al-imane

Histoire des Premiers Temps de l'Islam

السيرة النبوية

Histoire des Premiers Temps de l'Islam

Par Safdar Hussein

Traduit et annoté par Abbas Ahmad al-Bostani — De la naissance du Prophète Muḥammad ﷺ au califat de ʿAlî ibn Abî Ṭâlib.

Vie du Prophète Mohammad ﷺ

L'AUTEUR

L'AUTEUR

Sayyed Safdar Hussayn, fils de Sayyed Ahmad 'Alî, vit le jour en 1868. Son héritage familial était déjà empreint de prestige, car son grand-père, Sayyed Bahadur 'Alî, jouissait d'une réputation bien établie en tant que calligraphe renommé de son temps. Ce dernier avait quitté le Punjab pour Awadh durant le règne du Maharadjah Ranjit Singh, cherchant refuge auprès de Mirza Nasir-ud-Din Hyder, le Roi d'Awadh, en 1828.

Sayyed Safdar Hussayn, après avoir réussi son "Middle Examination", entama sa carrière en tant qu'instituteur à la "Government Jubilee High School" de Lucknow, aujourd'hui connue sous le nom de Jubilee Degree College. Il y enseigna pendant quatre à cinq ans avant de rejoindre le "Lucknow Collectorate". En 1897, ses compétences furent reconnues par le gouvernement britannique qui le nomma "Mir-Munshi" à Kaboul, un poste qu'il occupa avec diligence pendant plus de trois ans. Par la suite, il continua son service en tant qu'agent politique dans la même ville, y restant environ deux années supplémentaires. C'est à Kaboul qu'il entreprit la rédaction de son ouvrage majeur, "Histoire des Premiers Temps de l'Islam".

À son retour d'Afghanistan, il fut nommé Tehsildar Adjoint et, peu après, promu Tehsildar. Cependant, son aversion pour les pratiques féodales oppressives le poussa à demander un changement de poste, ne pouvant tolérer les injustices infligées aux locataires pauvres par les propriétaires terriens. En réponse à sa requête, il fut transféré au département de la Régie, puis promu Collecteur à UNNAO (U.P.). Il quitta ce poste pour se consacrer entièrement à la recherche islamique.

Sayyed Safdar Hussayn écrivit initialement un livre volumineux en ourdou. Toutefois, sur les conseils de ses amis, Sayyed Kazim Hussayn et 'Alî Jalal-ud-Din, il choisit de rédiger en anglais "The Early History of Islam", le titre anglais du présent ouvrage. Doté de qualités de cœur et d'esprit par la Providence, il était connu pour sa bienveillance et sa noblesse envers ses proches. Régulièrement, il prélevait une somme conséquente de son salaire pour soutenir ses proches dans le besoin. Même après sa retraite, il continua d'aider plusieurs familles de veuves et d'orphelins.

M. Chahîd 'Alî, le petit-fils de l'auteur, relate un événement marquant survenu alors que Sayyed Safdar Hussayn finalisait le manuscrit de son livre. Durant cette période, il portait des lunettes, mais une nuit, il fit un rêve où le Saint Prophète (Que la paix soit sur lui et sur sa famille) lui demandait de les ôter. Le lendemain matin, il s'exécuta et remarqua une amélioration notable de sa vue. Il ne remit plus jamais de lunettes jusqu'à sa mort.

Sayyed Safdar Hussayn s'éteignit en février 1949, à l'âge de quatre-vingt-un ans, des suites d'une attaque cardiaque. Qu'Allah bénisse son âme noble et généreuse.

Vie du Prophète Mohammad ﷺ

L'Ancienne et la Nouvelle Arabie

L'Ancienne et la Nouvelle Arabie

L'Arabie, terre où naquit notre Maître Mohammad, le Prophète d'Allâh, est le berceau d'une religion qui compte aujourd'hui parmi ses fidèles plus d'un cinquième de la population mondiale. Cette vaste péninsule, située à l'ouest de l'Asie, est délimitée par plusieurs régions et mers. Au nord, elle est bordée par l'Asie Mineure et la Syrie, tandis qu'à l'est, l'Euphrate et le Golfe Persique forment ses frontières naturelles. Au sud, c'est la Mer Arabique qui l'enlace, et à l'ouest, la Mer Rouge trace ses contours.

Autrefois, l'Arabie était divisée en trois grandes régions distinctes. D'abord, il y avait l'Arabie Felix, une étendue fertile longeant le littoral, englobant les côtes ouest et sud-ouest, où la terre était généreuse et propice à l'agriculture. Ensuite, l'Arabie Petraea, une région rocheuse qui s'étendait sur toute la partie nord-ouest, se distinguait par ses formations géologiques escarpées. Enfin, l'Arabie désertique, un vaste désert sablonneux, occupait tout l'intérieur de la péninsule, offrant un paysage aride et impitoyable.

Aujourd'hui, les géographes modernes ont redéfini ces territoires en sept provinces distinctes. Le Hijâz, ou Hidjâz, est l'une d'elles, suivi du Yémen, une région aux riches traditions historiques. Hadhramawt, connue pour ses vallées et ses plateaux, et Oman, également appelé le Royaume de Muscat, avec ses côtes baignées par la mer. L'Arabie Centrale, ou le Royaume de Najd, forme le cœur de la péninsule. L'Irak, qui s'étend le long de la frontière de la Perse, et enfin, le Bahreïn, constitué des provinces situées tout au long du Golfe Persique, complètent cette division géographique moderne.

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La Terre Sainte

La Terre Sainte

La province de Hijâz, située au cœur de la péninsule arabique, est vénérée sous le nom de Terre Sainte ou encore de Terre de Pèlerinage. Cette région doit sa renommée et son importance aux lieux saints qu'elle abrite, des sites sacrés qui attirent des pèlerins depuis des temps immémoriaux. Au sein de cette province se trouve La Mecque, également désignée sous le nom de Beqâ' dans le Coran. La Mecque est considérée comme la plus ancienne cité du monde, ou du moins, l'une des plus anciennes selon l'avis général.

La renommée de La Mecque est indissociable de son édifice sacré, la Ka'bah. Ce sanctuaire est un lieu de rassemblement majeur depuis l'époque du prophète Ibrâhîm et de son fils Ismâ'îl, qui ont érigé ce sanctuaire vénéré. Ibrâhîm fut le premier à inviter les gens à venir visiter la Maison Sacrée, établissant ainsi une tradition qui perdure à travers les âges.

La tradition nous enseigne que La Mecque est le centre d'un pèlerinage annuel, attirant des gens de toute l'Arabie et des pays voisins. Ce rassemblement spirituel remonte à des époques si lointaines qu'elles semblent se perdre dans les brumes de l'histoire, probablement depuis l'appel initial d'Ibrâhîm. Ainsi, la Terre Sainte continue d'être un lieu de convergence pour les fidèles, unissant les cœurs et les esprits dans une quête de spiritualité et de dévotion.

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Le Hajj

Le Hajj

La Ka'bah, cet édifice sacré et vénéré, a toujours occupé une place centrale dans le cœur des croyants, constituant un grand centre religieux à travers les âges. Se rendre à cet endroit saint et accomplir les rites qui lui sont associés a toujours été considéré comme un devoir sacré pour les fidèles. Aujourd'hui encore, la Ka'bah continue d'inspirer révérence et dévotion à l'ensemble de la Ummah islamique.

Le Saint Coran souligne l'importance de ce lieu en déclarant : «Oui, la première maison fondée pour les gens est bien celle de la Mecque: elle est bénie et elle sert de Direction aux mondes. On y trouve des signes évidents et le lieu de station d'Ibrâhîm. Quiconque y pénètre sera en sécurité. Il incombe aux gens, ceux qui en ont les moyens d'aller, pour Allâh, en pèlerinage à la Maison.» (Sourate Âle 'Imrân, 3: 96-97). De plus, il est dit : «Appelle les gens au Pèlerinage: ils viendront par des chemins encaissés.» (Sourate al-Hajj, 22: 27).

Le Hajj, ce pèlerinage sacré, doit être accompli au mois de Thilhaj, le dernier mois du calendrier de l'hégire. C'est durant cette période que le Hajj al-Akbar, ou le Pèlerinage Majeur, est réalisé, incluant un séjour à 'Arafât, une petite éminence de roches granitiques nichée dans une vallée à environ quinze kilomètres à l'est de la Mecque. Ce pèlerinage est obligatoire pour chaque Musulman, sauf en cas d'excuse légale. En revanche, le Hajj accompli à d'autres moments de l'année, sans la visite à 'Arafât, est appelé 'Omrah ou Hajj al-Açghar, le Pèlerinage Mineur.

La 'Omrah peut être effectuée à tout moment de l'année, bien qu'elle soit particulièrement recommandée durant le mois de Rajab, le septième mois du calendrier hégirien. En revanche, le Hajj doit impérativement être accompli au mois de Thilhaj.

La Mecque, en plus d'être le centre de ces pèlerinages, est également célèbre pour être le lieu de naissance du Saint Prophète Mohammad. Médine, quant à elle, est devenue la deuxième ville la plus importante après la Mecque, car elle fut le lieu de résidence du Prophète et abrite son tombeau. Ainsi, ces deux villes sacrées continuent de briller dans l'histoire islamique, attirant des millions de fidèles chaque année.

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Le Territoire Sacré et les Mois Sacrés

Le Territoire Sacré et les Mois Sacrés

La Mecque, ce lieu empreint de spiritualité et de dévotion, est entourée d'un territoire qui s'étend sur plusieurs kilomètres et qui tire son caractère sacré de la présence majestueuse de la Ka'bah. Ce territoire, connu sous le nom de "Haram", est un espace où règne une atmosphère de piété et de respect.

Les mois de Zhilqa'd, Thilhaj, Moharram et Rajab, eux aussi, ont été désignés comme sacrés, probablement depuis l'époque où l'édifice vénéré fut érigé. Cette sacralité est confirmée par le verset coranique qui déclare : « Oui, le nombre des mois, pour Allâh, est de douze mois (inscrits) dans le Livre d'Allâh, depuis le jour où IL créa les cieux et la terre. Quatre d'entre eux sont sacrés » (Sourate al-Tawbah, 9:36).

Durant ces quatre mois empreints de sainteté, toutes les formes d'hostilité étaient strictement interdites. Les activités belliqueuses et les conflits tribaux devaient être suspendus, et une amnistie générale régnait sur toute l'Arabie. Cela permettait aux pèlerins de converger en toute sécurité de toutes les régions vers la Mecque, unissant les cœurs dans une quête commune de spiritualité.

Parallèlement, une foire animée se tenait à 'Okâdh, dans la périphérie de la Mecque. Cet événement était l'occasion de diverses festivités où les poètes déclamaient leurs œuvres magistrales, les marchands s'affairaient à leurs transactions commerciales, et les athlètes démontraient leurs talents à travers des exploits impressionnants. Les visiteurs, venus pour le pèlerinage, trouvaient également un intérêt certain dans ce grand marché de 'Okâdh, profitant ainsi des multiples avantages offerts par les mois sacrés.

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Le Peuple et sa Religion

Le Peuple et sa Religion

Les Arabes modernes, dans leur riche diversité, trouvent leurs racines dans deux grandes lignées ancestrales. La première, celle de Qahtân, également connu sous le nom de Jactân, remonte à l'époque de Nouh. Les descendants de cette lignée sont appelés les 'Arab-al-'Arib. La seconde lignée, celle de 'Adnân, trouve son origine chez Ismâ'îl, le fils d'Ibrâhîm, et ses descendants sont connus sous le nom de 'Arab Mostariba. C'est autour de la vénérable Ka'bah que ces derniers s'établirent, et c'est de cette noble souche que naquit Mohammad, le Saint Prophète.

À l'origine, les Arabes avaient foi en un Dieu unique. Cependant, à l'époque où le Prophète Mohammad vit le jour, leur religion s'était transformée, glissant vers le polythéisme, le culte des étoiles et le fétichisme. Ils vénéraient une multitude de divinités, chaque secte ou tribu ayant son propre dieu particulier. Les idoles étaient omniprésentes, trônant dans chaque foyer, où elles recevaient les hommages de leurs adorateurs, qui cherchaient à s'assurer de leur bienveillance et à éviter leur courroux.

Malgré cette prolifération de divinités, les Arabes conservaient une vague notion d'un Être Suprême, qu'ils appelaient Allâh. Cet Être était perçu comme étant au-dessus de toutes les autres divinités. C'est à Allâh qu'ils prêtaient serment et c'est en Son Nom (Bismuka Allâhumma) qu'ils concluaient leurs conventions et traités. En effet, les dieux inférieurs étaient souvent associés à des factions spécifiques, et il n'était donc pas approprié de les invoquer dans des affaires d'intérêt commun. Ainsi, la nécessité d'un Dieu universel se faisait sentir.

Welhausen, un érudit de renom, observe que « l'adoration d'Allâh venait en dernier lieu. Les dieux préférés étaient ceux qui représentaient les intérêts d'un cercle particulier et qui satisfaisaient les désirs de leurs adorateurs ». Les Arabes adoraient également les anges, qu'ils considéraient comme des déesses, c'est-à-dire, les épouses ou les filles de Dieu. Ils représentaient leurs images et leur rendaient un hommage divin.

Parmi ces divinités, Al-Lat se distinguait, une immense image de granit gris, principale idole de la tribu de Thaqif à Tâ'if. Al-'Uzza, quant à elle, était un bloc de granit, long de quelque six mètres, vénéré comme l'une des épouses du Dieu Suprême. Hobal, une autre idole de grande taille, à l'apparence humaine, avait été importée de Syrie et installée avec ostentation dans un lieu d'honneur à la Ka'bah. Là, un grand nombre d'idoles étaient consacrées, ainsi que des images d'Ibrâhîm et d'Ismâ'îl, chacun tenant dans ses mains des flèches divinatoires.

Telle était la situation religieuse des Arabes avant que le Prophète Mohammad ne se lève parmi eux pour prêcher la doctrine du monothéisme. Il prônait une vie droite et intègre et insistait sur l'idée de la responsabilité à assumer le Jour du Jugement. Cette mission allait profondément transformer la spiritualité de son peuple.

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L'Époque de l'Ignorance

L'Époque de l'Ignorance

L'époque du polythéisme, des conflits tribaux, de l'infanticide
etc... qui prévalaient tous dans l'ensemble de l'Arabie avant la
venue du Prophète Mohammad, fut appelée par ce dernier, l'époque
de l'Ignorance.

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LES ANCÊTRES DU PROPHÈTE

LES ANCÊTRES DU PROPHÈTE

Pour aborder la venue du Prophète Mohammad, il est essentiel de plonger dans l'histoire de ses ancêtres, les Hâchimites. Cette exploration nous permet de mieux comprendre leurs origines et leurs antécédents. Les Hâchimites, en effet, sont reconnus comme les véritables Isma'îlites. Ils descendent de Kinânah, qui est le septième descendant en ligne directe de 'Adnân. 'Adnân lui-même est un descendant d'Ismâ'îl, le fils du grand Prophète Ibrâhîm.

Dans cette lignée prestigieuse, Fihr, le remarquable arrière-petit-fils de Kinânah, est connu sous le nom de Quraych. De ce nom, Quraych, émergea une vingtaine de familles ou clans. Tous les membres de ces clans se désignaient sous le nom de Quraychites, ou plus simplement, Quraych. Afin de distinguer une famille ou un clan des autres, chaque groupe portait le nom de son chef éminent, bien qu'ils soient tous, individuellement et collectivement, des Quraychites.

Ainsi, les descendants de Hâchim, un Quraychite de renom, sont appelés les Banî Hâchim. De même, ceux issus de Ummayyah, qui était le fils du frère jumeau de Hâchim, portent le nom de Banî Omayyah. Cette structure familiale complexe et riche en histoire offre un aperçu fascinant des racines du Prophète Mohammad et de la lignée Quraychite.

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L'Ascendance du Prophète

L'Ascendance du Prophète

Mohammad, le Prophète de l'Islam, est issu de la noble tribu de Banî Hâshim. Cette lignée prestigieuse le relie directement à 'Adnân, qui est lui-même un descendant d'Ismâ'îl, le fils béni du prophète Ibrâhîm. Cette généalogie illustre la profondeur historique et spirituelle de l'ascendance du Prophète, qui se déploie à travers les générations avec une continuité remarquable.

La lignée commence avec Mohammad, fils de 'Abdullâh, lui-même fils de 'Abdul-Muttalib. Ensuite, elle remonte à Hâshim, puis à 'Abd-Manâf, et continue avec Quçay. Chaque nom évoque une figure respectée et influente dans l'histoire de la tribu. La généalogie se poursuit avec Kelab, Morrah, et Ka'b, chacun ayant joué un rôle dans la préservation et la transmission de cet héritage.

La lignée se prolonge avec Lu'ay, Ghâlib, et Fihr, également connu sous le nom de Quraych, une figure centrale qui a donné son nom à la tribu du Prophète. Puis viennent Mâlik, Nazâr, et Kinânah, dont les contributions ont renforcé la stature de la lignée. Khazima, Modrika, et Ilyâs suivent, chacun ajoutant une pierre à l'édifice de cette noble ascendance.

La généalogie continue avec Modhar, Nazâr, Ma'd, et enfin Adnân, qui relie cette lignée directement à Ismâ'îl, le fils d'Ibrâhîm. Cette continuité ancestrale témoigne de l'importance de la descendance dans la culture islamique, reliant le Prophète à une longue lignée de prophètes et de figures historiques vénérées.

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Les Antécédents

Les Antécédents

Quçay, figure éminente de l'histoire de la Mecque, était le grand-père de Hâchim et se distinguait comme le sixième descendant en ligne directe de Fihr. Il occupait une position de prestige en tant que Cheikh de la Mecque et chef du territoire environnant. Quçay était investi de cinq privilèges prestigieux en tant que gardien de la Ka'bah, chacun d'eux conférant une responsabilité particulière.

Le premier de ces privilèges était le Hijâbah, qui lui donnait la possession des clés et le contrôle du Sanctuaire sacré. Le deuxième, la Siqâyah et la Rifâdah, lui accordait le droit et le devoir de fournir boisson et nourriture aux pèlerins, un rôle crucial pour le bien-être des visiteurs de la Mecque. Le troisième privilège, la Qiyâdah, lui conférait le commandement des troupes en temps de guerre, une responsabilité militaire essentielle. Le quatrième, le Liwâ', lui permettait d'attacher la bannière à la Hampe et de la présenter au porte-étendard, symbolisant l'autorité et l'unité. Enfin, le cinquième privilège, le Dâr-al-Nadwah, lui donnait la présidence du Conseil, une position de pouvoir décisionnel.

Les ordres de Quçay étaient d'une souveraineté incontestée, et ces fonctions prestigieuses furent plus tard héritées par ses petits-fils : Hâchim, né en 442 après Jésus-Christ, al-Muttalib, Nawfal, et 'Abd Chams. Parmi eux, Hâchim reçut la responsabilité de fournir boisson et nourriture aux pèlerins. Sa richesse lui permettait de s'acquitter de cette tâche avec une générosité digne d'un prince, offrant aux pèlerins une hospitalité somptueuse qui le rendit célèbre dans toute l'Arabie.

La réputation de Hâchim fut encore renforcée par sa charité dévouée au bien public, notamment durant une famine qui dura trois ans à la Mecque. Sa popularité en sortit grandie. En outre, Hâchim joua un rôle crucial dans l'organisation des expéditions commerciales de son peuple. Chaque hiver, il envoyait une caravane vers le Yémen et l'Éthiopie, tandis qu'une autre prenait la route de Ghaza, d'Angora et d'autres centres commerciaux en Syrie, durant l'été. Ces expéditions commerciales étaient essentielles à la prospérité économique de la région.

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La Jalousie de Omayyah

La Jalousie de Omayyah

La renommée de Hâchim ne cessait de croître, ses succès éclatants illuminant tout ce qu'il entreprenait. Cette ascension fulgurante éveilla une jalousie sourde chez son frère jumeau, 'Abd Chams, et chez le fils de ce dernier, Omayyah. Bien que ces derniers fussent indéniablement riches, ils ne parvenaient pas à égaler Hâchim dans la sagesse de ses actions. Au lieu de consacrer leur fortune à des entreprises utiles, ils s'efforçaient de se montrer excessivement généreux devant leurs proches, ce qui, au fil du temps, les rendit ridicules aux yeux des Quraych. Ces derniers observaient leurs vains efforts avec un mépris à peine dissimulé.

La jalousie d'Omayyah, alimentée par cet échec à surpasser Hâchim, grandit au point qu'il en vint à défier ouvertement ce dernier. Il proposa une épreuve de supériorité, espérant ainsi prouver sa valeur. Hâchim, conscient de la différence d'âge et de dignité qui le séparait d'Omayyah, préférait éviter un tel affrontement. Mais les Quraych, friands de ces duels de prestige, ne lui laissèrent pas l'opportunité de se dérober. Ainsi, Hâchim accepta le défi, posant toutefois des conditions : le perdant devrait offrir cinquante chameaux aux yeux noirs et s'exiler de La Mecque pendant dix ans.

Un devin Khozâïte fut choisi comme arbitre impartial pour trancher ce litige. Après avoir attentivement écouté les prétentions des deux adversaires, il proclama Hâchim vainqueur. Fidèle à sa parole, Hâchim prit les cinquante chameaux, les abattit et partagea leur viande avec toutes les personnes présentes, témoignant ainsi de sa générosité.

Quant à Omayyah, il tint sa promesse et quitta La Mecque pour s'exiler en Syrie durant dix longues années. C'est ainsi que naquit la rivalité entre les Omayyades et les Hâchimites, une querelle ancestrale qui, au fil des générations, allait causer des ravages parmi les Hâchimites, les descendants du Prophète, et leurs partisans. Cette inimitié marqua profondément l'histoire, laissant une empreinte indélébile sur les relations entre ces deux clans.

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Comment Chayba al-Hamd fut appelé 'Abdul- Muttalib

Comment Chayba al-Hamd fut appelé 'Abdul- Muttalib

À l'époque où Hâchim quitta ce monde, aux alentours de l'année 510 après J.C., son fils n'était encore qu'un jeune garçon. Ce dernier se trouvait alors à Médine, loin de la Mecque, en compagnie de sa mère, Salma Bint 'Amr. Salma était une femme de distinction appartenant aux Banî Najjâr, un clan de la tribu de Khazrah. Avant de partir, Hâchim avait confié ses responsabilités à son frère al-Muttalib, en lui donnant des instructions claires pour qu'il les transmette à son fils lorsque le moment serait venu.

Al-Muttalib, fidèle à la confiance que son frère avait placée en lui, s'acquitta de ses devoirs avec une telle magnificence qu'il fut surnommé al-Faydh, signifiant "le Munificent". Pendant ce temps, à Médine, Chayba al-Hamd, ainsi nommé en raison de ses cheveux d'enfant prématurément blancs, grandissait sous l'œil attentif de sa mère veuve.

Un jour, al-Muttalib décida de ramener son jeune neveu à la Mecque. En arrivant, les habitants de la ville furent intrigués par le jeune homme qui l'accompagnait. Leurs regards curieux et admiratifs les conduisirent à supposer que le garçon était un esclave d'une grande beauté. Ils s'exclamèrent à l'adresse d'al-Muttalib : « Quelle belle affaire tu as faite ! »

Al-Muttalib, avec patience et fierté, leur expliqua que ce jeune garçon n'était autre que son neveu, Chayba, le fils de Hâchim. En entendant cela, les Mecquois examinèrent attentivement les traits du jeune garçon et s'accordèrent à dire qu'il était le portrait craché de son père défunt, Hâchim. Cet événement marquant fut à l'origine du surnom 'Abdul-Muttalib, signifiant "l'esclave de Muttalib", qui resta attaché à Chayba pour le reste de sa vie. C'est ainsi que le fils de Hâchim devint définitivement connu sous ce nom.

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L'Usurpation des Droits de 'Abdul-Muttalib

L'Usurpation des Droits de 'Abdul-Muttalib

Dans le cœur de la péninsule arabique, un incident marquant se déroula, révélant les tensions sous-jacentes entre les familles influentes de l'époque. Cet événement illustre parfaitement les sentiments hostiles qu'Omayyah nourrissait envers les Hâchimites. À la suite du décès de Hâchim, al-Muttalib, son frère, s'employa à transférer les responsabilités et les fonctions de Hâchim à son fils, conformément aux dernières volontés du défunt. Toutefois, durant cette période de transition, al-Muttalib continua de gérer les affaires courantes de la famille.

Malheureusement, le destin voulut qu'al-Muttalib ne vive pas longtemps après cette transmission. Sa disparition laissa le jeune 'Abdul-Muttalib face à un avenir incertain, bien qu'il eût deux oncles, 'Abd Chams et Nawfal, qui auraient pu le soutenir. Cependant, la bienveillance ne faisait pas partie des intentions de 'Abd Chams à l'égard de son neveu. En effet, les quatre fils de 'Abd Manâf se retrouvèrent divisés en deux factions distinctes et opposées : d'un côté, Hâchim et al-Muttalib, et de l'autre, 'Abd Chams et Nawfal.

Profitant de la jeunesse et de l'inexpérience de 'Abdul-Muttalib, Nawfal, sous l'influence et à l'instigation de 'Abd Chams, s'empara des droits qui revenaient légitimement à son neveu. Cette usurpation des droits de 'Abdul-Muttalib par Nawfal aurait pu perdurer si ce dernier n'avait été contraint de reculer. En effet, les proches parents maternels de 'Abdul-Muttalib, alertés par la situation, vinrent de Médine pour lui prêter main-forte, rétablissant ainsi l'équilibre des pouvoirs et assurant à 'Abdul-Muttalib la récupération de ses droits légitimes.

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Le Vu de 'Abdul-Muttalib. Le Puits de Zam-Zam

Le Vu de 'Abdul-Muttalib. Le Puits de Zam-Zam

Ainsi, solidement installé dans sa fonction d'entretien des pèlerins, 'Abdul-Muttalib s'appliqua avec dévouement à sa tâche pendant de nombreuses années. Cependant, il se trouvait dans une position de faiblesse, dépourvu de la force et de l'influence nécessaires pour affronter la faction contestataire des Quraych. Avec pour seul soutien un fils unique, il peinait à faire face aux familles puissantes et nombreuses de ses opposants. Ressentant profondément cette infériorité, il fit le vœu solennel de sacrifier un de ses fils à la Divinité s'il venait à en avoir plusieurs. Sa prière fut exaucée, et il se mit à avoir des fils, l'un après l'autre. Parallèlement, la fortune commença à lui sourire.

C'est alors qu'il reçut en vision un ordre divin : celui de creuser le puits de Zam-Zam, comblé depuis des siècles et dont l'emplacement exact avait été oublié. Déterminé, 'Abdul-Muttalib entreprit des recherches minutieuses pour retrouver le site du puits, situé à proximité de la Ka'bah. Ses efforts furent récompensés lorsqu'il finit par découvrir les traces des anciens travaux de maçonnerie. Aidé de son fils Hârith, le seul de ses enfants déjà adulte, 'Abdul-Muttalib creusa avec persévérance, malgré l'opposition des Quraych. Finalement, il découvrit les deux "Ghazelles" dorées, ainsi que des épées et des armures complètes, enterrées là depuis plus de trois siècles par le roi 'Amr Ibn Hârith. Ainsi, le puits de Zam-Zam fut redécouvert.

Lorsque l'eau fraîche et abondante jaillit du puits, ce fut un triomphe pour 'Abdul-Muttalib. Jusque-là, l'eau était puisée dans des puits éparpillés à travers la Mecque et emmagasinée dans des citernes près de la Ka'bah, pour être mise à la disposition des pèlerins. Mais désormais, tous les autres puits furent délaissés, et seul celui de Zam-Zam fut utilisé, en raison du goût agréable et de la pureté exceptionnelle de son eau.

L'origine de Zam-Zam reste entourée de mystère. Selon la tradition, l'eau se mit à jaillir du sol pour la première fois sous les talons de l'enfant Ismâ'îl, dont le père, Ibrâhîm, avait émigré avec sa mère Hagar dans cette terre aride. Hagar, désespérée et assoiffée, courait avec ardeur d'un point à l'autre, à la poursuite des mirages des sables mouvants, cherchant désespérément de l'eau pour étancher sa soif. C'est ainsi que ce puits devint sacré. Par la suite, il acquit une sainteté supplémentaire en partageant le caractère sacré de la Ka'bah et de ses rites.

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'Abdul-Muttalib Tient sa Promesse

'Abdul-Muttalib Tient sa Promesse

Les années s'écoulèrent lentement, et 'Abdul-Muttalib, le patriarche respecté, vit enfin son vœu se réaliser : il était entouré du nombre de fils qu'il avait tant espéré. Chaque jour qui passait lui rappelait le serment audacieux qu'il avait prononcé dans un moment de solitude et de trouble. Fidèle à sa parole, il conduisit ses fils à la Ka'bah, ce lieu sacré, pour tirer au sort celui d'entre eux qui serait destiné au sacrifice.

Le sort, implacable, désigna 'Abdullâh, le fils le plus cher au cœur de 'Abdul-Muttalib. 'Abdullâh, reconnu pour sa beauté et son honnêteté, était le joyau de la jeunesse arabe. La douleur de 'Abdul-Muttalib fut immense, mais il savait qu'il devait honorer sa promesse, même si cela signifiait sacrifier son fils bien-aimé. Le sacrifice devait se faire avec le couteau sacrificatoire, un acte lourd de sens et de tradition.

Face à cette perspective déchirante, les six filles de 'Abdul-Muttalib pleurèrent intensément et supplièrent leur père de considérer une alternative. Elles proposèrent de tirer au sort entre 'Abdullâh et dix chameaux, qui représentaient le prix habituel pour racheter la vie d'un homme. Si Dieu acceptait ce rachat, 'Abdullâh serait sauvé. Le sort fut tiré, mais à la grande déception de la famille, il désigna encore 'Abdullâh.

Déterminé à sauver son fils, 'Abdul-Muttalib répéta le tirage, ajoutant dix chameaux supplémentaires à chaque fois. Pourtant, à chaque tentative, le sort semblait inexorablement exiger le sacrifice du jeune homme. Ce n'est qu'au dixième tirage, lorsque la rançon atteignit cent chameaux, que le sort tomba enfin sur ces derniers. Pour s'assurer de la volonté divine, 'Abdul-Muttalib répéta le tirage au sort trois fois, et chaque fois, le sort désigna les chameaux.

Soulagé, 'Abdul-Muttalib égorgea joyeusement les cent chameaux entre Çafâ et Marwah, et organisa un grand festin pour les habitants de la Mecque. C'est ce même 'Abdullâh qui deviendra plus tard le père du Saint Prophète Mohammad. Ainsi, le sacrifice du père du Prophète, tout comme celui de son ancêtre Ismâ'îl, fut annulé, mais il présageait un sacrifice encore plus grand que la postérité du Prophète Mohammad accomplirait à Karbalâ'. « Et nous avons racheté son fils par un plus grand sacrifice » (Sourate al-Çaffât, 37:108).

Dès lors, le renom et l'influence de 'Abdul-Muttalib commencèrent à s'étendre. Sa grande famille, composée de treize fils puissants, renforça sa dignité. Il devint, et resta jusqu'à sa mort, le chef virtuel de la Mecque. Les fonctions prestigieuses de Siqâyah et de Rifâdah, qui conféraient le privilège exclusif de fournir l'eau et la nourriture aux pèlerins, assurèrent aux Hâchimites une influence considérable et durable. Sous la direction avisée de Hâchim, d'al-Muttalib et enfin de 'Abdul-Muttalib, ce dernier fut reconnu, tout comme son père Hâchim avant lui, comme le chef des Cheikhs de la Mecque.

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La Jalousie des Omayyades

La Jalousie des Omayyades

La branche des 'Abd Chams, riche de ses relations nombreuses et puissantes, poursuivait inlassablement ses manœuvres contre les Hâchimites. Elle s'efforçait, par tous les moyens, de crier à l'hérésie et à l'impiété pour évincer ces derniers de la garde sacrée de la Ka'bah. Inspiré par l'exemple de son père, Harb, fils d'Omayyah, tenta de déloger 'Abdul-Muttalib de sa position en le défiant ouvertement. Il espérait ainsi prouver sa supériorité et occuper le poste tant convoité.

Cependant, à sa grande déception, l'arbitre chargé de trancher cette querelle prononça un jugement en faveur de 'Abdul-Muttalib, le confirmant comme le détenteur légitime de cette fonction prestigieuse. Face à cet échec cuisant, Harb fut humilié et se retira de la société de ses adversaires, rongé par l'amertume.

Cet incident ne fit qu'ajouter une cause supplémentaire à la haine intense qui brûlait dans le cœur des Omayyades contre les Hâchimites. Plus tard, d'autres événements, plus graves encore, vinrent attiser les flammes de cette animosité. Les Omayyades, se sentant suffisamment puissants, nourrissaient des désirs de vengeance.

À cette époque, Harb, fils d'Omayyah, était le chef incontesté des Omayyades. Il avait déjà acquis le poste de commandant pendant une guerre qui avait grandement contribué à son ascension sociale. En outre, Harb était un homme d'affaires prospère, ce qui le rendait non seulement riche, mais aussi extrêmement influent.

Vie du Prophète Mohammad ﷺ

LA NAISSANCE DU PROPHÈTE MOHAMMAD ET LES QUARANTE PREMIÈRES ANNÉES DE SA VIE

LA NAISSANCE DU PROPHÈTE MOHAMMAD ET LES QUARANTE PREMIÈRES ANNÉES DE SA VIE

Durant la vie d'Abdul-Muttalib, il était unanimement reconnu comme le véritable chef de la Mecque. Sa disparition marqua cependant un tournant, car aucun leader puissant ne se manifesta parmi les Hâchimites pour prendre sa relève. Son fils aîné, Hârith, avait déjà quitté ce monde, laissant un vide derrière lui. Zubayr, étant le plus âgé des fils restants, hérita des responsabilités de son père. Toutefois, il transmit rapidement ces charges à Abû Tâlib. Ce dernier, en raison de sa pauvreté, ne pouvait assumer la lourde tâche de pourvoir en eau et en nourriture les nombreux pèlerins. Il se résolut alors à céder ce droit à 'Abbâs, qui, bien que plus âgé que Hamzah, jouissait d'une plus grande aisance financière.

Abû Lahab, malgré son âge supérieur à celui de ses frères, n'entretint pas de bonnes relations avec eux. Ses liens étroits avec les Omayyades, renforcés par son mariage avec la fille de Harb, le mettaient en opposition avec sa propre famille. Cependant, même al-'Abbâs, à qui les responsabilités avaient été confiées, se montra incapable de gérer les deux fonctions héritées de son père. Par conséquent, la Rifâdah échappa à la famille, tombant entre les mains de leurs rivaux. Al-'Abbâs conserva néanmoins la Siqâyah, qui impliquait la gestion du puits de Zam-Zam, et il maintint cette charge jusqu'à l'avènement de l'Islam. Le Prophète, reconnaissant son dévouement, confirma al-'Abbâs dans cette fonction, qu'il transmit ensuite à sa descendance.

Ainsi, la position de la famille de Hâchim s'éroda progressivement, tandis que leurs rivaux, les Omayyades, sous la direction de Harb, fils d'Omayyah, gravissaient les échelons du pouvoir avec une ambition dévorante. Cette situation perdura jusqu'à ce que le Prophète conquît la Mecque, environ cinquante ans plus tard, marquant ainsi un tournant décisif dans l'histoire de la région.

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Lieu et Date de Naissance

Lieu et Date de Naissance

Le Prophète de l'Islam, Mohammad (Que la paix soit sur lui et sur sa sainte famille), vit le jour dans la ville sacrée de la Mecque. Sa naissance coïncide avec une année marquée par un événement mémorable : l'expédition menée par Abraha B. al-Achram, le vice-roi éthiopien du Yémen, de confession chrétienne. Ce dernier avait pour dessein de détruire la Ka'bah, un acte qui allait marquer profondément l'histoire de la péninsule arabique. Cette année fut ainsi désignée sous le nom de 'Âm al-Fîl, ou l'Année de l'Éléphant, en référence à l'expédition elle-même, car c'est à cette occasion que les Arabes virent pour la première fois un éléphant, créature impressionnante et étrangère à leurs contrées.

Les envahisseurs de cette expédition sont évoqués dans le Coran sous l'appellation de "Açhâb al-Fil", signifiant "les Gens de l'Éléphant". Leur sort tragique est décrit dans les versets sacrés : « N'as-tu pas vu comment ton Seigneur a traité les hommes de l'Éléphant? N'a-t-IL pas détourné leur stratagème, envoyé contre eux des bandes d'oiseaux qui leur lançaient des pierres d'argile? IL les a ensuite rendus semblables à des tiges de céréales qui auraient été mâchées » (Sourate al-Fîl, 105: 1-5). Ainsi, par la Colère Divine, ces envahisseurs périrent, marquant à jamais cette année d'un sceau divin.

Quarante-cinq ou cinquante-cinq jours après cette expédition, un vendredi béni, dans une maison connue sous le nom de Che'b Abî Tâlib, naquit le saint enfant. Concernant la date exacte de sa naissance, un débat persiste entre les différentes traditions islamiques. Les Chiites considèrent le 17 Rabî' al-Awwal comme la date la plus probable, tandis que les Sunnites préfèrent le 12 Rabî' al-Awwal. Cependant, ni au sein des Shî'ites ni parmi les Sunnites, il n'existe de consensus absolu sur cette date précise. Selon le calendrier chrétien, l'historien Cassin de Perceival propose le 29 août 570 après Jésus-Christ comme date de naissance du Saint Prophète.

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Le Nom

Le Nom

Âminah, la mère de Mohammad, traversait sa grossesse sans ressentir la moindre gêne ni la lourdeur habituelle qui accompagne souvent cet état. Ignorante de sa condition, elle découvrit qu'elle était enceinte à travers une vision. Plus tard, un rêve vint habiter ses nuits, où un ange lui apparut, lui suggérant de donner à son enfant le nom d'Ahmad ou de Mohammad. Ces songes la troublaient, et pour se prémunir contre leurs effets néfastes, on lui conseilla de porter un médaillon de fer, qu'elle conserva jusqu'à la naissance de son fils.

Le destin de Mohammad était déjà inscrit dans une tradition prophétique. En effet, son ancêtre Ismâ'îl avait reçu son nom de manière similaire, tout comme d'autres prophètes avant lui. Dans la Genèse, il est dit : «L'Ange du Seigneur lui dit: "Voici que tu es enceinte et tu enfanteras un fils. Tu l'appelleras du nom d'Ismâ'îl, car le Seigneur a entendu ton affliction"» (Genèse XVI-11). De même, Dieu annonça à Abraham : «C'est Sarah, ta femme, qui t'enfantera un fils et tu l'appelleras du nom de Isaac» (Genèse XVII-19). Et dans l'Évangile selon Matthieu, il est écrit : «Tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus» (St. Matthieu, I-2).

À la naissance de Mohammad, un messager fut promptement envoyé à 'Abdul-Muttalib pour lui annoncer la joyeuse nouvelle. L'enfant béni avait apporté avec lui une lumière soudaine qui illumina tout l'endroit. 'Abdul-Muttalib, débordant de joie, se précipita pour accueillir l'enfant, le prit tendrement dans ses bras et l'emmena à la Ka'bah. Là, il remercia Dieu pour ce précieux cadeau et lui donna le nom de Mohammad, signifiant en arabe "Celui qui est loué". Ce nom, prédestiné, se révéla prophétique lorsque Mohammad reçut sa mission divine, étant identifié comme le Paraclet promis, comme mentionné dans le Nouveau Testament : «Le Nouveau Testament», Jean, XIV-26, XVI-27.

Sept jours après cette naissance bénie, 'Abdul-Muttalib organisa un festin somptueux pour célébrer cet heureux événement. La joie et l'éclat de cette fête marquèrent les esprits, honorant ainsi l'arrivée de celui qui allait changer le cours de l'histoire.

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La Mort de 'Abdullâh

La Mort de 'Abdullâh

Le destin tragique de 'Abdullâh, père de Mohammad, fils de 'Abdul-Muttalib, se dessina bien avant que son fils ne voie le jour. 'Abdullâh, jeune homme de vingt-cinq ans, n'eut pas la chance d'assister à la naissance de son enfant. Alors que sa femme était enceinte, il entreprit un voyage d'affaires vers la Syrie, un périple qui devait s'avérer fatal.

Sur le chemin du retour, la maladie le frappa avec une telle sévérité qu'il fut contraint de s'arrêter à Médine. Là, il trouva refuge auprès des proches parents maternels de son père. La caravane, ne pouvant attendre, poursuivit sa route, laissant 'Abdullâh derrière elle. Lorsque la nouvelle de sa maladie parvint à 'Abdul-Muttalib, ce dernier, inquiet, dépêcha son fils Hârith pour ramener 'Abdullâh à la Mecque. Hélas, le temps joua contre eux. À son arrivée, Hârith ne put que constater le décès de son frère bien-aimé et rapporter la triste nouvelle à sa famille, plongeant leur maison dans un profond deuil.

