soit sur lui) a quitté ce monde, toutes les choses sont finies, que sa famille doit être jetée dans les oubliettes et la Sunna piétinée ?
Certes, sa mort a été un malheur et une douloureuse perte pour le monde de l'Islam ; cela a été une catastrophe grave qui nous a tous plongés dans la tristesse.
Sa mort devient chaque jour plus certaine, le temps qui nous sépare de lui plus long et les effets de sa disparition deviennent plus conséquents. La terre est devenue sinistre en son absence et les étoiles se sont mises à étinceler de malheur ; les espoirs se sont transformés en désespoir, les montagnes se sont mises à trembler et le respect est bafoué ; avec sa mort, ne reste plus aucune révérence ! Je jure devant Dieu que sa mort est un grand événement. C'est un grand malheur et une perte inestimable, mais n'oubliez pas que, si le Prophète (que la paix soit sur lui) est parti, le Coran glorieux qui nous avait prévenus, lui, reste parmi nous. Lisez-le, le matin et le soir, à voix haute en chantant ou encore à voix basse ; lisez-le en jouant avec les sons dans votre oreille. Tous les Prophètes qui l'ont précédé sont passés par ce chemin, car la mort est un ordre divin fatal.
Oui, le Coran avait clairement dit : "Mohammed est le seul Envoyé de Dieu et avant lui, d'autres envoyés sont venus et sont partis. Est-ce que s'il meurt ou s'il est tué, vous ferez demi-tour sur vos talons et rebrousserez chemin ? Abandonnerez-vous l'Islam pour retourner vers les mythes et l'obscurité du temps de l'Ignorance ?"
Celui qui fait marche arrière ne mène pas Dieu à la perte
« Celui qui fait marche arrière ne mène pas Dieu à la perte et Dieu récompensera bientôt ceux qui sont humbles devant lui. » (Coran 3, verset 144)
Comme il est étonnant, ô fils de Ghyleh(1). Dites-moi, comment mon droit a-t-il été bafoué alors que cela s’est fait sous vos yeux, que vous avez entendu clairement et vu ce qui était en train de se passer, que vous avez été tenus au courant des faits dans vos réunions et lors de vos assemblées ? Comment, alors que vous étiez parfaitement informés, êtes-vous restés silencieux dans l’ombre ?
(1) Note : « Ô fils de Ghyleh » est une interpellation adressée aux Ansars, faisant référence à leur ancêtre.
Appel à la communauté des croyants
Pourtant vous êtes en nombre suffisant et vos moyens aussi sont suffisants ; vous êtes puissants, vous avez armes et boucliers et vous entendez mon appel. Alors que dites-vous ?
Mon cri se répercute tel l’écho parmi vous et vous n’y répondez pas, alors que vous êtes connus pour votre bravoure, pour votre bonté et pour le bien que vous faites. Vous êtes la meilleure de toutes les tribus et les meilleurs de tous les hommes ! Vous avez combattu contre les infidèles arabes et vous avez supporté difficultés et peines. Vous avez arraché les cornes des rebelles, vous avez fait rentrer les griffes des plus vaillants combattants. C’était vous qui avanciez toujours à nos côtés, qui aviez pris place dans nos rangs, qui vous soumettiez à nos ordres et qui ne pensiez qu’à nous obéir.
Alors que le moulin de l’Islam commençait à tourner autour de l’axe de notre famille, que le lait s’est accru dans le sein de la mère des temps, que les cris de l’athéisme se sont éteints dans les gorges, que les flammes du mensonge se sont adoucies, que le feu du blasphème a cessé de brûler, que la dispersion n’a plus été et que la loi de la Religion s’est solidement enracinée.
Pourquoi cette déviation ?
Pourquoi, dites-moi, après toutes les recommandations du Coran et du Prophète (que la paix soit sur lui), êtes-vous devenus errants aujourd’hui ? Pourquoi voulez-vous laisser cachées les vérités après qu’elles vous soient apparues, et faillir à vos engagements ? Pourquoi, après avoir choisi le chemin de la foi, avez-vous dévié vers l’athéisme ?
Pourquoi ne combattez-vous pas contre ceux qui ont failli à leurs engagements et qui ont décidé de renier le Prophète (que la paix soit sur lui) ? À présent que ce sont eux qui sont à l’origine de la guerre, les craindriez-vous ? Il serait plus convenable que vous craigniez Dieu si vous avez la foi !
