À propos de Sa parole : « Guide-nous vers le droit chemin » (al-Fātiḥa, 1:6), il dit : « Maintiens-nous Ta grâce par laquelle nous T'avons obéi dans nos jours passés, afin que nous T'obéissions de même dans le reste de notre vie. Le droit chemin est de deux sortes : un chemin en ce monde et un chemin dans l'au-delà. Quant au droit chemin en ce monde, c'est ce qui est en deçà de l'exagération (ghulūw) et au-dessus du manquement (taqsīr), qui est droit et ne dévie vers aucune forme de fausseté. Quant à l'autre voie, c'est la voie des croyants vers le Paradis, qui est droite : ils ne dévient pas du Paradis vers le Feu ni vers autre chose que le Paradis. » Il dit : « Et Jaʿfar ibn Muhammad al-Ṣādiq – que la paix soit sur eux deux – a dit, à propos de la parole de Dieu – qu'Il soit exalté et glorifié – « Guide-nous vers le droit chemin » : Il dit : “Guide-nous vers le droit chemin”, c'est-à-dire : dirige-nous pour nous attacher à la voie qui mène à Ton amour, qui conduit à Ta religion, et qui nous empêche de suivre nos passions et de périr, ou de prendre nos opinions personnelles et d'être anéantis. » Puis il – que la paix soit sur lui – dit : « Celui qui suit sa passion et s'admire de son opinion est comparable à un homme dont j'avais entendu la lie du peuple vanter et médire, et j'aimai le rencontrer sans qu'il me connaît, pour juger de sa valeur et de sa position. Je le vis entouré d'une foule nombreuse de la lie du peuple. Je m'arrêtai à l'écart, enveloppé d'un voile, l'observant ainsi que son entourage. Il ne cessa de ruser avec eux, jusqu'à ce qu'il prît un chemin différent du leur, les quittant sans s'arrêter. La populace se dispersa pour ses besoins, et je le suivis en traçant ses pas. Peu après, il passa devant un boulanger, le distrayant, il vola deux pains de sa boutique. J'en fus étonné, puis je me dis : “Peut-être s'agit-il d'une transaction.” Puis il passa devant un marchand de grenades, et ne cessa de le distraire jusqu'à ce qu'il vola deux grenades. J'en fus étonné, puis je me dis : “Peut-être s'agit-il d'une transaction.” Puis je me dis : “Quel besoin a-t-il alors de voler ?” Je ne cessai de le suivre jusqu'à ce qu'il passât devant un malade, déposa les deux pains et les deux grenades devant lui, et s'en alla. Je le suivis jusqu'à ce qu'il s'arrêtât dans un lieu désert. Je lui dis : “Ô serviteur de Dieu, j'ai entendu parler de toi et j'ai aimé te rencontrer ; je t'ai rencontré, mais j'ai vu de toi ce qui trouble mon cœur ! Je vais t'interroger à ce sujet pour que ce trouble disparaisse.” Il dit : “Qu'est-ce donc ?” Je dis : “Je t'ai vu passer devant un boulanger et voler deux pains, puis devant un marchand de grenades et voler deux grenades !” Il me dit : “Avant toute chose, dis-moi qui tu es ?” Je dis : “Un homme issu des enfants d'Adam – que la paix soit sur lui –, de la communauté de Muhammad – que Dieu prie sur lui et sur sa Famille.” Il dit : “Dis-moi qui tu es ?” Je dis : “Un homme issu des Gens de la Maison du Messager de Dieu – que Dieu prie sur lui et sur sa Famille.” Il dit : “Où est ta ville ?” Je dis : “Médine.” Il dit : “Serais-tu Jaʿfar ibn Muhammad ibn ʿAlī ibn al-Ḥusayn ibn ʿAlī ibn Abī Ṭālib – que les bénédictions de Dieu soient sur eux ?” Je dis : “Oui.” Il me dit alors : “À quoi te sert la noblesse de ton origine, avec ton ignorance de ce par quoi tu as été honoré, et ton abandon de la science de ton grand-père et de ton père, au point que tu ne reconnais pas ce qui mérite d'être loué et glorifié chez son auteur ?” Je dis : “Qu'est-ce donc ?” Il dit : “Le Coran, le Livre de Dieu !” Je dis : “Qu'est-ce que j'en ai ignoré ?” Il dit : “La parole de Dieu – qu'Il soit exalté et glorifié : « Quiconque