Cette perte fut d'autant plus cruelle pour 'Abdul-Muttalib, qui chérissait 'Abdullâh pour ses traits et ses talents uniques, des qualités qui le distinguaient de ses autres fils. Le chagrin de cette disparition prématurée ne s'arrêta pas là. La jeune épouse de 'Abdullâh, tout juste mariée, fut profondément affectée par la mort de son époux. La douleur de cette perte pesa lourdement sur elle, au point de compromettre sa santé. Bien que l'enfant qu'elle portait fût une source de réconfort, le chagrin tarit la fontaine de ses seins, l'empêchant d'allaiter son nouveau-né. Ainsi, la vie de 'Abdullâh s'éteignit, laissant derrière lui un héritage de tristesse et un fils qui allait changer le cours de l'histoire.

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L'Allaitement de Mohammad

L'Allaitement de Mohammad

Dans les premiers jours de sa vie, le jeune Mohammad fut confié à Thawbiyyah, une servante d'Abou Lahab, son oncle. Cette période d'allaitement chez Thawbiyyah fut brève, mais elle marqua le début des soins qui allaient façonner son enfance.

Par la suite, Mohammad fut pris en charge par Halîmah, une femme bédouine au grand cœur. Halîmah appartenait à la tribu des Banu Sa'd, réputée pour être l'une des plus nobles parmi les Bédouins. Ces derniers habitaient les hauteurs au sud de Tâ'if, une région connue pour sa beauté et sa tranquillité. Dans la tradition de ces femmes bédouines, il était courant d'allaiter les enfants des citadins, et Halîmah, grâce à sa situation relativement aisée, fut en mesure d'accueillir Mohammad parmi les siens.

Contrairement aux autres tribus bédouines, souvent engagées dans des conflits incessants, Halîmah et sa famille vécurent en paix durant toute la période où elle s'occupa de Mohammad. Pendant environ cinq ans, elle veilla sur lui avec une attention et un amour constants, lui offrant un environnement serein et sécurisant.

Lorsque Mohammad atteignit l'âge où il n'avait plus besoin des soins d'une nourrice, Halîmah, bien que peinée de devoir se séparer de lui, le ramena à sa mère, Âminah. C'est avec un profond regret qu'elle se résigna à rendre cet enfant qu'elle avait élevé avec tant de tendresse et d'affection.

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La Mort de Âminah

La Mort de Âminah

Peu après l'année 575 ap. J.-C., Âminah entreprit un voyage vers Médine. Elle souhaitait présenter son fils, le jeune Mohammad, aux proches parents maternels de son défunt mari. Pour ce périple, elle était accompagnée de Mohammad lui-même et de Um Aymân, la fidèle servante de son mari disparu. Cependant, au-delà de cette visite familiale, Âminah avait un désir profond et personnel : elle voulait apaiser son cœur tourmenté en rendant hommage à la tombe de son époux, enterré sous un monticule de terre à Médine.

Le séjour à Médine fut bref, ne durant qu'environ un mois. Durant ce temps, Âminah ressentit une faiblesse croissante dans son cœur, un signe avant-coureur de son état de santé déclinant. Consciente de sa condition, elle prit la décision de retourner à la Mecque. Malheureusement, le destin en décida autrement. Sur le chemin du retour, Âminah succomba à sa maladie à Abwa, un endroit situé à mi-chemin entre Médine et la Mecque. C'est là qu'elle fut enterrée, laissant derrière elle son fils orphelin.

Um Aymân, avec une détermination empreinte de tristesse, ramena le jeune Mohammad à la Mecque. Là, il fut confié aux soins attentifs de son grand-père, 'Abdul-Muttalib. Cet homme, qui avait atteint l'âge vénérable de quatre-vingts ans, accueillit Mohammad avec une tendresse infinie. Malgré son âge avancé, 'Abdul-Muttalib veilla sur son petit-fils avec amour et dévouement. Quant à Um Aymân, elle continua à jouer le rôle de nourrice pour le jeune garçon, assurant ainsi une continuité dans les soins et l'affection qu'il recevait. À ce moment de sa vie, Mohammad n'avait que six ans, mais il était entouré d'un amour profond et protecteur.

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La Mort de 'Abdul-Muttalib

La Mort de 'Abdul-Muttalib

La garde bienveillante et protectrice de 'Abdul-Muttalib ne dura, hélas, qu'une brève période d'environ deux ans. En l'an 578 de notre ère, il quitta ce monde, laissant derrière lui son petit-fils bien-aimé, Mohammad, qui n'était alors qu'un jeune orphelin âgé de huit ans. Cette disparition fut un coup dur pour le jeune garçon, qui ressentit profondément cette perte. Le jour des funérailles, Mohammad suivit le cortège funèbre, les yeux embués de larmes, exprimant ainsi toute la douleur et la tristesse qui l'habitaient face à la disparition de son grand-père.

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A la Garde d'Abû Tâlib

A la Garde d'Abû Tâlib

Alors qu'il gisait sur son lit d'agonie, 'Abdul-Muttalib, le grand-père bienveillant de Mohammad, sentit que le moment était venu de faire ses adieux au jeune garçon. Dans un geste empreint de tendresse, il embrassa Mohammad pour la dernière fois, conscient de l'importance de cet instant. Confiant l'avenir de l'enfant à son fils Abû Tâlib, demi-frère du père de Mohammad par leur mère commune, il lui fit une demande solennelle. Il lui enjoignit de prendre soin de l'orphelin avec autant de tendresse et de dévouement que s'il s'agissait de son propre fils. Dans ses dernières paroles, il exprima son souhait avec une profonde conviction : « Ils doivent prendre soin de ce beau petit garçon : rien dans leur famille n'est plus précieux que lui. »

Abû Tâlib, touché par cette responsabilité sacrée, promit avec une affection sincère de veiller sur Mohammad. Son engagement ne fut pas de vaines paroles, car son comportement ultérieur témoigna de sa fidélité à cette promesse. Il chérissait l'enfant avec une tendresse inébranlable, veillant à ce qu'il dorme toujours près de lui, au chevet de son propre lit. Partout où Abû Tâlib se rendait, Mohammad l'accompagnait, formant un duo inséparable. Cette relation étroite et protectrice perdura jusqu'à ce que Mohammad atteigne l'âge de vingt ans environ.

Le dévouement d'Abû Tâlib envers Mohammad durant sa jeunesse fut exemplaire, tout comme la protection qu'il lui assura face à l'hostilité croissante des Quraych, un sujet qui sera exploré plus en détail ultérieurement. Sa femme, Fâtimah Bint Asad, mère de 'Alî, partageait cette affection inébranlable pour Mohammad. Elle le considérait comme son propre fils, lui prodiguant une tendresse maternelle qui ne connaissait pas de limites.

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Le Voyage de Mohammad en Syrie

Le Voyage de Mohammad en Syrie

Un jour, Abû Tâlib, oncle bienveillant de Mohammad, prit la décision d'entreprendre un voyage d'affaires en Syrie, en l'an 528 après J.-C. Son intention initiale était de laisser le jeune Mohammad à la Mecque, pensant que le voyage serait trop ardu pour lui. Cependant, Mohammad, refusant de se séparer de son oncle bien-aimé, s'accrocha à lui avec une telle détermination que cela toucha profondément Abû Tâlib. Ne pouvant supporter de le voir pleurer, il céda finalement et accepta d'emmener l'enfant avec lui dans cette aventure vers la Syrie.

Au cours de ce périple, la caravane fit une halte à Bostra, dernière étape avant la destination finale. Là, Abû Tâlib se reposa à proximité d'une église habitée par des moines nestoriens. Parmi eux se trouvait un moine du nom de Boheira, également connu sous le nom de Sergius. Ce dernier remarqua un phénomène singulier : un nuage semblait suivre Mohammad, le protégeant de son ombre bienveillante.

Intrigué par cette vision, Boheira s'approcha de Mohammad, qui s'était assis sous un arbre. À cet instant, l'arbre se pencha comme pour saluer respectueusement l'enfant. Observant attentivement, Boheira examina les traits de Mohammad et découvrit un signe distinctif : une marque semblable à un grand grain de beauté, de la taille d'un œuf de pigeon, située entre ses deux épaules. Ce signe, connu comme le sceau de sa Mission Divine, ainsi que d'autres indices visibles sur son visage, convainquirent Boheira qu'il se trouvait en présence de celui que les Écritures annonçaient comme le futur Prophète.

Après avoir longuement médité et contemplé cette révélation, Boheira s'adressa à Abû Tâlib. Il lui conseilla avec insistance de protéger Mohammad des nombreux dangers qui, selon lui, l'attendaient. Ces menaces, prédit-il, viendraient de son propre peuple, celui-là même dont il était destiné à devenir le Sauveur.

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La Disposition d'Esprit de Mohammad

La Disposition d'Esprit de Mohammad

Mohammad, dès sa naissance, fut immergé dans un univers empreint de spiritualité et de sacralité. Issu de la famille sacerdotale qui veillait sur le sanctuaire vénéré de la Ka'bah, il grandit au cœur d'un environnement où la piété et le respect des traditions religieuses étaient au centre de la vie quotidienne. Doté naturellement d'un esprit réfléchi et contemplatif, il fut profondément influencé par l'ordre et la bienséance qui régnaient dans la maison de son oncle, Abû Tâlib.

Les offrandes pieuses et les prières ferventes, régulièrement effectuées par lui-même et ses proches, renforçaient cette atmosphère de dévotion. Chaque rite sacré était observé avec une attention scrupuleuse, témoignant d'un profond respect pour les traditions ancestrales. Mais c'était surtout l'aura sacrée et majestueuse du Sanctuaire qui imprimait en lui une impression indélébile.

Ce cadre solennel et impressionnant éveilla en Mohammad une inclination naturelle vers la dévotion, nourrissant en lui une connexion intime avec l'Omnipotent et Omniprésent Seigneur. Cette disposition d'esprit, façonnée par son environnement et ses expériences, devint un pilier central de sa personnalité et de sa vie spirituelle.

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La Guerre de Sacrilège (585 ap. J. -C.)

La Guerre de Sacrilège (585 ap. J. -C.)

À l'époque où Mohammad avait atteint l'âge de quatorze ou quinze ans, une période de tumulte s'installa dans la péninsule arabique. Un conflit tribal, prenant des proportions considérables, éclata entre deux puissantes tribus : les Banî Kinânah et les Banî Hawâzin. Ce conflit, bien plus qu'une simple querelle tribale, marqua profondément la jeunesse de Mohammad, car il fut contraint de s'engager à deux reprises pour prêter main-forte à son oncle Zubayr, un homme respecté et influent.

La particularité de cette guerre résidait dans le fait qu'elle se déroulait durant les mois sacrés, une période traditionnellement vouée à la paix et au respect, et sur un territoire lui-même sacré. Ces mois étaient habituellement consacrés à la trêve et à la sécurité, mais cette fois-ci, les hostilités ne purent être contenues. Le conflit, ponctué d'engagements sporadiques et violents, s'étendit sur une période d'environ neuf ans, laissant une empreinte indélébile sur les mémoires de ceux qui y participèrent.

Ce chapitre tumultueux de l'histoire fut désigné sous le nom de Fujâr, ou la "Guerre sacrilège", en raison de la violation flagrante des lois sacrées de la guerre et du temps de paix. Cette appellation reflète l'ampleur de la transgression et l'intensité des combats qui marquèrent cette époque.

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Hilf al-Fudhûl (595 ap. J. -C.)

Hilf al-Fudhûl (595 ap. J. -C.)

Mohammad, doté d'une nature profondément compatissante, ressentait une douleur intense face aux terribles injustices qui se déroulaient sous ses yeux. Ces actes cruels, souvent commis par ses propres concitoyens, ciblaient les personnes sans défense. Son cœur, empreint de miséricorde, ne pouvait rester insensible à de telles souffrances. Il nourrissait donc un désir ardent de corriger ces comportements déplorables et de cultiver chez ses semblables la crainte de Dieu. Avec une détermination inébranlable, il œuvrait sans relâche pour atteindre cet objectif.

À seulement vingt ans, animé par ces nobles sentiments, Mohammad aspira à prendre des mesures concrètes pour éradiquer la violence et l'injustice qui gangrenaient sa société. C'est dans ce contexte que Zubayr, le plus âgé des fils survivants de 'Abdul-Muttalib, prit l'initiative de former une ligue. Son but était de convaincre les principales tribus de Quraych de s'engager, par un serment solennel, à défendre la justice pour les plus faibles.

Les Hâchimites, les Banû Zohrah et les Banû Taym répondirent à cet appel. Ensemble, ils prêtèrent serment de se dresser en défenseurs des opprimés, veillant à ce qu'aucune injustice ne reste impunie et que les revendications des victimes soient pleinement satisfaites. Ce serment, connu sous le nom de Hilf al-Fudhûl, devint un outil précieux, non seulement pour prévenir la violence, mais aussi pour restaurer la justice.

Quelques années plus tard, Mohammad se remémorait avec fierté l'initiative qu'il avait lui-même contribué à lancer. Cette initiative, prise dans la maison de 'Abdullâh B. Jod'ân, visait à mettre un terme à la violence et à l'oppression. Le souvenir de la création de la Ligue du Serment demeurait pour lui une source de satisfaction et de bonheur, témoignant de son engagement précoce en faveur de la justice et de la paix.

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Al-Amîn

Al-Amîn

Sous la tutelle bienveillante de son oncle Abû Tâlib, un homme reconnu pour ses compétences exceptionnelles dans le domaine du commerce, Mohammad acquit une connaissance approfondie et une précieuse expérience des transactions commerciales effectuées par caravanes. Sa réputation grandit rapidement parmi ceux qui avaient eu le privilège de le côtoyer, tant et si bien que plusieurs commerçants, séduits par ses qualités, décidèrent de l'engager comme leur représentant pour mener à bien leurs affaires commerciales.

Mohammad s'acquitta de cette tâche avec un succès retentissant, au point que son intelligence vive et sa capacité à gérer les affaires suscitèrent l'étonnement et l'admiration de tous. Sa réputation d'honnêteté était telle que ceux qui traitaient avec lui en ressortaient pleinement satisfaits. La Mecque tout entière ne tarissait pas d'éloges à son sujet, louant sa véracité, sa droiture morale, et son intégrité dans la conduite des affaires. La confiance qu'il inspirait était totale et sans réserve.

Le caractère irréprochable de ce jeune homme discret, allié à sa conduite honorable, lui valut le respect unanime de ses concitoyens. C'est ainsi qu'il se vit attribuer le titre prestigieux d'Al-Amîn, "Le Digne de confiance", un surnom qui résumait à lui seul l'estime et la considération dont il jouissait auprès de tous.

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Khadîjah (595 A. -J.)

Khadîjah (595 A. -J.)

La réputation de droiture et d'intégrité de Mohammad parvint jusqu'aux oreilles de Khadîjah, une noble dame de la tribu Quraych de la Mecque. Khadîjah était la fille de Khuwaylid, lui-même fils d'Asad, descendant direct de Quçay. Cette femme de haute lignée, dotée d'une richesse considérable, gérait ses propres affaires commerciales. Elle possédait des caravanes qui parcouraient les routes marchandes, conduites par ses esclaves et serviteurs. Cependant, elle avait besoin d'un homme de confiance pour mener ces voyages en son nom.

C'est ainsi qu'elle envoya un message à Mohammad par l'intermédiaire de Khozaymah Ibn al-Hakam, un ami de Mohammad et parent de Khadîjah. Elle lui proposa une rémunération double de celle pratiquée à l'époque. Mohammad accepta cette offre avec l'approbation de son oncle, Abû Tâlib, et entra ainsi au service de Khadîjah. Il prit la tête d'une caravane commerciale en direction de Bostra, sur la route de Damas, accompagné de Maysarah, un serviteur de Khadîjah.

Durant le voyage vers Bostra, Maysarah fut témoin d'un phénomène étrange et fascinant : un nuage semblait ombrager Mohammad, le protégeant de la chaleur accablante du jour. Étonné par cette vision, Maysarah s'empressa de raconter cet événement à Khadîjah à leur retour. Parvenu à destination, Mohammad fit preuve d'une grande habileté dans ses transactions commerciales avec les marchands syriens, réussissant à doubler les bénéfices habituels des marchandises de Khadîjah.

Selon un récit, avant de conclure la vente des marchandises, Mohammad eut un différend avec un acheteur potentiel. Ce dernier exigeait que Mohammad prête serment par les déesses mecquoises, Lât et 'Uzza. Mohammad refusa catégoriquement, démontrant ainsi qu'il n'avait jamais cru aux idoles. Après avoir vendu les marchandises de Khadîjah et acquis les articles qu'elle désirait, Mohammad reprit le chemin de la Mecque avec Maysarah. À l'approche de la ville, Maysarah, reconnaissant, persuada Mohammad de prendre la tête de la caravane à partir de Marr-al-Tzohran et d'annoncer lui-même à Khadîjah le succès de leurs transactions.

Khadîjah, entourée de ses servantes, était assise à l'étage supérieur de sa demeure, un lieu encore connu et vénéré sous le nom de "Mawled Fâtimah", le lieu de naissance de Fâtimah, la Dame de Lumière, situé au nord-est de la Ka'bah. Elle guettait l'arrivée de la caravane, lorsqu'elle aperçut au loin un chameau s'avançant rapidement. À mesure qu'il se rapprochait, elle reconnut Mohammad, rayonnant de beauté, son visage illuminé et protégé du soleil par un nuage. Elle fut éblouie par sa prestance et par tout ce qu'elle savait déjà de lui.

Mohammad entra dans la maison de Khadîjah et lui raconta en détail le succès de ses affaires, énumérant les articles qu'il lui rapportait. Khadîjah fut ravie de ce succès et, pleine de confiance, elle l'envoya ensuite au Yémen. Là-bas, grâce à son savoir-faire et à sa diligence, Mohammad obtint un succès similaire, apportant une grande joie à Khadîjah.

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Khadîjah fait sa Demande en Mariage à Mohammad

Khadîjah fait sa Demande en Mariage à Mohammad

Khadîjah, une femme d'une distinction remarquable, se distinguait par sa noble lignée et sa grande fortune. Ayant déjà connu le mariage à deux reprises, elle était mère de plusieurs enfants, mais se trouvait désormais veuve. Bien que son âge atteignait quarante ans, elle paraissait bien plus jeune, son visage resplendissant de beauté et de santé éclatante. De nombreux nobles parmi les Quraychites avaient sollicité sa main, mais elle choisit de vivre dans un veuvage empreint de dignité et d'indépendance, rejetant ainsi toutes ces propositions.

De son côté, Mohammad, alors dans la fleur de l'âge à vingt-cinq ans, était doté d'une beauté naturelle et d'une allure plaisante. Sa naissance noble était à l'image de sa conduite irréprochable et de ses manières élégantes. Khadîjah, séduite par ces qualités personnelles, ainsi que par sa beauté et son élégance, nourrit le désir de l'épouser.

Pour tâter le terrain quant à ses intentions, elle envoya une servante auprès de Mohammad. Celle-ci l'aborda avec une question subtile : « Oh! Qu'est-ce qui se passe, Mohammad ? », faisant allusion au fait inhabituel qu'il reste célibataire à son âge. Elle poursuivit : « Mais qu'est-ce qui t'empêche de te marier ? ». Mohammad répondit avec franchise : « Je n'ai rien à ma disposition qui me permettrait de me marier ». La servante, perspicace, continua : « Et si cette difficulté disparaissait et que tu sois invité à épouser une dame belle et riche, de noble naissance, qui te rendrait riche, ne désirerais-tu pas l'avoir ? ». Intrigué, Mohammad demanda : « Qui pourrait-ce être ? ». La servante révéla alors : « C'est Khadîjah ». Surpris mais intéressé, Mohammad s'interrogea : « Mais comment pourrais-je y parvenir ? ». La servante, confiante, rétorqua : « Laisse-moi faire ». Mohammad, sans hésitation, affirma : « Je n'ai pas d'objection à une telle union ».

La servante retourna auprès de Khadîjah, rapportant la réponse favorable de Mohammad. Sans tarder, Khadîjah fit part de son désir à Abû Tâlib, l'oncle et gardien de Mohammad, exprimant son souhait de contracter une alliance matrimoniale avec lui.

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Mohammad Épouse Khadîjah

Mohammad Épouse Khadîjah

Après avoir consulté Mohammad, Abû Tâlib accepta la proposition de mariage, et celui-ci fut célébré en l'an 599 après Jésus-Christ avec une grande magnificence. La cérémonie fut marquée par de nombreux festins somptueux, témoignant de l'importance de cet événement. Les invitations furent soigneusement envoyées par Abû Tâlib et Khadîjah elle-même, rassemblant ainsi famille et amis pour partager leur joie.

Lors de la cérémonie, Abû Tâlib prit la parole pour lire le sermon, marquant ainsi le début de cette union sacrée. Il fit preuve d'une grande générosité en payant de sa propre poche la dot, qui s'élevait à douze Okes et demi d'or, une somme équivalente au prix de vingt jeunes chameaux de bonne race. Ce geste symbolisait l'importance de ce mariage et l'engagement de la famille envers Mohammad.

Ce mariage fut extrêmement bénéfique pour Mohammad. Il lui permit de se libérer des contraintes du travail ardu nécessaire pour subvenir à ses besoins, lui offrant ainsi le temps et la liberté de se consacrer à la méditation, une activité pour laquelle il avait toujours eu une inclination naturelle. Cette tendance à la réflexion s'était déjà développée durant la période où son oncle Abû Tâlib veillait sur lui.

La vie conjugale de Mohammad et Khadîjah fut empreinte d'une affection profonde et sincère. Khadîjah, en retour, lui témoignait un amour inconditionnel et une estime grandissante au fil des années. Leur mariage fut un succès parfait à tous égards, consolidant leur lien et leur bonheur commun.

Khadîjah donna naissance à leur illustre fille, Fâtimah, qui allait devenir l'aïeule des Saints Descendants de Mohammad. Elle enfanta également deux fils : Qâcim, dont le nom conféra à Mohammad le surnom d'Abû Qâcim, et 'Abdullâh. Malheureusement, le destin fut cruel, et les deux garçons moururent en bas âge, laissant un vide dans le cœur de leurs parents.

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La Naissance de 'Alî

La Naissance de 'Alî

Il est probable que ce fut lors du décès d'un proche que Fâtimah Bint Asad, l'épouse d'Abû Tâlib, alors enceinte, proposa à Mohammad de lui offrir son futur enfant, qu'il soit garçon ou fille, comme un geste de consolation dans son deuil. À cette époque, Fâtimah elle-même n'était pas encore née. Cette offre généreuse allait se révéler être un Décret Providentiel dans les années à venir.

Durant sa grossesse, Fâtimah Bint Asad ressentait une force mystérieuse l'incitant à se lever par respect chaque fois que Mohammad lui rendait visite. L'enfant qu'elle portait semblait la pousser à honorer Mohammad, ne lui permettant jamais de détourner son visage de lui tant qu'il était présent. Habituellement, c'est Mohammad qui aurait dû manifester son respect envers sa tante, Fâtimah, car elle était presque comme une mère pour lui, étant sa tante par le lien de parenté. Pourtant, elle ne comprenait pas cette force inexplicable qui la poussait à se lever dès son arrivée, alors qu'il n'avait encore que trente ans.

Cet enfant à naître n'était autre que 'Ali, qui vit le jour dans l'enceinte sacrée de la Ka'bah en l'an 600 après J.-C., un lieu où personne d'autre n'avait jamais vu le jour depuis sa fondation, des milliers d'années auparavant. Lorsqu'il ouvrit les yeux pour la première fois, ce fut le visage bienveillant de Mohammad qu'il aperçut, car ce dernier l'avait pris tendrement dans ses bras. Mohammad lui prodigua son premier bain, prédisant à cet instant que cet enfant s'occuperait de son dernier bain après sa mort, une prophétie qui se réalisera effectivement après le décès du Prophète.

Le nouveau-né, 'Ali, refusait toute autre nourriture que la salive de Mohammad, qu'il suça pendant plusieurs jours après sa naissance. Mohammad le caressait avec affection en le tenant sur ses genoux et avait pour habitude de mâcher la nourriture pour nourrir 'Ali. Il le faisait souvent dormir à ses côtés dans le même lit, permettant à 'Ali de profiter de la chaleur de son corps et d'inhaler le parfum sacré de son souffle. En grandissant, 'Ali partageait les repas de Mohammad et fut élevé sous ses soins personnels, adoptant ainsi son éthique élevée et ses valeurs morales.

'Ali était toujours prêt à risquer sa vie pour protéger Mohammad dans les moments de danger, et il lui vouait un attachement affectueux et une fidélité sans faille. Les deux cousins étaient si étroitement liés qu'ils vécurent ensemble jusqu'à ce que la mort les sépare.

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'Alî Adopté par Mohammad

'Alî Adopté par Mohammad

À une époque où 'Alî avait déjà dépassé les premières années de sa vie, Mohammad ressentit le besoin de rendre la pareille à son oncle bienveillant, Abû Tâlib. Cet oncle avait été un pilier de soutien pour Mohammad, veillant sur lui avec dévouement et veillant à lui offrir une éducation de qualité. En 605 après J.-C., alors que 'Alî n'avait que cinq ans, Mohammad prit une décision significative : il choisit de prendre en charge son jeune cousin. Ce geste n'était pas simplement un acte de gratitude envers Abû Tâlib, mais aussi une volonté d'éduquer 'Alî selon ses propres méthodes. Selon la majorité des hadiths, cet acte fut perçu comme une adoption de 'Alî par Mohammad.

À cette époque, une famine sévissait dans la région, rendant la vie encore plus difficile pour de nombreuses familles. Conscient des difficultés que cela engendrait pour Abû Tâlib, Mohammad usa de sa persuasion pour convaincre un autre de ses oncles, al-'Abbâs, de prendre sous son aile un autre fils d'Abû Tâlib, Ja'far. Ainsi, en déchargeant Abû Tâlib de certaines responsabilités familiales, Mohammad et al-'Abbâs contribuèrent à alléger le fardeau pesant sur leur oncle, tout en assurant à 'Alî et Ja'far un avenir plus stable et prometteur.

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Zayd Ibn Hârithah

Zayd Ibn Hârithah

À cette époque, un jeune garçon du nom de Zayd, fils de Hârithah, entra dans la vie de Mohammad d'une manière singulière. Ce dernier reçut Zayd comme esclave, un cadeau de sa femme Khadîjah. Zayd n'était pas un enfant ordinaire ; il venait d'une famille respectable appartenant à une branche de la tribu des Khozaite, connue sous le nom de Kalb. Malheureusement, son destin bascula lorsqu'il fut enlevé durant son enfance par une bande de pillards et vendu à Khadîjah.

Le temps passant, le père de Zayd parvint à retrouver la trace de son fils et se rendit à la Mecque. Il entra en contact avec Mohammad, espérant racheter la liberté de Zayd en offrant une somme considérable. Cependant, Mohammad, qui avait déjà pris l'initiative d'affranchir Zayd, refusa poliment cette proposition. Il accorda à Zayd la liberté de choisir son avenir : retourner auprès de son père ou rester à ses côtés. Zayd, attaché au traitement affectueux qu'il recevait de Mohammad, choisit de demeurer avec lui.

Ce choix scella son destin, et plus tard, Mohammad arrangea le mariage de Zayd avec Om Ayman, une ancienne servante. De cette union naquit Osâmah, qui deviendrait un célèbre général. Mohammad lui confiera le commandement d'une expédition contre les Grecs, juste avant son propre décès. Quant à Zayd, il trouva la mort à Mota, où il commandait une expédition antérieure contre le même peuple. Cette histoire témoigne de l'attachement et des liens profonds qui unirent Zayd à Mohammad et à sa famille.

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La Reconstruction de la Ka'bah

La Reconstruction de la Ka'bah

À l'âge de trente-cinq ans, Mohammad fut témoin d'un événement marquant qui allait accroître sa renommée parmi les membres des tribus de la région. Les murs de la Ka'bah, ce sanctuaire sacré, étaient devenus bas et délabrés, fragilisés par les ravages d'une inondation. De telles inondations n'étaient pas rares et, comme cela se produira encore en 1627 après J.-C., elles endommageront plusieurs côtés de l'édifice sacré. L'absence de toit avait permis à des voleurs d'escalader les murs pour dérober de précieuses reliques, qui furent heureusement retrouvées. Face à cette situation, il fut décidé de rehausser les murs et de les couvrir d'un toit pour protéger le sanctuaire.

C'est alors qu'un bateau grec fit naufrage près de Cho'aybah, l'ancien port de la Mecque, sur les rives de la Mer Rouge. Walîd Ibn Moghîrah, témoin de ce désastre, récupéra les bois du navire détruit. Il fit appel à Baqum, le capitaine du bateau, qui était également un architecte compétent, pour l'aider dans la reconstruction de la Ka'bah.

Les tribus de Quraych unirent leurs forces, se répartissant en quatre groupes, chacun chargé de reconstruire un des côtés de la Ka'bah. Le premier côté fut confié aux Banî 'Abd Manâf, incluant les descendants de Hâchim : 'Abd Chams, Nawfal et 'Abdul-Muttalib, ainsi qu'aux Banî Zohrah. Le second côté fut assigné aux Banî Asad et aux 'Abd-al-Dâr. Le troisième côté revint aux Banî Makhzûm et aux Banî Taym, tandis que le quatrième fut attribué aux Banî Sahm, à 'Adî et à 'Amr Ibn Lo'ay.

Les anciens murs, en ruine, furent démolis jusqu'à atteindre la couche de pierres vertes, connues sous le nom de "Fondations d'Ibrâhîm". C'est sur ces fondations que s'élevèrent les nouveaux murs. Pour la construction de l'enceinte sacrée, des pierres de granit vert furent extraites des collines environnantes. Les habitants les transportaient sur leur tête, un effort collectif auquel Mohammad et l'ensemble des Quraych participèrent activement.

Comme le voulait la coutume, les travailleurs retiraient leurs sous-vêtements pour les poser sur leur tête, afin d'amortir le poids et la rudesse des pierres. Lorsqu'il fut temps pour Mohammad de faire de même, il retira son vêtement à contrecœur. Malheureusement, celui-ci glissa et tomba au sol. À cet instant précis, une voix s'éleva mystérieusement, l'avertissant de ne pas s'exposer ainsi au danger. Mohammad se releva immédiatement et, depuis sa jeunesse jusqu'à sa mort, personne ne le vit jamais dénudé.

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Al-Hajar al-Aswad ou la "Pierre Noire"

Al-Hajar al-Aswad ou la "Pierre Noire"

Lorsque les murs de l'angle est de la Ka'bah atteignirent une hauteur suffisante pour accueillir al-Hajar al-Aswad, la "Pierre Noire" sacrée, une querelle éclata parmi les Quraych. Chaque famille revendiquait l'honneur de placer cette pierre précieuse dans son nouvel emplacement. La tension monta si haut que le conflit menaçait de dégénérer en violence. La construction dut être interrompue pendant quatre ou cinq jours, le temps de trouver une solution acceptable pour tous.

Finalement, Abou Omayyah, un membre respecté de la famille des Banî Makhzum et frère de Walîd, père de Khâlid, proposa une idée. Il suggéra que la première personne à entrer dans l'enceinte sacrée par la porte de Banî Chaybah — ainsi nommée probablement en l'honneur de Chaybah Ibn Ahmad, qui l'avait construite — serait choisie pour résoudre le différend ou pour placer la Pierre Noire lui-même.

C'est alors que Mohammad fit son apparition, revenant d'une absence temporaire. Il fut le premier à franchir la porte et pénétra dans l'enceinte sacrée. À sa vue, l'assemblée s'exclama : « Voilà venu al-Amîn, l'arbitre ! Nous sommes prêts à accepter ce qu'il décidera ! » Mohammad, avec calme et sang-froid, accepta la responsabilité qui lui était confiée. Il saisit cette occasion pour accomplir son devoir, non seulement en tant que futur Missionnaire Divin — bien que cela ne fût pas encore reconnu à ce moment-là — mais aussi pour réconcilier les quatre factions en conflit grâce à une solution rapide et judicieuse.

Mohammad retira son manteau, l'étendit sur le sol et y plaça la pierre sacrée. Il invita ensuite un chef de chacune des quatre factions à s'avancer pour soulever les quatre coins du manteau jusqu'au niveau du mur. Tous s'exécutèrent, et Mohammad, de ses propres mains, installa la "Pierre Noire" à sa place dans le mur, au coin sud-est de l'édifice, à une hauteur de cinq pieds au-dessus du sol. Cette scène est relatée dans les ouvrages "Madârij al-Nubuwwah" et "Rawdhat al-Ahbâb".

Il est indéniable que le choix de Mohammad pour arbitrer cette question sacrée, malgré la présence de chefs plus âgés et vénérables, révèle la main de la Providence et la Volonté Divine de le désigner comme l'Élu de Dieu, destiné à devenir le prophète de son peuple. Bien que cet événement ait pu passer inaperçu à l'époque parmi ses contemporains, cette décision mit en lumière le caractère de Mohammad, son esprit vif et sa détermination prudente. Elle renforça l'estime et le respect dont il jouissait parmi les membres des tribus.

Quant à la Pierre Noire de la Ka'bah, je n'essaierai pas de la décrire comme un aérolithe ou comme un ange transformé en pierre. Quelle qu'elle soit, il suffit de rappeler qu'elle fut tenue pour sacrée par Ibrâhîm et Ismâ'îl, deux Prophètes universellement vénérés, qui l'avaient installée dans le sanctuaire de la Ka'bah. Depuis lors, elle est considérée comme sacrée par tous.

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Les Retraites Spirituelles de Mohammad

Les Retraites Spirituelles de Mohammad

L'environnement de recueillement qui entourait la Ka'bah, ainsi que les cérémonies sacrées que les fidèles y accomplissaient, avaient déjà profondément imprégné l'esprit de Mohammad. Toutefois, sa récente expérience lui avait révélé que ces diverses formes d'adoration n'étaient souvent que des pratiques vides de sens, des rites transmis de génération en génération sans véritable compréhension ni sincérité. Mohammad observait avec tristesse que les gens manquaient de sincérité dans leur adoration. Cette absence de respect et cette négligence totale de leurs responsabilités envers le Tout Puissant Créateur et le Jour du Jugement le troublaient profondément.

Les traditions ancestrales lui rappelaient la pureté de la foi de leur ancêtre Ibrâhîm. Mohammad prit alors conscience de la manière dont cette dévotion originelle avait été dévoyée, transformée en idolâtrie grossière et en crimes abominables qui se perpétraient dans le pays. Une aspiration ardente naquit en lui : celle de guider l'humanité égarée vers le droit chemin et de raviver l'adoration du Tout Puissant Seigneur, telle qu'elle avait été pratiquée à l'époque d'Ibrâhîm.

Mohammad avait toujours été un homme enclin à la réflexion et à la méditation religieuse. Désormais, il se retirait avec une ferveur renouvelée dans le silence et la solitude pour prier et méditer. Durant ces heures de retraite solitaire dans le désert, que ce soit dans l'obscurité enveloppante de la nuit ou sous la lumière éclatante du jour, son esprit restait constamment absorbé par les preuves naturelles qui l'entouraient : les étoiles scintillantes, les constellations brillantes, la lune et le soleil glissant silencieusement à travers le ciel d'un bleu profond.

Tous ces phénomènes célestes semblaient pointer du doigt l'existence du Créateur, l'Administrateur Suprême de l'univers. Ils semblaient également lui confier une mission spéciale. Une voix douce, pourtant jamais inaudible pour l'oreille attentive, semblait s'élever, devenant majestueuse et prenant des accents plus impérieux, semblable à l'orage qui éclate avec ses éclairs en zigzag et son tonnerre grondant dans la vaste solitude des montagnes mecquoises.

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Le Lieu de Séjour Favori de Mohammad

Le Lieu de Séjour Favori de Mohammad

Le lieu de séjour favori de Mohammad était une grotte nichée dans la majestueuse Montagne de Hirâ. Cette retraite se situait à environ cinq kilomètres au nord de la Mecque, offrant une vue imprenable sur la Ka'bah. C'est dans ce sanctuaire naturel qu'il aimait se retirer fréquemment pour prier et méditer, trouvant dans cette solitude une paix intérieure et un espace propice à la réflexion. Là, il vivait seul, dans un état de réserve et de méditation, s'immergeant pendant de longues périodes dans des pensées profondes.

Souvent, Mohammad passait des nuits entières dans cette grotte, absorbé par une contemplation intense, comme s'il était en profonde communion avec l'Omniprésent, le Dieu de l'univers. Les mois de Rajab et de Ramadhân étaient particulièrement sacrés pour lui, et il avait pour habitude de consacrer tout son temps à cette grotte obscure, entourée par la nature sauvage. Dans cet isolement, il se résignait totalement à la Volonté du Tout-Puissant, le Gouverneur Suprême et Juge de l'humanité.

C'est au cours de ces retraites spirituelles qu'il commença à avoir des visions dans ses rêves. Il entendait des voix provenant d'une source invisible, qui semblaient lui indiquer les traces de l'objet qu'il cherchait ardemment. Les conceptions du Très Haut se manifestaient à son esprit, exactement comme il l'avait espéré : une foi profonde et sérieuse en l'Omnipotent et l'Omniprésent Seigneur, le Seul Être digne d'être adoré.

Dès lors, Mohammad fut considéré par les membres de sa famille et ses proches parents, ainsi que dans le cercle de ses amis et connaissances, comme un homme d'une grande piété et sainteté. À l'âge de trente-huit ans, il commença à être conscient d'une certaine lumière qui l'entourait pendant ses prières de dévotion, un signe de sa connexion croissante avec le divin.

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LA MISSION ET SES TROIS PREMIÈRES ANNÉES

LA MISSION ET SES TROIS PREMIÈRES ANNÉES

À l'âge de quarante ans, Mohammad se retirait, comme à son habitude, dans la solitude sacrée de la grotte de la montagne de Hirâ'. C'était le mois de Rajab, et il y passait ses journées à prier, jeûner et méditer profondément sur la conception divine et la régénération de l'humanité. C'est au cours de la nuit du 27 de ce mois, alors que le silence enveloppait la montagne et que l'atmosphère était d'une tranquillité presque palpable, qu'une voix inattendue rompit cette quiétude en l'appelant par son nom.

Surpris, Mohammad scruta les alentours, mais ne vit personne. La voix se fit entendre à nouveau, et soudain, une lumière d'une splendeur éblouissante envahit l'espace autour de lui. Dans cette lumière, il distingua une forme humaine qui s'approchait avec calme. C'était l'Ange Gabriel, qui avançait sereinement vers lui, tenant un rouleau de soie. Gabriel demanda à Mohammad de lire ce qui y était inscrit. Déconcerté, Mohammad répondit : « Que devrais-je lire ? » En réponse, l'Ange le serra fermement contre lui, au point que Mohammad en fut trempé de sueur. À cet instant, son esprit s'illumina d'une lumière céleste, et ses yeux s'ouvrirent pour lire les mots inscrits sur le rouleau.

Ainsi, il put réciter : « Lis au Nom de ton Seigneur Qui a créé. IL a créé l'homme d'un caillot de sang. Lis! Car ton Seigneur est le Très Généreux, Qui a instruit au moyen du calame. IL a appris à l'homme ce qu'il ne savait pas » (Sourate al-'Alaq, 96: 1-6). Une fois la récitation achevée, le messager céleste proclama : « Ô Mohammad ! En vérité, tu es le Prophète de Dieu et je suis Son Ange Gabriel ! » C'était là la première révélation céleste faite à Mohammad, et le premier passage du Livre Céleste, le Coran, qui lui fut révélé. Après cela, l'Ange Gabriel disparut, mais les mots qu'il avait demandés à Mohammad de lire restèrent gravés dans le cœur du Prophète.

Bien que ces événements extraordinaires l'aient profondément marqué, Mohammad ne savait pas avec certitude si ce qu'il avait vécu était bien réel. Était-ce une réponse à son désir ardent de ramener l'humanité égarée sur le droit chemin, de restaurer la véritable adoration du Tout-Puissant Allah, comme l'avaient fait les adeptes d'Ibrâhîm ? Ou n'était-ce qu'une illusion ? Troublé, il rentra chez lui tôt le lendemain matin. Sur le chemin, il entendit des voix mystérieuses qui semblaient émaner des pierres et des arbres, disant : « Que la paix soit sur toi ! Ô Prophète d'Allâh ! » Ces mots résonnèrent en lui, et il comprit qu'il avait reçu l'ordre de proclamer l'Unicité Divine.