L’appel à la vigilance
Soyez certains que je vois avec mes yeux comment vous vous êtes mis à aimer votre confort et comment vous êtes devenus fervents de tranquillité. Vous avez éloigné celui qui était le plus méritant et le plus apte pour gouverner et pour gérer les affaires des musulmans. Puis vous vous êtes laissés aller à la tranquillité et à la conformité dans un coin retiré, et vous avez fui devant la difficulté et la pression des responsabilités qui sont les vôtres pour aller vous réfugier dans l’indifférence.
Oui, tout ce que vous aviez de foi et de conscience en vous, vous les avez vomis ; vous avez fait remonter jusqu’à la gorge, avec peine, cette eau délicieuse que vous aviez bue ! Mais n’oubliez pas ce que Dieu a dit :
Puisqu'il en est ainsi
Ce chameau de tête et ce Fadak, je vous les laisse, ils sont à vous ! Attachez-vous-y fortement et, surtout, ne les lâchez pas. Mais sachez que ce n'est pas monté sur ce chameau que vous irez bien loin : son dos est blessé et sa patte traîne ! Il porte l'empreinte de la malhonnêteté, et le symbole de la colère de Dieu. Le déshonneur l'accompagne pour l'éternité et il est voué à tomber dans les flammes, du feu de la colère divine qui jaillissent des cœurs !
N'oubliez pas que ce que vous faites aujourd'hui, vous le faites contre Dieu !
« Et les oppresseurs verront bientôt quelle sera leur destinée. »
Et moi, je suis la fille du Prophète qui vous a mis en garde et menacé d'un dur châtiment : à vous de faire ce que bon vous semblera.
Nous agirons selon notre devoir divin. Vous attendez ? Nous attendons aussi !
Analyse du discours de Fatimah (s) : Rappels et reproches aux Ansars
1. Rappel du rôle efficace des Ansars dans le développement des idéaux islamiques
La Dame de l'Islam, dans cette partie de son discours, désigne la tribu Ansar comme le groupe élu. Elle décrit les Ansars comme le bras puissant de l'Islam et les protecteurs sincères du Prophète (que la paix soit sur lui) et les en remercie. Dans son bref rappel des faits, elle rend gloire à toutes les peines qu'ils eurent à supporter dès l'entrée du Prophète à Médine et même avant, sur le chemin de l'Islam.
Il est vrai que les Ansars jouèrent un rôle des plus efficaces pour le développement de l'Islam, en temps de guerre comme en temps de paix, par la parole comme par les actes et ce à tous les niveaux. Ils attendaient moins de l'Islam que les "Émigrés" et si l'occasion s'était présentée à eux, peut-être que l'histoire de l'Islam aurait parcouru un chemin plus clair. Bien entendu, parmi les Émigrés, il y en avait qui étaient sincères, qui n'ont rien négligé de faire par dévotion et amour du sacrifice mais dans l'ensemble, l'influence qu'exerçaient certains personnages politiques parmi eux fit changer complètement la situation.
2. Fatimah (s) fait pleuvoir une averse d'attaques sur les Ansars
La Dame de l'Islam et l'étonnement face à l'inaction
La Dame de l'Islam exprime son étonnement de voir ces bras puissants avoir choisi l'inaction, et tous ces anciens amis du Prophète avoir choisi le silence devant l'injustice faite à la famille du Prophète. Ce silence ne faisait que cautionner l'injustice et bafouer le respect dû au Prophète et à ses héritiers. Plus grave encore que de s'être réfugiés dans le silence après que l'axe du Califat ait été dévié, c'est que, après une courte bagarre, et surtout par intérêt, ils choisirent le compromis et collaborèrent en toute amitié avec l'ennemi. Voilà bien là une erreur impardonnable.
L'Islam n'est pas mort avec le Prophète
Le Coran glorieux, d'une part, et le Prophète en personne, d'autre part, avaient mentionné cette vérité : l'Islam n'est pas caution d'une personne. C'est une doctrine éternelle, qui existera toujours, même au-delà de la Résurrection, et qui n'aura jamais de fin, même si le Prophète vient à mourir. Car c'est une révolution qui a jeté les bases d'une école divine et céleste, une école adaptée aux besoins des hommes et qui le restera sur toute la longueur de l'histoire, une école telle qu'elle doit survivre.
