On interrogea l’Imam (ʿalayhi al-salām) : « Comment est la science de Dieu ? » Il dit : Il sait, Il veut, Il décide, Il décrète, Il juge, Il manifeste et exécute ce qu’Il a jugé ; Il juge ce qu’Il a décrété ; Il décrète ce qu’Il a voulu. Par Sa science est la volonté ; par Sa volonté est la décision ; par Sa décision est le décret ; par Son décret est le jugement ; par Son jugement est l’exécution. La science précède la volonté, la volonté vient en second, la décision en troisième ; le décret s’applique au jugement par l’exécution. À Dieu, Béni et Très-Haut, appartient la badā’ (la manifestation d’un nouveau décret) dans ce qu’Il sait, quand Il veut et dans ce qu’Il veut pour le décret des choses. Quand le jugement par exécution survient, il n’y a plus de badā’. La science porte sur le connu avant son existence ; la volonté porte sur la chose créée avant sa réalité ; la décision porte sur l’objet voulu avant sa réalisation ; le décret porte sur ces choses connues avant leur détail et leur mise en œuvre, visibles et réalisées ; le jugement par exécution est la chose finale des actes dotés de corps, perceptibles par les sens, tels que ce qui a couleur, odeur, poids, mesure, tout ce qui marche ou rampe parmi les hommes, les djinns, les oiseaux, les bêtes de proie et autres choses perçues par les sens. À Dieu, Béni et Très-Haut, appartient en cela la badā’ pour ce qui n’a pas encore de réalité ; quand survient la réalité comprise et perçue, il n’y a plus de badā’. Dieu fait ce qu’Il veut. Par la science, Il connaît les choses avant qu’elles soient ; par la volonté, Il connaît leurs attributs et leurs limites et les fait naître avant de les manifester ; par la décision, Il distingue leurs essences dans leurs couleurs, leurs attributs et leurs limites ; par le décret, Il fixe leurs moments et connaît leur début et leur fin ; par le jugement, Il montre aux hommes leurs lieux et les guide vers eux ; par l’exécution, Il explique leurs causes et expose leur situation. Tel est le décret du Puissant, de l’Omniscient. » Muḥammad ibn ʿAlī, l’auteur de ce livre — que Dieu l’assiste dans Son obéissance — dit : La badā’ n’est pas comme le pensent les ignorants, c’est-à-dire un repentir — Dieu est bien au-dessus de cela ! — mais il nous est obligatoire d’affirmer que Dieu — Puissant et Majestueux — possède la badā’. Son sens est qu’Il peut commencer par une chose parmi Ses créatures, la créer avant une autre, puis anéantir cette chose et commencer la création d’une autre ; ou bien ordonner une chose, puis interdire une chose similaire ; ou interdire une chose, puis ordonner une chose similaire à ce qu’Il avait interdit. C’est le cas de l’abrogation des lois religieuses, du changement de la direction de la prière, et du délai de viduité de la femme dont le mari est mort. Dieu n’ordonne jamais à Ses serviteurs une chose en un moment sans savoir que le bien pour eux, en ce moment, est de leur ordonner cela ; et Il sait qu’en un autre moment, le bien pour eux est de leur interdire ce qu’Il leur avait ordonné. Quand ce moment vient, Il leur ordonne ce qui est bon pour eux. Quiconque affirme que Dieu — Puissant et Majestueux — peut faire ce qu’Il veut, anéantir ce qu’Il veut, créer à la place ce qu’Il veut, avancer ce qu’Il veut, retarder ce qu’Il veut, ordonner ce qu’Il veut comme Il veut, celui-là a reconnu la badā’. Rien ne glorifie mieux Dieu — Puissant et Majestueux — que la reconnaissance qu’Il possède la création et le commandement, l’avancement et le retardement, l’établissement de ce qui n’était pas et l’effacement de ce qui a été. La badā’ est une réfutation des juifs, car ils ont dit : « Dieu a achevé l’affaire. » Nous avons dit : « Dieu chaque jour est dans une affaire nouvelle : Il fait vivre, Il fait mourir, Il pourvoit et fait ce qu’Il veut. » La badā’ ne provient pas d’un repentir ; c’est la manifestation d’une chose. Les Arabes disent : « Badā lī shakhṣun fī ṭarīqī » (une personne m’est apparue sur mon chemin), c’est-à-dire qu’elle s’est montrée. Dieu — Puissant et Majestueux — a dit : « Et leur apparut de Dieu ce à quoi ils ne s’attendaient pas » (Coran 39:47), c’est-à-dire que cela leur est apparu. Chaque fois qu’il apparaît à Dieu — dont le souvenir est élevé — qu’un serviteur maintient les liens du sang, Il augmente sa vie ; chaque fois qu’il Lui apparaît qu’il les rompt, Il diminue sa vie ; chaque fois qu’il Lui apparaît qu’un serviteur commet la fornication, Il diminue sa subsistance et sa vie ; chaque fois qu’il Lui apparaît qu’il s’en abstient, Il augmente sa subsistance et sa vie.