Arrivé chez lui, tremblant comme s'il était effrayé, il dit à sa femme Khadîjah : « Cache-moi ! Cache-moi ! » Elle le couvrit immédiatement et lui demanda avec douceur la raison de son comportement inhabituel. Mohammad lui raconta tout ce qui s'était passé. Khadîjah, qui croyait déjà en un Dieu Unique et rejetait le polythéisme, accueillit cette nouvelle avec une grande joie. Elle savait que son vénérable cousin, Waraqah Ibn Nawfal, croyait en la prophétie de Mohammad. Elle se hâta donc de lui rapporter l'événement en détail. Après l'avoir écoutée attentivement, Waraqah s'exclama : « Quddûsun ! Quddûsun ! Ceci était al-Namûs al-Akbar qui vint à Moïse », et il crut volontiers à tout ce qui lui avait été communiqué, affirmant que tel était le mode habituel de la Révélation. Il expliqua que, tout comme dans les temps anciens, Dieu avait envoyé Gabriel pour faire des révélations aux grands prophètes, de même, Gabriel était maintenant envoyé par Allah à Mohammad.

Waraqah Ibn Nawfal, qui maîtrisait l'hébreu et possédait une grande connaissance des Écritures juives et chrétiennes, avait lu dans ces livres sacrés des prophéties concernant un futur prophète. Il trouva que les caractéristiques de Mohammad correspondaient parfaitement à ces prophéties, et il crut en lui comme étant le Prophète Promis. Selon plusieurs historiens, la date de cette première révélation fut le 27 Rajab (610 après J.-C.), un lundi. D'autres sources mentionnent le 17, le 18 ou le 19 Ramadhân, ou encore le 12 Rabî' al-Awwal. Toutefois, il n'y a pas de divergence concernant le jour de la semaine. La mission de Mohammad est généralement considérée comme ayant commencé à cette date, marquant le début d'une ère connue sous le nom de l'année de la Bi'thah (Mission). À partir de ce moment, et quelque temps après cette première révélation, une succession de révélations lui fut faite tout au long de sa vie.

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Les Révélations

Les Révélations

Les révélations divines, ces moments de communication sacrée, parvenaient au Prophète de diverses manières, chacune empreinte de mystère et de profondeur spirituelle. Parfois, c'était durant son sommeil que l'action divine s'imprimait sur son esprit, laissant une impression indélébile. À d'autres moments, l'Ange Gabriel, messager céleste, se manifestait à lui. Tantôt, il prenait une forme humaine pour transmettre la révélation, tantôt, il apparaissait dans sa forme angélique véritable, visible uniquement aux yeux du Prophète, demeurant invisible pour tous les autres.

Il arrivait aussi que le Prophète entre dans un état d'esprit si intense et de nerfs si tendus qu'il devenait insensible aux apparences extérieures. Son visage se teintait alors d'une pâleur qui trahissait une anxiété profonde. Ce mode de réception des révélations était particulièrement éprouvant. Même par un jour très froid, son front se couvrait de sueur, signe de l'effort immense que ces moments exigeaient de lui.

Les circonstances dans lesquelles ces révélations survenaient étaient tout aussi variées. Il n'était pas rare que le Prophète reçoive ces messages divins alors qu'il se trouvait en plein mouvement, que ce soit à cheval, sur le dos de sa mule ou encore sur son chameau. Ces instants sacrés transcendaient le temps et l'espace, illustrant la nature unique et transcendante de la communication entre le Prophète et le divin.

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Les Premiers Croyants (26)

Les Premiers Croyants (26)

Dès les premiers instants de la mission prophétique de Mohammad, Khadîjah, son épouse bien-aimée, crut fermement en lui. Elle fut la première à embrasser sa mission avec une foi inébranlable. Peu après, ce fut au tour de 'Alî, le jeune cousin du Prophète, âgé d'environ dix ans, de suivre cet exemple avec la même célérité et la même conviction que Khadîjah. Vint ensuite Zayd Ibn Hârith, l'esclave affranchi qui partageait le toit du Prophète, et qui, lui aussi, accepta cette nouvelle foi avec enthousiasme.

Des figures éminentes telles qu'Ibn 'Abbâs, Anas, Zayd Ibn Arqam, et Salmân al-Farecî, parmi d'autres, attestèrent unanimement que 'Alî fut le premier à embrasser l'Islam. Selon certains récits, un consensus s'est même formé autour de cette affirmation. La traduction anglaise de Major Jarret de "Târîkh al-Kholafâ'" d'al-Suyûtî, connue sous le titre "History of Califat", souligne cette primauté de 'Alî dans l'acceptation de la foi islamique. Ainsi, 'Alî, sans la moindre hésitation, fut le premier à reconnaître Mohammad comme le Prophète de Dieu.

Mohammad lui-même affirmait que trois hommes, Ezakiel, Habîb Najjâr, et 'Alî, avaient été les premiers à embrasser la foi de leurs prophètes respectifs, à savoir Mûsâ, 'Isâ, et lui-même. Ces hommes furent désignés par le Prophète comme Çiddîq, un titre honorifique signifiant véridique. 'Alî, pour sa part, rejetait que quiconque d'autre puisse revendiquer ce titre, hormis les trois désignés par Mohammad.

Il est particulièrement significatif de noter que Mohammad se présenta initialement comme Prophète uniquement aux membres de sa famille. Ces derniers, étant ceux qui le connaissaient le mieux, auraient été les premiers à discerner d'éventuels défauts humains, si tant est qu'il y en eût. Le fait qu'ils furent les premiers à croire en lui constitue la preuve la plus crédible de la pureté de son caractère dans la sphère domestique. Autrement, ils auraient été les derniers à adhérer à ses affirmations prophétiques.

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La Conversion d'Abû Bakr

La Conversion d'Abû Bakr

C'est dans le contexte vibrant et dynamique de la Mecque que l'histoire de la conversion d'Abû Bakr Ibn Abî Qohâfah, un ami proche du Prophète Mohammad, prend forme. Abû Bakr, alors âgé de trente-huit ans, se laissa aisément convaincre de devenir un disciple du Prophète. Cette transformation spirituelle trouve son origine lors d'un voyage vers le Yémen, où Abû Bakr fit la rencontre d'un vieux sage, un homme de grande érudition appartenant à la tribu de Azd. Ce sage lui fit une prédiction saisissante : un Prophète émergerait bientôt à la Mecque, accompagné d'un jeune homme et d'un homme d'un âge avancé pour l'assister dans sa mission.

À son retour à la Mecque, Abû Bakr se hâta de rendre visite à son ami Mohammad. Ce dernier l'invita à embrasser l'Islam, se déclarant lui-même Prophète. Curieux et prudent, Abû Bakr demanda une preuve pour soutenir cette affirmation. Le Prophète lui raconta alors la prédiction du sage du Yémen, bien qu'il n'ait pas été présent lors de cet échange, étant resté à la Mecque pendant l'absence d'Abû Bakr. Cette révélation convainquit Abû Bakr qui accepta l'Islam et devint un fervent adepte de Mohammad.

Le témoignage de Mohammad Fils de Sa'd Abî Waqqâç, rapporté par Ibn 'Asâkir, éclaire davantage cette période : « Lorsque j'ai demandé à mon père : "Est-ce que Abû Bakr (al-Çiddîq) fut le premier d'entre vous à embrasser la foi (musulmane) ?" Il répondit : "Non, car il y avait plus de cinq personnes qui s'étaient converties avant lui, mais il était le meilleur d'entre nous en Islam." Ainsi, bien qu'Abû Bakr ne fût pas le premier à se convertir, sa foi et son engagement étaient exemplaires.

Ibn Kathîr, un éminent historien, précise que la famille de Mohammad, à savoir sa femme Khadîjah, son esclave affranchi Zayd, la femme de celui-ci Om Aymân, 'Alî et Waraqah, crut en lui avant tous les autres. Salim Ibn Abî Ja'd, cité par Ibn Abî Chayhab et Ibn 'Asâkir, raconte : « J'ai demandé à Mohammad Ibn Hanîfah : "Abû Bakr fut-il la première personne à embrasser l'Islam ?" Il a répondu : "Non". Je lui ai demandé encore "Pourquoi est-il donc si exalté et si préféré que tout le monde ne parle que de lui ?" Il a répondu : "Parce qu'il était le plus excellent de tous en Islam, depuis sa conversion jusqu'à sa mort."

Ibn 'Abd al-Bar, un savant de l'École Malikite, rapporte une conversation avec Mohammad Ibn Ka'b al-Qartdhi. Lorsque la question de savoir qui, de 'Alî ou d'Abû Bakr, fut le premier à embrasser l'Islam fut posée, il répondit que c'était 'Alî. Il ajouta que d'autres compagnons éminents du Prophète, tels que Salmân al-Farçî, Abû Thar, al-Miqdâd, Khabab, Jâbir, Abû Sa'îd al-Khudri, Zayd Ibn Arqam, avaient également affirmé que 'Alî fut le premier parmi les hommes à embrasser l'Islam, et qu'ils l'exaltaient et le préféraient à tous les autres Musulmans.

Il est un fait reconnu que 'Alî fut placé sous la garde de Mohammad durant son enfance. Comme un parent bienveillant, Mohammad lui prodigua une éducation morale, sociale et religieuse. 'Alî vécut sous le même toit que Mohammad, partageant ses repas et dormant à ses côtés. Dès son plus jeune âge, 'Alî suivit Mohammad dans sa foi et dans tous les autres aspects de la vie. Ainsi, lorsque Mohammad proclama sa prophétie, 'Alî le suivit sans hésitation. On ne peut donc pas dire que 'Alî se convertit, car une conversion implique un changement de religion, alors qu'il n'y avait jamais eu de changement dans le cas de 'Alî. En d'autres termes, on pourrait dire que 'Alî était né Musulman.

Ces circonstances expliquent pourquoi 'Alî affirmait avoir prié aux côtés de Mohammad sept ans avant que quiconque d'autre ne le fasse. Par conséquent, personne d'autre que 'Alî ne peut prétendre avoir été le premier Musulman. Certains soutiennent que cette controverse, bien que vaine, visait à semer le doute dans l'esprit des masses afin de diminuer l'estime à laquelle 'Alî avait droit en tant que premier Musulman.

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Ja'far Rallie la Foi

Ja'far Rallie la Foi

Quelques temps après les événements précédemment mentionnés, Abû Tâlib, l'oncle bienveillant et protecteur, observait parfois son fils 'Alî et son neveu bien-aimé Mohammad se livrer à une pratique de prière dans un endroit retiré. Dans cette scène empreinte de sérénité, 'Alî se tenait debout à la droite de Mohammad, formant un duo harmonieux dans leur dévotion. Abû Tâlib, témoin silencieux de cette nouvelle forme d'adoration, les regardait se courber humblement jusqu'à leurs genoux, puis se redresser avec dignité, avant de se prosterner avec une ferveur telle que leur front touchait le sol en signe de soumission totale à Dieu.

Ému par la profondeur de leur recueillement et la sincérité de leur humilité devant le Créateur, Abû Tâlib fut profondément impressionné. Il ressentit alors le désir de voir son autre fils, Ja'far, partager cette expérience spirituelle. Il ordonna donc à Ja'far, qui se tenait à ses côtés, de rejoindre Mohammad en prenant place à sa gauche, complétant ainsi ce tableau de foi naissante.

Lorsque leurs prières touchèrent à leur fin, 'Alî, avec une conviction palpable, expliqua à son père la raison de sa dévotion : « Je crois à l'Unicité d'Allâh, et que mon cousin Mohammad est Son prophète que je suis. » Abû Tâlib, touché par la sincérité de son fils, répondit avec sagesse et encouragement : « Suis-le, mon fils. Il te guidera sur le droit chemin, et il ne t'invitera pas à fuir ce qui est bien. »

En tant que gardien attentif de Mohammad, Abû Tâlib avait observé avec soin son comportement depuis la prédiction du moine nestorien. Il avait remarqué que Mohammad se distinguait par une vertu exceptionnelle, surpassant celle de la jeunesse ordinaire, et le considérait même comme un homme saint. Conscient que Mohammad était déjà reconnu comme un guide spirituel par certains, Abû Tâlib n'avait aucun doute quant à son rôle de Messager de Dieu. C'est pourquoi il donna son consentement pour que ses fils, Ja'far et 'Ali, suivent Mohammad dans cette voie de foi et de droiture.

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Mohammad Se Proclame Prophète

Mohammad Se Proclame Prophète

C'était lors de la quatrième année de sa mission prophétique que Mohammad, le Prophète de l'Islam, reçut un ordre divin d'une importance capitale. Allâh lui avait enjoint d'avertir ses proches parents, comme cela est mentionné dans la Sourate al-Cho'arâ' : « Avertis tes plus proches parents » (Sourate al-Cho'arâ', 26:214). Obéissant à ce commandement céleste, le Prophète décida de rassembler ses proches pour leur transmettre ce message crucial.

Pour ce faire, il organisa un banquet, modeste en apparence mais riche de sens. Un repas simple, composé d'une grande tasse de lait, d'un pain fait d'un çâ' de farine de blé, soit environ trois kilos, et de viande, fut préparé par 'Alî, suivant les directives du Prophète. Quarante membres de sa famille, tous issus de la lignée des 'Abdul-Muttalib, répondirent à l'invitation. Parmi eux se trouvaient ses oncles : Abû Tâlib, al-'Abbâs, Hamzah, et Abû Lahab.

Lorsque le moment fut venu, Mohammad servit lui-même ce repas, en commençant par invoquer le nom d'Allâh, le Clément, le Miséricordieux. Tous les convives suivirent son exemple et mangèrent à satiété. À la stupéfaction générale, le repas restait intact, comme s'il n'avait jamais été touché. Abû Lahab, surpris et incrédule, se leva en clamant que Mohammad les avait ensorcelés, rompant ainsi la réunion. Le Prophète, face à cette réaction, ne put s'exprimer davantage, car les convives se dispersèrent.

Cependant, déterminé à accomplir sa mission, Mohammad les invita à nouveau pour un second rassemblement. Cette fois-ci, il leur parla directement et avec une grande solennité : « Ô fils de 'Abdul-Muttalib ! Je ne connais personne en Arabie qui ait apporté à ses proches parents une chose plus excellente que ce que j'ai apporté pour vous. Elle vous servira dans cette vie et dans la vie future. Me croiriez-vous si je vous disais qu'un de vos ennemis vous attaquera le jour ou la nuit ? »

Tous, unanimes, répondirent qu'ils le considéraient comme un homme véridique. Fort de cette reconnaissance, il poursuivit : « Sachez donc tous qu'Allâh m'a envoyé pour guider l'homme dans le Droit Chemin, et qu'IL m'a ordonné d'appeler tout d'abord mes proches parents, de les inviter à Sa Sainte Volonté et de les avertir de Sa Colère. Vous avez vu le festin miraculeux auquel vous avez assisté, ne persistez donc pas dans votre infidélité ! Ô fils de 'Abdul-Muttalib ! Allâh n'a jamais envoyé un Messager sans qu'il ait désigné son frère, héritier et successeur parmi ses propres parents. Qui va donc m'assister dorénavant dans ma noble tâche et devenir mon frère, mon héritier et mon successeur ? Il sera à moi ce que fut Hâroun à Mûsâ (Moïse). »

Ainsi, le Prophète Mohammad, avec une détermination inébranlable, invita ses proches à embrasser la foi et à soutenir sa mission prophétique, établissant ainsi un lien indéfectible entre son appel divin et sa famille.

Vie du Prophète Mohammad ﷺ

Mohammad Proclame 'Alî comme son Successeur

Mohammad Proclame 'Alî comme son Successeur

Mohammad venait de terminer son discours avec une ferveur religieuse palpable. Cependant, il fut rapidement confronté à une atmosphère de silence pesant parmi l'assemblée. Les visages qui l'entouraient exprimaient un mélange d'étonnement, de sourires incrédules et de dérision à peine voilée. Il était évident que personne n'était prêt à embrasser l'idée de le suivre comme guide spirituel. Face à cette réaction, Mohammad, empreint de compassion, observa la scène avec une certaine tristesse.

À ce moment critique, 'Alî, le cousin favori du Prophète, s'avança avec détermination. Toutefois, Mohammad lui demanda d'attendre, espérant qu'une personne plus âgée prenne l'initiative. Il renouvela cet appel à trois reprises, mais en vain. Finalement, 'Alî, exaspéré par l'attitude moqueuse de l'assemblée, s'avança une troisième fois avec impatience. Il déclara avec une passion indéfectible qu'il croyait fermement en Mohammad comme Prophète de Dieu et qu'il était prêt à se consacrer entièrement à son service.

«Ô Prophète, dit-il avec conviction, je suis l'homme que tu cherches. Quiconque se dressera contre toi, je le combattrai. Ô Prophète! Je t'assisterai et je serai ton vizir auprès d'eux.»

En réponse à cette déclaration pleine de dévouement, Mohammad entoura le jeune homme de ses bras et le serra contre sa poitrine avec affection. Il s'exclama alors : «Voilà mon frère, mon lieutenant et mon successeur (ou Calife). Écoutez-le tous et obéissez-lui.»

Malgré la solennité de ce moment, l'assemblée réagit par des rires de mépris. Ils exhortèrent Abû Tâlib, avec une ironie cinglante, à se soumettre à son fils 'Alî et à lui prêter allégeance. Ainsi, les invités de Mohammad se dispersèrent, emportant avec eux une rancœur silencieuse et un sourire moqueur.

Dans son ouvrage "On Heroes, Hero-Worship and the Heroic in History" ("Héros et Culte des Héros"), Thomas Carlyle décrit cet épisode avec une perspicacité touchante : «L'assemblée se dispersa dans le rire. Pourtant, il n'y avait rien de risible : tout était très sérieux. Quant à ce jeune 'Alî, on ne peut que l'aimer. Une créature noble d'esprit : comme il le montra sur le moment et par la suite, c'était un homme affectueux et d'un courage enflammé. Il y avait quelque chose de chevaleresque en lui : il était courageux comme un lion et digne de la chevalerie chrétienne.»

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Mohammad Prêcha en Public

Mohammad Prêcha en Public

Mohammad, loin de se laisser abattre par l'accueil glacial et dédaigneux que lui avaient réservé ses proches, se lança avec détermination dans la prédication publique à la Mecque. Sa présence charismatique, empreinte d'une noblesse naturelle, combinée à son habileté à captiver son auditoire par des manières plaisantes et agréables, lui permit de rassembler autour de lui un grand nombre d'auditeurs attentifs.

Lorsqu'il exposait les fondements de l'Islam, prônant la reconnaissance d'un Seul et Unique Dieu, le Tout-Puissant, le Juge Omniscient de l'humanité, et appelant à la soumission à Sa Volonté, il trouvait une oreille attentive. Il exhortait ses auditeurs à vouer leur adoration à ce Dieu unique en accomplissant les prières, en pratiquant l'aumône, et en adoptant une conduite honnête et droite, conforme aux Commandements divins. Tant qu'il se limitait à ces enseignements, les gens l'écoutaient avec patience et intérêt.

Cependant, la situation se compliquait dès qu'il abordait le sujet délicat du rejet du polythéisme et de l'idolâtrie. Dès que ses auditeurs comprenaient qu'il critiquait leurs dieux et remettait en question leur adoration impie, la réaction ne se faisait pas attendre. Ils se mettaient alors à le conspuer et à l'insulter, manifestant leur désaccord avec véhémence. Malgré cette opposition farouche, Mohammad poursuivait inlassablement ses prêches, animé par une patience inébranlable. Et bien que ses discours rencontrent une résistance considérable, ils finirent par porter leurs fruits.

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Mohammad Est Indirectement Attaqué

Mohammad Est Indirectement Attaqué

Mohammad continuait à progresser dans sa mission, bien que ses avancées fussent modestes et se fissent par petites étapes. Cependant, cette progression, bien que lente, n'était pas sans conséquences. En effet, quelques personnes, parmi lesquelles se trouvait un membre éminent des Omayyades, 'Othmân fils de 'Affân, avaient embrassé sa foi. Cette situation préoccupait grandement les Quraych, et plus particulièrement le clan des Omayyades, qui entretenait une vieille inimitié envers les Hâchimites.

Malgré leur inquiétude croissante, les Quraych n'osaient pas s'attaquer directement à Mohammad. La raison en était la protection assurée par Abû Tâlib, son oncle. Porter atteinte à Mohammad aurait inévitablement entraîné des conflits familiaux, un risque que les Quraych ne pouvaient se permettre de prendre à la légère. Ils décidèrent donc de mettre en œuvre un plan visant à affaiblir Mohammad de manière indirecte, mais néanmoins efficace, en semant le trouble au sein même de sa famille.

Abû Lahab, le seul membre des Hâchimites à s'opposer à Mohammad, était un allié proche des Omayyades. Il avait renforcé ce lien en épousant une sœur d'Abû Sufiyân, le chef des Omayyades. En accord avec sa femme, Abû Lahab contraignit ses deux fils, 'Otbah et 'Otaybah, à divorcer de leurs épouses respectives, Om Kulthûm et Roqayyah. Ces dernières étaient les filles de Khadîjah, nées de son premier mariage, et donc les belles-filles de Mohammad. Les mariages avaient eu lieu bien avant que Mohammad ne se proclamât Prophète.

Cette manœuvre causa beaucoup de souffrances à Mohammad, qui dut faire face à ces troubles familiaux. Cependant, le destin réservait une autre voie pour Roqayyah. Elle ne tarda pas à se remarier avec 'Othmân Ibn Affân. Plus tard, après le décès de Roqayyah, sa sœur Om Kulthûm épousa à son tour 'Othmân, renforçant ainsi les liens entre Mohammad et 'Othmân malgré les tentatives de division orchestrées par ses adversaires.

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Les Persécutions

Les Persécutions

Sans se laisser distraire par les affaires domestiques, le Prophète de l'Islam poursuivait sa mission avec une ardeur renouvelée, déterminé à propager son message divin. Cependant, cette détermination ne tarda pas à provoquer une réaction virulente de la part des Quraych, qui voyaient d'un mauvais œil ses enseignements et ses innovations. Leur opposition se manifesta par une violence croissante. Ils n'hésitaient pas à l'insulter publiquement, et allaient même jusqu'à jeter de la poussière et de la saleté sur lui pendant qu'il priait, espérant ainsi le déstabiliser.

Lorsqu'il prêchait, ils tentaient de couvrir sa voix en criant à tue-tête, sifflant ou chantant des chansons frénétiques, espérant noyer son message sous un vacarme assourdissant. Mais, à leur grande déconvenue, toutes ces manœuvres échouaient lamentablement. Le Prophète restait inébranlable, refusant de se laisser décourager par leurs tentatives de le réduire au silence.

Voyant que ni les mots, ni les menaces, ni les insultes, ni même les attaques physiques ne parvenaient à le faire taire, les Quraych décidèrent de changer de stratégie. Ils essayèrent de le séduire avec des promesses de fortune, de pouvoir, de position sociale, et même en lui proposant le mariage avec la plus belle des femmes. Mais, fidèle à ses principes et à sa mission, le Prophète rejeta avec dédain toutes ces offres, démontrant ainsi que sa détermination et sa foi étaient à l'épreuve de toutes les tentations.

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Violences contre les Adeptes de Mohammad

Violences contre les Adeptes de Mohammad

Face à l'échec de leurs tentatives pour contrer la nouvelle foi prêchée par Mohammad, les Quraychites décidèrent de recourir à la violence, s'en prenant avec mépris à ses adeptes. Parmi ces derniers, ceux qui ne bénéficiaient ni d'une position sociale indépendante ni d'un soutien familial solide furent les premières cibles de cette brutalité. Les Quraychites déversaient leur colère sur eux, les emprisonnant sans pitié. Certains furent contraints de porter des cottes de mailles brûlantes et furent allongés sur le sable ardent, sous le soleil implacable du désert. La torture, infligée par le métal chauffé et le sable brûlant, était d'une cruauté indescriptible.

Les esclaves convertis, qu'ils soient hommes ou femmes, subissaient des traitements impitoyables de la part de leurs maîtres Quraychites. Ces derniers les torturaient sans relâche, les frappant avec une brutalité sauvage. Par exemple, 'Omar Ibn al-Khattâb frappait régulièrement son esclave, une femme nommée Lobaynah, jusqu'à ce que lui-même soit épuisé. Parmi ces martyrs, Bilâl, un Africain converti et esclave d'Omayyah Ibn Khalf, endura des souffrances particulièrement cruelles. Il était exposé au soleil de midi, allongé sur le gravier brûlant de la vallée de la Mecque. Lorsque la soif devenait insupportable, on lui demandait de reconnaître les idoles de la Mecque. Pourtant, Bilâl, fidèle à sa foi, refusait d'abjurer et, du fond de son supplice, il clamait : « Ahad! Ahad! » (Un, Un le Dieu Unique!). Touché par son sort, Mohammad (Que la paix soit sur lui et sa Famille) décida de le racheter pour le libérer de ses tortures.

D'autres, comme Yâcir et sa femme Somayyah, refusèrent catégoriquement d'abjurer leur foi et furent torturés jusqu'à la mort par les Quraychites. Somayyah, attachée à deux chameaux, subit une fin cruelle, transpercée par une lance. Leur fils, 'Ammâr, fut également torturé. Craignant de subir le même sort que ses parents, qu'il avait vus mourir sous ses yeux, et désireux d'échapper à une mort certaine, il finit par céder aux exigences de ses bourreaux, bien que son cœur restât fidèle à sa foi. Informé de ce reniement forcé, le Prophète affirma que cela était impossible, car 'Ammâr était profondément imprégné de foi, du sommet de la tête jusqu'à la plante des pieds, la foi coulant dans son sang et sa chair.

Lorsque 'Ammâr revint vers le Prophète, en pleurs et plein de remords, ce dernier récita un verset du Coran pour le réconforter : « Celui qui renie Dieu après avoir cru - sauf celui qui le fait par contrainte et dont le cœur reste ferme dans la foi (...) la colère de Dieu est sur lui et un terrible châtiment l'atteindra ». (Sourate Al-Nahl, 16: 106). Le Prophète essuya les larmes de 'Ammâr et le consola en lui disant : « Tu n'es pas coupable, s'ils t'y ont forcé ».

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L'Emigration en Abyssinie

L'Emigration en Abyssinie

Dans un climat de tension croissante, il devenait de plus en plus difficile pour les adeptes de Mohammad de mener une vie paisible à la Mecque. Les hostilités étaient telles qu'il n'était plus raisonnable pour le Prophète de continuer à prêcher dans une ville où ses fidèles risquaient constamment d'être agressés. Face à cette situation intenable, il conseilla à ceux de ses adeptes qui ne bénéficiaient pas de protection à la Mecque de chercher refuge et un lieu d'exil ailleurs. L'Abyssinie, terre d'accueil proposée par Mohammad, fut acceptée unanimement comme destination.

C'est ainsi qu'un groupe composé de onze hommes et de quatre femmes, parmi lesquels se trouvaient Othmân et son épouse Roqayyah, prit la décision courageuse de fuir vers cette contrée au mois de Rajab, durant la cinquième année de la Mission, soit aux alentours de 615 après J.-C. À leur arrivée, ils furent accueillis avec une bienveillance remarquable par Najâchî, le Négus, roi chrétien d'Éthiopie. Ce dernier, touché par le message de l'Islam, embrassera plus tard cette foi et deviendra un adepte de Mohammad.

L'accueil chaleureux réservé aux premiers réfugiés incita le Prophète à encourager d'autres de ses adeptes à émigrer en Abyssinie pour sauver leur vie. En conséquence, trente hommes et dix-huit femmes quittèrent la Mecque, certains individuellement, d'autres en petits groupes, pour se rendre en Abyssinie. Ja'far Ibn Abî Tâlib, accompagné de cinquante autres personnes, se joignit à eux dans cette quête de sécurité. Au total, ce furent cent treize réfugiés qui, grâce à leur détermination et à leur foi, parvinrent à atteindre l'Abyssinie sains et saufs.

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Une Délégation de Quraych en Abyssinie

Une Délégation de Quraych en Abyssinie

Les Quraych, voyant leur autorité mise à mal par la fuite des nouveaux convertis vers l'Abyssinie, décidèrent de réagir. Ils mirent sur pied une délégation soigneusement orchestrée, dirigée par 'Amr Ibn al-'Âç et 'Abdullâh Ibn Omayyah. Ces deux hommes furent choisis pour leur influence et leur habileté diplomatique. Afin de s'assurer les bonnes grâces du roi d'Éthiopie, ils partirent avec des présents somptueux, espérant ainsi obtenir son soutien.

À leur arrivée, 'Amr et 'Abdullâh se prosternèrent devant le souverain, un geste de respect qui marquait le début de leur mission. Ils lui offrirent ensuite les cadeaux précieux qu'ils avaient apportés, espérant ainsi gagner sa faveur. Une fois les présents remis, ils exposèrent leur requête : certains membres de leurs tribus, expliquèrent-ils, avaient embrassé une nouvelle foi qui, selon eux, portait atteinte à la vénération de Jésus et de sa mère Marie. Ces individus avaient renié leur religion ancestrale et cherchaient refuge en Abyssinie. Les délégués demandèrent donc au roi, au nom des Quraych, les nobles de la Mecque, de leur livrer ces fugitifs.

Le roi, connu pour sa justice et son équité, décida d'entendre les deux parties avant de prendre une décision. Il convoqua les musulmans pour qu'ils puissent se défendre contre les accusations d'hérésie portées à leur encontre. Les musulmans se présentèrent en groupe, sous la conduite de Ja'far, frère de 'Alî, fils d'Abû Tâlib et cousin du Prophète Mohammad. Contrairement aux coutumes de la cour, aucun membre de la délégation musulmane ne se prosterna devant le roi. Ils le saluèrent simplement avec leur formule traditionnelle : « Assalâmu 'Alaykum ». Loin de s'en offusquer, le roi fut impressionné par leur dignité et leur assurance.

Le souverain exposa alors les accusations formulées par leurs compatriotes. Ja'far, doté d'une prestance naturelle et d'une éloquence remarquable, prit la parole avec passion pour expliquer les principes de l'Islam. Le roi, un chrétien nestorien, fut intrigué par les similitudes entre les doctrines islamiques et celles de sa propre foi, et il fut frappé par leur opposition au polythéisme des Quraych.

Désireux d'en savoir plus, le roi demanda à Ja'far de réciter quelques passages des Révélations faites au Prophète. Ja'far choisit de réciter des versets de la Sourate Mariyam. Ces paroles touchèrent profondément le cœur du roi, au point qu'il ne put retenir ses larmes. Il fut particulièrement impressionné par la clarté et la force des arguments de Ja'far.

Face à cette démonstration de foi et de sincérité, le roi prit une décision inattendue. Non seulement il refusa de livrer les musulmans aux Quraych, mais il leur accorda également des privilèges encore plus grands que ceux dont ils jouissaient déjà. En signe de désapprobation, il expulsa la délégation Quraychite de sa cour, leur rendant les cadeaux qu'ils avaient apportés, marquant ainsi son soutien aux musulmans réfugiés.

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Le Prophète à Dâr al-Arqam

Le Prophète à Dâr al-Arqam

Après l'exil de cent treize membres du petit groupe des adeptes du Prophète, la situation de celui-ci à la Mecque devint particulièrement précaire. Les Quraych, ressentant vivement l'humiliation de l'expulsion de leurs émissaires à la Cour d'Abyssinie, décidèrent de se venger de Mohammad. Ils intensifièrent leurs efforts pour contrer ses prêches avec une vigueur renouvelée.

Face à cette hostilité croissante, Mohammad chercha refuge dans la maison d'un de ses fidèles, al-Arqam, située près du sanctuaire sacré de la Ka'bah. C'était la sixième année de sa Mission, et cet abri lui permit de prier et d'enseigner en paix. Un jour, alors qu'il était assis à l'entrée de la maison, Abû Jahl, le chef influent de la puissante famille des Banî Makhzûm, passa devant lui. Sans retenue, il proféra des insultes grossières à l'encontre du Prophète. Mohammad, bien que profondément choqué, resta silencieux, ne répondant pas à cette provocation.

Une esclave de 'Abdullâh Ibn Jod'ân, témoin de la scène, fut indignée par cette attaque gratuite d'Abû Jahl. Elle rapporta l'incident à Hamzah, l'oncle du Prophète, qui revenait d'une excursion de chasse. Hamzah, célèbre parmi les Arabes pour sa bravoure et sa chevalerie, fut profondément touché par l'outrage infligé à Mohammad. Immédiatement, il se rendit chez Abû Jahl. Après l'avoir réprimandé, il le frappa avec son arc, lui infligeant un coup sur la tête.

Les partisans d'Abû Jahl se levèrent pour prendre sa défense, mais il les apaisa et s'adressa à Hamzah d'un ton conciliant. Il expliqua que son insulte n'était qu'une réaction au fait que Mohammad dénigrait leurs divinités. Hamzah, dans un élan de défi, exprima son mépris pour ces idoles de pierre et défia Abû Jahl de prendre des mesures contre lui. Pour affirmer publiquement son soutien à Mohammad, Hamzah proclama à haute voix la profession de Foi islamique : « Il n'y a pas de dieu, si ce n'est Le Vrai Dieu Unique; et Mohammad est Son Prophète ». Ainsi, il se déclara Musulman.

Cet événement fut d'une importance capitale pour Mohammad et les Musulmans, survenant à un moment critique où leur situation était désespérée. L'adhésion de Hamzah, un notable respecté, à leur cause fut perçue comme une aide providentielle, une véritable main secourable tendue par le Ciel. Dès lors, Hamzah demeura un Musulman résolu jusqu'à la fin de sa vie.

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'Omar Accepte la Mission de Tuer Mohammad

'Omar Accepte la Mission de Tuer Mohammad

Après avoir subi l'humiliation infligée par Hamzah, Abû Jahl, animé par une rancune tenace, prit la décision résolue de mettre un terme définitif aux enseignements que Mohammad diffusait et qu'il considérait comme des innovations dangereuses. Pour cela, il offrit une récompense alléchante : cent chameaux ou mille onces d'or, payée comptant, pour quiconque apporterait la tête de Mohammad.

'Omar Ibn al-Khattâb, qui partageait avec la même intensité l'hostilité de son oncle maternel Abû Jahl envers Mohammad, se porta volontaire pour accomplir cet acte de violence et ainsi s'emparer de la prime promise. À cette époque, 'Omar avait trente-trois ans. Armé de son épée, il se mit en route vers la maison d'al-Arqam, déterminé à exécuter son plan.

En chemin, 'Omar croisa Sa'd Ibn Abî al-Waqqâç. Ignorant que Sa'd était un adepte de Mohammad, 'Omar lui confia son projet. Sa'd, conscient des dangers qui guettaient 'Omar, le mit en garde contre les risques qu'il encourait. Il lui conseilla ensuite, avec sagesse, de rendre visite en premier lieu à sa propre sœur et à son mari, qui étaient déjà adeptes de Mohammad.

'Omar, prenant en considération cet avertissement avisé, se dirigea alors vers la maison de sa sœur. À son arrivée, il entendit un cours sur le Coran donné par Khabbâb à sa sœur Âminah et à son mari Sa'îd Ibn Zayd. Sans hésitation, 'Omar entra brusquement dans la maison. Il se précipita sur Sa'îd, engageant un corps à corps intense avec lui. Après l'avoir jeté à terre, 'Omar s'assit sur sa poitrine, prêt à en découdre.

C'est alors que sa sœur intervint courageusement. Elle reçut une claque violente qui la fit saigner, mais, animée par une colère farouche, elle s'écria : « Ô fils de Khattâb ! Fais ce que tu voudras ! J'ai vraiment changé de Foi. » Par ces mots, elle avoua sans détour que tous deux, elle et son mari, étaient indubitablement devenus Musulmans.

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La Conversion de 'Omar

La Conversion de 'Omar

'Omar, submergé par un sentiment de honte après avoir poussé sa sœur à une telle audace, se retira légèrement. Dans un moment de calme, il lui demanda de réciter les paroles qu'elle avait apprises. Elle s'exécuta avec une solennité qui pénétra profondément l'âme de 'Omar. Les versets qu'elle lui récita étaient les quatorze premiers de la Sourate Tâhâ.

'Omar, en entendant ces mots, fut saisi par la beauté et la puissance de la langue, une force presque surnaturelle à laquelle il ne put résister. Émerveillé et touché, il demanda à sa sœur et à son beau-frère de le conduire auprès de Mohammad. Khabbâb, qui s'était caché dans la maison à l'approche de 'Omar, sortit alors de sa cachette. Ensemble, ils prirent la direction de la maison d'al-Arqam.

À leur arrivée, 'Omar croisa Hamzah à la porte, un autre membre de la communauté musulmane naissante. Conduit devant le Prophète, 'Omar ressentit une telle intimidation qu'il en tremblait. Le Prophète, avec bienveillance, le prit par la main et lui dit : « Ô Omar ! Veux-tu persister jusqu'à ce que Dieu envoie sur toi une calamité et un châtiment comme Il l'a fait avec al-Walîd Ibn Moghîrah ? » Ces mots résonnèrent en 'Omar, et le Prophète l'invita à embrasser l'Islam.

Sans hésitation, 'Omar accepta cette invitation et prononça sa Profession de Foi, les Chahadatayn. Cet événement marquant se déroula seulement trois jours après que Hamzah avait lui-même embrassé l'Islam, durant la sixième année de la Mission prophétique.

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La Délégation de Quraych auprès d'Abû Tâlib

La Délégation de Quraych auprès d'Abû Tâlib

Après la conversion de Hamzah et de 'Omar, un changement notable s'opéra dans la dynamique de la prédication de Mohammad. Le Prophète, fort du soutien de ces deux figures influentes, osa deux fois s'aventurer à prier publiquement avec ses fidèles à la Ka'bah. Désormais, la nécessité de tenir les rassemblements religieux dans le secret, notamment chez al-Arqam, ne s'imposait plus avec la même urgence. L'Islam, dans cette atmosphère de relative ouverture, commença à se répandre de manière assurée parmi les diverses tribus arabes.

Cependant, cette expansion de l'Islam ne manqua pas de susciter l'ire des Quraych, qui, voyant leur influence menacée, décidèrent de changer de stratégie. Ils jugèrent plus avisé de s'adresser directement à Abû Tâlib, l'oncle et protecteur du Prophète, ainsi que le chef respecté de sa famille. Avec une approche empreinte de chaleur, ils le prièrent d'imposer le silence à Mohammad. En cas d'échec, ils lui demandèrent de retirer sa protection. Abû Tâlib, habilement, parvint à les apaiser sans toutefois révéler à Mohammad leurs exigences.

Le Prophète, ignorant de ces tractations, poursuivit sa mission avec la même détermination. Les Quraych, d'abord observateurs, finirent par perdre patience en constatant l'absence de changement dans l'attitude de Mohammad. Ils se rendirent à nouveau, en groupe, chez Abû Tâlib, cette fois avec un ton plus menaçant. Ils exigèrent qu'il convainque son neveu de cesser d'attaquer leurs dieux, ou qu'il le laisse à leur merci.

Face à cette pression, Abû Tâlib convoqua Mohammad pour lui faire part des revendications des Quraych. Il lui suggéra de modérer ses critiques pour éviter un conflit familial. Cependant, Mohammad, fidèle à ses convictions, exprima avec force sa détermination à suivre les Commandements de Dieu jusqu'à la fin de sa vie. Il déclara avec fierté : « Même s'ils mettaient le soleil dans ma main droite et la lune dans ma main gauche pour me faire abdiquer ma tâche, je ne le ferais pas, et ce jusqu'à ce que Dieu la couronne de succès, ou que je me sacrifie pour elle » ("Abul-Fidâ'").

En entendant ces paroles, Mohammad crut que son oncle envisageait de lui retirer sa protection pour éviter un conflit familial. Il lui confia alors qu'il ne comptait que sur la protection et l'aide de Dieu, le Tout-Puissant, même si Abû Tâlib ne souhaitait plus le défendre. Le cœur lourd, Mohammad se tourna pour partir, mais Abû Tâlib le retint. Sans plus de discussion, il lui promit de le soutenir contre tous ses ennemis et de le défendre jusqu'à sa mort contre toute agression.

Convaincu par la foi inébranlable de son neveu, Abû Tâlib fit comprendre aux Mecquois que Mohammad était véritablement un Messager de Dieu et qu'ils devraient le considérer comme leur dirigeant et guide spirituel. Cette réponse ferme et froide laissa les Mecquois désemparés, incapables de trouver une nouvelle stratégie contre Mohammad et ses adeptes.

Abû Sufiyân, le chef des Omayyades, profita de cette situation pour tenter de discréditer non seulement Mohammad, mais aussi l'ensemble de la lignée de Hâchim, qui, bien que ne partageant pas ses croyances, le protégeait par solidarité clanique. L'hostilité d'Abû Sufiyân n'était pas seulement motivée par une haine personnelle ou des scrupules religieux, mais aussi par une rivalité familiale. Il ambitionnait de transférer à sa propre famille les honneurs de la cité, longtemps détenus par les Hachimites. Selon les témoignages historiques disponibles, c'est à cette époque que l'opposition à la propagation de la Foi de Mohammad atteignit son paroxysme.