Pourtant, tout en sachant cette vérité, un groupe de naïfs et de frivoles a cru que, suite à la mort du Prophète — malheur pénible et douloureux que subit le monde de l'Islam — et à cause du vide que la disparition de ce grand guide avait laissé dans les milieux musulmans, l'Islam avait été brisé et son histoire achevée. C'est pourquoi ils sont restés silencieux devant les vociférations des ignorants. Fatimah crie sa colère et leur rappelle les versets du Coran qui font référence à l'Éternel et à l'Éternité. Elle fait sortir de leur léthargie les négligents et met les musulmans au pied du mur, leur désignant du doigt la grave responsabilité qui est la leur en ces temps extraordinairement sensibles.
Pourquoi êtes-vous restés silencieux devant l'outrage fait aux préceptes de l'Islam ?
À un autre moment de son discours, elle reproche aux Ansars, sur un ton d'intense émotion, leur silence suite à l'usurpation de Fadak. Cet événement est un maillon de la chaîne d'une série d'écartations, une étincelle dans un feu étendu, une goutte d'eau dans une conduite immense. Elle leur reproche leur silence qui prendra fin au prix de la naissance d'une nouvelle couche anti-islamique.
Les gens disent : si vraiment la loi islamique est dans le droit, pourquoi n'est-elle pas appliquée en relation avec la plus proche famille du Prophète ? Alors que certains se permettent de transgresser un tel ordre et que d'autres ne disent rien et gardent le silence, signifiant ainsi leur consentement, il sera désormais facile de violer n'importe quel autre précepte de l'Islam.
Vous devez considérer cette affaire comme un "événement circonstanciel" et non pas comme "un événement ponctuel et passager". Il vous faut voir quelles autres circonstances sont cachées derrière cet événement. Là est la raison de mon agitation.
N'allez pas croire que votre révolte...
N'allez pas croire que votre révolte dans le but de "soutenir une opprimée comme moi" pourrait être à l'origine d'une rupture dans la communauté islamique. Au contraire, c'est plutôt votre silence qui fait remettre toutes les choses en question. Vous dites que vous n'avez pas le pouvoir de vous opposer aux faits, mais c'est un mensonge ! Dès le début, vous aviez d'abondantes possibilités, et à présent aussi, vous en avez les moyens. Alors, pourquoi cela ne vous a-t-il pas empêché de mettre dans les oubliettes les versets du Coran qui disent clairement :
"Il est de votre devoir de lutter contre les briseurs de pacte."
Plutôt que d'avoir peur de Dieu, vous avez peur d'eux !
5. Dominés par la conformité
Cette grande maîtresse, en continuation, plonge la main au fond de leurs esprits pour en extraire la raison principale de leur silence. Elle leur dit : Le problème, c'est que votre esprit a été dominé par le conformisme auquel vous vous êtes soumis. Vous avez vu, de vos yeux vu, qu'ils ont mis dans la marge celui qui, de tous, était le plus méritant pour le Califat. Alors, pourquoi vous êtes-vous réfugiés dans le silence ?
Oui, la révolution, la vraie, est synonyme de progrès tant que ses partisans conservent un esprit révolutionnaire et tant qu'ils ne sont pas envahis par le désir de conformité. Car sinon, ils s'écrouleront sous le poids des difficultés et seront indifférents devant des situations problématiques qui requièrent des prises de responsabilité. C'est ainsi que la révolution s'éteindra !
6. Je sais que, avec de telles pensées, vous ne pourrez plus rien faire !
Dans cette partie de son discours, cette brave Dame, grâce à sa profonde vision, envisage l'avenir. Elle interpelle les Ansars et leur dit : Mon but est ici de dire un dernier mot, car je n'ai plus foi en vous. Il est clair que, puisque vous avez décidé de ne rien faire et de garder le silence au sujet du Califat, vous allez aussi observer la même attitude pour ce qui est de Fadak. Mais sachez que mes propos aujourd'hui seront enregistrés dans la mémoire de l'histoire de l'Islam, et que les générations à venir jugeront. Mon intention était, d'autre part, d'ouvrir les portes de mon cœur afin de laisser déverser au dehors le sang qui bout dans ma poitrine, et pour que tout le monde prenne conscience de ma pénible souffrance.
