Il dit : Je dis à Abū ʿAbd Allāh (Jaʿfar al-Ṣādiq) : Que je sois rançon pour toi ! Que dis-tu d’une terre que je reçois en concession (istiqbāl) du sultan, puis que je donne en location à mes métayers, à condition que, de tout ce que Dieu en fera sortir, il y ait pour moi la moitié, le tiers, moins ou plus ? Est-ce licite ? Il dit : Il n’y a aucun mal à cela. Ismāʿīl, son fils, lui dit alors : Ô mon père, tu n’as pas retenu. Il dit : N’est-ce pas ainsi que je traite mes métayers, ô mon fils ? N’est-ce pas pour cela que je te dis souvent : Reste avec moi, mais tu ne le fais pas ! Ismāʿīl se leva et sortit. Je dis : Que je sois rançon pour toi ! Qu’importe à Ismāʿīl de ne pas rester auprès de toi, puisque, quand tu auras disparu, les choses lui seront confiées après toi, comme les choses te furent confiées après ton père ? Il dit : Ô Fayḍ, Ismāʿīl n’est pas vis-à-vis de moi comme je suis vis-à-vis de mon père. Je dis : Que je sois rançon pour toi ! Je ne doutais pas que les voyageurs (les délégués) se dirigeront vers lui après toi. Mais si ce que nous craignons arrive — et nous demandons à Dieu d’en préserver — vers qui (ira-t-on) ? Il garda le silence. Je baisai son genou et dis : Aie pitié de mes cheveux blancs ! Ce n’est que le Feu ! Par Dieu, si j’espérais mourir avant toi, je ne m’en soucierais pas, mais je crains de te survivre. Il me dit : Reste à ta place. Puis il se leva, alla vers un rideau dans la maison, le souleva, entra, resta un moment, puis m’appela : Ô Fayḍ, entre. J’entrai et le trouvai dans sa mosquée (privée), ayant prié et s’étant détourné de la qibla. Je m’assis devant lui. Alors entra Abū al-Ḥasan Mūsā (Mūsā al-Kāẓim), qui était alors un jeune garçon, une cravache à la main. Il l’assit sur sa cuisse et lui dit : Que mon père et ma mère soient rançon pour toi ! Qu’est-ce que ce fouet dans ta main ? Il dit : Je suis passé devant mon frère ʿAlī, qui l’avait à la main et frappait une bête avec ; je la lui ai arrachée. Alors Abū ʿAbd Allāh me dit : Ô Fayḍ, le Messager de Dieu reçut les Feuillets (ṣuḥuf) d’Abraham et de Moïse, et il les confia à ʿAlī. Puis ʿAlī les confia à al-Ḥasan. Puis al-Ḥasan les confia à al-Ḥusayn, son frère. Puis al-Ḥusayn les confia à ʿAlī ibn al-Ḥusayn. Puis ʿAlī ibn al-Ḥusayn les confia à Muḥammad ibn ʿAlī. Puis mon père me les confia, et elles étaient chez moi. Et voici que j’ai confié cela à mon fils ici présent, malgré son jeune âge, et elles sont chez lui. Je compris ce qu’il voulait et dis : Que je sois rançon pour toi, ajoute-m’en ! Il dit : Ô Fayḍ, mon père, lorsqu’il voulait qu’aucune de ses invocations ne soit repoussée, me faisait asseoir à sa droite et invoquait, puis je disais « Âmîn », et son invocation n’était jamais repoussée. Et ainsi fais-je avec mon fils ici présent. Et hier, à la station (al-mawqif, à ʿArafāt), je t’ai mentionné en bien. (Fayḍ dit :) Je pleurai de joie, puis je lui dis : Ô mon maître, ajoute-m’en ! Il dit : Mon père, lorsqu’il voulait voyager et que j’étais avec lui, s’il s’assoupissait sur sa monture, j’approchais ma monture de la sienne et lui faisais un coussin de mon avant-bras pendant un mile ou deux, jusqu’à ce qu’il ait satisfait son besoin de sommeil. Et ainsi mon fils ici présent agit avec moi. Je lui dis : Ajoute-m’en, que je sois rançon pour toi ! Il dit : Ô Fayḍ, je trouve en ce fils ce que Jacob trouvait en Joseph. Je dis : Mon maître, ajoute-m’en ! Il dit : C’est celui que tu