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L'Interdiction et la Mise au Ban

L'Interdiction et la Mise au Ban

Sous l'impulsion d'Abû Sufiyân, les chefs influents des différentes familles de la Mecque prirent une décision lourde de conséquences. Ils décidèrent de former une alliance redoutable pour couper tous liens avec Mohammad, ses fidèles adeptes, ainsi que les Hâchimites qui avaient refusé de se détourner de lui. Cette ligue s'engagea solennellement à ne plus entretenir aucune relation commerciale avec eux. Ils ne leur achèteraient rien, ne leur vendraient rien, et n'envisageraient aucune alliance matrimoniale avec eux. C'est ainsi que, lors de la septième année de la Mission, vers 616 après J.-C., cette convention fut rédigée, signée et scellée. Pour lui conférer une valeur sacrée et inaltérable, elle fut précieusement conservée dans la Ka'bah.

Abû Tâlib, fidèle soutien, amena alors Mohammad dans son logement, connu sous le nom de Chi'b Abî Tâlib. Les Hâchimites, également victimes de ce boycottage en raison de leur soutien indéfectible à Mohammad, se retirèrent eux aussi dans ce refuge. Cependant, un membre de leur clan, Abû Lahab, choisit de se séparer d'eux et s'allia aux Mecquois.

Désormais, les Hâchimites, mis au ban de la société, se retrouvèrent complètement isolés du reste des habitants de leur ville. Ils devinrent des excommuniés, condamnés à endurer toutes sortes de privations. La forteresse de Chi'b Abî Tâlib était même parfois assiégée par les Quraych, dans le but de renforcer le blocus et de prévenir toute tentative d'approvisionnement. Les Hâchimites se retrouvèrent ainsi confrontés à la famine, incapables d'acquérir des provisions qu'à des prix exorbitants auprès de commerçants étrangers, et ce uniquement pendant les jours de Trêve, c'est-à-dire durant les mois de Rajab et de Thilhaj chaque année.

Sous la surveillance constante des Quraych, ils n'osaient pas sortir. Abû Tâlib, inquiet pour la sécurité de Mohammad, redoutait même des assassinats nocturnes. Toujours sur ses gardes, il changeait souvent la chambre à coucher de Mohammad, par précaution contre une attaque surprise. Cette situation oppressante dura environ trois ans, débutant vers la fin de la septième année de la mission et se terminant à la dixième année, lorsque Mohammad atteignit l'âge de cinquante ans.

Malgré ces épreuves, le Prophète ne négligea jamais sa mission. Il s'efforçait d'améliorer les mentalités de ses proches, prêchant inlassablement le Monothéisme pour renforcer leur foi et leur soumission à sa doctrine. Chaque fois qu'il en avait l'occasion, notamment lors des jours de Trêve, il se mêlait aux pèlerins, prêchait parmi eux, exposait ses doctrines et annonçait ses révélations lors d'occasions propices.

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Quelques-uns des Miracles les Plus Remarquables

Quelques-uns des Miracles les Plus Remarquables

Dans son ouvrage intitulé "Life of Mohammad", W. Irving relate avec une plume captivante comment le Prophète de l'Islam, par sa sagesse et son charisme, parvint à convertir de nombreux individus à la nouvelle religion. Ces convertis, en retournant dans leurs régions respectives, disséminèrent les enseignements qu'ils avaient reçus, semant ainsi les graines de la foi islamique. Parmi eux se trouvaient même des princes et des chefs de tribu, dont l'exemple inspirait leurs partisans à embrasser la nouvelle croyance. Les récits arabes, empreints de légendes, décrivent avec faste la conversion d'un de ces princes, un événement lié à l'un des miracles les plus remarquables attribués à Mohammad.

Le prince en question, Habîb Ibn Mâlik, était surnommé le Sage. Ce titre lui avait été conféré en raison de son immense érudition et de sa connaissance approfondie des sciences et de la magie. Il était réputé pour sa maîtrise des religions, ayant étudié leurs fondements avec une rigueur sans égale. Habîb avait exploré le Judaïsme, le Christianisme et le Zoroastrisme, et avait acquis une compréhension pratique de chacune de ces religions. Selon la légende arabe, il avait eu amplement le temps d'accumuler une telle sagesse, puisqu'il aurait vécu cent quarante ans.

Un jour, Habîb se rendit à La Mecque, à la tête d'une puissante armée de vingt mille hommes. Il était accompagné d'une jeune fille d'une grande beauté, nommée Satihah, pour laquelle il offrit des prières à la Ka'bah. La pauvre enfant était devenue sourde, muette, aveugle et paralysée, et son père espérait qu'un miracle pourrait la guérir.

Les figures influentes de La Mecque, Abû Sufiyân et Abû Jahl, virent dans la présence de ce prince puissant, idolâtre, âgé et sage, une occasion en or pour nuire à Mohammad. Ils informèrent Habîb de l'hérésie du prétendu prophète et le persuadèrent de le convoquer à son campement dans la vallée de "Flints". Ils espéraient que Mohammad, en persistant dans ce qu'ils considéraient comme une erreur, s'attirerait la mort ou le bannissement.

La légende décrit avec éclat la parade des Quraychites idolâtres, fièrement ornés, se rendant à cheval et à pied à cette grande inquisition. Abû Sufiyân et Abû Jahl dirigeaient cette procession, et ils furent accueillis par Habîb le Sage, installé sous une tente de tissu cramoisi, sur un trône d'ébène incrusté d'ivoire et de santal, couvert de plaques d'or.

Mohammad, qui se trouvait chez Khadîjah, reçut alors la convocation pour comparaître devant ce tribunal redoutable. Khadîjah, inquiète, l'avertit avec insistance, tandis que ses filles s'accrochaient à son cou, pleurant et se lamentant, craignant qu'il ne marche vers une mort certaine. Cependant, Mohammad les rassura doucement, leur demandant de placer leur confiance en Allâh.

Contrairement à l'ostentation de ses adversaires, Abû Sufiyân et Abû Jahl, Mohammad se présenta à la scène du procès vêtu simplement. Il portait une longue chemise blanche, un turban noir et un voile d'étoffe d'Aden. Ses cheveux tombaient sur ses épaules, et son visage rayonnait de la mystérieuse lumière de la prophétie. Bien qu'il n'eût pas parfumé sa barbe, sauf avec un peu de musc et de camphre sur sa lèvre supérieure, un doux parfum émanait de sa personne partout où il passait.

Lorsque le Prophète s'approcha, un silence empreint de crainte s'installa dans l'assemblée. Pas un murmure, pas un chuchotement. Même les animaux sauvages semblaient respecter ce silence; les hennissements des chevaux, les cris des chameaux et les braiments des ânes s'étaient tus.

Le vénérable Habîb accueillit gracieusement Mohammad. Sa première question était prête : "Ils disent que tu prétends être envoyé par Dieu. Est-ce ainsi ?" Mohammad répondit avec assurance : "Certainement, Allâh m'a envoyé pour proclamer la Véritable Foi."

Habîb, prudent, répliqua : "Bien. Mais chaque prophète a donné la preuve de sa mission par des signes et des miracles. Noé avait son arc-en-ciel; Salomon, son anneau mystérieux; Abraham, le feu de la fournaise qui devint froid sur son ordre. Ismâ'îl, le bélier qui fut sacrifié à sa place; Moïse, son bâton magique, et 'Issâ ressuscitait les morts et calmait les tempêtes par de simples mots. Donc, si tu es vraiment un prophète, fais-nous un miracle en guise de preuve."

Les partisans de Mohammad tremblèrent de peur pour lui en entendant cette demande, tandis qu'Abû Jahl battait des mains, louant la sagacité de Habîb le Sage. Mais le Prophète le réprimanda avec mépris : "Paix! Chien de ta lignée! Disgrâce de ta famille et de ta tribu!" Puis, avec calme, il se mit à exécuter les désirs de Habîb.

Le premier miracle demandé à Mohammad consistait à révéler ce que Habîb gardait dans sa tente et pourquoi il l'avait amené à La Mecque. Selon la légende, Mohammad se pencha vers le sol et traça des figures sur le sable. Puis, relevant la tête, il répondit : "Ô Habîb! Tu as amené ici ta fille, sourde-muette, estropiée et aveugle, Satihah, dans l'espoir d'obtenir du Ciel qu'elle soit soulagée. Va à ta tente, parle-lui et écoute sa réponse, et sache que Dieu est Tout-Puissant."

Le vieux prince se hâta vers sa tente. Sa fille le reçut d'un pas léger et les bras ouverts, en pleine possession de toutes ses facultés. Ses yeux brillaient de joie, son visage était illuminé d'un sourire, et elle paraissait plus belle que la lune d'une nuit sans nuage.

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Le Miracle de la Disjonction de la Lune

Le Miracle de la Disjonction de la Lune

Le second miracle que Habîb avait sollicité du Prophète était d'une envergure extraordinaire. Il lui avait demandé de faire en sorte que le ciel de midi, habituellement baigné de lumière éclatante, soit plongé dans des ténèbres surnaturelles. Puis, il souhaitait que la lune apparaisse majestueusement au-dessus de la Ka'bah, ce lieu sacré au cœur de La Mecque. En réponse à cette demande, le Prophète invoqua le Tout-Puissant. Soudain, une obscurité totale enveloppa la clarté du jour, et l'astre lunaire resplendit au-dessus du sanctuaire, illuminant la scène d'une lumière mystique.

Dans un geste empreint de solennité, le Prophète leva son doigt vers le ciel. À cet instant précis, l'orbe de la lune se scinda en deux moitiés distinctes, si bien que la montagne d'Abû Qubays se dressait entre elles, comme un témoin silencieux de ce prodige céleste. Peu après, le Prophète fit un autre signe, et les deux moitiés de l'astre se rejoignirent, reformant le disque lunaire dans sa plénitude. Aujourd'hui encore, des fissures profondes sont visibles sur la surface de la lune, semblant témoigner des traces laissées par cette réunion miraculeuse des deux parties.

Ce spectacle extraordinaire eut un impact profond sur ceux qui en furent témoins. Le prince, accompagné de quatre cent soixante-dix de ses partisans, ainsi qu'un grand nombre de Mecquois, furent convaincus par ce signe manifeste et embrassèrent la foi prêchée par le Prophète. Cependant, tous ne furent pas convaincus. Abû Jahl et Abû Sufiyân, fermement ancrés dans leur incrédulité, proclamèrent que tout cela n'était rien d'autre qu'un ensorcellement orchestré par Mohammad. Leur cœur demeurait fermé à la vérité, et ils restaient des incroyants endurcis.

On rapporte que ces événements extraordinaires se déroulèrent cinq ans avant l'Emigration, marquant ainsi un moment clé dans l'histoire de la révélation prophétique.

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La Fin Miraculeuse de la Mise au Ban

La Fin Miraculeuse de la Mise au Ban

À la fin de la troisième année de l'Interdiction, correspondant à la dixième année de la Mission prophétique, le Prophète Mohammad, empli de certitude et de foi, informa son oncle bien-aimé, Abû Tâlib, d'une révélation divine. Allâh, dans Sa sagesse infinie, avait manifesté Sa désapprobation à l'égard de la Convention dirigée contre Lui. Par un acte miraculeux, Il avait envoyé des fourmis pour dévorer chaque mot du document scellé dans la Ka'bah, à l'exception de Son propre Nom, qui y demeurait intact.

Convaincu par son neveu, qu'il considérait comme le récipiendaire des Révélations célestes, Abû Tâlib se rendit chez les Quraych sans la moindre hésitation. Il leur rapporta les paroles de Mohammad concernant le document, leur proposant un marché équitable : si, après vérification, ses propos s'avéraient véridiques, ils devraient s'engager à renoncer à leur convention et à cesser leurs hostilités envers Mohammad et ses fidèles. Dans le cas contraire, il s'engageait à leur livrer Mohammad.

Mot'im Ibn 'Adî, Zam'ah Ibn Aswad, Abul-Bakhtari, ainsi que quelques autres voisins des Quraych, profondément touchés par les souffrances des enfants quasi faméliques des Hâchimites exclus de la société, se joignirent à Abû Tâlib. Leur objectif était de s'assurer que sa demande juste ne serait pas rejetée par les Quraychites. À la surprise générale, la proposition d'Abû Tâlib fut acceptée par tous.

Ensemble, ils se dirigèrent vers la Ka'bah pour inspecter le document. À leur grande stupéfaction, ils découvrirent que les fourmis l'avaient effectivement dévoré, ne laissant que le Nom d'Allâh. Abû Tâlib, transporté de joie par ce miracle manifeste, vit là un signe éclatant en faveur du Prophète Mohammad. Les Quraych, quant à eux, restèrent perplexes et confus, attribuant ce phénomène à un ensorcellement de Mohammad. Cependant, face à la détermination inébranlable d'Abû Tâlib et de ses partisans, ils finirent par céder et déclarèrent le document nul et non avenu.

Ainsi, le bannissement fut levé, permettant à tous les Hâchimites de regagner leurs foyers. Mohammad (Que la paix soit sur lui et sur sa famille) recouvra sa liberté, marquant la fin d'une période de souffrance et le début d'une nouvelle ère de sérénité.

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Le Retour des Émigrés d'Abyssinie

Le Retour des Émigrés d'Abyssinie

Lorsque les interdictions sévères imposées par les Quraych aux Musulmans furent enfin levées, les Hâchimites retrouvèrent la liberté de commercer avec les habitants de la Mecque. Cette nouvelle liberté fut accompagnée de rumeurs qui traversèrent les mers pour atteindre l'Abyssinie, apportant des nouvelles d'une paix apparente entre le Prophète Mohammad et les Mecquois. Ces rumeurs, porteuses d'espoir, éveillèrent un profond désir chez les émigrés de retrouver leurs foyers tant aimés.

Parmi ces émigrés, vingt-neuf d'entre eux, animés par l'espoir de revoir leur terre natale, décidèrent de mettre un terme à leur exil. Parmi eux se trouvaient 'Othmân et sa femme Ruqayyah, tous deux particulièrement impatients de regagner la Mecque. C'est ainsi qu'en l'an dix de la Mission, ils entreprirent le voyage de retour. À leur arrivée, ils découvrirent que la situation demeurait inchangée, exactement telle qu'ils l'avaient laissée lors de leur fuite précipitée. Face à cette réalité, ils sollicitèrent la protection de Mecquois dignes de confiance, leur permettant de vivre en sécurité jusqu'à ce que le Prophète leur ordonne de s'établir à Médine.

D'autres émigrés, quant à eux, firent le choix de revenir d'Abyssinie en l'an cinq de l'émigration du Prophète à Médine. Toutefois, Ja'far Ibn Abî Tâlib et une vingtaine de ses proches ne revinrent qu'en l'an sept de l'émigration. Leur retour coïncida avec une période tumultueuse où le Prophète était engagé dans un conflit contre les Juifs de Khaybar.

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La Mort d'Abû Tâlib

La Mort d'Abû Tâlib

À l'âge de cinquante ans, en cette dixième année de la Mission prophétique, quelques mois seulement après la levée de l'interdiction qui pesait sur les musulmans, le Prophète Muhammad fut frappé par une perte immense et douloureuse. Il perdit son oncle bien-aimé, Abû Tâlib, qui s'éteignit à l'âge vénérable de quatre-vingt-sept ans. Abû Tâlib n'était pas seulement un oncle pour Muhammad; il avait été une figure paternelle, le nourrissant pendant son enfance, veillant à son éducation durant sa jeunesse, et lui offrant la stabilité d'une vie familiale confortable à l'âge adulte. Plus encore, il avait été son protecteur indéfectible, le défendant avec ferveur contre les nombreux ennemis qui se dressaient sur son chemin.

La disparition d'Abû Tâlib fut pour Muhammad une source de chagrin profond. L'attitude bienveillante et protectrice de son oncle envers lui, telle qu'elle est relatée dans les pages précédentes, ainsi que certains de ses poèmes qui ont traversé le temps, témoignent de sa foi en Muhammad. Selon l'historien Abul-Fidâ', ces écrits montrent qu'Abû Tâlib avait reconnu Muhammad comme le véritable Prophète de Dieu et considérait sa religion comme la meilleure de toutes. Il ne fait aucun doute qu'Abû Tâlib quitta ce monde en croyant, avec sur ses lèvres la profession de foi musulmane.

Les vers suivants, qui lui sont attribués, illustrent clairement sa croyance en Muhammad : « Je crois que la Foi de Muhammad est la meilleure de toutes les religions de l'univers. » Un autre vers proclame : « Ne voyez-vous pas que nous trouvons Muhammad Prophète comme Mûsâ. Il est déjà prédit dans les précédentes Écritures. »

Abû Tâlib décrivait également Muhammad en ces termes : « À lui est le visage illuminé de l'intermédiaire pour la tombée des pluies ; il est une fontaine pour les orphelins et un protecteur pour les veuves. » Il soulignait les qualités exceptionnelles de Muhammad : « Les gens ont eu connaissance de ses mérites vertueux, et n'ont pas pu lui trouver un égal dans l'humanité. »

Enfin, il louait son humilité et sa sagesse : « Humble, vertueux, sage et prudent, ne lui est pas indifférent Celui qu'il aime. » Pour conclure, Abû Tâlib reconnaissait la grandeur de Muhammad en ces mots : « Pour l'exalter, IL fit dériver son nom du Sien : alors que le Maître du Trône s'appelle Mahmûd, IL l'a nommé Muhammad. »

Ainsi, à travers ces vers, Abû Tâlib a laissé un témoignage durable de son admiration et de sa foi en Muhammad, un héritage qui continue de résonner à travers les siècles.

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L'Année du Deuil

L'Année du Deuil

Mohammad fut rapidement confronté à une nouvelle épreuve, une perte encore plus déchirante que la précédente. À peine trois jours après la disparition de son oncle bien-aimé, Abû Tâlib, c'est sa femme, Khadîjah, qui quitta ce monde. Elle laissa derrière elle leur fille unique, Fâtimah. Ce départ plongea Mohammad dans un chagrin profond, tant son attachement à Khadîjah était immense. Il pleura abondamment sur sa tombe, exprimant son affliction en portant les vêtements de deuil pour elle et pour Abû Tâlib. C'est ainsi que cette période fut désignée comme l'Année du Deuil, selon les mots de W. Irving.

Khadîjah avait été un pilier indéfectible pour la cause de son époux, un véritable soutien et bienfaitrice. Elle fut la première à reconnaître la véracité de sa Mission Divine, croyant en lui comme étant le Prophète de Dieu. En retour, Mohammad lui témoignait un respect immense, une estime qui était réciproque et qui cimentait leur relation conjugale depuis vingt-cinq ans. Jusqu'à la fin de sa vie, il conserva précieusement le souvenir de sa bonté et de sa foi inébranlable. Il la considérait comme l'une des quatre femmes à la foi parfaite, par lesquelles Dieu avait choisi de bénir cette terre. Aux côtés de Khadîjah se trouvaient Asiya, l'épouse du Pharaon, Maryam, la mère de 'Isâ, et Fâtimah, sa propre fille, qui deviendra l'épouse de 'Alî Ibn Abî Tâlib.

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Le Prophète à Tâ'if

Le Prophète à Tâ'if

Après la disparition de ses deux plus précieux soutiens, le Prophète Mohammad se retrouva confronté à une hostilité grandissante de la part des Quraych. Ces derniers, désormais plus menaçants et cruels que jamais, rendaient la situation de Mohammad à la Mecque de plus en plus insupportable. Conscient de cette réalité oppressante, le Prophète prit la décision courageuse de chercher refuge ailleurs, espérant trouver un accueil plus favorable à sa mission.

Accompagné de Zayd, son fidèle compagnon et esclave affranchi, Mohammad se mit en route pour Tâ'if. Cette ville, située à environ cent vingt kilomètres à l'est de la Mecque, était connue pour être un bastion de l'idolâtrie. Là-bas, l'idole d'Al-Lât, magnifiquement ornée de gemmes et de bijoux, était l'objet d'une vénération fervente. Malgré ce contexte peu accueillant, le Prophète s'efforça de prêcher ses doctrines pendant une semaine entière, espérant toucher les cœurs et éveiller les consciences.

Cependant, les habitants de Tâ'if, profondément attachés à leurs pratiques idolâtres, prirent en grande aversion les enseignements de Mohammad. Leur irritation se transforma rapidement en violence, et ils le chassèrent de la ville avec une brutalité inouïe. Lapidé et blessé, le Prophète fut contraint de fuir, poursuivi par une foule en colère, jusqu'à ce qu'il trouve enfin refuge dans un clos appartenant à un noble Mecquois.

Profondément découragé par l'accueil hostile et la cruauté des habitants de Tâ'if, Mohammad dut se résoudre à rebrousser chemin. C'est avec un cœur lourd qu'il entreprit le voyage de retour vers la Mecque, portant en lui les blessures physiques et morales de cette épreuve douloureuse.

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Des Djinns embrassent l'Islam

Des Djinns embrassent l'Islam

Sur le chemin du retour, le Prophète fit halte, une nuit paisible, à Nakhlah. Alors qu'il se recueillait après ses prières habituelles, il se mit à réciter quelques versets coraniques, sa voix s'élevant dans l'air nocturne avec une mélodie envoûtante. À ce moment précis, un groupe de sept ou neuf djinns, en route vers le Yémen, passa par là. Ces êtres invisibles, sensibles à la beauté du monde, furent profondément touchés par le ton mélodieux et l'excellence des paroles de la récitation sacrée.

Intrigués et captivés, les djinns apparurent devant le Prophète, et, après avoir écouté attentivement, ils acceptèrent ses doctrines avec dévotion. Une fois arrivés à destination, ils s'empressèrent de propager ces enseignements parmi les leurs, et nombreux furent ceux qui embrassèrent l'Islam. Cette rencontre fut immortalisée dans le Coran : « Lorsque Nous avons amené devant toi un groupe de djinns écoutant le Coran, et qu'ils furent présents, ils dirent (les uns aux autres) : "Écoutez" et quand ce fut terminé, ils retournèrent en prêcheurs auprès de leur peuple. » (Sourate al-Ahqâf, 46:29)

Les djinns, animés par une nouvelle foi, s'adressèrent à leur peuple avec enthousiasme : « Ô notre peuple ! Nous avons entendu la lecture d'un Livre révélé après Mûsa : il confirme les précédents, guide vers la vérité et vers le chemin droit. » (Sourate al-Ahqâf, 46:30)

Ils exhortèrent leur communauté à répondre à cet appel divin : « Ô notre peuple ! Répondez à celui qui appelle à Dieu ! Croyez en Lui ! IL vous pardonnera vos péchés et IL vous préservera d'un châtiment douloureux. » (Sourate al-Ahqâf, 46:31)

Ils avertirent également de la conséquence du rejet de cet appel : « Quiconque ne répond pas à celui qui appelle à Dieu ne pourra pas frustrer (la vengeance de Dieu) sur la terre ; et il n'y aura pas de protecteur en dehors de Lui. Ceux-là sont dans un égarement manifeste. » (Sourate al-Ahqâf, 46:32)

Ainsi, cette rencontre extraordinaire entre le Prophète et les djinns devint un moment marquant, illustrant la puissance de la parole divine et l'universalité du message islamique, capable de toucher tous les cœurs, visibles ou invisibles.

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Le Prophète de Nouveau à la Mecque

Le Prophète de Nouveau à la Mecque

À l'aube d'un jour nouveau, Mohammad reprit sa route en direction de la Mecque, cette ville qui avait été le théâtre de tant d'événements marquants. Lorsqu'il atteignit la montagne de Hirâ', il choisit de s'y arrêter. Conscient des dangers potentiels qui l'attendaient dans cette cité où son retour était perçu comme indésirable par beaucoup, il décida d'envoyer Zayd en éclaireur. Sa mission était de négocier avec quelques concitoyens bienveillants pour obtenir leur protection.

Zayd, avec patience et détermination, entama de longues négociations. Grâce à ses efforts, il parvint à obtenir l'appui de Mot'im Ibn 'Adî. Ce dernier était connu pour avoir soutenu Abû Tâlib dans sa lutte contre les mesures d'interdiction imposées aux Hâchimites. Mot'im Ibn 'Adî, fidèle à sa réputation d'homme juste, se rendit auprès de Mohammad. Il lui offrit sa protection et l'accueillit dans sa propre demeure à la Mecque.

Dès lors, le Prophète put se montrer en public, mais uniquement durant les périodes de trêve, qui correspondaient aux mois sacrés de Rajab et Thilhaj. Durant ces moments de répit, il prêchait les enseignements de sa Foi, s'adressant aussi bien aux pèlerins qu'aux habitants de la Mecque. Cependant, sa tâche n'était pas aisée. Abû Lahab et Abû Jahl, ses adversaires acharnés, ne cessaient de le suivre et de contredire ses paroles.

Ces ennemis farouches allèrent jusqu'à poster des Quraychites sur les routes empruntées par les pèlerins. Leur objectif était clair : mettre en garde les voyageurs contre Mohammad, qu'ils dépeignaient comme un magicien dangereux. Ainsi, malgré la protection dont il bénéficiait, le Prophète devait sans cesse faire face à l'opposition et aux calomnies de ceux qui cherchaient à entraver sa mission.

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Les Fiançailles avec 'Âyechah

Les Fiançailles avec 'Âyechah

Depuis la disparition de Khadîjah, la femme à laquelle il avait été profondément attaché, le Prophète Mohammad traversait une période de grande tristesse et de mélancolie. Cette perte avait laissé en lui une empreinte indélébile, et son entourage observait avec inquiétude son affliction. Parmi ses compagnons les plus proches, Abû Bakr, toujours à l'affût d'une occasion pour renforcer les liens d'amitié qui l'unissaient à Mohammad, vit là une opportunité unique de lui apporter un peu de réconfort et de soutien.

Dans cet esprit, Abû Bakr proposa à Mohammad la main de sa jeune fille, 'Âyechah, en mariage. Bien qu'elle fût encore une enfant de seulement sept ans, les traditions de l'époque permettaient de telles alliances. Abû Bakr, animé par le désir sincère de consoler son ami, fit preuve de persévérance et de persuasion dans ses sollicitations. Finalement, Mohammad accepta cette proposition, mais avec la sagesse et la prudence qui le caractérisaient. Il décida de ne procéder, dans l'immédiat, qu'aux fiançailles, reportant la consommation du mariage à une date ultérieure, après l'Émigration à Médine.

Cet acte réfléchi d'Abû Bakr témoignait de sa clairvoyance et de son désir de se rapprocher encore davantage du Prophète. Inspiré par cet exemple, 'Omar, un autre compagnon de Mohammad, nourrissait également l'ambition d'exercer une influence similaire dans la vie conjugale du Prophète. Plus tard, il parviendra à marier sa propre fille, Hafçah, à Mohammad, un événement dont les détails seront abordés ultérieurement dans notre récit.

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Les Hommes de Médine Embrassent l'Islam

Les Hommes de Médine Embrassent l'Islam

C'était la onzième année de la Mission prophétique, un moment crucial dans l'histoire de l'Islam. Le Prophète Mohammad, dans sa quête inlassable de transmettre le message divin, se trouvait à 'Aqabah, un lieu situé entre Mina et 'Arafât. Là, il prêchait avec ferveur et conviction. Ce jour-là, six hommes appartenant à la tribu des Khazraj de Yathrib, connue aujourd'hui sous le nom de Médine, étaient présents. Ils étaient venus à La Mecque pour accomplir le pèlerinage, un acte de dévotion et de foi.

Ces six Khazrajites, curieux et attentifs, écoutèrent avec soin les paroles du Prophète. Ils se laissèrent imprégner par les principes fondamentaux de la Foi islamique que Mohammad leur exposait avec clarté et passion. Les mots du Prophète résonnaient en eux, empreints de vérité et de sagesse. Ils furent profondément touchés par la sincérité et la véracité de son discours, si bien qu'ils décidèrent d'embrasser l'Islam, convaincus par la justesse de ses enseignements.

De retour à Yathrib, ces hommes ne gardèrent pas pour eux cette précieuse découverte. Animés par un élan de foi et de conviction, ils entreprirent de partager avec leur peuple les doctrines de l'Islam. Ils parlèrent avec enthousiasme de leur conversion à la Foi de Mohammad, soulignant la vérité éclatante de ses enseignements. Ils vantèrent également son caractère saint, son amour fraternel, sa conduite pacifique et sa personnalité captivante, qui avaient su les séduire et les convaincre. Ainsi, le message de l'Islam commença à se répandre à Yathrib, grâce à ces premiers convertis qui devinrent des ambassadeurs de la nouvelle foi.

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Le Premier Serment de 'Aqabah

Le Premier Serment de 'Aqabah

L'année qui suivit, soit la soixantième année, marqua la douzième année de la Be'thah, la Mission prophétique. Cette année-là, sept nouvelles personnes, animées par la curiosité et intriguées par les récits des six premiers convertis, entreprirent un voyage depuis Yathrib jusqu'à la Mecque. Elles étaient accompagnées de cinq individus parmi ceux qui avaient embrassé l'Islam l'année précédente. Leur destination était 'Aqabah, un lieu déjà chargé de sens, où ils espéraient rencontrer le Prophète.

À leur arrivée, ils furent accueillis par le Prophète, dont les enseignements les enchantèrent profondément. Séduits par la sagesse et la clarté de ses paroles, ils décidèrent d'embrasser sa Foi. Ils prêtèrent alors serment de ne reconnaître aucun autre dieu que l'Omniscient, l'Omniprésent et l'Unique Seigneur, Allâh. Ce serment impliquait également l'obéissance aux commandements du Messager de Dieu, notamment l'observation rigoureuse des prières et la conduite d'une vie exempte de péchés. Cela signifiait s'abstenir de l'adultère, de la fornication, de l'infanticide, du vol, et éviter la calomnie ainsi que la diffamation. Ce moment solennel est connu dans l'histoire sous le nom de Premier Serment de 'Aqabah.

Après avoir prêté allégeance au Prophète et à sa Foi, les douze hommes retournèrent à Yathrib, une ville située à environ quatre cent dix kilomètres au nord de la Mecque. Ils y retournèrent en tant que fervents propagateurs de l'Islam. Pour les épauler dans cette mission, deux disciples du Prophète furent désignés pour les accompagner : Moç'ab Ibn 'Omayr, un petit-fils de Hâchim, et 'Abdullâh Ibn Om Maktum. Leur rôle était d'enseigner le Coran et de transmettre les doctrines fondamentales de l'Islam. Ces propagateurs avaient également pour mission de rapporter au Prophète les résultats de leurs efforts lors de la prochaine saison du pèlerinage, au même endroit.

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Le Mi'râj

Le Mi'râj

C'était une nuit paisible du 27 Rajab, durant la douzième année de sa Mission. Mohammad, le Prophète, venait d'achever ses prières nocturnes dans la demeure de sa cousine, Om Hânî, fille d'Abû Tâlib. Les habitants de la Mecque s'étaient déjà plongés dans le sommeil, enveloppés par la quiétude de la nuit. C'est alors que l'Ange Gabriel, messager céleste, apparut devant lui. Dans un éclat de lumière divine, Gabriel le conduisit vers la Ka'bah, ce lieu sacré au cœur de la ville.

Là, un événement extraordinaire se déroula. Mohammad fut invité à monter sur le dos d'un cheval céleste, nommé Borâq. Ce noble destrier le transporta jusqu'à Jérusalem, où ils descendirent dans le temple. Dans ce lieu empreint de spiritualité, Mohammad dirigea la prière, entouré d'un groupe de prophètes qui avaient été envoyés avant lui. C'était un moment de communion et de reconnaissance entre les messagers divins.

Après avoir accompli cette prière en assemblée, Mohammad enfourcha de nouveau Borâq. Cette fois, il fut transporté vers les cieux, où un spectacle d'une beauté indescriptible l'attendait. Les merveilles du Paradis se dévoilèrent à ses yeux, contrastant avec les visions terrifiantes de l'Enfer. Parmi les lumières célestes, il reçut de Dieu de nouveaux préceptes et commandements, ainsi que l'ordre pour sa communauté, la Ummah, d'accomplir cinq prières quotidiennes obligatoires. Dans cet univers divin, il découvrit également son propre nom inscrit aux côtés de celui de 'Alî dans la Profession de Foi musulmane : « Il n'y a de dieu que Dieu l'Unique, Mohammad est Son prophète avec 'Alî comme sa Main Droite ».

« Gloire à Celui qui a fait voyager de nuit Son serviteur de la Mosquée sacrée à la Mosquée très éloignée (de Jérusalem) dont Nous avons béni l'enceinte, et ceci pour lui montrer certains de Nos Signes. Dieu est vraiment Celui qui entend et qui voit parfaitement ». (Sourate Banî Isrâ'îl, 17:1)

Aucun Musulman ne doit nourrir le moindre doute quant à la réalité de ce voyage nocturne. En témoignage de cet événement miraculeux, l'empreinte du pied du Prophète est encore visible sur une pierre à Jérusalem. C'est sur cette roche qu'il monta pour enfourcher Borâq et s'élever vers les cieux. La mosquée érigée par le calife 'Omar, pour préserver la mémoire de cette empreinte, se dresse toujours à cet endroit.

Cependant, il existe des personnes notables qui n'ont pas cru à l'ascension corporelle du Prophète vers les cieux. Elles soutiennent plutôt l'idée d'un voyage spirituel, où l'esprit du Prophète aurait contemplé les merveilles décrites. Parmi ces sceptiques, on compte 'Âyechah, la fille d'Abû Bakr al-Çiddîq et l'une des épouses du Prophète, ainsi que Mu'âwiyeh, le célèbre fils d'Abû Sufiyân. Il est intéressant de noter qu'à l'époque de l'ascension, 'Âyechah n'était qu'une enfant d'environ sept ans, vivant encore avec ses parents. Elle ne rejoignit le Prophète en tant qu'épouse que deux ans plus tard, à Médine.

Quant à Abû Bakr, le père de 'Âyechah, il croyait fermement à l'ascension corporelle du Prophète. Certains disent même que le titre d'al-Çiddîq, signifiant "le véridique", lui fut attribué en reconnaissance de son soutien à cette histoire. « Moç'ab Ibn Zobayr et d'autres dirent que les gens s'accordèrent à l'appeler al-Çiddîq (témoin de la vérité) parce qu'il avait vite témoigné que Mohammad était le Prophète de Dieu ». ("History of Califat", p. 25, traduction anglaise par Major Jarret de "Târîkh al-Kholafâ'" d'al-Suyûtî).

Quant à Mu'âwiyeh, il n'était pas encore né lors de l'ascension. Il vint au monde un an plus tard, l'année où le Prophète trouva refuge dans une grotte, protégé par des parents païens, ennemis mortels à l'époque. Mu'âwiyeh se convertit à l'Islam dix ans après ces événements, marquant ainsi un tournant dans son existence.

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La Propagation de l'Islam à Médine

La Propagation de l'Islam à Médine

La terre de Yathrib, que l'on connaît aujourd'hui sous le nom de Médine, se révéla être un sol particulièrement fertile pour l'épanouissement de l'Islam. Dès son arrivée dans cette cité, Moç'ab Ibn 'Omayr se mit avec ardeur à prêcher publiquement la nouvelle religion apportée par le Prophète Mohammad. Il bénéficia grandement de l'assistance et de l'exemple inspirant des douze propagateurs de cette foi naissante, ce qui lui permit de réaliser un succès considérable.

Les habitants de Yathrib, qui attendaient déjà l'arrivée d'un personnage promis dans leurs Écritures, reconnurent en Mohammad le Prophète tant espéré lorsqu'ils entendirent parler de lui et des enseignements qu'il prônait. Cette reconnaissance fut si forte que nombre d'entre eux ne tardèrent pas à embrasser l'Islam avec enthousiasme.

Parmi les premières personnalités de renom à se convertir figurait Osays Ibn Hozayr, un noble respecté de la ville. À ses côtés, Sa'd Ibn Mo'az, le prince influent de la tribu de Aws, embrassa également la nouvelle foi. Leur conversion eut un effet d'entraînement, incitant toutes les grandes familles de leur clan, connues sous le nom de Banî 'Abd al-Ach-hal, à suivre leur exemple.

De même, Abû Qays et la majorité de ses partisans finirent par se rallier à l'Islam peu de temps après, contribuant ainsi à l'essor rapide de cette religion dans la région de Yathrib.

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Le Second Serment de 'Aqabah

Le Second Serment de 'Aqabah

L'année suivante, marquant la treizième année de la Bi'thah (Mission), au mois de Thilhaj, les jours de célébration joyeuse à la Mecque, un groupe de soixante-treize hommes et deux femmes, parmi les convertis des tribus de Aws et de Khazraj de Yathrib, se mit en route vers la Mecque. Ils étaient accompagnés par Moç'ab Ibn 'Omayr, un éminent compagnon du Prophète. Cette délégation faisait partie d'une caravane juive comptant entre trois et cinq cents pèlerins, sous la conduite de leur chef, Ibn Obay. Dès leur arrivée à la Mecque, ils se dirigèrent avec respect et déférence vers le Prophète, exprimant leur profond désir de l'accueillir à Yathrib.

Cette invitation était une véritable aubaine, une bénédiction céleste, car à ce moment-là, les Quraych, ayant échoué dans leurs tentatives de freiner la progression de la nouvelle religion prêchée par Mohammad, envisageaient des mesures de plus en plus radicales. Ils pensaient même à recourir à la violence ouverte, voire à l'assassinat du Prophète. Rester à la Mecque devenait alors de plus en plus imprudent pour Mohammad.

Pour discuter de la proposition des convertis de Yathrib, un rendez-vous fut fixé à 'Aqabah, lors de la troisième nuit, soit une nuit après le jour du Sacrifice. En se rendant à cette rencontre cruciale, le Prophète fut accompagné par son oncle al-'Abbâs, qui était devenu le chef de la famille et le protecteur officiel de Mohammad. Al-'Abbâs, bien que silencieux, observait attentivement le déroulement de la conférence.

Les Yathribites s'engagèrent solennellement à protéger le Prophète contre ses ennemis et tous les dangers. Ils exprimèrent également leur désir d'entendre le Prophète leur promettre que, s'il était réclamé par les habitants de sa ville natale, il ne les abandonnerait pas, ses nouveaux alliés. Mohammad leur assura qu'il serait désormais considéré comme l'un des leurs, lié par les liens d'intérêt, d'honneur et de sang.

Ils posèrent ensuite une question cruciale : quelle serait leur récompense s'ils venaient à mourir au service de cette cause ? À cela, le Prophète répondit que le Paradis serait la récompense de tous ceux qui mourraient en défendant la cause de l'Islam. Cette réponse apporta une grande satisfaction à tous les présents, qui réitérèrent leur serment d'allégeance et de fidélité. Chacun des participants vint alors serrer la main du Prophète, scellant ainsi ce qui est connu dans l'histoire comme le Second Serment de 'Aqabah.

Convaincu du sérieux et du dévouement des Yathribites envers Mohammad, al-'Abbâs transféra solennellement la responsabilité de la protection de Mohammad à ces nouveaux alliés de Yathrib. Avec l'unanimité de ce pacte, l'émigration du Prophète vers Yathrib, qui deviendrait plus tard Médine, fut définitivement décidée.

Bien que les négociations de 'Aqabah se soient déroulées dans le plus grand secret, en pleine nuit, un espion de Quraych réussit à découvrir la rencontre et menaça de les dénoncer. Le Prophète, cependant, rassura ses compagnons en disant : « Ne le craignez pas ! Il est l'ennemi d'Allâh ». Sur ces paroles, l'assemblée se dispersa.

Le lendemain matin, alors que la caravane entamait son voyage de retour vers Yathrib, elle fut poursuivie par les Mecquois. Cependant, cette poursuite s'avéra infructueuse. Les Mecquois, inquiets des conséquences des négociations de 'Aqabah, furent alarmés de constater que Mohammad avait désormais des alliés et des protecteurs au-delà de leur portée.

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L'Etablissement de la Fraternité

L'Etablissement de la Fraternité

À cette époque cruciale, le Prophète, dans sa sagesse et sa bienveillance, prit l'initiative de rassembler ses fidèles compagnons venus de La Mecque. Il établit entre eux un lien de fraternité, unissant ainsi leurs cœurs et renforçant leur solidarité. Chaque compagnon fut associé à un autre, formant des duos fraternels qui allaient au-delà des simples relations amicales.

Ainsi, Abû Bakr et 'Omar, deux des plus proches compagnons du Prophète, furent désignés comme frères, scellant une amitié déjà profonde par un lien encore plus fort. Hamzah, l'oncle du Prophète et un guerrier respecté, devint le père spirituel de Zayd Ibn Hârithah, créant une relation de mentorat et de protection.