7. Attendez-vous à ce que...
Événements douloureux surviennent
Cette merveilleuse Femme de l'Islam leur fait clairement comprendre qu'il ne leur faut pas croire que leur silence, leur conformisme, la place de spectateurs qu'ils occupent et leur indifférence prendront fin à bon compte pour eux, après qu'ils en auront goûté le fruit amer dans ce bas-monde. Ce fruit n'est autre que la tyrannie de gouvernements despotiques, tels ceux des Beni Omeyyades et des Abbassides, qui ne feront grâce ni aux générations à venir, ni à l'Islam, ni au Coran. Non, il leur faudra aussi expier leurs fautes devant le grand tribunal divin, au jour de la Résurrection.
Avertissement et attente
Il vous avait avertis, moi aussi je vous avertis de tout ce qui risque de vous arriver. Fatimah (Salut sur elle), cette Dame affligée, fille à haute valeur du Prophète (Que la paix soit sur lui), répète dans la toute dernière partie de son discours ce que les Prophètes de Dieu ont dit à propos des tribus rebelles. Tout en voulant les avertir, elle leur dit :
Vous attendez ? Nous aussi attendons !
« Vous attendez ? Nous aussi attendons ! »
Attendez-vous à ce que la famille du Prophète (que la paix soit sur lui) soit soumise à toujours davantage de pressions, et nous, nous attendons aussi de vous voir condamnés à recevoir de douloureux châtiments divins.
Notes
- Riyahine al-Shar'ah, tome 1, page 21.
- Ce hadith a été cité, avec toutefois quelques petites différences, par Sioty dans "Doral Mansour", par Tabari dans "Zakhaer al-Aghabi" et par Ali ben Ibrahim dans son commentaire. À noter que l'Ascension du Prophète eut lieu dans les dernières années de la vie du Prophète (que la paix soit sur lui), alors qu'il était à la Mecque. Cependant, selon certains récits, il apparaît que le Prophète (que la paix soit sur lui) a eu plusieurs ascensions, l'une d'entre elles étant en relation avec la naissance de la Dame de l'Islam, au cours de la cinquième année de la prophétie.
- Il est fait référence à ce hadith dans nombre d'ouvrages sunnites tels que "L'histoire de Bagdad", "Savaegh Ibn Hadjar", "Kmze al-Amar" ainsi que dans beaucoup d'autres.
- Le contenu de ce hadith a été repris par certains savants sunnites dont Tabari dans son livre "Zakhuer al-Aghabi".
- Cf "Fazael al-Khamseh", tome 3, page 127.
- Ce hadith a été rapporté des dizaines de fois par les sunnites ; cf "Ehghagh al-Hagh", tome 10, page 167.
- Cf "Monagheb" de ibn Shahr Ashoub, tome 3, page 320.
- Cf "Fazael al-Khamseh", tome 3, page 132.
- Ce hadith est cité par Klini dans son livre "Kafi" ainsi que par d'autres ulémas sunnites dans des ouvrages tels que "Kanz al-Aâmal" ou "Mysan-e-Eâtedal" et dans d'autres encore.
- Cf "Seyreh" de ibn Hecham, tome 1, page 416.
- Cf "Monagheb", tome 1, page 71.
- Cf "Sahih de Bokhari", tome 5, page 8.
- Il s'agit de la guerre de "Homrâe al-Assad" puisque les infidèles, à mi-chemin, rebroussèrent chemin vers Médine pour aller terminer la bagarre commencée à "Ohoud". Mais Dieu voulut qu'ils s'en retournassent désolés et désespérés ; c'est la raison pour laquelle, lorsqu'ils se retrouvèrent face aux musulmans, vertueux et valeureux, auxquels s'étaient joints les blessés de "Ohoud", ils prirent peur et s'enfuirent.
- Cf "Konouz al-Haghayegh", page 124.
- Cf "Tazkertolkhavas", page 306.
- Cf "Zakhaer al-Aghabi", page 31.
- Cf "Ehghagh al-Hagh", tome 10, page 358.
- Cf "Akhbar al-Doval", page 88.
Notes bibliographiques
Note 19
Cf. Monagheb, tome 3, page 362.
Note 20
Cf. Monagheb d’Ibn Shahr Ashoub, tome 2, page 225.