cherchais. Lève-toi et reconnais son droit. Je me levai, baisai sa main et sa tête, et invoquai Dieu pour lui. Abū ʿAbd Allāh dit : Sache qu’il ne m’avait pas été permis la première fois (de te révéler cela). Je dis : Que je sois rançon pour toi ! Dois-je en informer les gens de ta part ? Il dit : Oui, ta famille, tes enfants et tes compagnons. J’avais avec moi ma famille et mes enfants, et parmi mes compagnons se trouvait Yūnus ibn Ẓibyān. Lorsque je les informai, ils remercièrent Dieu pour cela. Yūnus dit : Non, par Dieu, pas avant que je n’entende cela de sa bouche même. Il était impatient, sortit, et je le suivis. Lorsque j’arrivai à la porte, j’entendis Abū ʿAbd Allāh — qui nous avait devancés — dire : Yūnus ! Il en est comme te l’a dit Fayḍ. Tais-toi et accepte. Il dit : J’entends et j’obéis. Puis j’entrai, et Abū ʿAbd Allāh me dit en entrant : Ô Fayḍ, il l’a transpercé, il l’a transpercé (ou : il s’est abstenu, il s’est abstenu ; jeu de mots sur zarqahu : « il lui a lancé une flèche » ou « il l’a transpercé », signifiant qu’il a atteint le but). Je dis : Je l’ai fait.
Je suis entré chez Abū ʿAbd Allāh (l’imam Jaʿfar al-Ṣādiq) alors qu’à sa droite se tenait le seigneur de ses enfants, Mūsā (son fils, le futur imam Mūsā al-Kāẓim), et devant lui une tombe recouverte. Il me dit : « Ô Zurāra, amène-moi Dāwūd ibn Kathīr al-Raqqī, Ḥumrān et Abū Baṣīr. » Al-Mufaḍḍal ibn ʿUmar entra chez lui. Je sortis et fis venir ceux qu’il m’avait ordonné de faire venir. Les gens ne cessèrent d’entrer un par un jusqu’à ce que nous fûmes trente hommes dans la maison. Lorsque l’assemblée fut au complet, il dit : « Ô Dāwūd, découvre pour moi le visage d’Ismāʿīl (son fils aîné). » Il découvrit son visage. Abū ʿAbd Allāh dit : « Ô Dāwūd, est-il vivant ou mort ? » Dāwūd répondit : « Ô mon maître, il est mort. » Il fit alors passer cette question d’homme en homme jusqu’au dernier de l’assemblée, et tous dirent : « Il est mort, ô mon maître. » Il dit : « Ô Allah, sois Témoin. » Puis il ordonna de le laver, de l’embaumer et de l’envelopper dans ses linceuls. Lorsqu’il eut terminé, il dit à al-Mufaḍḍal : « Ô Mufaḍḍal, dévoile son visage. » Il dévoila son visage et demanda : « Est-il vivant ou mort ? » Il répondit : « Mort. » Il dit : « Ô Allah, sois Témoin contre eux. » Ensuite, il fut porté à sa tombe. Quand il fut placé dans sa fosse, il dit : « Ô Mufaḍḍal, découvre son visage », et dit à l’assemblée : « Est-il vivant ou mort ? » Nous lui dîmes : « Mort. » Il dit : « Ô Allah, sois Témoin, et vous aussi, soyez témoins. Car les partisans du faux douteront, voulant éteindre la lumière de Dieu par leurs bouches. » — puis il fit signe vers Mūsā — « Par Dieu, Dieu parachèvera Sa lumière, dussent les associateurs en avoir horreur. » Puis nous jetâmes la terre sur lui. Ensuite, il reprit la parole et dit : « Le mort embaumé, enveloppé dans son linceul, enterré dans cette fosse, qui est-il ? » Nous dîmes : « Ismāʿīl. » Il dit : « Ô Allah, sois Témoin. » Puis il prit la main de Mūsā et dit : « Lui est la Vérité, et la Vérité vient de lui, jusqu’à ce que Dieu hérite de la terre et de ceux qui s’y trouvent. Par Dieu, votre compagnon (l’imam caché, le Qāʾim) apparaîtra certainement à vous, et il n’y aura sur son cou l’allégeance à personne. Mais votre compagnon n’apparaîtra pas avant que même les gens de certitude en doutent. Dis : C’est une nouvelle immense de laquelle vous vous détournez. » (Coran 38:67-68)