De la même manière, un lien fraternel fut tissé entre 'Othmân et 'Abd-el-Rahmân, deux figures éminentes de la communauté musulmane naissante. Zubayr et Ibn Mâs'ûd, tous deux connus pour leur dévouement et leur courage, furent également unis par ce pacte de fraternité. 'Obaydah Ibn Hârith, un homme de grande sagesse, fut associé à Bilâl, le muezzin au cœur pur et à la voix puissante.

Talhah et Sa'îd Ibn Zayd, deux compagnons d'une loyauté indéfectible, furent liés, tout comme Moç'ab Ibn 'Omayr et Sa'd Ibn Abî Waqqâç, deux jeunes hommes dont la foi et le zèle étaient exemplaires. Abû 'Obaydah, connu pour sa droiture, fut associé à Salîm, un homme d'une grande piété.

Enfin, dans un geste empreint de signification, le Prophète choisit de réserver sa propre fraternité à 'Ali, son cousin et futur gendre, renforçant ainsi le lien déjà fort qui les unissait.

Ces alliances fraternelles, établies par le Prophète, ne furent pas de simples formalités. Elles devinrent le socle d'une communauté unie, prête à affronter ensemble les défis à venir, et à bâtir une société fondée sur les principes de l'Islam.

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Le Commencement de l'Emigration à Médine

Le Commencement de l'Emigration à Médine

Les Quraych, voyant leur pouvoir et leur influence menacés, redoublèrent d'efforts dans leurs persécutions, usant d'une détermination et d'une férocité accrues, particulièrement à l'encontre des fidèles de Mohammad. Leur but principal était clair : empêcher coûte que coûte l'émigration de leurs compatriotes vers Médine. Cependant, cette violence exacerbée ne fit qu'accélérer ce mouvement d'exode.

Le Prophète, prévoyant cette réaction, avait déjà mis en place un plan de sauvetage pour ses adeptes. Ce plan avait été élaboré avec les hommes de Yathrib lors de leur engagement solennel à 'Aqabah. Pour renforcer les liens entre ses fidèles, il avait institué une fraternité par groupes de deux adeptes, consolidant ainsi leurs sentiments de sympathie réciproque. C'est dans ce contexte qu'il donna l'autorisation tant attendue de partir pour Yathrib.

À peine cette permission accordée, certains des adeptes de Mohammad se mirent en route vers Yathrib. Ainsi débuta, au printemps de la treizième année de sa Mission, la Hijrah, ou l'Exode vers Yathrib. Les convertis mecquois qui émigrèrent à Médine prirent le nom de Muhâjirin, tandis que les habitants de Médine qui s'engagèrent à défendre le Prophète contre ses ennemis furent appelés les Ançar, ou les Partisans. Par la suite, tous les convertis de Médine furent connus sous le nom de Ançâr.

L'émigration se poursuivit dans le calme et la discrétion, et en l'espace de deux mois, environ cent cinquante Musulmans mecquois parvinrent à rejoindre Médine. Cependant, le départ public d'Omar, accompagné de vingt convertis de son entourage, finit par alarmer les Quraych.

Le Prophète, quant à lui, demeura à la Mecque, patientant pour recevoir le commandement divin concernant sa propre émigration. À ses côtés restaient 'Alî, son frère préféré, et Abû Bakr, qui lui tenaient compagnie dans cette attente.

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La Conspiration en Vue d'Assassiner Mohammad

La Conspiration en Vue d'Assassiner Mohammad

Pendant que les Quraych observaient avec une inquiétude croissante l'exode des fidèles de Mohammad, ils se trouvaient de plus en plus alarmés par les répercussions potentielles de l'alliance récemment conclue entre le Prophète, ses adeptes, et les habitants de Yathrib. Craignant les conséquences de cette union, ils décidèrent de mettre en place une conspiration pour empêcher, par tous les moyens possibles, la fuite de Mohammad vers Yathrib. Afin de le garder sous leur emprise, ils intensifièrent leur surveillance et prirent des mesures draconiennes pour le maintenir à leur portée, dans le but ultime de le tuer.

Dans leur détermination à en finir avec lui, les Quraych organisèrent un conseil pour débattre des différentes méthodes possibles pour atteindre leur objectif. L'une des suggestions avancées fut de l'emprisonner dans une cellule si étroite qu'elle ne comporterait qu'un minuscule trou par lequel on lui fournirait de maigres rations, le condamnant ainsi à une mort lente. Une autre proposition fut de le bannir. Cependant, ces deux idées furent rapidement écartées par crainte que Mohammad ne parvienne à s'échapper et à se venger.

Finalement, ils arrêtèrent leur choix sur une décision plus radicale : pénétrer de force dans la demeure de Mohammad durant la nuit même et l'assassiner. Pour ce faire, ils désignèrent un homme de chacune de leurs familles respectives pour participer à l'attaque. Cette stratégie visait à rendre toute tentative de vengeance de la part des Hâchimites presque impossible, car elle les mettrait en conflit avec toutes les familles impliquées dans le complot meurtrier.

Alors que cette conspiration secrète était en cours, l'Ange Gabriel apparut au Prophète. Il l'informa du complot ourdi contre lui et lui transmit l'autorisation divine d'Allâh pour émigrer de La Mecque à Médine cette même nuit. Cet événement est évoqué dans le Coran : « Lorsque les incrédules complotèrent contre toi pour te garder (comme prisonnier), pour te tuer ou pour t'expulser; et qu'ils complotent (contre toi), mais Dieu complote (contre eux), et Dieu est le plus fort en complot (c'est-à-dire: la surveillance de Dieu déjoue les complots des méchants contre les vertueux) » (Sourate al-Anfâl, 10:30).

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La Fuite du Prophète

La Fuite du Prophète

Alors que la nuit enveloppait Médine, les meurtriers, animés par des intentions sinistres, commencèrent à se rassembler devant la demeure du Prophète. Conscient du danger imminent qui pesait sur lui, le Prophète Muhammad, dans un acte de confiance et de stratégie, informa son cousin bien-aimé, 'Alî, de la menace qui se profilait. Il lui révéla également son intention de quitter la maison pour échapper à ceux qui cherchaient à attenter à sa vie.

Dans un geste empreint de courage et de fidélité, Muhammad demanda à 'Alî de prendre sa place dans le lit, de se coucher sous le célèbre manteau vert qui lui appartenait. Sans la moindre hésitation, 'Alî accepta cette mission périlleuse. Pendant ce temps, Muhammad, récitant avec ferveur les huit premiers versets de la sourate Yassîne, se mit en route. Par une protection divine, il réussit à passer devant les assaillants sans être vu, comme si un voile d'invisibilité les avait enveloppés. « Et Nous avons placé une barrière devant eux et une barrière derrière eux. Nous les avons enveloppés de toutes parts pour qu'ils ne voient rien » (Sourate Yassîne, 36:9).

Les assassins, rassemblés et impatients, se tenaient devant la porte, scrutant à travers une fente. Ils crurent apercevoir la silhouette de Muhammad, drapé dans son manteau vert, dormant paisiblement. Ils hésitèrent un moment, se demandant s'ils devaient attaquer pendant son sommeil ou attendre son apparition. Finalement, ils prirent d'assaut la maison et se précipitèrent vers le lit. À leur grande surprise, ce n'était pas Muhammad qui se leva, mais 'Alî, le fils d'Abû Tâlib, qui se dressa fièrement devant eux.

Stupéfaits et déconcertés, les assaillants demandèrent : "Où est Muhammad ?" Avec calme et détermination, 'Alî répondit : "Je ne sais pas", puis, avançant avec assurance, il ajouta : "Et personne n'a osé l'inquiéter."

John Davenport, relatant cet épisode marquant, décrit comment les assassins, après avoir forcé l'entrée de la maison, furent confrontés non pas à leur cible, mais à un jeune homme, 'Alî, qui attendait avec sérénité et résignation la mort destinée à son chef. Même ces hommes, pourtant déterminés à tuer, furent touchés par la dévotion de 'Alî et quittèrent les lieux sans lui faire le moindre mal.

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Le Dévouement de 'Alî

Le Dévouement de 'Alî

Le dévouement inébranlable de 'Alî envers le Prophète de l'Islam est un exemple éclatant de courage et de foi. En effet, 'Alî n'hésita pas à mettre en péril sa propre vie, démontrant ainsi une bravoure exceptionnelle qui ne passa pas inaperçue aux yeux de l'Omniscient Juge des hommes, Dieu le Miséricordieux. Dans Sa sagesse infinie, Dieu envoya les Anges Gabriel et Mikhâël pour veiller sur 'Alî, le protégeant contre la bande meurtrière qui menaçait sa vie.

Cette protection divine fut accompagnée d'une révélation au Prophète, qui, en route vers Médine, fut informé de la satisfaction de Dieu face à la résignation de 'Alî à Sa Volonté. Cette approbation divine fut magnifiquement exprimée dans le verset 207 de la Sourate al-Baqarah : « Il en est un parmi les hommes qui se vend lui-même pour plaire à Dieu; et Dieu est bon envers Ses serviteurs » (Sourate al-Baqarah, 2:207). Ainsi, 'Alî, par son acte de dévouement suprême, reçut la bénédiction et la reconnaissance du Très-Haut, illustrant la profondeur de sa foi et de son engagement envers la mission prophétique.

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La Grotte dans la Montagne de Thawr

La Grotte dans la Montagne de Thawr

C'était une nuit silencieuse et étoilée lorsque le Prophète, après avoir quitté sa demeure, rejoignit Abû Bakr. Il lui avait demandé de l'accompagner dans cette entreprise périlleuse. Ensemble, ils s'élancèrent dans l'obscurité, se déplaçant aussi rapidement que possible vers le sud. Cette direction était à l'opposé de Médine, là où les Mecquois, dans leur logique, avaient supposé qu'il se rendrait. Après une marche d'environ une heure et demie, ils atteignirent enfin le sommet rocheux de la Montagne de Thawr. Le chemin qu'ils avaient emprunté était accidenté et difficile, mais leur détermination ne faiblit pas.

Là, ils découvrirent une grotte basse, dont l'ouverture était si étroite qu'ils durent s'y faufiler l'un après l'autre. Abû Bakr, toujours prévenant, entra le premier. Il prit soin de nettoyer et balayer l'intérieur pour préparer un refuge sûr au Prophète. Ensemble, ils s'installèrent dans cet abri précaire, espérant y trouver un peu de répit.

Durant la nuit, un événement presque miraculeux se produisit. Une araignée, dans sa diligence silencieuse, tissa une toile épaisse devant l'entrée de la grotte. Comme si la nature elle-même conspirait pour les protéger, une végétation dense poussa à proximité, et un pigeon y déposa ses œufs, construisant son nid. L'apparence de la grotte suggérait désormais qu'elle était inhabitée depuis longtemps.

Pendant ce temps, à La Mecque, la colère des Quraych montait face à la fuite réussie de celui qu'ils considéraient comme leur proie. Déterminés à le capturer, ils promirent une récompense de cent chameaux pour quiconque ramènerait Mohammad, mort ou vif. Des éclaireurs furent envoyés dans toutes les directions, fouillant chaque recoin dans un vaste périmètre autour de la ville.

L'un de ces groupes d'éclaireurs approcha dangereusement de la grotte où le Prophète et Abû Bakr s'étaient réfugiés. Sentant le danger se rapprocher, Abû Bakr ne put cacher son inquiétude. Il se tourna vers le Prophète, sa voix tremblante de peur : « Et si nos poursuivants venaient à nous découvrir ? Nous ne sommes que deux ! » Le Prophète, avec une foi inébranlable, le rassura : « N'aie pas peur ! Allâh est avec nous. »

Les éclaireurs, en s'approchant de l'entrée, furent frappés par la vue de la toile d'araignée et du nid de pigeon. Ces signes naturels les convainquirent que la grotte était inhabitée depuis longtemps. Sans même chercher à vérifier de plus près, ils rebroussèrent chemin, persuadés que leur proie ne pouvait se cacher là.

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L'Emigration du Prophète

L'Emigration du Prophète

Mohammad, le Prophète de l'Islam, passa trois jours empreints d'incertitude, mais toujours avec une confiance inébranlable et sereine en Dieu. Il se trouvait dans une grotte nichée sur les roches arides de cette région montagneuse et sauvage, en compagnie fidèle d'Abû Bakr. À la fin de ce troisième jour, alors que l'ardeur des poursuivants s'était quelque peu apaisée et que la curiosité effervescente des premiers moments avait commencé à se dissiper, 'Alî parvint à leur fournir des chameaux. Il avait également engagé un guide chargé de les mener à Médine par un sentier peu fréquenté, loin des regards indiscrets.

C'est ainsi que, le soir du lundi 5 Rabî' al-Awwal, correspondant au 21 juin 622 après Jésus-Christ, ils reprirent leur périple. Le deuxième jour de leur voyage, alors qu'ils se sentaient enfin à l'abri du danger d'être pourchassés, ils aperçurent au loin, derrière eux, la silhouette d'un homme qui se rapprochait inexorablement. Cet homme n'était autre que Soraqah Ibn Mâlik, toujours attiré par la récompense promise pour la capture du Prophète, et qui n'avait jamais cessé ses recherches.

À la vue de cet homme, Abû Bakr, pris de panique, s'exclama à nouveau : « Nous sommes perdus ». Mais Mohammad, avec une assurance calme, le réconforta une fois de plus en lui disant : « N'aie pas peur ! Allâh est avec nous ». Le Prophète invoqua alors Dieu pour leur protection. Tandis que leur poursuivant continuait d'avancer, son cheval se cabra soudainement et s'effondra au sol, incapable de bouger. Soraqah, déconcerté et stupéfait, se retrouva sans recours. Convaincu qu'une intervention divine avait eu lieu, il implora le pardon du Prophète, promettant de ne pas le trahir. Le Prophète pria pour lui, et le cheval se releva. Soraqah remonta en selle et fit demi-tour pour retourner à la Mecque.

Libéré de cette menace, Mohammad put poursuivre sa route en longeant le rivage de la mer, le cœur allégé et l'esprit tourné vers l'avenir.

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Un Miracle

Un Miracle

Avant cette rencontre avec son poursuivant, le Prophète, en quête de repos, avait fait une halte à Qadid. Là, il trouva refuge sous une tente appartenant à une noble dame du nom d'Om Ma'bad. Après s'être reposé, il se leva pour reprendre son voyage. Avant de partir, il accomplit l'ablution préparatoire à la prière de l'après-midi, laissant l'eau s'écouler sur une plante située à proximité de la tente.

Le lendemain, cette plante se transforma miraculeusement en un arbre luxuriant, chargé de fruits et de feuilles d'une taille et d'une abondance sans précédent. Ceux qui eurent la chance de goûter à ses fruits les trouvèrent délicieux, dotés d'une saveur particulièrement plaisante. Cet arbre devint rapidement célèbre, considéré comme béni. Les malades cherchaient à se soigner grâce à ses feuilles et ses fruits, et sa renommée attira bientôt des gens de toutes parts.

Cependant, environ dix ans plus tard, un événement étrange se produisit. L'arbre perdit soudainement tous ses fruits, coïncidant avec la mort du Prophète. Puis, environ trente ans après cet incident, le jour du martyre de 'Alî, les fruits tombèrent à nouveau, et cette fois, ils ne repoussèrent jamais. Malgré cela, les gens continuaient à utiliser ses feuilles pour soulager leurs maux.

Finalement, lors du martyre d'al-Hussayn, le petit-fils bien-aimé du Prophète, à Karbalâ, un liquide rouge jaillit abondamment du tronc de l'arbre, qui finit par se dessécher complètement. Ce phénomène marqua la fin de cet arbre miraculeux, autrefois source de bénédictions et de guérisons. (69)

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L'Arrivée à Qobâ

L'Arrivée à Qobâ

C'est par un lundi ensoleillé du 12 Rabî' al-Awwal, à la fin de la treizième année de sa Mission, que Mohammad arriva à Qobâ. Ce jour marquait également la cinquante-troisième année de sa vie. Qobâ, nichée dans la banlieue de Médine, à environ trois kilomètres de la ville, était une localité réputée pour sa vallée fertile, parsemée de vergers luxuriants et de jardins d'arbres fruitiers. Le voyage avait été long et éprouvant, s'étendant sur plus de quatre cents kilomètres, et l'anxiété de la route pesait sur les épaules du Prophète.

À son arrivée, le chameau de Mohammad, comme guidé par une force invisible, s'assit de son propre gré dans un endroit connu sous le nom d'Al-Taqwâ. C'est là que le Prophète choisit de descendre, trouvant refuge dans la maison de Kulthûm B. Hadam ou peut-être celle de Sa'd B. Kathimah. Pendant ce temps, son fidèle compagnon Abû Bakr poursuivit son chemin vers Médine, où il prit résidence chez Khabib B. Osaf ou Zayd B. Kharjah, à Sonh, une autre banlieue de la ville.

Le Prophète demeura à Qobâ durant quatre jours, une période de repos bien méritée après les épreuves du voyage. Ces quelques jours lui permirent de retrouver des forces et de se préparer pour la suite de son périple, marquant ainsi un moment de répit dans une vie dédiée à sa mission prophétique.

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Boraydah B. al-Hocîb

Boraydah B. al-Hocîb

À Qobâ, un événement marquant se déroula. Boraydah et soixante-dix de ses partisans, animés par la détermination, avaient quitté la Mecque pour se lancer à la poursuite du Prophète. Leur quête les mena à arriver à Qobâ avant même l'arrivée du Prophète. Cependant, ce qui aurait pu être une confrontation se transforma en un moment de révélation et de changement. En effet, à leur arrivée, tous, sans exception, embrassèrent l'Islam.

Ce fut un moment de grande réjouissance pour le Prophète. Ce premier signe de succès, survenu alors qu'il venait à peine de poser le pied dans la banlieue de Médine, fut un présage prometteur pour l'avenir de sa mission. (71)

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Salmân al-Fârecî

Salmân al-Fârecî

C'est alors que Salmân fit son apparition, un homme d'une grande sagesse et d'un âge avancé, portant sur ses épaules le poids des années et des expériences. Ce vénérable vieillard était un commerçant dont les racines plongeaient profondément dans le sol fertile de la Perse. Bien qu'il ait été élevé dans la foi chrétienne, son destin l'avait conduit à devenir l'esclave d'un Juif résidant à Médine.

Malgré les chaînes de sa condition, son esprit restait libre et en éveil, toujours à l'affût du moindre signe. Salmân vivait dans l'attente, une attente nourrie par les prophéties des Écritures qui annonçaient la venue d'un Prophète promis. Cette attente, loin d'être passive, était empreinte d'une anxiété palpable, un mélange d'espoir et de crainte.

Un jour, le moment tant espéré arriva. Salmân se présenta devant le Prophète avec une ferveur contenue. Son cœur battait au rythme de ses pas, chaque instant chargé de la possibilité d'une révélation. Lorsqu'il fut enfin en présence de celui qu'il cherchait depuis si longtemps, il sut, sans l'ombre d'un doute, qu'il se tenait devant le Prophète Promis. Cette reconnaissance fut immédiate, instinctive, comme si son âme avait trouvé ce qu'elle cherchait depuis toujours.

Sans la moindre hésitation, Salmân embrassa la foi nouvelle qui s'offrait à lui, trouvant dans cet acte une libération spirituelle qui transcendait son statut d'esclave. C'était là le début d'un nouveau chapitre dans sa vie, marqué par la certitude d'avoir enfin trouvé la vérité qu'il avait tant désirée. (72)

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Le Ravitaillement dans la Grotte

Le Ravitaillement dans la Grotte

Le frère et fidèle lieutenant du Prophète, 'Alî, avait été chargé d'une mission cruciale. Resté en arrière pour s'acquitter d'une tâche de confiance, il devait restituer aux propriétaires les biens que le Prophète lui avait confiés. Mais ce n'était pas tout. En secret, 'Alî parvint à faire parvenir de la nourriture au Prophète et à son compagnon, réfugiés dans une grotte. Cette cachette devait rester secrète, car la révéler aurait mis en péril la précieuse vie du Prophète.

Une autre version de cette histoire d'approvisionnement existe. Certains prétendent qu'une femme, peut-être une jeune fille de treize ou quatorze ans, s'occupait de fournir des provisions aux réfugiés. Cependant, cette hypothèse semble peu plausible. Imaginer une jeune fille, probablement non mariée, traversant seule une région montagneuse sauvage, de nuit, pour apporter de la nourriture, défie le bon sens. Elle aurait dû passer sous le nez des éclaireurs Quraychites, et cela, dans des conditions naturelles difficiles. La grotte se trouvait à une heure et demie de marche rapide, perchée au sommet d'une montagne, accessible uniquement par des chemins abrupts et sinueux.

Ainsi, 'Alî, âgé de vingt-trois ans et étant le confident du Prophète, était le seul à pouvoir accomplir cette tâche. Non seulement il s'occupait du ravitaillement, mais il devait aussi fournir au fugitif et à son compagnon un moyen de transport et un guide digne de confiance pour assurer leur fuite vers Médine.

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'Alî à Qobâ

'Alî à Qobâ

Après s'être acquitté avec diligence et efficacité des responsabilités qui lui avaient été confiées, 'Alî prit soin de préparer le départ des membres de la famille du Prophète vers Médine, veillant à ce que leur voyage se déroule sans danger. Une fois ces dispositions prises, il se hâta de quitter La Mecque pour Médine. Conscient des dangers qui le guettaient, il voyageait uniquement de nuit, se cachant pendant le jour afin d'éviter de tomber entre les mains des Quraych. Ces derniers, en effet, l'avaient sévèrement maltraité après la disparition du Prophète.

Trois jours après le départ du Prophète, 'Alî parvint à Qobâ, les pieds grièvement blessés et saignants, témoignage de l'épreuve qu'il avait traversée. À son arrivée, le Prophète, empli de joie à la vue de son cousin, l'accueillit chaleureusement. En constatant l'état de fatigue et d'épuisement de 'Alî, des larmes d'émotion perlèrent dans ses yeux, révélant l'affection profonde qu'il lui portait. Dans un geste empreint de compassion, le Prophète appliqua sa salive sur les blessures des pieds de 'Alî, tout en priant pour lui. L'effet bénéfique fut immédiat, soulageant les souffrances de 'Alî.

Lorsque le Prophète se prépara à fuir vers Médine, il avait confié à 'Alî la mission de rester à La Mecque pendant quelques jours. Il devait s'occuper de certaines responsabilités, notamment restituer des biens qui lui avaient été confiés, avant de le rejoindre avec sa famille. Fidèle aux ordres du Prophète, 'Alî exécuta sa mission avec dévouement. Par la suite, il fut présent aux côtés du Prophète lors des batailles décisives, telles que Badr et Ohod, ainsi que lors de toutes les autres expéditions, à l'exception de la campagne de Tabûk. En effet, lors de cette dernière, le Prophète d'Allâh avait désigné 'Alî comme son lieutenant à Médine. Cette information est relatée dans l'ouvrage "History of Califat", traduit en anglais par le Major Jarret d'al-Suyûtî.

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La Fondation d'un Masjid à Qobâ

La Fondation d'un Masjid à Qobâ

C'est avec une joie empreinte de respect que les convertis de Qobâ exprimèrent au Prophète leur désir ardent de le voir poser pour eux la première pierre d'un masjid. En réponse à cette demande sincère, le Prophète invita ses compagnons à monter sur son chameau pour un tour symbolique. Parmi ces compagnons dévoués se trouvaient Abû Bakr et 'Omar, qui, à tour de rôle, tentèrent de monter sur le chameau. Cependant, l'animal, comme animé d'une volonté propre, refusa obstinément de bouger.

Puis, dans une atmosphère chargée d'attente, le Prophète demanda à 'Alî, son fidèle lieutenant, d'essayer à son tour. À peine 'Alî mit-il le pied sur l'étrier que le chameau se redressa, prêt à avancer. Le Prophète, dans sa sagesse, conseilla à 'Alî de laisser le chameau marcher à sa guise, sans tenter de le guider. Ainsi, 'Alî lâcha les rênes, et le chameau entreprit un tour sur une petite parcelle de terrain. Après avoir complété son circuit, il revint à son point de départ et s'agenouilla, marquant ainsi l'endroit choisi.

Le Prophète, avec une précision empreinte de sérénité, marqua le site et, fixant la position de la Qiblah, posa la pierre de fondation du masjid à construire en ce lieu béni. Ce moment fut immortalisé dans le Coran, évoqué dans la sourate al-Tawbah, verset 109, dans sa dernière partie.

La nouvelle de l'arrivée du Prophète se répandit comme une traînée de poudre à travers des régions vastes et lointaines. Les prosélytes de Médine, informés de la date de son entrée solennelle dans leur ville, se sentirent animés par un profond sens du devoir et de révérence envers lui. Ils accoururent en masse pour lui réserver un accueil digne de sa stature.

Le 16 Rabî' al-Awwal, le Prophète quitta Qobâ peu avant minuit. À la tête du cortège, Boraydah B. al-Hocîb et ses soixante-dix partisans formèrent une procession impressionnante, arborant fièrement la lance du Prophète, au sommet de laquelle flottait un morceau de son turban en guise d'étendard.

Ce jour-là, qui était un vendredi, le Prophète fit halte à Ranawna, un lieu situé à mi-chemin entre Qobâ et Médine. Là, il accomplit la Prière du Vendredi, suivie d'un sermon destiné aux Musulmans présents pour cette occasion mémorable. Cette première Prière du Vendredi, accompagnée de son sermon, marqua le début d'une tradition perpétuelle, consacrant le Vendredi comme jour de congé pour toujours.

La plupart des convertis médinois, ainsi que presque tous les Musulmans mecquois qui avaient émigré à Médine, se rassemblèrent à cet endroit pour accueillir le Prophète. Ensemble, ils participèrent à la Prière, unissant leurs cœurs dans une communion spirituelle inoubliable.

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L'Entrée du Prophète à Médine

L'Entrée du Prophète à Médine

Lorsque le Prophète Mohammad se mit en route vers Médine après avoir accompli la prière, le spectacle de son départ était empreint d'une solennité qui conférait à l'événement une grandeur véritablement majestueuse. C'était comme si l'on assistait à une procession triomphale menée par un souverain. À mesure que le cortège s'approchait de la ville, cette grandeur devenait encore plus remarquable. En effet, des milliers de personnes s'étaient rassemblées pour apercevoir ce grand Prophète de l'Islam, ce même Mohammad (Que le salut soit sur lui et sur ses saints descendants) qui avait été banni de sa maison bien-aimée par ses propres concitoyens. Non seulement il avait subi les persécutions les plus cruelles, mais sa tête avait également été mise à prix. Pourtant, il avait échappé à la mort à peine une quinzaine de jours auparavant.

Les persécutions, poussées à l'extrême, n'avaient pas réussi à stopper le cours naturel des choses; au contraire, elles avaient précipité la propagation de sa mission. Cela est d'autant plus vrai lorsqu'il s'agit de la diffusion d'une religion. Tel fut le cas de Mohammad lorsqu'il entra à Médine, non pas simplement comme un chef religieux, mais comme un Monarque Spirituel, dont la présence faisait vibrer les cœurs des Musulmans et des non-Musulmans. L'histoire du monde ne connaît pas d'exemple plus éclatant du triomphe de la vérité.

Avant l'arrivée du Prophète, la ville de Médine était connue sous le nom de Yathrib. Cependant, après son installation, elle prit le nom de "La Ville du Prophète" ou "Madinat al-Monawwarah", ce qui signifie "La Ville illuminée". Cette appellation évoque la brume lumineuse qui surplombe la ville et frappe l'œil du pèlerin musulman à son arrivée.

À chaque tribu qu'il traversait, les habitants exprimaient leur désir d'être honorés par sa présence et le priaient de s'installer chez eux. Cependant, le Prophète, dans sa sagesse, refusa toutes ces offres, affirmant que le chameau sur lequel il voyageait était guidé par une inspiration divine et qu'il le conduirait là où il conviendrait le mieux. Le chameau poursuivit sa route vers le quartier de l'est, où il s'agenouilla finalement dans la cour ouverte des Bani Najjâr, près de la maison de Khâlid Ibn Zayd, connu dans l'histoire sous le nom d'Abû Ayyûb al-Ançârî. Ce dernier était le chef de la famille de Banî Najjâr à cette époque, une famille à laquelle appartenait Salma, la mère du grand-père de Mohammad, 'Abdul-Muttalib. Abû Ayyûb al-Ançârî fut ravi et honoré d'accueillir le Prophète chez lui.

Ainsi, Mohammad prit sa maison comme résidence temporaire pendant environ sept mois, jusqu'à ce qu'une mosquée et des habitations convenables pour lui-même soient construites dans la cour où le chameau s'était arrêté.

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Masjid al-Nabî

Masjid al-Nabî

Dans la ville de Médine, une cour modeste, ornée de quelques dattiers, appartenait à deux jeunes orphelins du nom de Sohâl et Suhayl. Ces derniers, apprenant le désir du Prophète de l'Islam de bâtir un masjid en ce lieu précis, prirent une décision empreinte de générosité et de foi. Ils choisirent d'offrir ce terrain au Prophète, désireux de contribuer à la cause noble qu'il portait. Cependant, le Prophète, fidèle à ses principes de justice et d'équité, ne pouvait accepter un tel don sans compensation. Il insista pour leur verser dix "mithqâl" d'or, une somme équitable pour cette parcelle de terre.

Une fois le terrain acquis, les dattiers furent abattus pour faire place à la construction du masjid. Ce dernier devait s'étendre sur une superficie d'environ cinquante mètres de large et cinquante-cinq mètres de long. Les matériaux choisis pour l'édification de cette structure étaient simples mais robustes : des briques d'argile et de la boue. La toiture, quant à elle, fut conçue à partir de chevrons de bois de palmier, recouverts de branches, de feuilles de palmier et d'argile. Bien que la toiture ne fût pas assez solide pour résister aux pluies torrentielles, des troncs de dattiers furent utilisés comme piliers pour renforcer l'ensemble.

La construction de ce masjid devint un projet collectif, unissant les efforts des convertis, tant les Muhâjirin que les Ançâr. Le Prophète lui-même participa activement aux travaux, bien que ses compagnons, soucieux de son bien-être, le laissassent rarement travailler. Parmi eux, 'Ammâr Ibn Yâcir, l'un des premiers à embrasser l'Islam et compagnon dévoué du Prophète, se distinguait par son zèle. Non content de réaliser sa propre part de travail, il s'efforçait également d'accomplir celle du Prophète. C'est 'Ammâr qui posa la première pierre de la fondation du masjid, marquant ainsi le début d'une œuvre qui allait devenir un lieu de prière et de rassemblement pour les fidèles.

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Une Prophétie

Une Prophétie

C'est lors de cet épisode marquant que le Prophète Muhammad, avec une tendresse infinie, épousseta le corps de 'Ammâr Ibn Yâcir, recouvert de poussière après une journée de labeur. C'est à ce moment précis qu'il fit une prédiction mémorable : 'Ammâr serait un jour martyrisé par des rebelles. Cette prophétie, empreinte de gravité, se concrétisera effectivement quelque trente-huit ans plus tard.

À proximité d'un côté du masjid, des appartements furent érigés pour le Prophète et sa famille, tandis que de l'autre côté, des chambres furent construites pour les adeptes qui n'avaient pas de foyer. À cette époque, ces adeptes étaient au nombre d'environ soixante-dix, mais ce nombre augmentera par la suite pour atteindre environ quatre cents. Ces chambres étaient connues sous le nom de "Suffa".

Bien que le masjid fût d'une simplicité architecturale remarquable, bâti avec des matériaux bruts et rugueux, il reste néanmoins le plus glorieux des masjids dans l'histoire de l'Islam. Cela s'explique par le fait qu'il fut construit par le Prophète lui-même, assisté de ses compagnons. C'est également là qu'ils consacrèrent une grande partie de leur adoration au Seigneur Suprême. Le Prophète y accomplissait la Prière du Vendredi chaque semaine, délivrant des sermons devant une vaste assemblée. Des milliers de personnes y découvrirent et embrassèrent les doctrines de l'Islam, abandonnant leurs anciennes pratiques idolâtres pour adopter avec ferveur la foi prêchée par le Prophète. Ce lieu est aussi significatif parce que le Prophète y passa le reste de sa vie après son émigration de la Mecque et qu'il y repose aujourd'hui.

Une fois le masjid et les bâtiments résidentiels achevés, le Prophète quitta son logement temporaire chez Abû Ayyûb al-Ançârî pour s'installer dans cette résidence permanente, accompagné des membres de sa famille qui étaient déjà arrivés. À cette époque, il n'avait qu'une seule épouse, Sawda. Sa future épouse, 'Âyechah, vivait encore avec son père Abû Bakr à Sonh. Toutefois, après la consommation de leur mariage, qui eut lieu lorsque 'Âyechah eut neuf ans, elle fut conduite avec éclat dans l'un des appartements proches du masjid, environ huit ou neuf mois après l'arrivée du Prophète à Médine.

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La Fermeture des Portes Ouvrant sur le Masjid

La Fermeture des Portes Ouvrant sur le Masjid

Au fil du temps, plusieurs des compagnons du Prophète prirent l'initiative de bâtir leurs demeures à proximité du Masjid, ouvrant leurs portes directement sur la cour sacrée. Mais un jour, une voix résonna, appelant les fidèles : « Ô gens ! Fermez vos portes ouvrant sur le Masjid. » Cette injonction soudaine les surprit. Ils restèrent immobiles, silencieux, hésitant à obéir à cet ordre mystérieux. Cependant, lorsque l'injonction fut répétée, accompagnée d'une menace de Colère Divine pour ceux qui ne s'y conformeraient pas, la peur s'empara d'eux.

Terrifiés par cet avertissement céleste, ils se dirigèrent vers le Prophète, qui se trouvait alors dans son appartement. 'Alî, dont la demeure était séparée des chambres du Prophète par un simple mur depuis son mariage avec Fâtimah, sortit également et se tint aux côtés du Prophète. C'est alors que le Prophète ordonna que toutes les portes ouvrant sur le Masjid soient fermées, à l'exception de la sienne et de celle de 'Alî.

Cette décision provoqua des murmures parmi les fidèles. Le Prophète, voyant leur mécontentement, s'emporta et leur expliqua : « Dieu avait ordonné à Son Prophète Mûsâ de construire un masjid sacré, permettant à lui-même, à Hârûn et à ses deux fils, Chabbar et Chabir, d'y vivre. De même, j'ai reçu l'ordre de construire un masjid sacré où moi, mon frère 'Alî, ainsi que ses deux fils, al-Hassan et al-Hussayn, avons la permission de résider. Je ne fais que suivre les ordres divins. Je n'agis jamais selon mon propre désir. Ce n'est pas moi qui ai décidé de fermer vos portes et de laisser ouverte celle de 'Alî. C'est Dieu qui a accordé à 'Alî une demeure dans le Masjid sacré. »

Suite à cette explication, les compagnons dont les maisons bordaient la cour du Masjid se conformèrent à l'ordre et fermèrent leurs portes. Selon Sa'd, le Prophète aurait déclaré à 'Alî : « Il n'est permis à personne d'autre que moi et toi d'être à la Mosquée sans se soumettre à l'obligation de faire une ablution consciencieuse. » ("History of Califat", p. 175, traduction de M. Jarret d'al-Suyûtî, op. cit.)

'Omar Ibn al-Khattâb, quant à lui, souligna les privilèges de 'Alî en ces termes : « 'Alî est favorisé par trois qualités dont, si je n'avais qu'une seule, elle me serait plus précieuse qu'un cadeau de chameaux de race supérieure. » Lorsqu'on lui demanda de préciser ces qualités, il répondit : « Son mariage avec Fâtimah, la fille du Prophète ; le fait de demeurer dans la cour de la Mosquée, ce qui lui permet ce qui ne m'est pas permis ; et le fait qu'il ait porté l'Étendard le jour de Khaybar. » (Ibid.)

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L'Autorité de Mohammad

L'Autorité de Mohammad

À Médine, les tribus des Aws et des Khazraj dominaient la scène, formant la majeure partie de la population de cette ville florissante. Ces tribus descendaient des Banî Qayla, des Arabes originaires du Yémen, qui avaient quitté leur terre natale quelques siècles avant l'avènement de Mohammad pour s'établir à Yathrib, aujourd'hui connue sous le nom de Médine. À leur arrivée, ils avaient repoussé les Juifs qui habitaient la région. Une partie de ces Juifs fut dispersée parmi les Arabes, vivant sous leur protection, tandis que d'autres se regroupèrent en communautés indépendantes telles que les Banî Qaynoqâ', les Banî Nadir et les Banî Quraydhah. Cependant, la majorité des Juifs choisit de partir pour s'installer ailleurs, dans des lieux comme Wâdî al-Qorâ, Khaybar, Fadak, et Taymah.

Les Banî Qayla, quant à eux, étaient divisés en deux branches distinctes, les Aws et les Khazraj, qui nourrissaient une inimitié farouche l'une envers l'autre. Peu avant l'arrivée de Mohammad, la Bataille de Bo'ath, qui s'était déroulée lors de la septième année de la Mission du Prophète, avait affaibli le pouvoir des Khazraj. Ces derniers envisageaient alors de faire d'Ibn Obay leur roi, espérant qu'il les guiderait et renforcerait leur position, car ils étaient plus nombreux que leurs rivaux. Cependant, l'apparition opportune du Prophète et la conversion de la majorité des Aws à sa cause changèrent la donne, inclinant la balance en sa faveur. Mohammad se trouvait alors dans une position idéale pour apaiser les tensions et rétablir l'harmonie.

Jusqu'à ce moment, les Arabes avaient pour habitude de soumettre les cas complexes de leurs différends à leurs Kâhin, ou prêtres. Désormais, ils se tournaient vers Mohammad, le considérant comme leur chef religieux. Doté d'une intelligence vive et d'un jugement exceptionnel, Mohammad possédait une compréhension naturelle et profonde des situations. Il écoutait attentivement les arguments des parties en conflit et, guidé par la Providence, parvenait à résoudre leurs énigmes. Ses jugements, empreints de sagesse et d'équité, étaient systématiquement acceptés par tous.

Grâce à ses décisions judicieuses, Mohammad voyait sa position renforcée aux yeux de la population, qui voyait en lui un être saint, le Messager de Dieu. Il réussit à réconcilier les tribus des Aws et des Khazraj, rétablissant ainsi la paix et l'ordre entre elles. En tant que restaurateur de la Loi et de la Justice, Mohammad apporta stabilité et harmonie à une époque marquée par la violence et la haine. Il devint le véritable "Hâkim bi-amr-Allâh", ou gouverneur par le commandement de Dieu, et son autorité fut universellement reconnue par les habitants de Médine.

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Fraternité entre les Muhâjirîn et les Ançâr

Fraternité entre les Muhâjirîn et les Ançâr

Le Prophète de l'Islam, dans sa sagesse et sa vision, enseigna aux musulmans une vérité fondamentale : la véritable fraternité ne résidait pas dans les liens du sang, mais dans la foi partagée. Ainsi, les relations entre musulmans et non-musulmans furent clairement redéfinies, mettant en exergue l'importance de la communauté de croyance. Les droits liés à l'héritage familial, sacrés en Islam, furent également soulignés, ce qui permit à la communauté musulmane de s'étendre considérablement.

Dans ce contexte, le Prophète établit une fraternité individuelle entre les Muhâjirîn, les émigrés de la Mecque, et les Ançâr, les habitants de Médine. Ce lien de fraternité fut illustré par des exemples concrets : Abû Bakr, un Muhâjir, fut ainsi lié à Kharjah Ibn Zayd, un Ançârî. De même, 'Omar Ibn al-Khattâb fut associé à 'Othbân Ibn Mâlik, tandis qu'Othmân Ibn 'Affân trouva son frère en Aws Ibn Thâbit. En ce qui concerne sa propre fraternité, le Prophète choisit 'Alî, son cousin, comme frère, réaffirmant ainsi un lien déjà établi à la Mecque. Selon al-Suyûtî, le Prophète déclara à 'Alî : « Tu es mon frère dans ce monde et dans l'autre monde ».