vient avec une bonne action aura dix fois son équivalent, et quiconque vient avec une mauvaise action ne sera rétribué que par son équivalent » (al-Anʿām, 6:160). Lorsque j'ai volé les deux pains, c'étaient deux mauvaises actions ; lorsque j'ai volé les deux grenades, c'étaient deux mauvaises actions ; voilà quatre mauvaises actions. Lorsque j'ai fait l'aumône de chacune d'elles, j'ai eu par elles quarante bonnes actions. On retranche de quarante bonnes actions quatre pour quatre mauvaises actions ; il me reste trente-six bonnes actions.” Je dis : “Que ta mère te perde ! C'est toi l'ignorant du Livre de Dieu ! N'as-tu pas entendu qu'Il – qu'Il soit exalté et glorifié – dit : « Dieu n'accepte que de la part des pieux » (al-Māʾida, 5:27) ? Lorsque tu as volé deux pains, c'étaient deux mauvaises actions ; lorsque tu as volé deux grenades, c'étaient aussi deux mauvaises actions ; lorsque tu les as donnés à d'autres que leurs propriétaires, sans l'ordre de leurs propriétaires, tu n'as fait qu'ajouter quatre mauvaises actions à quatre mauvaises actions, et tu n'as pas ajouté quarante bonnes actions à quatre mauvaises actions.” Il se mit alors à me regarder fixement, et je m'en allai, le laissant. » Al-Ṣādiq – que la paix soit sur lui – dit : « C'est par une telle interprétation (taʾwīl) odieuse et forcée qu'ils égarent et sont égarés. C'est du même ordre que l'interprétation de Muʿāwiya – que Dieu le maudisse – lorsqu'il tua ʿAmmār ibn Yāsir – que Dieu lui fasse miséricorde. Les flancs de beaucoup de gens tremblèrent, et ils dirent : “Le Messager de Dieu – que Dieu prie sur lui et sur sa Famille – a dit : ‘ʿAmmār sera tué par le groupe injuste.’” ʿAmr entra chez Muʿāwiya – que Dieu le maudisse – et dit : “Ô Commandeur des croyants, les gens se sont soulevés et sont troublés.” Il dit : “Pourquoi ?” Il dit : “ʿAmmār a été tué.” Muʿāwiya – que Dieu le maudisse – dit : “ʿAmmār a été tué, et alors ?” Il dit : “Le Messager de Dieu – que Dieu prie sur lui et sur sa Famille – n'a-t-il pas dit : ‘ʿAmmār sera tué par le groupe injuste’ ?” Muʿāwiya – que Dieu le maudisse – lui dit : “Tu glisses dans ta parole ! Est-ce nous qui l'avons tué ? C'est ʿAlī ibn Abī Ṭālib qui l'a tué, lorsqu'il l'a jeté entre nos lances !” Cette parole parvint à ʿAlī ibn Abī Ṭālib – que la paix soit sur lui –, qui dit : “Alors, le Messager de Dieu – que Dieu prie sur lui et sur sa Famille – aurait tué Ḥamza, lorsqu'il l'a jeté entre les lances des polythéistes !” » Puis al-Ṣādiq – que la paix soit sur lui – dit : « Bienheureux ceux qui sont comme le Messager de Dieu – que Dieu prie sur lui et sur sa Famille – a dit : “Cette science sera portée, à chaque génération, par des gens qui en sont les adversaires, et qui en repoussent la falsification des exagérateurs (ghālūn), l'usurpation des falsificateurs (mubṭilūn) et l'interprétation des ignorants (jāhilūn).” »
à propos de la parole de Dieu — qu'Il soit glorifié et exalté — : « Le chemin de ceux que Tu as comblés de bienfaits » : c'est-à-dire dites : « Guide-nous vers le chemin de ceux que Tu as comblés de bienfaits par la faveur de T'obéir et de Te servir », et ce sont ceux dont Dieu — qu'Il soit glorifié et exalté — a dit : « Et quiconque obéit à Dieu et au Messager, ceux-là seront avec ceux que Dieu a comblés de bienfaits parmi les Prophètes, les véridiques, les martyrs et les vertueux. Quels bons compagnons que ceux-là ! » Et ceci a été rapporté exactement de la part du Commandeur des croyants (ʿAlī, que la paix soit sur lui) qui a dit : Ensuite il a dit : Ceux qui sont comblés de bienfaits ne le sont pas par la richesse ni par la santé du corps, bien que tout cela soit une grâce manifeste de Dieu. Ne voyez-vous