Il dit au zindīq (hérétique / libre penseur) lorsque celui-ci l'interrogea : « Qu'est-Il ? » Il répondit : « Il est une chose (shay') contraire aux choses. Par ma parole, je reviens à l'affirmation d'un sens (maʿnā) : Il est une chose selon la réalité de la choséité (ḥaqīqat al-shay'iyya), mais Il n'est ni un corps (jism), ni une forme (ṣūra). Il n'est ni perçu par les sens (lā yuḥass), ni touché (lā yujass), ni appréhendé par les cinq sens. Les imaginations (awhām) ne Le saisissent pas, les siècles (duhūr) ne Le diminuent pas, et les temps (azmān) ne Le modifient pas. » Le questionneur lui dit : « Dis-tu donc qu'Il est Audient et Voyant ? » Il répondit : « Il est Audient et Voyant : Audient sans organe (jāriḥa), Voyant sans instrument (āla). Bien plus, Il entend par Son essence et Il voit par Son essence. Il ne faut pas comprendre de ma parole qu'Il est Audient en entendant par Son essence, et Voyant en voyant par Son essence, que cela signifierait qu'Il est une chose et que l'essence (nafs) serait autre chose. Mais j'ai voulu une expression de ma part, étant interrogé, et une façon de te faire comprendre, étant celui qui interroge. Je dis donc qu'Il est Audient par tout Lui-même, non que le tout de Lui ait une partie. Mais j'ai voulu te faire comprendre et m'exprimer, et ma référence en cela n'est autre que ceci : Il est l'Audient, le Voyant, le Savant (ʿālim), le Bien-Informé (khabīr), sans différence de l'Essence (dhāt) ni différence de sens (maʿnā). » Le questionneur lui dit : « Qu'est-Il donc ? » Abū ʿAbd Allāh (sur lui la paix) répondit : « Il est le Seigneur (rabb), Il est l'Adoré (maʿbūd), et Il est Allah (Allāh). Ma parole « Allah » n'est pas l'affirmation de ces lettres : alif, lām, hā', ni rā', ni bā'. Mais il faut revenir à un sens et à une chose créatrice des choses et les ayant façonnées, et à la qualification de ces lettres. C'est Lui, le sens par lequel on Le nomme « Allah », « al-Raḥmān » (le Très-Miséricordieux), « al-Raḥīm » (le Très-Compatissant), « al-ʿAzīz » (le Puissant), et autres attributs semblables de Ses noms. C'est Lui l'Adoré, gloire et puissance à Lui. » Le questionneur lui dit : « Nous n'avons trouvé d'être imaginé (mawhūm) que créé (makhlūq). » Abū ʿAbd Allāh (sur lui la paix) répondit : « S'il en était comme tu dis, le tawḥīd (Unicité divine) serait aboli de notre part, car nous n'aurions pas été chargés d'autre chose qu'un être imaginé. Mais nous disons : tout être imaginé par les sens, appréhendé par eux, que les sens limitent et représentent, est créé. Car la négation (nafy) est l'annulation (ibṭāl) et le néant (ʿadam) ; la seconde direction est l'assimilation (tashbīh) : l'assimilation est en effet l'attribut du créé, dont la composition et l'agencement (tarkīb wa ta'līf) sont apparents. Il n'y avait donc pas d'alternative à l'affirmation du Créateur (ṣāniʿ), en raison de l'existence des créatures (maṣnūʿīn) et de la nécessité à leur égard qu'elles sont créées, et que leur Créateur est autre qu'elles et n'est pas semblable à elles. Car celui qui leur est semblable leur serait similaire dans la composition et l'agencement apparents, et dans ce qui leur advient : leur contingence (ḥudūth) après qu'elles n'étaient pas, leur passage de la petitesse à la grandeur, de la noirceur à la blancheur, de la force à la faiblesse, et d'autres états existants dont nous n'avons pas besoin d'explication, tant ils sont évidents et présents. » Le questionneur lui dit : « Tu L'as donc limité (ḥadadta) en affirmant Son existence. » Abū ʿAbd Allāh (sur lui la paix) répondit : « Je ne L'ai pas limité, mais je L'ai affirmé, car il n'y a pas de stade intermédiaire entre la négation et l'affirmation. » Le questionneur lui dit : « A-t-Il un « il y a » (inniyya) et une « quiddité » (māhiyya) ? » Il répondit : « Oui. Une chose n'est établie que par une inniyya et une māhiyya. » Le questionneur lui dit : « A-t-Il une modalité (kayfiyya) ? » Il répondit : « Non, car la modalité est la direction de la qualification (ṣifa) et de l'englobement (iḥāṭa). Mais il est nécessaire de sortir de la direction de la dénégation (taʿṭīl) et de l'assimilation (tashbīh). Car celui qui Le nie L'a renié, repoussé Sa seigneurie (rubūbiyya) et L'a anéanti ; celui qui L'assimile à autre que Lui L'a établi avec l'attribut des créatures fabriquées, qui ne méritent pas la seigneurie. Mais il est nécessaire d'affirmer qu'Il a une modalité que nul autre que Lui ne mérite, dans laquelle nul ne partage, qui n'est embrassée (lā yuḥāṭu bihā) et que nul autre que Lui ne connaît. » Le questionneur dit : « S'occupe-t-Il (yuʿānī) des choses par Son essence ? » Abū ʿAbd Allāh (sur lui la paix) répondit : « Il est bien plus élevé que de s'occuper des choses par contact direct (mubāshara) et manipulation (muʿālaja), car cela est l'attribut du créé, pour qui les choses ne viennent que par contact direct et manipulation. Lui est Très-Haut, Sa volonté (irāda) et Son bon plaisir (mashī'a) sont pénétrants, Il fait ce qu'Il veut (faʿʿāl limā yashā'). »