Cette fraternité nouvellement instaurée transforma les musulmans, les rendant compatissants et bienveillants les uns envers les autres. Leur foi était si ardente qu'ils devinrent indifférents à tout ce qui avait été considéré comme sacré avant l'Islam ou en dehors de celui-ci. Un esprit de solidarité et de cohésion émergea, les unissant dans leur adhésion au Prophète et dans leur détermination à rester ensemble. L'historien Gibbon décrit cet état de choses en ces termes : « Pour détruire les germes de la jalousie, Mohammad coupla judicieusement ses principaux adeptes par les droits et les obligations de la fraternité; et alors que 'Alî se trouvait sans pair, le Prophète déclara qu'il serait le compagnon et le frère du jeune noble. L'expédient fut couronné de succès, la fraternité sacrée était respectée en temps de guerre comme en temps de paix, et les deux parties rivalisaient l'une avec l'autre dans une émulation généreuse de courage et de fidélité ». (W. Smith, p. 460)

Ce principe de fraternité est magnifiquement exprimé dans le Coran : « Ceux qui ont cru, ceux qui ont émigré et ceux qui ont combattu - avec leurs biens et leur vie - dans le chemin de Dieu, et ceux qui ont offert l'hospitalité aux croyants et qui les ont secourus, seront proches parents les uns des autres ». (Sourate al-Anfâl, 8:72)

Conformément à ce décret divin, chaque paire de frères ainsi formée bénéficiait du droit d'hériter l'un de l'autre, jusqu'à ce qu'un nouveau verset soit révélé après la bataille de Badr, modifiant ces droits d'héritage. Ce verset stipulait : « Le Prophète est plus proche parent des croyants qu'ils ne le sont d'eux-mêmes; et ses épouses sont leurs mères; mais selon le Livre de Dieu, ceux qui sont liés par un lien de sang sont plus proches (parents) les uns des autres que des autres croyants et émigrés ». (Sourate al-Ahzâb, 33:6)

Ainsi, la fraternité établie par le Prophète ne fut pas seulement un acte de solidarité humaine, mais un fondement spirituel et social qui transforma profondément la communauté musulmane.

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Les Hypocrites

Les Hypocrites

Malgré tous les événements qui se déroulaient à cette époque, un sentiment d'antipathie persistait au sein de la Communauté. Un nombre considérable de ses membres nourrissait des ressentiments cachés. Parmi eux se distinguait Ibn Obay, connu sous le nom complet d'Abdullâh Ibn Obay al-Salfil. Cet homme, riche et puissant, exerçait une grande influence sur la tribu de Khazraj. Sa jalousie envers Mohammad était palpable, car le Prophète était arrivé à Médine à un moment où Ibn Obay nourrissait l'ambition de se faire couronner roi de cette ville.

Ibn Obay et ses partisans affichaient ostensiblement le plus grand respect pour le Prophète. Pourtant, au fond d'eux-mêmes, ils ressentaient une profonde aversion à son égard. Cette duplicité les habitait, mais ils se trouvaient dans l'incapacité d'agir ouvertement contre lui. En effet, ils manquaient d'une opinion unanime et d'une force suffisante pour entreprendre une action hostile. En raison de leur comportement ambivalent, ces hommes furent surnommés "Munâfiqînes", ou "Hypocrites".

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L'Appel à la Prière

L'Appel à la Prière

C'était au cours de la deuxième année de l'Emigration, une période marquante pour la communauté musulmane naissante. C'est à ce moment-là qu'un événement significatif eut lieu : l'introduction de l'appel à la prière, un rituel qui allait devenir central dans la vie des croyants. Cet appel, tel qu'il avait été communiqué au Prophète par l'Ange Gabriel lui-même, devait résonner dans les cœurs et les esprits des fidèles.

Pour accomplir cette tâche essentielle, Bilâl, connu sous le nom de Bilâl l'Africain, fut choisi. Sa voix, à la fois puissante et agréablement mélodieuse, avait le don d'attirer l'attention et de toucher les âmes. Ainsi, il fut désigné pour appeler les Musulmans à chacune des prières quotidiennes, marquant le début de chaque moment de dévotion par sa voix inoubliable. (84)

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La Ka'bah comme Qiblah

La Ka'bah comme Qiblah

Au commencement de l'Islam, les Musulmans n'avaient pas de direction spécifique vers laquelle ils devaient se tourner lorsqu'ils accomplissaient leurs prières. C'était une époque où la spiritualité se manifestait sans orientation géographique définie. Cependant, une étape importante fut franchie à Médine, lorsque le Prophète Muhammad, sur ordre divin, demanda à ses compagnons de se tourner vers Jérusalem. Ainsi, Jérusalem devint leur Qiblah, le point focal de leurs prières, et ce, jusqu'à la mi-Cha'bhân de la deuxième année après l'Hégire.

C'est à ce moment précis, alors que le Prophète était en train d'accomplir la prière de midi, qu'il reçut une révélation d'Allâh. Cette révélation lui enjoignait de diriger ses fidèles à se tourner désormais vers la Ka'bah, située à La Mecque. Cette directive divine est consignée dans les versets de la Sourate al-Baqarah, versets 139 et 140. Dès lors, la Ka'bah devint la Qiblah, le centre vers lequel tous les Musulmans du monde se tournent pour prier.

Cette orientation vers la Ka'bah n'est pas simplement une question de direction physique, mais elle symbolise l'unité et la cohésion de la communauté musulmane. Chaque prière, chaque prosternation, où le front touche le sol, est un acte d'humilité et de soumission totale au Tout-Puissant Seigneur, le Créateur de tous les êtres. Depuis ce jour mémorable, la Ka'bah est restée le point de convergence des prières musulmanes, témoignant de la foi et de la dévotion des croyants à travers les âges. (85)

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Le Jeûne de Ramadhân

Le Jeûne de Ramadhân

L'instauration du jeûne obligatoire durant le mois sacré de Ramadhân fut décrétée à une période charnière de l'histoire islamique, marquée par des transformations profondes. En effet, cette obligation divine fut révélée à une époque où le Prophète Muhammad s'était déjà installé à Médine, suite à l'historique émigration depuis La Mecque. Cette période, correspondant à la première année et demie suivant l'Hégire, fut pour le Prophète un temps d'intense activité et de réorganisation.

À Médine, le Prophète s'attela tout d'abord à établir un nouvel ordre social, fondé sur la paix et la justice. Il s'efforça de restaurer la loi et l'ordre parmi les citoyens, consolidant ainsi la communauté naissante. Ce processus exigeait non seulement une force morale et spirituelle, mais aussi une structure politique et sociale stable. En parallèle, il s'engagea activement dans ses fonctions religieuses, veillant à ce que les pratiques essentielles de la foi musulmane soient correctement observées.

Parmi ces pratiques, l'observance des prières, du jeûne et des aumônes occupait une place centrale. Le Prophète s'assura que les Musulmans comprenaient et respectaient ces obligations, qui étaient des actes d'adoration destinés au Seigneur Suprême. Ces pratiques religieuses étaient bien plus que de simples rituels ; elles constituaient le cœur de la vie spirituelle des croyants et le fondement de leur relation avec Dieu. Ainsi, l'institution du jeûne de Ramadhân, inscrite dans les versets 179 à 181 de la Sourate al-Baqarah, s'inscrivait dans cette dynamique de renforcement de la foi et de la communauté.

Le Prophète Muhammad, en tant que guide spirituel et chef de la communauté, avait pour mission de diriger ses fidèles vers une adoration sincère et dévouée du Seigneur Suprême. Cet objectif, qui était le but principal de sa vie, le conduisit à réglementer avec soin l'observance des pratiques religieuses, assurant ainsi la pérennité et la cohésion de la communauté musulmane naissante.

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Le Mariage de Fâtimah

Le Mariage de Fâtimah

Les fiançailles de Fâtimah, la fille unique du Prophète Mohammad, avec son cousin et fidèle disciple 'Alî, se déroulèrent au mois de Ramadhân de la deuxième année de l'Hégire. Cependant, les cérémonies nuptiales furent organisées deux mois plus tard, durant le mois de Thilhaj. Cette union n'était pas simplement le fruit du hasard ou d'une simple décision familiale. En effet, elle avait été ordonnée par une révélation divine faite au Prophète. Ce dernier informa sa fille, Fâtimah, que Dieu lui avait révélé avoir choisi parmi les plus nobles créatures de la terre deux hommes bénis : lui-même, Mohammad, et 'Alî, son futur époux. Dieu avait décrété que les descendants du Prophète en ligne directe proviendraient de l'union de 'Alî et Fâtimah, et non directement de lui-même.

Les cérémonies de mariage de Fâtimah illustrèrent parfaitement la simplicité idéale prônée par le Prophète. Le festin de mariage se composait humblement de dates et d'olives. La couche nuptiale était simplement une peau de mouton. Quant aux ornements et aux effets personnels de la fiancée, ils se limitaient à une paire de bracelets en argent, deux chemises, une toilette, un oreiller de cuir bourré de feuilles de palmier, un moulin à grains, une tasse à boisson, deux grands récipients et une cruche. Cette simplicité reflétait la situation du Prophète Mohammad et de son gendre 'Alî, qui dut vendre sa cotte de mailles pour constituer la dot nécessaire.

La véritable grandeur de ce mariage ne résidait pas dans l'ostentation, mais dans les bénédictions célestes qui l'accompagnèrent, faisant de cette union l'une des plus mémorables dans les annales de l'Islam. Ce couple, uni par une alliance matrimoniale décrétée par Dieu, était destiné à être à l'origine d'une progéniture illustre, souvent désignée comme les fils du Prophète. Ces descendants se distinguaient des autres membres de la Ummah par leur titre d'Imam ou de Commandeur des croyants et par leur position de successeurs du Prophète de Dieu. Ils étaient universellement reconnus par les Musulmans comme étant une source de piété et de sagesse.

Al-Hassan et al-Hussayn, les fils de ce couple béni, jouaient souvent dans le giron du Prophète, qui les montrait fièrement du haut de sa chaire en les appelant : les deux Maîtres de la Jeunesse du Paradis. Les parents eux-mêmes, tout comme leurs enfants, étaient exaltés par le Prophète qui disait : « Je suis la cité du Savoir, 'Alî en est la porte. » Ainsi, 'Alî, qui prouva à maintes reprises son courage et sa vaillance, acquit le mérite d'être surnommé "Le Lion d'Âllâh". Quant à Fâtimah, elle était l'objet de l'amour et de la confiance du Prophète. Elle fut rangée parmi les quatre nobles dames "à la foi parfaite" par lesquelles Dieu bénit cette terre. Ces femmes illustres étaient Âsya, la femme du Pharaon, Maryam, la mère de 'Isâ, Khadîjah, l'épouse de Mohammad, et Fâtimah, l'épouse de 'Alî.

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Les Préoccupations de Mohammad

Les Préoccupations de Mohammad

Après son émigration à Médine, le Prophète Mohammad se retrouva confronté à une situation préoccupante. Les Quraych de la Mecque, déterminés à le capturer, avaient envoyé des équipes d'éclaireurs, promettant une récompense alléchante pour sa capture, qu'il soit vivant ou mort. Parmi ces équipes, un groupe de soixante-dix éclaireurs réussit même à le devancer jusqu'à Médine, un fait déjà noté dans les récits antérieurs.

Par ailleurs, le Prophète découvrit que les Quraych entretenaient des communications secrètes avec 'Abdullâh Ibn Obay, un hypocrite influent à Médine. Ils l'incitaient à fomenter une révolte contre Mohammad, dans le but de le forcer à quitter la ville. Pour appuyer leur demande, ils menaçaient de marcher sur Médine si 'Abdullâh ne parvenait pas à réaliser leurs desseins. Cette insistance des Quraych à persécuter le Prophète, ainsi que leur inimitié persistante, ne pouvaient être ignorées.

De plus, les Quraych s'efforçaient de former des alliances avec les bédouins installés le long de la route menant à Médine. Ces bédouins avaient déjà montré leur hostilité en s'avançant récemment, sous la conduite de Kurds Ibn Jâbir Fihri, jusqu'aux pâturages de Médine. Là, ils mirent le feu aux terres environnantes après avoir enlevé les chameaux et le bétail. Cette situation inquiétait naturellement le Prophète, qui craignait une attaque surprise à Médine, une ville située sur une route très fréquentée menant à la Syrie, empruntée par des caravanes puissamment escortées transportant des marchandises.

En outre, certains Juifs et Arabes, mécontents du renforcement de l'autorité du Prophète à Médine, avaient choisi d'émigrer à la Mecque pour se joindre aux Quraych. Cette défection accentuait encore la crainte d'une attaque surprise. Comme l'a souligné Gibbon, «dans l'état de nature, tout homme a le droit de défendre par les armes sa personne et ses biens, de repousser ou même de prévenir les violences de ses ennemis et d'étendre les hostilités à des mesures raisonnables de satisfaction et de représailles».

Dans le cas du Prophète, il ne s'agissait pas seulement de protéger sa propre personne. Il devait également veiller à la sécurité de ses concitoyens, qui avaient beaucoup souffert et tout sacrifié pour leur foi. Il lui incombait de défendre ses partisans médinois, qui, en lui offrant l'hospitalité, s'exposaient ouvertement aux attaques des ennemis. Il s'agissait d'empêcher l'annihilation de leur foi, l'étouffement de sa religion, et d'éviter le même sort tragique qu'avait subi son illustre prédécesseur, Jésus-Christ.

Pour atteindre cet objectif, le Prophète ressentait profondément la nécessité de recourir aux mesures les plus efficaces, y compris l'épée, à l'instar d'autres prophètes avant lui. Cependant, il ne pouvait prendre les armes sans avoir obtenu l'autorisation de l'Autorité Suprême, sur laquelle reposaient toutes ses actions.

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La Permission de Prendre les Armes

La Permission de Prendre les Armes

À Médine, plus d'un an et demi s'écoulèrent dans une atmosphère d'intense anxiété et d'attente. Les cœurs étaient suspendus à une promesse de délivrance, et finalement, cette permission tant espérée arriva. Elle se manifesta à travers des révélations divines, comme en témoignent plusieurs passages du Coran. Parmi ces versets, on trouve celui-ci : « L'autorisation de se défendre est donnée à ceux qui ont été attaqués, parce qu'ils ont été opprimés, et Dieu est Puissant pour les secourir. Ceux qui ont été chassés de leurs maisons pour avoir dit seulement : "Notre Seigneur est Dieu". » (Sourate al-Hajj, 22:39-40).

Dans un discours éclairé, un conférencier fit remarquer que rien n'était plus naturel que le choix de Dieu. Dans Sa Miséricorde infinie, Il avait pour dessein d'humaniser les habitants barbares de l'Arabie et de les extraire de l'abîme de l'immoralité et de la superstition où ils s'étaient enfoncés. Pour accomplir cette tâche monumentale, Dieu avait choisi un homme d'une détermination totale et d'une fidélité inébranlable à la mission qui lui avait été confiée. Cet homme, le Prophète Mohammad, était doté d'un génie capable de s'adapter à tous les changements de circonstances. Il possédait la force d'endurer les épreuves et d'apporter son aide aux autres sans jamais penser à ses propres intérêts. Il était prêt à résister à l'oppresseur, même physiquement si nécessaire, pour préserver son peuple.

Le Prophète Mohammad, en effet, n'avait jamais dégainé son épée que par mesure défensive. Cette vérité est soulignée par le Professeur J. W. Arnold, qui, bien que de foi chrétienne, a démontré avec habileté que l'Islam s'était propagé sans recourir à la force des armes. Ainsi, la permission de prendre les armes ne fut jamais un appel à l'agression, mais une réponse légitime à l'oppression subie.

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La Nakhlah

La Nakhlah

C'est dans un climat de tensions grandissantes que le Prophète, ayant reçu l'autorisation divine de prendre les armes contre ses ennemis, entreprit d'organiser de petites expéditions parmi ses fidèles compagnons. Ces groupes de partisans, animés par une loyauté indéfectible, avaient pour mission de partir en éclaireurs afin de surveiller de près les activités des Mecquois. Leur attention se portait particulièrement sur le mouvement des caravanes qui quittaient la Mecque ou y retournaient. Bien que le Prophète ait expressément ordonné à chaque groupe d'éviter toute violence inutile, il semblait inévitable que des accrochages surviennent avec les Quraych.

C'est ainsi qu'un petit groupe, composé de huit à douze hommes, fut envoyé à Nakhlah, un lieu stratégique situé entre la Mecque et Tâ'if. Leur mission était de recueillir des informations précieuses sur le passage des caravanes en ce lieu. Cependant, lors de cette mission, ces hommes rencontrèrent quatre Mecquois transportant des raisins secs de Tâ'if à la Mecque. Un affrontement éclata, au cours duquel un noble distingué, nommé 'Amr Ibn 'Abdullâh, trouva la mort. Un autre Mecquois parvint à s'enfuir, tandis que les deux derniers furent capturés indemnes et ramenés au Prophète.

Malheureusement, une erreur de calcul sur la date du jour de l'accrochage fut commise par le groupe. Ils pensaient que cet événement s'était produit le dernier jour de Jamadî II. Cependant, les Mecquois soutenaient que c'était en réalité le premier jour du mois sacré de Rajab, une période durant laquelle toutes formes d'hostilités étaient strictement interdites. Cette action fut alors perçue comme une violation flagrante de l'immunité sacrée accordée à ce mois.

Face à cette situation, le Prophète exprima sa colère envers 'Abdullâh Ibn Johach, le chef du groupe, pour avoir manqué de respect envers ce privilège sacré. En signe de réparation, il dédommagea la famille de la personne tuée. Cependant, le Prophète reçut entre-temps une révélation divine qui tendait à justifier l'action, en raison de l'éloignement forcé des croyants de l'édifice sacré, la Ka'bah, causé par la malveillance des Quraych.

Quant aux deux prisonniers capturés, l'un d'eux, touché par la foi, embrassa l'Islam et choisit de rester à Médine. L'autre, quant à lui, retrouva sa liberté après le paiement d'une rançon. Ainsi se conclut cet épisode complexe et délicat, marqué par des erreurs humaines et des révélations divines.

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La Bataille de Badr

La Bataille de Badr

Dans les jours qui suivirent l'incident de Nakhlah, où un Mecquois avait trouvé la mort, la tension monta d'un cran parmi les Quraych, malgré l'indemnisation versée. Leur colère était attisée par une rumeur infondée, prétendant que la caravane revenant de Syrie, chargée de richesses, serait la cible d'une embuscade tendue par les partisans de Mohammad. Ces derniers auraient voulu se venger de la perte de leurs biens, confisqués lors de leur exil forcé de la Mecque. Face à cette situation explosive, les Mecquois commencèrent à se préparer pour une vengeance implacable.

De son côté, le Prophète Mohammad, informé des manœuvres des Mecquois, comprit qu'attendre à Médine l'attaque de l'ennemi serait imprudent. Une telle attaque causerait de grands dommages aux habitants de la ville, qui en souffriraient inévitablement. De plus, il soupçonnait que les sympathisants des Mecquois à Médine étaient plus nombreux que ses propres partisans, ce qui représentait un danger potentiel. Il apprit également qu'Abû Sufiyân, l'un de ses ennemis les plus acharnés, était en route vers la Mecque, escorté par trente gardes armés, et qu'il passerait près de Médine avec sa caravane syrienne.

Conscient de l'urgence de la situation, le Prophète décida de prendre l'initiative et de confronter l'ennemi hors de Médine. Il rassembla trois cent treize de ses fidèles, dont quatre-vingt-deux Muhâjirin et deux cent trente et un Ançâr, les auxiliaires de Médine. Parmi ces derniers, soixante et un appartenaient à la tribu d'Aws et cent soixante-dix à celle de Khazraj. Cette petite armée quitta Médine, menée par la bannière du Prophète, portée par le jeune 'Ali. Seuls deux hommes de cette troupe étaient montés à cheval, les autres partageant soixante-dix chameaux.

'Othmân, quant à lui, ne put se joindre à l'expédition en raison de la maladie grave de sa femme, Roqayyah. L'armée atteignit la vallée fertile de Badr, un point d'eau stratégique sur la route des caravanes, situé à trois étapes au nord de Médine. Le Prophète ordonna à ses hommes de s'y installer, près d'un ruisseau d'eau fraîche, en attendant l'arrivée de l'ennemi, que ce soit l'armée des Quraych de la Mecque ou la caravane d'Abû Sufiyân de Syrie.

Les éclaireurs du Prophète rapportèrent que la caravane d'Abû Sufiyân approchait d'un côté, tandis que la grande armée des Quraych avançait de l'autre. Face à cette double menace, le Prophète consulta ses principaux compagnons. Ces derniers, peu enclins à affronter une force armée trois fois plus nombreuse, préféraient poursuivre la caravane. Cependant, le Prophète les encouragea avec des paroles réconfortantes, soulignant le soutien divin lors des épreuves. Il choisit d'obéir à l'ordre de Dieu en engageant le Jihâd contre la puissante armée des Mecquois infidèles, plutôt que de se concentrer sur Abû Sufiyân et sa petite escorte.

« Lorsque vous demandiez le secours de votre Seigneur, IL vous exauça: "JE vous envoie un renfort de mille anges, les uns à la suite des autres" ». (Sourate al-Anfâl, 8:9)

Cette décision fut sage, car Abû Sufiyân, prudent et bien informé, avait déjà pris des mesures pour éviter le danger. Il avait demandé de l'aide à la Mecque et, par précaution, dévié de la route habituelle pour longer le rivage de la mer, évitant ainsi toute confrontation. Malgré cela, les Mecquois, déjà mobilisés, répondirent à son appel à l'aide en envoyant huit cent cinquante combattants d'infanterie et cent cinquante cavaliers sous le commandement d'Abû Jahl. Bien qu'Abû Sufiyân les ait informés de sa sécurité, Abû Jahl, déterminé à venger le meurtre de Nakhlah, poursuivit sa marche jusqu'à Badr.

Le vendredi 17 Ramadhân de l'an 2 de l'Hégire (13 janvier 624 ap. J.-C.), les deux armées se préparèrent à l'affrontement. Les pluies de la veille avaient rendu le terrain lourd et boueux pour les Mecquois, tandis que le sol des hauteurs sableuses, où se tenaient les Musulmans, était plus ferme et praticable. De plus, le lever du soleil aveuglait les Mecquois, alors que l'armée musulmane faisait face à l'ouest.

Les Quraych, soufflant dans leurs trompettes, avancèrent vers l'adversaire. Le Prophète, assis sous un dais de branches de palmier, gardé par Sa'd Ibn Mo'âth, observait la scène avec attention. Abû Bakr restait à ses côtés, ne rejoignant pas les rangs des combattants.

Trois guerriers Quraychites, 'Otbah, Walîd et Chaybah, s'avancèrent pour défier les Musulmans en duel. Ils étaient de haut rang dans leur tribu et refusèrent de combattre les trois Ançâr qui s'étaient portés volontaires, exigeant plutôt de combattre les "renégats" mecquois. 'Alî, 'Obaydah et Hamza, deux cousins et un oncle du Prophète, relevèrent le défi. Après une lutte acharnée, 'Alî et Hamza triomphèrent de leurs adversaires, puis vinrent au secours de 'Obaydah, grièvement blessé par 'Otbah. Ils abattirent ce dernier, mais 'Obaydah succomba à ses blessures quatre jours plus tard.

Alors que la bataille faisait rage, les Quraych prenaient l'avantage, mettant les Musulmans sous pression. Le Prophète, anxieux, pria Allâh pour son aide. Sortant de son dais, il lança une poignée de sable en direction de l'ennemi, déclarant: «Que leurs visages soient couverts de honte», et encouragea ses hommes: «Courage mes enfants! Serrez vos rangs, lancez vos flèches! Ce jour est le vôtre». Sa voix résonna, galvanisant les combattants qui crurent voir des anges à leurs côtés.

Les lignes des Quraych vacillèrent et de nombreux guerriers courageux et nobles tombèrent. En déroute, les Mecquois prirent la fuite, abandonnant armes, bêtes de transport et campement. Soixante-dix de leurs plus vaillants combattants furent tués et quarante-cinq faits prisonniers. Leur commandant, Abû Jahl, surnommé le Pharaon de son peuple, trouva la mort et sa tête fut apportée au Prophète. Connu à l'origine sous le nom d'Amr, alias Abû Hakam (le Père de la Sagesse), il fut renommé par les Musulmans Abû Jahl (le Père de la Déraison).

Du côté musulman, vingt-deux combattants perdirent la vie: quatorze Muhâjirin et huit Ançâr. Cette victoire, marquée par un soutien divin, est évoquée dans la Sourate al-Anfâl, versets 9-13, soulignant l'aide accordée au Prophète lors de cette bataille décisive.

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Les Puits de Qalîb à Badr

Les Puits de Qalîb à Badr

Alors que le jour déclinait doucement, les Musulmans entreprirent une tâche solennelle : rassembler les corps des ennemis tombés au combat pour les déposer dans un puits nommé Qâlib. Ce puits, sombre et profond, allait devenir le dernier repos de ceux qui avaient défié le Prophète et ses compagnons.

Le Prophète, avec une gravité empreinte de tristesse, observa les corps inertes. À ses côtés, Abû Bakr se tenait, scrutant attentivement les visages de ceux qui avaient péri. D'une voix claire, il énonça leurs noms, rendant hommage à leur mémoire : « 'Otbah ! Chaybah ! Wallid ! 'Omayyah ! Abû Jahl ! » Ainsi, un à un, les corps furent précipités dans l'obscurité du puits.

C'est alors que le Prophète, avec une voix empreinte de regret et de reproche, s'adressa aux défunts : « Hélas ! Avez-vous maintenant trouvé vrai ce que vos seigneurs vous avaient promis ? Quant à ce que mon Seigneur m'avait promis, je l'ai trouvé absolument vrai. Malheur à vous ! Vous m'avez rejeté, moi, votre Prophète ! Vous m'avez chassé, et d'autres me donnèrent refuge ! Vous m'avez combattu, et d'autres sont venus à mon aide ! »

À cet instant, 'Omar, qui se tenait également à proximité, interrogea le Prophète avec une certaine perplexité : « Ô Prophète ! Est-ce que tu parles aux morts ? » Le Prophète, avec une assurance tranquille, lui répondit : « Oui, en effet, car ils comprennent mieux que vous ce que je leur dis. »

Ainsi, en ce jour mémorable, les paroles du Prophète résonnèrent dans le silence du désert, adressées à ceux qui ne pouvaient plus répondre, mais qui, selon lui, comprenaient désormais la vérité de ses paroles.

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Les Prouesses de 'Alî

Les Prouesses de 'Alî

Bien que ce fût le tout premier combat auquel le jeune 'Alî participait, il s'y distingua par des prouesses remarquables qui lui valurent les éloges unanimes de ses pairs. En effet, au cours de cette bataille mémorable, 'Alî fit preuve d'un courage et d'une habileté exceptionnels, réussissant à abattre pas moins de seize combattants. Certains historiens, cependant, avancent même le chiffre impressionnant de trente-six adversaires vaincus. Ces guerriers n'étaient pas de simples soldats, mais comptaient parmi les plus braves et les plus éminents de l'armée de Quraych. La renommée de 'Alî fut ainsi solidement établie dès ce premier affrontement, marquant les esprits par son audace et sa détermination.

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Les Prisonniers de Badr

Les Prisonniers de Badr

Au cours de son voyage de retour vers Médine, le Prophète, accompagné de ses compagnons, fut témoin d'un événement marquant à Safra, une étape située entre Badr et Médine. C'est là que deux des prisonniers les plus détestés, 'Oqbah Ibn Abi Mo'eit et Al-Nadhr Ibn al-Hârith, furent exécutés par décapitation. Ce châtiment sévère soulignait la gravité de leurs actions passées.

Les autres prisonniers, quant à eux, furent conduits jusqu'à Médine où ils furent relâchés en échange d'une rançon payée comptant. Parmi ces captifs se trouvaient 'Abbâs, un oncle du Prophète, ainsi qu'Abul-'Âç, le mari de Zaynab, la fille de Khadîjah. 'Abbâs, un homme de stature imposante et de forte carrure, avait été capturé par Abul-Yasar, un homme de constitution frêle et de petite taille. La capture de 'Abbâs par un homme apparemment plus faible suscita l'étonnement. Lorsqu'on interrogea 'Abbâs sur la manière dont un tel homme avait pu le maîtriser, il expliqua que son adversaire lui était apparu comme un géant au moment de leur confrontation. Ce récit faisait écho aux paroles divines : « Un signe vous a été donné à travers la rencontre entre deux armées: l'une combattait dans la voie de Dieu, l'autre était infidèle. Ils (les infidèles) voyaient de leurs propres yeux les fidèles en nombre deux fois supérieur au leur, car Dieu assiste de Son Secours, qui IL veut. Voilà un exemple pour ceux qui sont doués de clairvoyance ». (Sourate Âle 'Imrân, 3: 13)

On demanda à 'Abbâs de payer une rançon pour sa libération ainsi que pour celle de ses deux neveux, Nawfal et 'Aqi. Il exprima son inquiétude, craignant que s'il versait la somme exigée, il se retrouverait réduit à mendier la charité des Quraych pour le reste de ses jours. Cependant, à sa grande surprise, le Prophète lui révéla un secret bien gardé : l'or qu'il avait confié à sa femme à minuit, juste avant de partir avec l'armée mecquoise. Cette révélation fut accompagnée de la récitation du verset 70 de la sourate al-Anfâl : « Ô Prophète! Dis à ceux des captifs qui sont tombés entre vos mains: "Si Dieu reconnaît un bien dans vos coeurs, IL vous accordera des choses meilleures que celles qui vous ont été enlevées. Il vous pardonnera: "Dieu est Celui qui pardonne, IL est Miséricordieux! "».

En entendant ces paroles, 'Abbâs fut convaincu que Mohammad était véritablement le Prophète de Dieu, car nul autre que Dieu ne pouvait connaître le secret de l'or. Cette conviction le conduisit, lui et ses deux neveux, à embrasser immédiatement l'Islam. Quelques années plus tard, alors qu'il jouissait d'une grande fortune, 'Abbâs se remémora la récitation du Prophète et constata que la prophétie s'était accomplie.

Pour obtenir la libération d'Abul-'Âç, sa femme Zaynab envoya quelques-uns de ses bijoux en guise de rançon, parmi lesquels se trouvait un collier offert en dot par sa mère Khadîjah. Le Prophète, en reconnaissant le collier, se souvint avec émotion de Khadîjah. Touché par ce souvenir, il décida de rendre le collier à Abul-'Âç pour qu'il le restitue à Zaynab, et il le libéra à condition qu'il ramène Zaynab auprès de lui. Zayd Ibn Hârithah accompagna Abul-'Âç dans son voyage de retour à la Mecque et ramena Zaynab à Médine. Cependant, une fois à Médine, Zaynab refusa de retourner auprès de son mari tant qu'il n'aurait pas embrassé l'Islam. Ce n'est que quelque temps avant la conquête de la Mecque, lorsque Abul-'Âç fut de nouveau capturé et amené devant le Prophète comme prisonnier de guerre, qu'il accepta finalement de se convertir à l'Islam.

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La Distribution du Butin de Guerre

La Distribution du Butin de Guerre

Sur le site de Safra, le butin de guerre, constitué principalement d'armes et de chameaux capturés lors de la bataille, fut méticuleusement réparti par le Prophète. Il veilla à ce que chaque adepte reçoive une part égale de ces précieuses prises, soulignant ainsi son souci d'équité et de justice envers ses compagnons. Une fois cette tâche accomplie, le Prophète entreprit le chemin du retour vers Médine. Ce voyage de retour marquait la fin d'une absence qui avait duré entre quinze et dix-neuf jours.

Pendant ce temps, à Médine, un événement tragique se déroulait. Roqayyah, l'épouse de 'Othmân, succomba à la maladie qui l'avait affligée. Cette même maladie avait retenu 'Othmân à Médine, l'empêchant de rejoindre ses compagnons sur le champ de bataille. Sa disparition ajouta une note de tristesse au retour du Prophète et de ses compagnons, rappelant à tous la fragilité de la vie et les épreuves qui jalonnent le chemin des croyants.

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Les Conséquences de la Guerre

Les Conséquences de la Guerre

La bataille de Badr se dresse comme un pilier fondamental dans l'histoire de l'Islam. Elle est sans conteste la plus importante et, par conséquent, la plus célèbre parmi les Musulmans. Cette victoire décisive ouvrit grand les portes de la progression de la foi prêchée par le Prophète. En effet, lors de cette confrontation, la plupart de ses opposants les plus acharnés et influents tombèrent, marquant ainsi un tournant crucial. Cette première victoire du Prophète joua un rôle déterminant dans le renforcement de sa position et de son influence.

À Médine, la situation changea radicalement. Les hypocrites et les non-Musulmans, qui auparavant auraient pu envisager de s'opposer ouvertement au Prophète, furent désormais découragés de mener toute action directe contre lui. La victoire de Badr avait non seulement renforcé le moral des fidèles, mais elle avait aussi semé la consternation parmi les vétérans mecquois. Ces derniers, qui avaient longtemps regardé le Prophète et ses adeptes avec mépris et haine, furent profondément humiliés par leur défaite. Ils avaient été vaincus par une force qui, bien que relativement inexpérimentée et numériquement inférieure, avait su faire preuve de détermination et de courage.

La défaite des Quraych à Badr fut un coup fatal pour Abû Lahab, le seul membre du clan Hâchimite qui s'était distingué par son opposition farouche et détestable au Prophète. Abû Lahab, accablé par la perte de ses amis et proches tels que Walîd, Chaybah et 'Otbah, succomba à une profonde tristesse. Une semaine après la bataille, il mourut, affaibli par une maladie qui reflétait peut-être son désespoir et son chagrin.

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Sawiq ou la Guerre de la Farine

Sawiq ou la Guerre de la Farine

Parmi ceux qui ressentirent le plus intensément l'amertume de la défaite, se trouvait Abû Sufiyân. Cet homme, dont le cœur était consumé par une haine féroce à l'égard de celui qu'il considérait comme son ennemi juré, le Prophète Mohammad, était rongé par la rage. La douleur de cette défaite cuisante le poussait à jurer qu'il ne se livrerait plus aux plaisirs de la vie, ni ne s'approcherait de sa femme tant qu'il n'aurait pas assouvi sa vengeance. Toutefois, il se rendit compte par la suite que ce serment d'abstinence avait été prononcé dans un moment d'emportement irréfléchi.

Déterminé à tenir sa promesse, Abû Sufiyân se mit en route pour Médine au cours du mois de Thilhaj de la deuxième année de l'hégire, accompagné de deux cents cavaliers. Leur destination était Oraydh, située à environ cinq kilomètres au nord-est de Médine. Là, ils croisèrent le chemin d'un Ançâri et de son serviteur, qu'ils tuèrent sans pitié. Ne s'arrêtant pas à cet acte de violence, ils mirent le feu à quelques huttes et abattirent plusieurs dattiers, causant ainsi des ravages dans la région.

Informé de cet assaut, le Prophète réagit promptement en envoyant une expédition pour traquer Abû Sufiyân et ses hommes. Cependant, ces derniers, pris de panique, prirent la fuite précipitamment. Dans leur hâte, ils abandonnèrent derrière eux leurs sacs de farine, espérant ainsi alléger leur charge pour échapper plus rapidement à leurs poursuivants. Les Musulmans, arrivés sur les lieux, récupérèrent ces sacs, et cet événement fut par la suite connu sous le nom de la Guerre de la Farine.

Ainsi, Abû Sufiyân parvint à accomplir son vœu de vengeance, mais cet acte ne fit qu'attiser sa réflexion sur la nécessité d'organiser une expédition d'une envergure bien plus considérable.

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Les Juifs

Les Juifs

À Médine, les Juifs formaient des communautés indépendantes ou vivaient sous la protection des Arabes, et leur influence était considérable. Ces communautés étaient composées de gens industrieux, qui avaient su prospérer grâce au commerce, accumulant ainsi une richesse notable. Bien qu'ils ne représentent qu'une fraction de la population totale, leur influence sur les Arabes était indéniable.

Parmi eux, seuls quelques-uns avaient embrassé l'Islam, dont un cohen nommé 'Abdullâh Ibn Salâm. Cependant, la majorité des Juifs de Médine demeuraient sceptiques quant à la prophétie de Mohammad. Selon leurs croyances, le prophète promis dans leurs Écritures devait être un Israélite, apparaître en Syrie, région connue sous le nom de Grande Syrie, et parler la langue hébraïque, à l'instar des prophètes qui les avaient précédés.

Observant leur attitude arrogante et désireux de les apaiser, Mohammad édicta un Décret. Ce document solennel proclamait sa protection envers les Juifs, garantissait leurs droits à s'intégrer dans la communauté musulmane tout en leur permettant de pratiquer librement leurs rites religieux. Les Juifs accueillirent avec enthousiasme les privilèges offerts par ce Décret et conclurent un traité de paix avec le Prophète.

Pendant un certain temps, ils semblèrent satisfaits de cette nouvelle situation. Cependant, à mesure que le pouvoir du Prophète grandissait, la jalousie s'installa parmi eux. Ils commencèrent à tenter de le discréditer aux yeux de ses fidèles. Ces tensions conduisirent à des disputes entre les Juifs et les Musulmans, alimentant une inimitié et une haine réciproques. Les Juifs, chaque fois qu'ils en avaient l'occasion, traitaient les Musulmans et même le Prophète lui-même avec mépris, exacerbant ainsi les tensions entre les deux communautés.

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Les Juifs de Banî Qaynoqâ'

Les Juifs de Banî Qaynoqâ'

Environ un mois après le retour triomphal du Prophète de la bataille de Badr, un conflit éclata entre les Musulmans et la tribu juive des Banî Qaynoqâ'. Ces derniers résidaient dans une banlieue de Médine, un lieu fortifié et solidement construit. L'incident qui déclencha les hostilités fut l'agression indécente d'une jeune fille musulmane par les membres de cette tribu. Cette agression provoqua une échauffourée au cours de laquelle un homme de chaque camp perdit la vie.

Face à cette situation tendue, le Prophète, dans sa sagesse, convoqua les Juifs de Banî Qaynoqâ' pour une rencontre. Cependant, ceux-ci répondirent à cet appel avec mépris et arrogance, ignorant délibérément le traité qu'ils avaient pourtant signé. Ce traité devait garantir la paix et la coopération entre les différentes communautés de Médine. Devant cette attitude hautaine et ce mépris ouvert, le Prophète se vit contraint de prendre des mesures énergiques pour rétablir l'ordre et la justice.

Ainsi, il décida de mettre en place un siège autour des demeures des Banî Qaynoqâ'. Pendant une quinzaine de jours, les Musulmans encerclèrent la tribu, coupant toute possibilité de sortie ou de ravitaillement. Finalement, acculés et sans autre choix, les Banî Qaynoqâ' se rendirent. Leur trahison envers l'autorité nouvellement établie, reconnue par la majorité des habitants de Médine, les rendait passibles d'une punition sévère et exemplaire. Cependant, grâce à l'intervention de 'Abdullâh Ibn Obay, un chef influent de Médine, leur sort fut adouci. Au lieu d'une sanction plus lourde, ils furent simplement bannis vers la Syrie, épargnant ainsi leur vie mais les forçant à quitter leurs foyers.

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Le Sort de Ka'b Ibn Achraf

Le Sort de Ka'b Ibn Achraf

À Médine, les tensions montaient parmi certaines tribus juives, qui commençaient à manifester une certaine réticence envers le Prophète et sa nouvelle religion. Parmi ces opposants se trouvait Ka'b Ibn Achraf, un personnage éminent et redouté. Poète de renom, doté d'une grande richesse et d'une influence considérable, il était le chef respecté de la tribu des Nazarites. Son hostilité envers le Prophète était notoire, et il ne reculait devant rien pour exprimer son animosité.

Animé par une haine farouche, Ka'b Ibn Achraf entreprit un voyage vers la Mecque, un acte lourd de conséquences. Là-bas, il s'allia avec les Quraych, les ennemis jurés du Prophète. Il ne se contenta pas de simples discussions ; il composa et fit circuler des élégies poignantes qui pleuraient le sort tragique des Mecquois tombés lors de la bataille de Badr. Ces poèmes, empreints de tristesse et de reproches, visaient à attiser la colère et le ressentiment contre le Prophète.

De retour à Médine, Ka'b Ibn Achraf intensifia ses attaques verbales. Il se mit à réciter personnellement des épigrammes acerbes, visant directement le Prophète et ses fidèles. Comme si cela ne suffisait pas, il s'en prit également à l'honneur des femmes musulmanes, leur adressant publiquement des sonnets érotiques, des vers empreints de mépris et d'irrespect. Ces provocations répétées et dégradantes finirent par exaspérer les Musulmans au-delà du supportable.

La tension atteignit son paroxysme, et la patience des fidèles du Prophète fut mise à rude épreuve. Ne pouvant tolérer plus longtemps ces outrages, ils prirent la décision radicale de mettre fin aux agissements de Ka'b Ibn Achraf. C'est ainsi que, le 14 Çafar de l'année 3 de l'Hégire, cet ennemi acharné du Prophète trouva la mort, victime de sa propre haine.

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Les Juifs Hors-la-Loi

Les Juifs Hors-la-Loi

Dans le climat tendu qui régnait alors, le Prophète fut contraint de reconnaître que le Traité, autrefois une pierre angulaire de la coexistence, avait été vidé de sa substance par les abus répétés des Juifs concernant les privilèges qui leur avaient été accordés par le Décret. Ce constat amer marqua un tournant décisif : les Juifs, désormais considérés comme hors-la-loi, commencèrent à quitter Médine. Tribu après tribu, ils se mirent en quête de refuge dans les quartiers juifs situés en périphérie de la ville, espérant y trouver un asile plus sûr.