pas que ces gens peuvent être mécréants ou pervers ? Vous n'avez donc pas été exhortés à prier pour être guidés vers leur chemin. Vous avez seulement reçu l'ordre de prier pour être guidés vers le chemin de ceux qui ont été comblés de bienfaits par la foi en Dieu, par la confirmation de Son Messager, par la walāya (autorité spirituelle) de Muhammad et de sa Famille purifiée, de ses Compagnons vertueux et élus, par la pieuse dissimulation (taqiyya) excellente par laquelle on est sauvé du mal des serviteurs de Dieu, et par laquelle on évite d'augmenter les péchés des ennemis de Dieu et leur mécréance, en les ménageant sans leur causer de tort par ta nuisance ni par celle des croyants, et par la connaissance des droits des frères croyants. Car il n'est aucun serviteur ou servante qui prenne pour alliés Muhammad et la Famille de Muhammad (que la paix soit sur eux) et se déclare ennemi de leurs ennemis sans s'être ainsi ménagé une forteresse imprenable et un rempart inexpugnable contre le châtiment de Dieu. Et il n'est aucun serviteur ou servante qui ménage les serviteurs de Dieu, pratiquant une excellente dissimulation (mudārāt) sans tomber par là dans le faux ni délaisser le vrai, sans que Dieu — qu'Il soit glorifié et exalté — ne fasse de lui-même une louange, ne purifie son œuvre, ne lui donne la perspicacité pour taire notre secret et supporter la colère de ce qu'il entend de nos ennemis, et ne lui accorde la récompense de celui qui se vautre dans son sang pour la cause de Dieu. Et il n'est aucun serviteur qui prenne sur lui d'assumer les droits de ses frères, leur donne leurs droits de toute sa force, leur offre ce dont il est capable, se contente d'eux en pardonnant leurs fautes, renonce à exiger des comptes sur leurs faux pas et les leur pardonne, sans que Dieu ne lui dise au jour où il Le rencontrera : « Ô Mon serviteur, tu as acquitté les droits de tes frères et tu n'as pas été exigeant envers eux concernant ce que tu avais sur eux ; et Moi, Je suis plus généreux, plus noble et plus digne de faire comme toi en matière d'indulgence et de largesse. Aujourd'hui, Je te rétribuerai selon le droit que Je t'ai promis, Je t'ajouterai de Ma grâce abondante et Je ne serai pas exigeant envers toi pour tes manquements à certains de Mes droits. » Il a dit : Ainsi Il les fait rejoindre Muhammad et sa Famille, et les place parmi l'élite de leurs partisans (shīʿa). Ensuite il a dit : Le Messager de Dieu (que Dieu prie sur lui et sa Famille) a dit un jour à l'un de ses Compagnons : « Ô serviteur de Dieu, aime pour Dieu, hais pour Dieu, prends pour allié pour Dieu, déclare-toi ennemi pour Dieu, car on n'obtient l'alliance (walāya) de Dieu que par cela. Et nul homme ne goûtera la saveur de la foi, même s'il multiplie ses prières et ses jeunes, avant d'être ainsi. Or la fraternité entre les gens, aujourd'hui, est pour la plupart fondée sur ce bas monde ; c'est sur cela qu'ils s'aiment et c'est sur cela qu'ils se haïssent, et cela ne leur servira à rien auprès de Dieu. » L'homme dit : « Ô Messager de Dieu, comment puis-je savoir que j'ai aimé et hai pour Dieu, et qui est l'allié de Dieu pour que je le prenne pour allié, et qui est Son ennemi pour que je le prenne pour ennemi ? » Alors le Messager de Dieu (que Dieu prie sur lui et sa Famille) montra du doigt ʿAlī (que la paix soit sur lui) et dit : « Vois-tu celui-ci ? » Il répondit : « Oui. » Il dit : « L'allié de celui-ci est l'allié de Dieu, prends-le donc pour allié. L'ennemi de celui-ci est l'ennemi de Dieu, déclare-le donc ennemi. Prends pour allié l'allié de celui-ci, même s'il a tué ton père et ton fils ; déclare-toi ennemi de l'ennemi de celui-ci, même s'il est ton père ou ton fils. »