Cependant, tous ne choisirent pas l'exil. Parmi eux, les Juifs les plus puissants et les plus riches prirent une décision audacieuse : rester à Médine. En refusant de partir, ils optèrent pour un défi direct à l'autorité du Prophète, marquant ainsi une nouvelle phase dans les relations déjà tendues entre les deux communautés.

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Dispositions Préliminaires des Mecquois en Vue de la Campagne d'Ohod

Dispositions Préliminaires des Mecquois en Vue de la Campagne d'Ohod

Hind, l'épouse d'Abû Sufiyân, était consumée par le désir de vengeance. Jour et nuit, elle clamait haut et fort la nécessité de venger la mort de son père 'Otbah, de son oncle Chaybah et de son frère Walîd, tous trois tombés sous les coups de 'Alî et de Hamza lors de la bataille de Badr. Abû Sufiyân, lui aussi animé par un profond désir de revanche, commença à inciter les siens à consacrer tous les bénéfices de l'année à la préparation d'une nouvelle guerre. Il s'employa également à établir des alliances avec les tribus du littoral, espérant ainsi renforcer leurs rangs pour la campagne imminente contre Mohammad.

Pour réunir les fonds nécessaires à cette grande offensive contre le Prophète, et pour compenser les pertes financières subies à Badr, les Mecquois redoublèrent d'efforts dans leurs activités commerciales. Conscients que la route habituelle des caravanes était devenue dangereuse, ils entreprirent d'explorer une nouvelle voie vers la Syrie. Cette nouvelle route traversait le désert et longeait l'Euphrate, offrant une alternative plus sûre. Cependant, malgré leurs précautions, ils ne purent échapper à la vigilance des Musulmans.

En effet, les Musulmans, toujours alertes, parvinrent à intercepter la caravane à Qaradha, aux abords de Najd, à environ huit étapes de Médine. C'était au mois de Jamâdî II, durant la troisième année de l'hégire. Face à l'attaque, l'escorte de la caravane prit la fuite, abandonnant le précieux chargement. Zayd Ibn Hârithah, à la tête des forces musulmanes, réussit à s'emparer d'un butin considérable, marquant ainsi une nouvelle victoire pour les partisans de Mohammad.

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La Campagne d'Ohod

La Campagne d'Ohod

Abû Sufiyân, animé par une colère sourde due à la perte de richesses tant privées que publiques, se hâta de préparer une campagne militaire contre Mohammad. Dans cette entreprise, il parvint à rassembler ses alliés parmi les tribus du littoral, notamment les Banî Kinânah et les Banî Tihâmah. Grâce à ces renforts, son armée se renforça considérablement, atteignant un effectif impressionnant de trois mille hommes. Parmi eux, sept cents étaient protégés par des cottes de mailles, tandis que deux cents cavaliers formaient l'avant-garde de cette force redoutable. De plus, un millier de chameaux accompagnaient la marche, transportant les provisions et les équipements nécessaires.

Cette armée fut encore renforcée par l'arrivée d'un homme influent de Médine, qui rejoignit Abû Sufiyân avec un grand nombre de partisans, augmentant ainsi la puissance de l'expédition. C'est donc à la tête de cette imposante force qu'Abû Sufiyân se mit en route vers Médine. L'aile droite de son armée était sous le commandement de Khâlid Ibn Abî Jahl, un chef militaire redouté. À l'arrière, sa femme, la vindicative Hind, accompagnée de quinze matrones mecquoises, battait des tambours avec ardeur. Leur but était d'animer les troupes et d'exalter la grandeur de Hobal, la plus célèbre des idoles de la Ka'bah.

En chemin vers Médine, l'armée fit une halte à Abwa, un lieu chargé d'histoire. C'est là que Hind, animée par une rancune tenace, eut l'idée d'exhumer les restes de Âminah, la mère du Prophète, qui reposait en paix depuis cinquante ans. Cependant, elle fut dissuadée de commettre cet acte abject, non sans difficulté.

L'armée poursuivit sa route sans rencontrer de résistance et atteignit finalement sa destination le 4 Chawwâl de l'An 3 H. Elle établit son campement à Thulholayfa, un village situé à environ huit kilomètres au nord-est de Médine. Là, dans les champs verdoyants de céréales, près de la majestueuse Montagne d'Ohod, les troupes se préparèrent pour l'affrontement à venir.

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La Marche du Prophète

La Marche du Prophète

Le Prophète Muhammad se trouvait à Qoba lorsqu'il reçut des nouvelles cruciales de son oncle 'Abbâs, qui résidait encore à la Mecque. Ces informations concernaient l'expédition imminente des Quraych, une tribu puissante et influente. Conscient de l'urgence de la situation, le Prophète retourna sans tarder à Médine. Là, il convoqua ses fidèles pour délibérer sur la stratégie à adopter face à cette menace. La question était de savoir s'il était préférable d'attendre l'attaque des ennemis à l'intérieur des murs protecteurs de Médine, ou de les affronter directement à l'extérieur de la ville.

Le Prophète penchait personnellement pour la première option, qui consistait à se défendre à l'intérieur de Médine. Cette approche avait également le soutien de nombreux partisans. Cependant, la majorité des Musulmans exprimèrent leur préférence pour une confrontation en dehors de la ville. Après mûre réflexion, cette seconde option fut finalement retenue.

Lorsque le Prophète se prépara à quitter Médine à la tête de ses partisans, une hésitation s'empara de ces derniers. Ils envisagèrent de revenir à la première stratégie. Néanmoins, déterminé et résolu, le Prophète poursuivit sa marche vers l'extérieur, accompagné d'une force d'environ mille hommes. 'Alî, un fidèle compagnon, portait fièrement l'étendard de cette expédition.

Parmi ceux qui se joignirent à cette force, 'Abdullâh Ibn Obay Salûl était accompagné de quelques khazrajites et de certains de ses alliés juifs, formant un groupe d'environ trois cents hommes. Toutefois, le Prophète refusa toute aide de la part des Juifs, à moins qu'ils ne se convertissent à l'Islam. En conséquence, 'Abdullâh retourna avec ses trois cents hommes.

Le Prophète, avec ses sept cents hommes restants, atteignit la Montagne d'Ohod. Il prit position sur la déclivité de la colline, stratégiquement plaçant les Quraych entre son armée et la ville de Médine. Ainsi, la montagne d'Ohod se dressait majestueusement derrière ses troupes, offrant une protection naturelle.

Pour renforcer sa position, le Prophète posta cinquante archers à l'arrière de son flanc gauche, dans un étroit défilé de la montagne. Il leur donna des instructions claires et formelles : ils devaient garder leur poste coûte que coûte et ne devaient en aucun cas le quitter, sauf sur son ordre explicite. Cette précaution visait à garantir la sécurité de l'armée et à prévenir toute surprise de l'ennemi.

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La Bataille d'Ohod

La Bataille d'Ohod

C'était un samedi matin, le 7 du mois de Chawwâl de l'an 3 de l'Hégire, correspondant à janvier ou février 625 après Jésus-Christ. Le Prophète, accompagné de ses compagnons, se tenait face aux forces mecquoises prêtes à engager la bataille à Ohod. Les Quraych, organisés en une formation en croissant, avancèrent avec détermination. L'aile gauche de leur cavalerie était dirigée par Khâlid Ibn al-Walîd, un guerrier renommé. Abû Amîr, un champion mecquois, s'avança avec cinquante archers, ouvrant les hostilités en décochant les premières flèches vers les Musulmans. Ces derniers ripostèrent avec vigueur, et ainsi, la bataille fut engagée.

Les archers mecquois revinrent à la charge, et leur porte-étendard, Talha Ibn Abî Talha, s'avança pour défier les Musulmans. 'Alî, prompt à réagir, s'élança et lui trancha une jambe, le faisant tomber à terre. Un autre champion prit alors l'étendard, mais Hamza, dans un élan de bravoure, le mit hors de combat. Un troisième combattant quraychite tenta de redresser le drapeau, mais il fut rapidement abattu par 'Alî. Ainsi, neuf ou dix porte-étendard furent successivement tués par 'Ali seul.

Un incident particulier marqua cette bataille : Talha, le premier porte-étendard des Mecquois, gisait à terre, ayant perdu une jambe sous le coup de l'épée de 'Alî. Son sous-vêtement s'étant détaché, il se retrouva nu. 'Alî, au lieu de l'achever, tourna le dos et cessa de le frapper. Le Prophète, témoin de la scène, s'exclama : "Allàh-û-Akbar!" (Dieu est le Plus Grand). Lorsqu'il demanda à 'Alî pourquoi il avait épargné l'homme, celui-ci répondit que Talha l'avait supplié de lui épargner la vie par amour de Dieu, et il avait obéi.

'Alî et Hamza, véritables héros de la bataille de Badr, semaient la mort parmi l'ennemi, causant de lourdes pertes dans leurs rangs. Cependant, Hamza, alors engagé en duel avec Saba Ibn 'Abdul-'Uzza, un redoutable guerrier mecquois, fut perfidement transpercé par une lance. L'auteur de cet acte était Wahchî, un esclave éthiopien embusqué derrière un rocher. Hind, l'épouse d'Abû Sufiyân, lui avait promis la liberté s'il parvenait à venger la mort de son père ou de son frère, tués par 'Alî et Hamza lors de la bataille de Badr.

'Alî, accompagné d'Abû Dajana, Mos'ab Ibn 'Omayr et Sahl Ibn Honayf, tous des héros musulmans, chargea l'ennemi avec une telle force que le centre de l'armée mecquoise vacilla. Ils parvinrent à pénétrer le camp ennemi, qui fut abandonné dans la panique. Les Musulmans s'en emparèrent, mais leur empressement à s'approprier le butin compromit la victoire qui semblait acquise grâce à 'Alî et ses compagnons héroïques.

Les archers musulmans, postés dans le défilé, abandonnèrent leurs positions pour rejoindre les pilleurs, malgré les protestations d'Abdullâh Ibn Jobayr, un officier subalterne, qui resta seul avec une dizaine d'hommes. Khâlid Ibn al-Walîd, commandant de la cavalerie mecquoise, attendait ce moment. Il profita de l'occasion pour frayer un chemin parmi le petit groupe de défenseurs, les fauchant, puis lança une attaque foudroyante contre l'arrière de l'armée musulmane. Mos'ab Ibn 'Omayr, un héros musulman ressemblant beaucoup au Prophète, fut tué. Ibn Soraqa cria alors que Mohammad avait été tué, semant la panique.

Les fuyards mecquois revinrent sur le champ de bataille. Une matrone mecquoise, 'Omrah Bint 'Alqamah, ramassa la bannière tombée au sol et la redressa avec l'aide d'un esclave nommé Sowab, permettant aux Mecquois de se rassembler autour d'elle. La plupart des Musulmans, y compris les principaux compagnons du Prophète tels qu'Abû Bakr, 'Omar, 'Othmân et Abû 'Obayday, prirent la fuite.

Ce renversement soudain de situation mit les Musulmans en échec, entourés par les Mecquois. La confusion était telle qu'il était difficile de distinguer l'ami de l'ennemi, et la discipline ne put être rétablie. Certains se demandaient, même si Mohammad n'avait pas été tué, qu'est-ce qui prouvait qu'il était un vrai prophète. D'autres évoquaient la nécessité de demander pardon à Abû Sufiyân et de chercher refuge auprès de lui.

La sourate Âlé 'Imrân, verset 144, fait allusion à ces doutes : « Mohammad n'est qu'un prophète; des prophètes ont vécu avant lui. Retourneriez-vous sur vos pas s'il mourait, ou s'il était tué? Celui qui retourne sur ses pas ne nuit en rien à Dieu; mais Dieu récompense ceux qui sont reconnaissants ». Le verset 149 de la même sourate s'adresse également à ces personnes : « Ô vous les croyants! Si vous obéissez aux incrédules, ils vous feront revenir sur vos pas; vous reviendrez, alors, ayant tout perdu ».

Cependant, quelques partisans du Prophète décidèrent de ne pas lui survivre et persistèrent à lutter. Anas Ibn Nazâr, l'oncle d'Anas Ibn Mâlik, voyant 'Omar Ibn al-Khattâb et Talhah Ibn 'Obaydullâh assis avec d'autres, leur demanda ce qu'ils faisaient. Ils répondirent qu'ils n'avaient rien à faire puisque Mohammad avait été tué. Anas leur déclara : « Mes amis! Même si Mohammad était tué, le Seigneur de Mohammad vit certainement et IL ne meurt pas. Donc ne vous attachez pas trop à la vie, combattez plutôt pour la cause pour laquelle il a combattu ». Puis, il s'écria : « Ô Dieu, je suis excusé devant Toi et innocent de ce qu'ils disent ». Dégainant son épée, il combattit vaillamment jusqu'à sa mort.

L'Ange Gabriel apparut alors au Prophète pour lui révéler un verset, l'informant qu'il y avait parmi ses adeptes des personnes préoccupées par cette vie, tandis que d'autres songeaient à l'autre vie : «... Certains d'entre vous désirent le monde présent, certains d'entre vous désirent la vie future ... » (Sourate Âle 'Imrân, 3: 152).

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'Alî Loué par les Anges

'Alî Loué par les Anges

Dans le tumulte de la bataille, alors que le chaos régnait et que beaucoup avaient pris la fuite, 'Ali se distinguait par son courage inébranlable. Il courut avec détermination vers le Prophète, qui se trouvait isolé au milieu de ce champ de bataille tumultueux, et prit position à ses côtés. Le Prophète, remarquant la bravoure de 'Ali, l'interrogea sur les raisons qui l'avaient poussé à ne pas fuir comme les autres.

'Ali répondit avec une conviction profonde, affirmant qu'il appartenait au Prophète et qu'il n'avait rien à voir avec ceux qui avaient choisi de s'enfuir. En tant que croyant sincère, il refusait de se transformer en incroyant ou infidèle, préférant rester fidèle à sa foi et à son engagement.

À cet instant, deux groupes de Quraych se préparaient à attaquer le Prophète, l'un après l'autre, avec une détermination redoutable. Le Prophète, conscient du danger imminent, demanda à 'Ali de le défendre. Sans hésitation, le vaillant 'Ali se dressa face aux assaillants, repoussant leurs attaques avec une intrépidité et une force remarquables.

Son héroïsme fut tel que même les anges, témoins de cette scène extraordinaire, le louèrent. On entendit leurs voix résonner, proclamant avec admiration : « Thulfiqâr est la seule véritable épée, et 'Ali est l'unique héros ». Ces paroles célestes résonnèrent comme un hommage à la bravoure et à la loyauté indéfectible de 'Ali, marquant ce moment d'une aura de grandeur et de respect éternel.

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'Alî Aidé par Gabriel

'Alî Aidé par Gabriel

Au cœur de la bataille, 'Alî se distingua par sa bravoure inébranlable, mais cette audace ne fut pas sans conséquences. Il reçut pas moins de seize blessures, dont quatre étaient si graves qu'elles faillirent le précipiter à terre, le faisant presque chuter de son cheval. À chaque instant où il vacillait, prêt à tomber, un jeune homme d'une beauté éclatante apparaissait à ses côtés. Ce mystérieux allié le soutenait avec douceur, le remettait en selle et lui insufflait courage et force par des paroles réconfortantes : « Continue à te battre, ô héros ! Dieu et Son prophète apprécient tes services. »

Ce jeune homme n'était nul autre que l'Ange Gabriel, envoyé céleste, qui veillait sur 'Alî avec une attention bienveillante. Plus tard, Gabriel se présenta devant le Prophète pour louer le courage indomptable de 'Alî et son dévouement sans faille, à un moment critique où tous les autres avaient déserté le champ de bataille. Le Prophète, touché par ce témoignage, répondit à Gabriel : « Rien d'étonnant ! 'Alî vient de moi, et je viens de lui, c'est-à-dire que chacun de nous est une partie d'une seule et même Lumière Céleste. » Gabriel, partageant cette révélation, ajouta qu'il venait lui aussi de tous les deux, soulignant ainsi l'unité sacrée qui les liait dans la lumière divine.

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Le Prophète Blessé

Le Prophète Blessé

Dans le tumulte de la bataille, un valeureux guerrier mecquois du nom d'Obay Ibn Khalaf se précipita avec détermination vers le Prophète, sa lance pointée avec une intention meurtrière. Cependant, le destin prit un tournant inattendu. Le Prophète, dans un geste de bravoure et de rapidité, s'empara de la lance d'Obay et, avec une maîtrise remarquable, la retourna contre son assaillant, lui infligeant un coup mortel. Selon une autre version des faits, c'est par la main du Prophète qu'Obay fut blessé, une blessure qui devait lui être fatale lors de son retour vers la Mecque.

Peu de temps après cet affrontement, le Prophète subit une autre attaque. Une pierre, projetée avec force par une fronde maniée par 'Otbah, le frère de Sa'd Ibn Abî Waqqâç, le frappa à la bouche. L'impact fut tel qu'il lui coupa les lèvres et brisa deux de ses dents de devant. Comme si cela ne suffisait pas, une flèche vint également le blesser au visage. La pointe en fer de cette flèche s'enfonça profondément, si bien que le Prophète ne put l'extraire par lui-même. Il resta ainsi, étendu au sol, saignant abondamment pendant un certain temps.

C'est alors que l'aide providentielle arriva sous la forme de 'Alî. Après avoir repoussé les ennemis, 'Alî revint vers le Prophète. Le trouvant dans un endroit sûr, il put enfin retirer la pointe de la flèche, arrêter l'hémorragie et panser la blessure. Dans cette tâche délicate, il fut assisté par Fâtimah, la fille du Prophète et épouse de 'Alî.

Cet épisode démontra une fois de plus la loyauté indéfectible de 'Alî, qui, en maintes occasions, avait prouvé être le véritable défenseur et le bras droit du Prophète en temps de péril. Cette protection constante était en accord avec le Décret Divin que le Prophète avait perçu inscrit dans les cieux lors de la nuit de son Ascension, le Mi'râj. On se souvient également de la fois où 'Alî, mettant sa vie en jeu, avait pris la place du Prophète dans son lit, se couvrant de son fameux manteau vert. Ce subterfuge avait trompé les Mecquois, les convainquant que le Prophète était toujours chez lui. Ainsi, 'Alî permit au Prophète de gagner de précieuses heures pour se réfugier dans une grotte sur la Montagne de Thawr, échappant à ses poursuivants.

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La Fin de la Bataille

La Fin de la Bataille

Lorsque la nouvelle se répandit que le Prophète n'avait pas été tué mais seulement blessé, les Musulmans, animés d'un nouvel espoir, commencèrent à se rassembler autour de lui. Les Mecquois, quant à eux, dépourvus du courage nécessaire pour achever leur victoire, se contentèrent de priver Mohammad de la victoire finale. Ils quittèrent alors le champ de bataille, laissant derrière eux un spectacle de désolation, ayant mutilé et profané les corps des Musulmans tombés au combat.

Sur le chemin du retour, les Mecquois firent une halte à Rawha, à treize kilomètres d'Ohod. Abû Sufiyân, leur chef, ressentit une profonde insatisfaction face à l'issue infructueuse de cette campagne. Il envisagea alors de lancer un raid sur Médine pour compenser leur échec. De son côté, le Prophète, toujours vigilant, soupçonna une possible trahison derrière ce retrait précipité de l'ennemi. Il décida donc de prendre des mesures immédiates et mit son armée en marche pour les poursuivre jusqu'à Hamra al-Asad. Le lendemain matin, il apprit que les Mecquois, informés de son avancée, avaient déjà repris leur chemin vers la Mecque.

Durant cette bataille, les Mecquois déplorèrent la perte de vingt-huit hommes, dont douze tombèrent sous l'épée redoutable de 'Alî. Les Musulmans, de leur côté, pleurèrent soixante-dix martyrs. Parmi eux se trouvaient des figures héroïques telles que Hamzah Ibn 'Abdul-Muttalib, Moç'ab Ibn 'Omayr, Sa'd al-Rabî', Ammara Ibn Ziyâd, et Handhalah, fils d'Abû Amir. Ce dernier fut le premier à sortir des rangs mecquois pour charger les Musulmans avec cinquante archers.

Parmi les martyrs musulmans, l'oncle du Prophète, Hamzah Ibn 'Abdul-Muttalib, subit une mutilation post-mortem. Hinda, l'épouse d'Abû Sufiyân, animée par une soif de vengeance pour la mort de son père tué par Hamzah lors de la bataille de Badr, alla jusqu'à arracher et sucer son foie.

Le Prophète, avec une grande tristesse, rassembla les corps de tous les martyrs musulmans, les enterra avec respect et offrit des prières pour chacun d'eux. Il affirma que ces martyrs étaient ses compagnons et qu'il témoignerait de la perfection de leur foi le Jour du Jugement. Abû Bakr, touché par ces paroles, demanda au Prophète s'il était également considéré comme son compagnon. Le Prophète lui répondit affirmativement, ajoutant toutefois : « Mais je ne peux pas voir ce que tu innoveras après moi. »

Après avoir accompli ses devoirs à Ohod en cinq ou six jours, le Prophète retourna à Médine. Là, il fut accueilli par les lamentations des femmes des Banî 'Abdul-Achhal pleurant leurs morts. Le Prophète exprima alors son regret que Hamzah n'eût personne pour pleurer sa mort. Sa'd Ibn Mo'az, touché par ce chagrin, alla chercher les femmes de sa famille et les amena à la maison du Prophète pour qu'elles pleurent la mort de Hamzah. Le Prophète les bénit pour leur compassion. Cet exemple fut suivi par toutes les femmes des Ançâr et des Muhâjirin à Médine, témoignant ainsi de l'amour et du respect qu'elles portaient à Hamzah et à tous les martyrs.

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Un Canal sur les Tombes à Ohod

Un Canal sur les Tombes à Ohod

Sous le règne de Mu'âwiyeh, un projet ambitieux fut envisagé : la construction d'un canal traversant le cimetière situé dans la vallée d'Ohod. Ce projet nécessitait de prendre des décisions délicates, car le tracé du canal devait passer par le lieu de repos des martyrs. Le Gouverneur, conscient des implications, écrivit à Mu'âwiyeh pour l'informer que la réalisation de ce canal ne pouvait se faire sans toucher aux tombeaux sacrés des martyrs.

Face à cette situation, une proclamation officielle fut émise. Elle autorisait l'exhumation des corps des valeureux martyrs afin de les déplacer vers un autre lieu, préservant ainsi leur dignité tout en permettant la poursuite du projet. C'est alors qu'un phénomène extraordinaire fut observé : bien que ces corps reposassent là depuis plus de quarante-cinq ans, ils demeuraient intacts, comme figés dans le temps. Les martyrs semblaient plongés dans un profond sommeil, leurs traits inchangés par le passage des années.

Lors de l'exhumation, un incident marqua les esprits. Le corps de Hamzah, l'oncle du Prophète, fut accidentellement blessé au pied par un coup donné durant le creusage. À la stupéfaction générale, ce coup fit saigner le pied de Hamzah, témoignant de l'état miraculeux dans lequel ces corps avaient été préservés. Ce spectacle renforça la vénération envers ces martyrs, dont le sacrifice restait gravé dans la mémoire collective.

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Om Kulthûm

Om Kulthûm

'Othmân Ibn 'Affân, un homme au destin lié à celui du Prophète, traversa une période de deuil profond lorsqu'il perdit sa femme bien-aimée, Ruqayyah. Celle-ci s'éteignit au mois de Ramadhân de l'an 2 de l'Hégire, laissant 'Othmân dans une grande tristesse. Cependant, la vie continue et le Prophète, dans sa sagesse et son affection, décida de lui offrir un nouveau départ. Ainsi, au mois de Rabî' I de l'an 3 de l'Hégire, 'Othmân épousa Om Kulthûm, une autre fille du Prophète.

Om Kulthûm et 'Othmân partagèrent six années de vie conjugale. Durant cette période, ils vécurent ensemble, partageant les joies et les épreuves de la vie. Malheureusement, leur union ne fut pas bénie par la naissance d'un enfant, et Om Kulthûm quitta ce monde sans descendance.

Il est à noter que les deux épouses de 'Othmân, Ruqayyah et Om Kulthûm, étaient les filles du Prophète. Toutefois, par une délicatesse et une bienveillance qui lui étaient propres, le Prophète les appelait tendrement ses filles, renforçant ainsi les liens familiaux et l'affection qui les unissait.

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Hafçah

Hafçah

Au mois de Cha'bân, une période marquée par des événements significatifs dans l'histoire islamique, le Prophète Muhammad scella son union avec Hafçah, la veuve de Jaych Ibn Hothayfah al-Sahmî. Ce dernier avait trouvé la mort à Médine peu de temps après la célèbre bataille de Badr, un affrontement crucial pour la jeune communauté musulmane. Hafçah n'était pas une femme ordinaire, elle était la fille de 'Omar Ibn al-Khattâb, un des compagnons les plus proches et influents du Prophète.

Avant que le Prophète ne prenne la décision de l'épouser, 'Omar avait tenté de trouver un époux pour sa fille parmi les compagnons de Muhammad. Il avait d'abord proposé sa main à Abû Bakr, puis à 'Othmân, mais tous deux, pour des raisons qui leur étaient propres, avaient décliné cette offre. Déçu et quelque peu déconcerté par ces refus successifs, 'Omar se tourna vers le Prophète pour lui faire part de sa situation. En réponse à cette plainte et pour honorer son fidèle compagnon, le Prophète accepta d'épouser Hafçah.

Cependant, la vie conjugale n'était pas sans ses défis. Le caractère de Hafçah, apparemment difficile, conduisit à une période de tension qui poussa le Prophète à envisager la séparation. Malgré cette décision initiale de répudiation, le Prophète, sensible aux supplications sincères de 'Omar, décida de la garder parmi son harem, témoignant ainsi de sa clémence et de son respect pour son compagnon.

Hafçah vécut encore de nombreuses années après ces événements. Elle s'éteignit au mois de Cha'bân de l'an 45 de l'hégire, ayant atteint l'âge vénérable de soixante ans. Sa vie, marquée par des moments de joie et de difficulté, s'inscrit dans l'histoire comme un témoignage de la complexité des relations humaines et de la profondeur des liens familiaux et spirituels.

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La Naissance d'al-Hassan, Fils de 'Alî

La Naissance d'al-Hassan, Fils de 'Alî

En cette mi-Ramadhân de la troisième année de l'hégire, un événement d'une grande importance se produisit dans la maison de 'Alî. Sa femme, Fâtimah, qui n'était autre que la fille bien-aimée du Prophète de l'Islam, donna naissance à un fils. Ce nouveau-né fut accueilli avec joie et reçut le nom d'Al-Hassan.

L'année suivante, la famille fut de nouveau bénie par la naissance d'un second fils. Ce dernier fut nommé Al-Hussayn. Ces deux noms, Al-Hassan et Al-Hussayn, furent choisis avec soin et révérence, selon la Volonté Divine. Ils étaient uniques, car jamais auparavant ces noms n'avaient été attribués à quiconque. Ainsi, les deux enfants portaient des noms qui marquaient leur singularité et leur importance dans l'histoire de l'Islam.

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LA BATAILLE DU FOSSE ET

LA BATAILLE DU FOSSE ET

LE RÔLE DES JUIFS

Comme nous l'avons déjà noté, les Juifs voyaient avec une jalousie croissante l'ascension continue de la force et du pouvoir du Prophète. Parmi eux, la tribu juive la plus éminente et la plus prospère était celle des Banî Nadhîr. Installée à Médine, cette tribu défiait l'autorité du Prophète et s'efforçait, par tous les moyens possibles, qu'ils soient honnêtes ou perfides, de provoquer sa chute. À la tête des Banî Nadhîr se trouvait Ka'b Ibn Achraf, un homme dont les complots avec les Mecquois sont bien connus.

Ces intrigues avaient précédé l'attaque mecquoise d'Ohod, survenue peu après l'assassinat de Ka'b Ibn Achraf. Cet événement explique pourquoi les Banî Nadhîr ne prirent pas part ouvertement à cette bataille. Si Ka'b avait été encore en vie, il est fort probable qu'ils se seraient engagés dans cette expédition. Bien que la campagne d'Ohod ait été perçue, dans une certaine mesure, comme un succès pour les Mecquois, elle n'eut finalement aucun impact sur l'autorité du Prophète. Son pouvoir demeura intact, inébranlable face aux manœuvres de ses adversaires.

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L'Expulsion des Banî Nadhîr

L'Expulsion des Banî Nadhîr

Les Juifs Nadhîrites, installés à environ cinq kilomètres de Médine, nourrissaient des intentions malveillantes à l'égard du Prophète. Ils avaient élaboré un plan perfide pour l'assassiner, dissimulant leur trahison sous le couvert d'une invitation amicale. Ainsi, ils convièrent le Prophète à un dîner, préparant soigneusement son siège dans la cour, juste sous un toit incliné. Ce dispositif ingénieux devait permettre de faire tomber une meule sur lui, dans l'espoir de le tuer.

Le Prophète, accompagné de quelques-uns de ses compagnons, prit place à l'endroit qui lui avait été assigné. Cependant, grâce à son intuition et à sa perspicacité, il perçut rapidement le piège qui lui était tendu. Comprenant que le danger ne visait que lui et non ses compagnons, il se leva discrètement et quitta les lieux sans attendre, retournant seul et en toute discrétion à sa demeure. Ses compagnons, intrigués par sa disparition soudaine, finirent par comprendre la raison de son départ précipité et décidèrent de le suivre.

Face à cette tentative de meurtre, le Prophète prit la décision ferme de chasser les Banî Nadhîr de Médine. Il leur ordonna de quitter la ville dans un délai de dix jours, sous peine de mort. Les Nadhîrites, cependant, refusèrent de se soumettre à cet ordre et choisirent de résister. Un siège s'ensuivit alors, les confinant à l'intérieur de leurs fortifications. Après quinze jours de siège, ils furent contraints de se rendre.

L'expulsion des Banî Nadhîr eut lieu durant l'été de l'an 4 de l'hégire (625 après J.-C.), comme le mentionne la Sourate al-Hachr. Bien qu'ils aient été expulsés, on leur permit d'emporter leurs biens mobiliers, à l'exception de leurs armes. La majorité d'entre eux se dirigea vers Khaybar, où ils s'établirent, tandis que d'autres prirent la route de la Syrie.

Les propriétés immobilières laissées par les Banî Nadhîr furent confisquées. Les bâtiments furent ensuite redistribués aux Muhâjirin, ces émigrés qui n'avaient pas encore trouvé de foyer depuis leur arrivée à Médine. De plus, certains Ançâr, qui ne possédaient rien en propre, bénéficièrent également de logements dans ces propriétés nouvellement acquises.

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La Mort de la Mère de 'Alî

La Mort de la Mère de 'Alî

La disparition de Fâtimah Bint-Asad, la mère de 'Alî, marqua profondément le Prophète Mohammad. Cette noble femme, qui avait pris soin de lui avec une tendresse maternelle après le décès de son grand-père 'Abdul-Muttalib, s'éteignit en l'an 4 de l'Emigration. En signe de respect et d'affection, le Prophète choisit de l'envelopper de sa propre chemise, un geste empreint de grande déférence, après le rituel de purification précédant son inhumation.

Le Prophète ne se contenta pas de cet hommage symbolique. Il participa activement au creusement de la tombe, un acte qui témoignait de l'amour et de la gratitude qu'il lui portait. Une fois la tombe prête, il descendit lui-même dans le caveau, prenant un moment pour prier ardemment pour elle. Ce geste, empreint de solennité et de recueillement, montrait combien elle lui était chère.

Intrigués par cette attention particulière et ces marques d'honneur inhabituelles, certains se permirent de questionner le Prophète sur les raisons de tant de faveurs accordées à la défunte. Sa réponse fut simple mais poignante : elle avait été pour lui une véritable mère. Ces mots, pleins de reconnaissance et d'émotion, révélaient l'importance de Fâtimah Bint-Asad dans la vie du Prophète, une figure maternelle qui avait su combler un vide affectif avec amour et dévouement.

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La Naissance d'al-Hussayn, Fils de 'Alî

La Naissance d'al-Hussayn, Fils de 'Alî

En ce 3 Cha'bân de l'an 4 de l'Hégire, un événement d'une grande importance se produisit au sein de la famille du Prophète. Un second fils naquit à 'Alî et Fâtimah, la fille bien-aimée du Prophète. Ce nouveau-né fut nommé Hussayn. Sa venue au monde fut marquée par une particularité rare et singulière : une grossesse de seulement six mois. Selon les récits, seuls deux enfants dans l'histoire, le Prophète Yahyâ Ibn Zakariyyâ et al-Hussayn Ibn 'Alî, ont survécu après une si courte période de gestation.

Alors que le Prophète, dans un geste de tendresse infinie, embrassait son petit-fils sur la gorge, l'Ange Gabriel fit son apparition. Avec des mots empreints de chaleur, il félicita le Prophète pour la naissance de cet enfant précieux. Cependant, malgré l'occasion joyeuse, l'Ange ne put contenir ses larmes. Intrigué par cette tristesse inattendue, le Prophète interrogea Gabriel sur la cause de ses pleurs. C'est alors que l'Ange révéla une prophétie sombre et douloureuse : l'assassinat futur d'al-Hussayn, qui surviendrait après la disparition du Prophète.

Pour renforcer la gravité de cette prédiction, Gabriel tendit au Prophète une poignée de terre, prélevée du sol où le tragique événement aurait lieu. Cette révélation plongea le Prophète dans une profonde tristesse. Il pleura amèrement et, dans un élan de douleur, maudit les Banî Omayyah, responsables de ce futur drame.

La terre, symbole de ce martyre annoncé, fut confiée à Om Salmâ, l'épouse du Prophète. Celui-ci lui demanda de la conserver précieusement, tant qu'elle garderait sa teinte rouge, couleur du sang et du sacrifice d'al-Hussayn. Cette terre devint ainsi un rappel tangible de la destinée tragique qui attendait le petit-fils du Prophète.

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L'Invasion des Mecquois

L'Invasion des Mecquois

Comme nous l'avons déjà mentionné, les Juifs, après avoir été expulsés, ne restèrent pas inactifs. Bien au contraire, ils se lancèrent dans une entreprise résolue pour former une coalition avec d'autres tribus qui avaient également été bannies à divers moments. Leur objectif était clair : unir leurs forces pour anéantir leur ennemi commun, le Prophète de l'Islam. Dans cette optique, ils incitèrent les Juifs de Khaybar à se joindre à eux dans cette lutte acharnée contre cet adversaire redouté.

Pour renforcer leur coalition, ils envoyèrent des délégations auprès des tribus bédouines ainsi qu'aux Quraychites de La Mecque. Grâce à leurs efforts diplomatiques, ils parvinrent à conclure un traité avec les Mecquois, engageant ces derniers à s'opposer conjointement à Mohammad jusqu'à la fin. Leur stratégie ne s'arrêta pas là, car ils réussirent également à forger des alliances avec les grandes tribus bédouines de Ghataffan, Solayman, Banî Qays, et Banî Asad. Leur but ultime était de supprimer l'Islam en frappant à sa source même.

Leur plan audacieux consistait en une attaque massive contre Médine, visant à détruire le Prophète et sa religion dans son berceau. Les Mecquois, forts d'une armée de quatre mille combattants, étaient équipés de trois cents chevaux et de quinze cents chameaux. À ces forces s'ajoutèrent six mille alliés envoyés par les tribus juives et bédouines. Ainsi, une force considérable, composée de trois armées totalisant dix mille hommes, se mit en marche. Cette imposante coalition était placée sous le commandement d'Abû Sufiyân et se dirigea vers Médine au mois de Chawwâl de l'an 5 de l'hégire, correspondant à février 627 après J.-C.

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La Tranchée Défensive

La Tranchée Défensive

Le Prophète, prévoyant et attentif aux moindres mouvements de ses ennemis, reçut un renseignement crucial : une invasion se préparait. Cependant, le temps lui manquait pour organiser une défense en dehors de Médine. Face à cette urgence, il prit la décision stratégique de concentrer ses efforts pour défendre la ville même. Ainsi, il se prépara à soutenir un siège imminent.

Pour renforcer la défense, des maisons de pierre furent construites et rattachées les unes aux autres, formant ainsi un mur imposant qui entourait la ville. Seule la partie nord-ouest restait ouverte, permettant d'affronter l'ennemi avec plus de facilité. C'est à cet endroit précis que, sur les conseils avisés de Salmân al-Farecî, un homme bien informé des stratégies de défense employées dans d'autres contrées, une tranchée fut creusée. Cette tranchée, large de quinze pieds et profonde d'autant, constituait une barrière redoutable.

Le travail colossal de creusement fut réparti équitablement entre les musulmans, chacun contribuant à l'effort collectif. Le Prophète lui-même, exemplaire, participa activement en transportant la terre excavée. En l'espace de six jours, la tranchée fut pratiquement achevée, s'étendant tout au long de la ligne défensive.

Les maisons situées en dehors de la ville furent évacuées par mesure de précaution. Les femmes et les enfants trouvèrent refuge dans la partie supérieure des maisons à double étage, à l'intérieur du retranchement, garantissant ainsi leur sécurité. À peine ces préparatifs achevés, l'arrivée de l'ennemi fut retardée, donnant un répit précieux aux défenseurs.

L'armée musulmane, disciplinée et résolue, se mit en rangs derrière le fossé protecteur. Le Prophète, quant à lui, établit son campement au centre du retranchement, sous une tente de peau rouge, placée dans un endroit en forme de croissant. Derrière lui s'élevait le terrain de Sila', tandis que devant lui s'étendait la tranchée.

Lorsque l'ennemi arriva enfin et découvrit la tranchée, il fut frappé de stupeur. Ce mode de défense, inconnu chez les Arabes, constituait une difficulté imprévue. Déconcertés, les assiégeants se résignèrent à encercler la ville, incapables de franchir cette barrière. Pendant un certain temps, ils se contentèrent de lancer sans relâche leurs flèches sur les quartiers fermés.

Dans le même temps, Abû Sufiyân, cherchant à affaiblir la position du Prophète, tenta de convaincre la tribu juive de Quraydhah de rompre son allégeance à Mohammad, espérant ainsi créer une brèche dans la défense unie des musulmans.

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Les Juifs de Quraydhah Rompent leur Pacte de Neutralité

Les Juifs de Quraydhah Rompent leur Pacte de Neutralité

Dans les méandres des alliances et des trahisons qui marquaient cette époque tumultueuse, Hoyay Ibn Akhtab, un Nadhîrite connu pour son opposition farouche à Mohammad, joua un rôle crucial. Animé par une détermination sans faille, il fut envoyé pour négocier avec Ka'b Ibn Asad, le prince des Juifs Quraydhites. Grâce à son éloquence et à sa persévérance, Hoyay parvint à convaincre Ka'b de se rallier à Abû Sufiyân, chef des Quraych, et ainsi de rompre le pacte de neutralité précédemment conclu avec le Prophète.

Il fut décidé que les Quraydhah apporteraient leur soutien aux Quraych après une période de préparation de dix jours. Leur plan consistait à attaquer l'arrière de l'armée musulmane en passant par le quartier nord-ouest de la ville. Cette zone, s'étendant sur le côté sud-est de leur forteresse, leur était facilement accessible, facilitant ainsi leur trahison. Cependant, les rumeurs de cette alliance secrète ne tardèrent pas à parvenir aux oreilles du Prophète. Conscient de l'importance de vérifier ces informations, il envoya deux chefs d'Aws, accompagnés de Sa'd Ibn 'Abâdah, pour enquêter auprès des Juifs et découvrir la vérité.

Après une enquête minutieuse, ces émissaires revinrent auprès du Prophète avec des nouvelles alarmantes : la disposition des Juifs à son égard était bien pire que ce qu'on avait craint. Cette révélation plongea le Prophète dans l'inquiétude, car les craintes d'une trahison étaient désormais confirmées. Il devenait impératif de se prémunir contre toute surprise et toute attaque subite.

Le quartier nord-est de la ville, situé à proximité de la forteresse juive, était particulièrement vulnérable. Pour protéger les familles de ses partisans disséminées à travers la ville, le Prophète se trouva dans l'obligation de détacher un grand nombre de combattants de son armée, forte de trois mille hommes, une force déjà à peine suffisante pour défendre la longue ligne de retranchement. Ainsi, il organisa la défense intérieure de la ville en constituant deux forces distinctes. La première, composée de trois cents hommes, fut placée sous le commandement de Zayd Ibn Hârithah, un ancien esclave affranchi. La seconde, forte de deux cents hommes, fut confiée à un chef médinois. Ces deux unités avaient pour mission de patrouiller sans relâche dans les rues et les chemins de la ville, de jour comme de nuit, afin d'assurer la sécurité et de prévenir toute attaque surprise.

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Les Difficultés du Siège

Les Difficultés du Siège

Ainsi, la situation était des plus critiques pour la force chargée de défendre la ville. Réduite à seulement deux mille cinq cents hommes, cette petite armée devait faire face à une redoutable armée ennemie comptant pas moins de dix mille soldats. La prolongation du siège ne fit qu'aggraver les difficultés rencontrées par les Musulmans. Déjà en nombre insuffisant pour garder efficacement les postes extérieurs de la ligne de retranchement, ils ne pouvaient se permettre d'effectuer des relèves. Pourtant, il leur fallait déployer des efforts considérables pour maintenir une surveillance constante, jour et nuit, afin de parer à toute attaque surprise.

En plus de ces défis militaires, les Musulmans durent affronter la famine provoquée par le manque cruel de provisions. La situation était d'autant plus éprouvante qu'ils devaient supporter les rigueurs du climat : la chaleur accablante des journées ensoleillées et le froid mordant des nuits glaciales, tout cela en plein air, sans le moindre répit. Ces conditions extrêmes rendaient leur tâche encore plus ardue, mais ils persévéraient malgré tout, animés par leur détermination et leur foi.

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L'Ennemi Franchit le Fossé

L'Ennemi Franchit le Fossé

Le siège s'éternisait, et plus d'une quinzaine de jours s'écoulèrent dans une tension palpable. Les assiégeants, déterminés à trouver une faille dans la défense musulmane, finirent par découvrir une section de la tranchée qui était à la fois la plus étroite et la moins bien gardée. C'est là que l'élite des cavaliers ennemis, menée par des figures redoutables telles que 'Amr Ibn 'Abd Wed, Nawfal Ibn 'Abdullâh et Dharar Ibn al-Khattâb, sous la conduite de 'Ikrimah Ibn Abî Jahl, prit une décision audacieuse.

D'un coup d'éperon, ils lancèrent leurs montures avec une détermination farouche, réussissant à franchir le fossé qui les séparait de leurs adversaires. Galopant avec une arrogance affichée, ils se pavanaient devant l'armée musulmane, cherchant à la provoquer.

Parmi eux, 'Amr, empli de fierté et de défi, avança son cheval avec assurance vers les rangs musulmans. Il les interpella, les provoquant à un combat singulier, un duel qui déciderait de l'honneur et du courage de chacun. De l'autre côté de la tranchée, Abû Sufiyân et Khâlid Ibn al-Walîd observaient attentivement, attendant avec impatience l'issue de ce défi audacieux.

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'Alî Remporte la Victoire

'Alî Remporte la Victoire

Lorsque 'Amr fit son apparition, une vague de terreur s'empara des Musulmans. Ils restèrent figés, incapables de réagir face à cet homme dont la renommée pour sa force et sa bravoure n'était plus à faire. 'Amr était considéré parmi les Arabes comme un combattant équivalent à mille adversaires. Le Prophète, voyant l'hésitation de ses compagnons, les incita à avancer pour relever le défi. Cependant, aucun d'entre eux n'osa se lever, à l'exception de 'Alî. Mais le Prophète lui demanda de patienter.

Une fois de plus, 'Amr lança son défi, et une fois de plus, 'Alî se prépara à s'avancer, mais fut retenu par le Prophète. À la troisième provocation, où 'Amr, sur un ton sarcastique, interrogea les Musulmans pour savoir si aucun d'entre eux ne souhaitait gagner le Paradis en devenant martyr, seul 'Alî répondit à l'appel avec impatience. Cette fois-ci, le Prophète ne l'arrêta pas. Il plaça son propre turban sur la tête de 'Alî, lui revêtit sa cotte de mailles, et lui donna son épée personnelle, Thulfiqâr, pour qu'il affronte l'adversaire.

Le Prophète, en voyant 'Alî s'avancer, s'exclama : « C'est un combat entre la Foi et l'infidélité, l'incarnation du désir de la première d'écraser complètement la seconde ». Il leva alors les mains vers le ciel et pria : « Ô Dieu ! 'Obaydah, mon cousin, m'a été enlevé lors de la bataille de Badr, et Hamzah, mon oncle, lors de celle d'Ohod. Par Ta Miséricorde ! Ne me laisse pas seul et sans défense. Épargne 'Alî pour qu'il me défende. Tu es le Meilleur des défenseurs ».

Lorsque 'Amr et 'Alî se retrouvèrent face à face, 'Amr s'adressa à 'Alî en disant : « Neveu ! (car il était un ami d'Abû Tâlib, le père de 'Alî) Par Dieu, je ne voudrais pas te mettre à mort ». À cela, 'Alî répliqua avec détermination : « Mais par Allâh, je suis là pour te tuer ». Enragé par cette réponse, 'Amr descendit immédiatement de son cheval, lui coupa les jarrets, déterminé à vaincre ou à mourir, et s'avança vers 'Alî.

Le duel s'engagea aussitôt, et les deux combattants tournèrent autour l'un de l'autre, cherchant à prendre l'avantage. Une tempête de poussière s'éleva, rendant difficile de les distinguer. Seul le bruit de leurs épées s'entrechoquant résonnait. Finalement, le cri de victoire de 'Alî, "Allàh-u-Akbar" (Allâh est le plus grand), retentit. Lorsque le sable se dissipa, on vit 'Alî, genou posé sur la poitrine de son adversaire, trancher la tête de 'Amr. Ainsi, le Décret Divin que le Prophète avait vu écrit en lettres de Lumière Céleste lors de la nuit du Mi'râj se réalisa une fois de plus, comme cela s'était produit en de nombreuses occasions similaires.

Devant le sort tragique de leur héros, les compagnons de 'Amr, pris de panique, éperonnèrent leurs chevaux pour fuir. Ils traversèrent tous la tranchée, sauf Nawfal, dont le cheval échoua à franchir le fossé et tomba. Submergé par une pluie de pierres lancées par les Musulmans, il cria : « Plutôt mourir par l'épée que de la sorte ». En entendant ce cri, 'Alî sauta dans le fossé pour achever Nawfal.

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La Sur de 'Amr Ibn 'Abd Wed

La Sur de 'Amr Ibn 'Abd Wed

Dans le tumulte des batailles, il est rare que l'on rencontre des gestes de noblesse qui transcendent la simple victoire. Pourtant, c'est précisément ce qui se produisit lors de la confrontation entre 'Alî et 'Amr Ibn 'Abd Wed. Contre toute attente et en dépit des pratiques habituelles sur le champ de bataille, 'Alî choisit de ne pas dépouiller 'Amr de son armure ni de ses vêtements après l'avoir vaincu. Ce geste, empreint de respect et d'honneur, ne passa pas inaperçu.

Lorsque la sœur de 'Amr se rendit sur le lieu où gisait le corps de son frère, elle fut profondément touchée par la grandeur d'âme de celui qui l'avait affronté. En apprenant l'identité de cet adversaire, elle ne put s'empêcher de ressentir une fierté mêlée d'admiration. 'Alî, connu de tous comme l'Unique Héros, était réputé pour son caractère irréprochable et sa bravoure sans égale. Cette révélation transforma sa douleur en une fierté silencieuse.

Elle exprima alors ses sentiments avec des mots empreints de dignité et de respect : « Si son vainqueur avait été une autre personne que celui qui l'a effectivement tué, je pleurerais la mort de 'Amr toute ma vie. Mais je suis fière de savoir que son adversaire était l'unique héros irréprochable. » Ces paroles témoignaient de l'estime qu'elle portait à 'Alî et de la consolation qu'elle trouvait à savoir que son frère avait été vaincu par un homme d'une telle envergure.

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La Vaillance de 'Alî Exaltée par le Prophète

La Vaillance de 'Alî Exaltée par le Prophète

La bravoure légendaire de 'Alî, surnommé le "Lion d'Allâh", fut une fois de plus mise en lumière lors des événements marquants de l'histoire islamique. Connu pour son courage indomptable, 'Alî s'était déjà illustré lors des batailles mémorables de Badr et d'Ohod. Sa réputation de guerrier intrépide ne cessa de croître, et son nom résonnait avec respect et admiration parmi les croyants.

Lors du "Jour du Fossé", une journée gravée dans les mémoires pour son intensité et sa signification, 'Alî fit preuve d'un courage exceptionnel. Sa vaillance ne passa pas inaperçue aux yeux du Prophète Muhammad, qui, conscient de la valeur inestimable des actes de bravoure de 'Alî, déclara que ceux-ci surpassaient en mérite tous les actes de piété que ses fidèles pourraient accomplir jusqu'à la fin des temps. Cette proclamation du Prophète soulignait non seulement l'importance des actions de 'Alî, mais aussi leur impact durable sur la communauté musulmane, renforçant ainsi le statut de 'Alî en tant que modèle de courage et de dévotion.

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La Dernière Tentative de l'Ennemi

La Dernière Tentative de l'Ennemi

Ce jour-là, l'ennemi, épuisé par ses efforts infructueux, ne tenta plus rien de significatif. Cependant, il ne renonça pas complètement et se livra à de grands préparatifs durant la nuit, espérant encore trouver une faille. Khâlid, l'un de leurs chefs les plus audacieux, essaya en vain, accompagné d'un groupe de cavaliers déterminés, de franchir la tranchée qui les séparait des Musulmans.

Au lever du jour, les Musulmans, toujours vigilants, découvrirent la force entière de l'ennemi déployée le long du retranchement. Les combattants adverses, animés par une volonté farouche, tentèrent par tous les moyens possibles de gagner le côté musulman de la tranchée. Cependant, malgré leur détermination, ils échouèrent sur toute la ligne. La tranchée, véritable rempart de protection, remplit parfaitement sa mission défensive; elle demeura infranchissable.

Durant toutes ces opérations, seules cinq vies musulmanes furent sacrifiées. L'ennemi, bien que supérieur en nombre, se trouva paralysé par la vigilance inébranlable des postes avancés des Musulmans. Frustré par cet échec, il prétendit que la tranchée n'était qu'un subterfuge sans mérite, un artifice étranger aux traditions de combat des Arabes, et auquel aucun d'entre eux n'était familier.

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L'Infidélité des Juifs de Quraydhah

L'Infidélité des Juifs de Quraydhah

Dans le contexte tumultueux de cette époque, Abû Sufiyân, figure centrale parmi les Quraychites, s'adressa aux Juifs de Quraydhah. Il leur rappela l'engagement qu'ils avaient pris de participer à l'assaut général prévu pour le lendemain. Cependant, les Juifs, animés par une méfiance croissante à l'égard des Quraych et de leurs alliés, commencèrent à douter. Ils craignaient que si, par un funeste hasard, la bataille ne se déroulait pas comme prévu, les assiégeants pourraient se retirer sans encombre, les laissant face à leur destin incertain.

Pour se prémunir contre une telle éventualité, les Juifs de Quraydhah exigèrent que les Quraych leur laissent quelques otages en guise de garantie. Ils avancèrent également l'argument de leur Sabbat, une raison religieuse, pour justifier leur refus de combattre le jour suivant. Cette requête ne fit qu'accroître la suspicion des Quraych. Ils commencèrent à soupçonner que les Juifs avaient l'intention de livrer ces otages à Mohammad, espérant ainsi obtenir sa clémence et garantir leur sécurité.

Face à cette situation, Abû Sufiyân et les leaders des confédérés se sentirent profondément découragés. Leur espoir, longtemps placé dans les Juifs de Quraydhah pour qu'ils attaquent l'arrière de l'armée du Prophète depuis l'intérieur de la ville, se transforma en une crainte palpable. Ils redoutaient désormais l'attitude hostile et potentiellement traîtresse de ces mêmes alliés supposés.

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Troubles dans le Camp de l'Ennemi

Troubles dans le Camp de l'Ennemi

Dans le camp des Quraych et de leurs alliés, l'atmosphère était lourde de désespoir et de confusion. La perte de leur commandant le plus vaillant, 'Amr Ibn 'Abd Wud, avait laissé une empreinte indélébile sur le moral des troupes. Après deux tentatives vigoureuses mais infructueuses, l'idée même d'une nouvelle attaque générale semblait désormais hors de portée. La discorde s'insinuait insidieusement parmi eux, exacerbant les tensions déjà palpables.

Les bédouins, qui constituaient une partie essentielle de leurs forces, se trouvaient dans une situation critique. Le fourrage pour leurs chevaux et chameaux se faisait rare, et chaque jour voyait le nombre de ces bêtes diminuer de manière alarmante. Les provisions, quant à elles, s'amenuisaient dangereusement, ajoutant à la détresse générale. Mais c'était surtout le mauvais temps qui les accablait de manière insupportable.

Chaque nuit apportait son lot de froid glacial et de tempêtes dévastatrices. Un orage de vent et de pluie soulevait le sable, qui venait frapper leurs visages avec violence. Les tentes étaient renversées, les feux éteints, et les ustensiles projetés dans tous les sens. Les chevaux, effrayés, prenaient la fuite. Dans leur désarroi, ils en vinrent à attribuer ces événements à la magie noire et à la sorcellerie de Mohammad, persuadés qu'il s'apprêtait à fondre sur eux avec toute sa puissance. La terreur s'empara d'eux, les rendant encore plus vulnérables.

Pendant ce temps, le Prophète, dans un acte de foi inébranlable, se consacrait à des prières ferventes durant les trois derniers jours. Il implorait l'aide du Tout-Puissant Allâh avec des mots empreints de dévotion : «Ô Seigneur! Révélateur du Livre Sacré, Toi Qui es prompt dans Tes comptes: Déroute l'armée des confédérés! Mets-les en déroute, et fais-les trembler, Ô Seigneur!».

La quatrième nuit, après avoir achevé ses prières, le Prophète se tourna vers Abû Bakr et lui demanda s'il accepterait de se rendre dans le camp ennemi pour observer leurs mouvements. Abû Bakr, dans un élan de modestie, répondit : «Je demande pardon à Allâh et à Son Prophète». Le Prophète, déterminé à trouver un volontaire, promit alors le Paradis à celui qui oserait prendre ce risque. Il se tourna ensuite vers 'Omar, qui s'excusa de la même manière.

Enfin, le Prophète s'adressa à Huthayfah, qui accepta immédiatement. Profitant de l'obscurité de la nuit, Huthayfah se glissa dans le camp ennemi. Il fut témoin des ravages causés par la tempête et observa Abû Sufiyân, plongé dans une humeur des plus sombres. De retour à son camp, Huthayfah rapporta en détail au Prophète tout ce qu'il avait vu et entendu chez l'ennemi.

Le Prophète, soulagé et reconnaissant, sentit que son appel à Allâh avait trouvé une réponse. « Ô vous qui croyez! Souvenez-vous des bienfaits d'Allâh envers vous: lorsque les armées marchèrent contre vous, Nous avons envoyé contre elles un ouragan et des armées invisibles. Allâh voit parfaitement ce que vous faites ». (Sourate al-Ahzâb, 33:9).

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L'Ennemi Lève le Siège

L'Ennemi Lève le Siège

Abû Sufiyân, accablé par la rigueur implacable du climat et saisi par la peur face à ce qu'il percevait comme une manifestation de la Colère divine, prit la décision soudaine et irrévocable de lever le siège. Il résolut de retourner définitivement à ses bases de départ. Rassemblant les chefs des alliés, il leur annonça sa décision sans détour. Il ordonna alors de lever le siège imposé au camp, et sans perdre un instant, monta sur son chameau pour prendre le chemin de la Mecque, suivi de ses troupes.

Khâlid, quant à lui, reçut la mission de veiller à la sécurité de la retraite. Avec deux cents chevaliers sous son commandement, il fut chargé de protéger l'arrière-garde des armées contre toute éventuelle poursuite. Les Ghatafân et les alliés bédouins, quant à eux, se replièrent vers les vastes étendues désertiques.

Lorsque le matin se leva, le camp ennemi était déserté. Cette découverte provoqua une immense joie parmi les Musulmans. Ils furent soulagés de constater la disparition soudaine de l'ennemi et le dégagement inattendu de leur camp. Ce camp, où ils avaient enduré tant de souffrances pendant les vingt-quatre jours éprouvants des mois de Chawwâl et Thilqa'dah, de l'an 5 de l'hégire (correspondant à février-mars 627 après Jésus-Christ), était enfin libre.

Dès que le Prophète leur donna la permission de quitter le terrain mitoyen de la colline de Sila, les Musulmans ne perdirent pas de temps. Ils se dispersèrent rapidement, impatients de regagner leurs domiciles et de retrouver la quiétude après ces jours de siège difficiles.

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Les Banû Quraydhah

Les Banû Quraydhah

À peine le Prophète était-il rentré du retranchement, qu'il se trouvait chez sa fille bien-aimée, Fâtimah. Là, il se lavait les mains et le visage, ayant retiré son armure après les épreuves de la bataille. C'était une habitude pour lui de se rendre chez elle avant de rejoindre sa propre demeure après chaque expédition ou voyage. C'est alors que l'Ange Gabriel apparut, portant un ordre divin : il devait se diriger sans délai vers les Juifs de Quraydhah.

Sans perdre un instant, le Prophète envoya 'Ali en éclaireur avec son Étendard, et le suivit de près avec son armée pour assiéger la forteresse des Quraydhah. Ces derniers, pris au dépourvu par cette attaque soudaine, commencèrent rapidement à souffrir du siège. Bien qu'ils envisagèrent de capituler, leur trahison récente restait gravée dans les mémoires. Cette trahison avait plongé les Musulmans dans une grande anxiété jusqu'à la veille, car si les Quraydhah avaient attaqué l'arrière des lignes musulmanes, comme ils l'avaient promis aux Quraych, cela aurait pu entraîner la défaite totale des Musulmans.

Comme cela a déjà été mentionné, quiconque se serait trouvé à la place du Prophète durant les jours du retranchement n'aurait pu oublier une telle trahison. Il était donc temps pour les Quraydhah de subir les conséquences de leur comportement déloyal. Le Prophète, méfiant, refusa de leur accorder sa confiance. Cependant, à leur demande, il accepta de laisser Abû Lobâbah, un membre de la tribu d'Aws, leur rendre visite. Ils espéraient que l'ancienne amitié entre Abû Lobâbah et eux pourrait jouer en leur faveur.

Abû Lobâbah se rendit chez eux et, sans prononcer un mot, utilisa ses mains pour faire un geste symbolique sur sa gorge, leur indiquant ainsi qu'ils étaient condamnés et qu'ils devaient agir désespérément. Pourtant, leur conscience coupable les empêcha de prendre des décisions lucides. Finalement, après vingt-cinq jours de siège, les Quraydhah proposèrent de se rendre, mais à la condition que Sa'd Ibn Mo'âth, le chef de leurs alliés, les Banî Aws, soit désigné pour décider de leur sort.

Le Prophète accepta cette reddition. Les Quraydhah sortirent donc comme prisonniers, et Sa'd fut convoqué pour prononcer son jugement. Sa'd, qui avait été grièvement blessé lors de la bataille du Fossé, était en convalescence. Malgré son état affaibli, il arriva à dos de mulet, soutenu par ses amis, mais toujours empreint de majesté et de dignité. Sa tribu l'entoura, le pressant de faire preuve d'indulgence envers les prisonniers, rappelant les services rendus par les Quraydhah lors de batailles passées, comme celle de Bo'ath.

Lorsque Sa'd s'approcha, le Prophète lui demanda de prononcer son jugement sur les Banî Quraydhah. Sa'd se tourna vers les siens, qui continuaient à l'inciter à la clémence, et leur demanda s'ils accepteraient solennellement sa décision. Après avoir entendu leur consentement général, Sa'd décréta que les hommes captifs devaient être exécutés, que leurs femmes et enfants seraient vendus comme esclaves, et que leurs biens seraient confisqués et répartis entre les assiégeants. Cette sentence fut mise à exécution.

Parmi les tués se trouvait Hoyay Ibn Akhtab, le chef des Nadhîrites, qui avait incité les Quraydhah à rompre le pacte de neutralité avec le Prophète, causant ainsi leur propre calamité. Ka'b Ibn Asad, le chef des Quraydhah, subit le même sort.

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Zaynab Bint Johach

Zaynab Bint Johach

Zaynab, une femme d'une beauté exceptionnelle, était la fille d'Aminah, elle-même fille d'Abdul-Muttalib, le grand-père du Prophète. Cette parenté faisait d'elle une cousine du Prophète Mohammad, qui avait pris soin de son éducation lorsqu'elle était encore une jeune fille, veillant personnellement sur elle.

Lorsque Zaynab atteignit l'âge adulte, le Prophète lui proposa de se marier avec Zayd, un esclave affranchi qu'il considérait avec une affection presque paternelle. Bien que Zaynab ait initialement refusé cette union, elle finit par y consentir. Cependant, ce mariage ne lui apporta guère de bonheur. Son mari, Zayd, la traitait avec dédain, et leur quotidien était marqué par des querelles incessantes. Zayd, à bout de patience, alla se plaindre au Prophète, exprimant son désir de divorcer. Le Prophète tenta de le dissuader de prendre une telle décision, mais finalement, Zayd, incapable de supporter davantage cette situation, se sépara de Zaynab en l'an 5 de l'hégire.

Le Prophète, conscient qu'il avait peut-être été à l'origine du malheur de sa cousine en la mariant contre sa volonté, ressentit un profond malaise. Pour la dédommager, il décida de l'épouser lui-même. Ce geste revêtait une signification particulière, car à cette époque, un esclave, même affranchi, était souvent regardé avec mépris par son ancien maître et par la société en général. Le Prophète, en mariant sa propre cousine à Zayd, avait voulu donner l'exemple, montrant ainsi que les esclaves n'étaient pas des êtres inférieurs ou dégradés.

À l'époque, de nombreuses coutumes dégradantes persistaient en Arabie. Par exemple, le fils aîné héritait des veuves de son père, et un fils adoptif pouvait hériter de tous les biens et titres de son père adoptif, privant ainsi les autres héritiers légitimes de leur droit. La société était profondément enracinée dans la cruauté et le vice, et l'infanticide féminin n'était pas considéré comme un crime. Le Prophète naquit en Arabie pour condamner et abolir ces vices et immoralités, et pour éveiller la conscience spirituelle des gens.

C'est dans ce contexte que le Prophète reçut cet ordre divin : « Et quand Zayd eut cessé tout commerce avec son épouse, Nous te l'avons donnée pour femme afin qu'il n'y ait pas de faute à reprocher aux Croyants au sujet des épouses de leurs fils adoptifs quand ceux-ci ont décidé une affaire nécessaire les concernant. L'ordre de Dieu doit être exécuté » (Sourate al-Ahzâb, 33:37). Cet ordre visait à offrir aux Musulmans un exemple, montrant que les fils adoptifs ne devaient pas être traités comme des fils réels. Ainsi, le Prophète épousa Zaynab Bint Johach après que le délai requis à la suite de sa séparation d'avec Zayd fut respecté.

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Les Juifs de Banî Moçtalaq

Les Juifs de Banî Moçtalaq

Dans la province voisine de Médine, la tribu juive de Banî Moçtalaq fomentait des projets belliqueux. Leur intention était claire : mener un raid audacieux sur la ville sainte de Médine. Le Prophète, informé de ces intentions hostiles par des renseignements fiables, ne tarda pas à réagir. Pour s'assurer de la véracité de ces informations, il dépêcha Boraydah Ibn al-Hoçîb, un homme de confiance, afin de mener une enquête discrète.

Boraydah revint avec des nouvelles confirmant les préparatifs guerriers des Banî Moçtalaq. Face à cette menace imminente, le Prophète décida d'agir sans délai. Le 12 Cha'bân de l'an 6 de l'hégire, il prit la tête d'une expédition militaire, désignant 'Ali comme porte-étendard, un rôle symbolique et crucial dans la bataille à venir.

La confrontation fut inévitable. Une bataille s'engagea, marquée par la détermination des deux camps. Au terme de l'affrontement, dix membres de la tribu juive, dont leur chef Hârith Ibn Abî Dharâr, trouvèrent la mort. La perte de leur leader fut un coup dur pour les Banî Moçtalaq, qui, découragés, abandonnèrent le combat.

Les Musulmans, victorieux, rentrèrent à Médine, ramenant avec eux un butin considérable : deux cents captifs, mille chameaux et cinq cents moutons. Parmi les captives se trouvait Juwayriyyah, la fille du défunt chef Hârith. Son père, avant de périr, avait imploré le Prophète de ne pas la réduire en esclavage. En quête de dignité et de respect pour elle-même et sa famille, Juwayriyyah embrassa l'Islam. Elle épousa le Prophète, un mariage qui eut un impact significatif : en l'honneur de cette union, tous les captifs furent libérés, marquant ainsi un geste de clémence et de grandeur.

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L'Hypocrisie de 'Abdullâh Ibn Obay

L'Hypocrisie de 'Abdullâh Ibn Obay

Lors du voyage de retour, une altercation éclata entre les compagnons du Prophète. Un serviteur de 'Omar se querella avec un Ançâr, déclenchant ainsi une bagarre entre les Ançâr et les Muhâjirin. Dans cette atmosphère tendue, 'Abdullâh Ibn Obay al-Salûl, connu pour son hypocrisie, prit parti pour les Ançâr. Il insinua perfidement que les Muhâjirin, avec leur influence grandissante, pourraient un jour empiéter sur les droits des Ançâr, à moins que ces derniers ne prennent des mesures pour contrer leurs supposées agressions.

Ces paroles perfides parvinrent aux oreilles du Prophète. Face à cette situation, 'Omar proposa d'envoyer quelqu'un pour exécuter 'Abdullâh, suggérant ainsi une solution radicale. Cependant, le Prophète, avec sa sagesse habituelle, rejeta cette idée en déclarant : « Les gens diront que Mohammad met à mort à sa guise ceux qui sont avec lui. » (131)

Peu après, le fils de 'Abdullâh, un fervent partisan du Prophète, ayant pris connaissance de la situation, se présenta devant le Prophète. Il déclara que si le Prophète avait l'intention de condamner son père à mort, il serait le premier à exécuter cet ordre. Le Prophète, faisant preuve de clémence et de sagesse, invita le jeune homme à ne pas nourrir de mauvaises pensées envers son père et à faire preuve d'indulgence à son égard.

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'Âyechah Accusée de Libertinage

'Âyechah Accusée de Libertinage

Un événement marquant et troublant survint lors du même voyage, une accusation qui visa 'Âyechah, l'épouse bien-aimée du Prophète Muhammad. Elle l'accompagnait durant cette expédition contre la tribu de Moçtalaq, qui eut lieu la sixième année de l'hégire. Le récit de cet incident est relaté dans les notes de Sale sur la Sourate al-Nûr. Alors que l'expédition faisait route vers Médine, l'armée ne voyageait que la nuit. À un moment donné, 'Âyechah descendit de son chameau pour s'écarter du chemin pour une raison personnelle. À son retour, elle constata la perte de son collier en onyx de Tzafar et repartit à sa recherche. Pendant ce temps, les serviteurs, pensant qu'elle était déjà remontée dans son pavillon, emmenèrent son chameau.

Lorsqu'elle revint sur le chemin, elle découvrit avec stupeur que son chameau était parti. Elle s'assit alors sur place, convaincue que son absence serait remarquée et que l'on enverrait quelqu'un à sa recherche. Peu après, épuisée, elle s'endormit. Aux premières lueurs du matin, Çafwân Ibn Mo'attal, qui s'était attardé pour se reposer, passa par là. Apercevant une silhouette endormie, il s'approcha pour voir de qui il s'agissait. Reconnaissant 'Âyechah, il murmura doucement : "Nous appartenons à Dieu, et c'est à Lui que nous retournerons". Réveillée par ces mots, 'Âyechah se couvrit immédiatement de son voile. Çafwân la fit monter sur son propre chameau et ensemble, ils rejoignirent l'armée à midi.

Cet incident, bien que fortuit, eut des répercussions dévastatrices pour 'Âyechah, dont la réputation fut mise en doute publiquement. Des rumeurs d'adultère avec Çafwân se répandirent, plongeant le Prophète dans un profond chagrin et un tourment incessant. W. Irving note que le récit de l'incident, tel que rapporté par 'Âyechah et confirmé par Çafwân Ibn Mo'attal, parvint à convaincre ses parents et ses amis proches. Cependant, 'Abdullâh et ses partisans, les hypocrites, s'en moquèrent ouvertement, exacerbant le conflit entre deux factions opposées sur cette affaire.

Face à cette situation, 'Âyechah se retira dans sa demeure, refusant de s'alimenter et pleurant sans relâche, le cœur lourd de douleur. Le Prophète, profondément troublé, chercha conseil auprès de 'Alî. Ce dernier tenta de minimiser l'affaire, soulignant que de telles mésaventures étaient fréquentes. Malgré ces paroles, le Prophète ne trouva qu'un léger réconfort. Il demeura séparé de 'Âyechah pendant un mois, bien que son cœur restât attaché à elle, non seulement pour sa beauté, mais aussi pour sa précieuse compagnie. Au comble de son désespoir, il entra dans un état de transe, que les incroyants attribuèrent à l'épilepsie.

C'est alors qu'une révélation divine, opportune et salvatrice, lui parvint, bientôt consignée dans la Sourate al-Nour. Elle stipulait que ceux qui accusent d'adultère une femme vertueuse sans fournir quatre témoins à l'appui de leur accusation seraient châtiés de quatre-vingts coups de fouet, et leur témoignage serait rejeté. Quant aux accusateurs de 'Âyechah, ils devaient présenter quatre témoins, faute de quoi ils seraient considérés comme des menteurs aux yeux de Dieu et subiraient la punition de leur crime.

L'innocence de la belle 'Âyechah fut ainsi miraculeusement établie, et le Prophète la reprit auprès de lui avec une affection renouvelée. Rapidement, il appliqua le châtiment prescrit aux calomniateurs. Cette révélation convainquit pleinement le pieux 'Alî de la pureté de 'Âyechah. Cependant, elle ne parvint jamais à oublier ni à pardonner les doutes qu'il avait nourris à son encontre, ce qui influença leurs relations dans de nombreuses affaires importantes à l'avenir.

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Le Pèlerinage du Prophète à la Mecque

Le Pèlerinage du Prophète à la Mecque

Au cours de la sixième année de l'hégire, le Prophète Muhammad eut un rêve d'une clarté saisissante. Dans ce songe, il se voyait lui-même, entouré de ses fidèles compagnons, en train de tourner autour de la Ka'bah, accomplissant avec dévotion toutes les cérémonies du pèlerinage. À son réveil, il partagea cette vision avec ses adeptes, qui accueillirent la nouvelle avec une joie immense. Pour eux, ce rêve représentait l'espoir de retrouver leur chère ville natale, la Mecque, et les maisons qu'ils avaient dû quitter six années auparavant, poussés à l'exil.

C'était le premier jour du mois de Thilqa'dah, une période sacrée durant laquelle toute hostilité était proscrite dans l'ensemble de l'Arabie, et plus encore sur le sol sacré de la Mecque. Ce mois offrait ainsi une occasion idéale pour accomplir la 'Omrah, le "Petit Pèlerinage", sans craindre une attaque des Quraych ou des Mecquois. Fort de cette opportunité, le Prophète annonça son intention de se rendre à la Mecque uniquement pour le pèlerinage, et des préparatifs diligents furent entrepris.

Dès le début du mois, les préparatifs pour le voyage furent achevés. Le Prophète, à la tête d'une caravane de quelque quatorze cents compagnons, prit la route vers Holayfah, un point de passage sur le chemin de la Mecque. Ils emmenèrent avec eux soixante-dix chameaux destinés au sacrifice, symboles de leur foi et de leur engagement. Pour ce pèlerinage, ils ne portaient pas d'armes, à l'exception du sabre rengainé, l'arme du voyageur, témoignant de leur intention pacifique. Parmi les voyageurs, seule une des épouses du Prophète, Om Salma, fit partie de cette expédition sacrée.

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L'Hostilité des Mecquois

L'Hostilité des Mecquois

La nouvelle de la marche du Prophète Mohammad vers la Mecque se répandit avec la rapidité d'un éclair, atteignant les oreilles des habitants de la ville sainte. Bien que le Prophète et ses compagnons aient adopté une attitude résolument pacifique, se présentant comme de simples pèlerins sans armes, la méfiance des Quraych envers eux ne faiblit pas. Ils soupçonnaient une ruse dissimulée derrière cette démarche apparemment inoffensive.

En réponse à cette inquiétude, les Quraych rassemblèrent une force imposante, bien équipée et prête au combat. Cette armée sortit de la Mecque pour établir un campement stratégique à environ dix kilomètres de la ville, occupant ainsi une position clé sur la route menant à Médine. Leur intention était claire : contrer l'avance de Mohammad et de ses compagnons.

Pour renforcer leur dispositif défensif, les Mecquois envoyèrent un corps expéditionnaire composé de deux cents cavaliers, placés sous le commandement des redoutables Khâlid Ibn al-Walîd et 'Ikrima Ibn Abî Jahl. Pendant ce temps, le Prophète poursuivait sa progression, jusqu'à ce qu'un informateur vienne l'avertir du mouvement des forces mecquoises. Peu de temps après, les cavaliers mecquois se profilèrent à l'horizon, annonçant une confrontation imminente.

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La Halte du Prophète à Hudaybiyyah

La Halte du Prophète à Hudaybiyyah

Le Prophète, accompagné de ses compagnons, se trouvait désormais à un point critique de son voyage. Il lui était impossible de poursuivre sa route vers la Mecque, car il n'était pas venu pour engager un combat avec les Mecquois. Ainsi, il prit la décision de tourner à droite pour se diriger vers Hudaybiyyah, un lieu situé à la lisière du territoire sacré entourant la Mecque. C'est là que son fidèle chameau, Qaswah, s'arrêta brusquement et s'agenouilla, refusant obstinément d'avancer davantage. Certains parmi les gens présents pensèrent que l'animal avait des ennuis. Cependant, le Prophète interpréta cet arrêt soudain comme un signe divin, un présage lui indiquant de ne pas aller plus loin. Il décida donc d'établir son campement à Hudaybiyyah.

À Hudaybiyyah, l'eau était une ressource rare. Bien que quelques puits fussent présents, ils étaient malheureusement ensablés, rendant l'accès à l'eau impossible. Face à cette situation, le Prophète prit une flèche de son carquois et la planta dans l'un de ces puits ensablés. À la grande surprise et au soulagement de tous, l'eau jaillit en abondance, permettant ainsi au camp de se désaltérer et de se réapprovisionner.

Informés de la présence du Prophète et de ses compagnons, les Quraych envoyèrent successivement trois messagers pour s'enquérir des raisons de leur venue. Parmi ces messagers, 'Orwah, un chef influent de Tâ'if, fit part au Prophète de l'exaspération des Mecquois. Il lui confia que ces derniers étaient prêts à tout, même à périr, plutôt que de le laisser entrer à la Mecque. Avant de partir, 'Orwah exprima son opinion selon laquelle les Mecquois ne toléreraient pas la foule qui accompagnait le Prophète et qu'ils ne permettraient pas à cette multitude de s'approcher de la ville. Il alla jusqu'à jurer qu'il voyait déjà cette foule se disperser dès que les Mecquois lanceraient leur attaque. Ces paroles irritèrent profondément Abû Bakr.

Malgré cela, le Prophète répondit calmement à chacun des trois messagers, expliquant que son voyage n'avait d'autre but que le désir pieux de visiter le sanctuaire sacré et d'accomplir les rites associés à ce lieu vénéré. Les messagers purent eux-mêmes constater la présence d'une file de chameaux destinés au sacrifice, arborant des marques sur leur cou, preuve qu'ils avaient été préparés depuis longtemps pour cet acte pieux.

De retour auprès des Quraych, les messagers rapportèrent leur conviction concernant la sincérité des intentions pacifiques de Mohammad. Cependant, ils ajoutèrent que malgré cela, les Quraych restaient inflexibles et ne prêteraient pas attention à leurs recommandations.

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Les Négociations avec les Mecquois

Les Négociations avec les Mecquois

Dans un climat de tension palpable, le Prophète, animé par le désir de paix et de clarification, décida d'envoyer un de ses fidèles compagnons, Kharrach B. Ommayyah, vers les Quraych. Monté sur son propre chameau, nommé Tha'lab, Kharrach avait pour mission de transmettre un message de paix, assurant que le Prophète n'avait aucune intention hostile. Malheureusement, l'accueil réservé par les Quraych fut brutal et sans pitié. Non seulement ils maltraitèrent Kharrach, mais ils estropièrent également le chameau sur lequel il était venu. La situation devint si périlleuse que la vie de Kharrach fut menacée. Ce ne fut que grâce à l'intervention opportune de deux hommes des Ahabich qu'il parvint à s'échapper, échappant de justesse à une mort certaine.

Face à cette situation délicate, le Prophète envisagea d'envoyer 'Omar pour la même mission. Cependant, 'Omar, conscient de ses relations tendues avec les Quraych, déclina poliment, suggérant plutôt 'Othmân comme étant l'homme idéal pour cette tâche délicate. Le Prophète accepta cette proposition, et 'Othmân fut donc chargé de transmettre aux Quraych que le Prophète était venu avec l'intention pure et simple de visiter la Maison Sacrée. Il leur expliqua qu'une fois les chameaux sacrificatoires abattus, le Prophète et ses compagnons quitteraient la ville paisiblement.

Cependant, les Quraych, fermes dans leur résolution, déclarèrent qu'ils avaient fait le serment de ne pas laisser Mohammad entrer dans la ville cette année-là. Ils proposèrent néanmoins à 'Othmân de visiter la Ka'bah s'il le souhaitait. Fidèle à ses principes et à sa mission, 'Othmân refusa cette offre, affirmant qu'il ne pouvait se permettre de visiter le Sanctuaire tant que le Prophète n'avait pas lui-même accompli les rites sacrés.

Pendant ce temps, le retour de 'Othmân tarda, et une rumeur inquiétante commença à circuler parmi les musulmans : les Quraych auraient assassiné 'Othmân. Cette nouvelle, bien que non confirmée, plongea le Prophète dans une profonde affliction, témoignant de l'angoisse et de l'incertitude qui régnaient dans le camp musulman.

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L'Engagement sous l'Arbre

L'Engagement sous l'Arbre

La situation était devenue telle que la confrontation avec l'ennemi ne pouvait plus être évitée. Dans ce contexte d'urgence, le Prophète rassembla tous les pèlerins autour de lui, créant une atmosphère de solennité et de détermination. Il se plaça sous un arbre majestueux, symbole de la force et de la protection divine, et demanda à chacun d'eux de lui prêter un serment d'allégeance indéfectible. Ce serment, empreint de gravité et de foi, engageait chaque croyant à ne jamais fuir devant l'ennemi et à lutter jusqu'au bout.

Cet engagement solennel, connu sous le nom de "L'Engagement sous l'Arbre", est évoqué dans le Coran, dans la Sourate al-Fat-h. Le verset 18 souligne la satisfaction de Dieu envers les croyants : « Dieu était satisfait des Croyants quand ils te prêtaient serment sous l'Arbre. IL connaissait le contenu de leurs cœurs. IL a fait descendre sur eux la tranquillité. IL les a récompensés par une prompte victoire. » (Sourate al-Fat-h, 48:18). Ce moment est gravé dans l'histoire de l'Islam comme un témoignage éclatant du dévouement et de la loyauté des musulmans envers leur Prophète.

Les croyants présents ce jour-là se glorifièrent de leur ferveur religieuse, convaincus d'avoir mérité le salut éternel. Cependant, parmi eux, certains plus sages étaient conscients des actes répréhensibles qui seraient commis par certains adeptes après cet engagement et après la disparition du Prophète. Ceux qui n'avaient pas eu la chance d'être présents lors de cet événement historique regrettèrent profondément de ne pas avoir pu prêter serment sous cet arbre béni.

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Négociations de Paix Engagées à Hudaybiyyah

Négociations de Paix Engagées à Hudaybiyyah

Dans le cadre des négociations de paix engagées à Hudaybiyyah, un événement marquant se produisit. Un groupe de quatre-vingts Mecquois avait été découvert, tapis dans l'ombre, guettant le camp des Musulmans avec l'intention de capturer ceux qui s'éloigneraient du groupe. Cependant, leur plan fut déjoué. Ces hommes furent encerclés, capturés, puis amenés devant le Prophète. Faisant preuve d'une sagesse remarquable, le Prophète les traita avec une grande générosité, démontrant ainsi sa clémence.

La nouvelle de cet incident, combinée à la connaissance de l'engagement pris par les Musulmans sous l'Arbre, sema l'inquiétude parmi les Mecquois. Craignant que la situation ne dégénère en conflit armé, ils décidèrent d'envoyer une délégation pour négocier la paix. Suhayl Ibn 'Amr, accompagné de quelques autres représentants, fut dépêché au camp musulman pour entamer des pourparlers avec Mohammad.

Après de longues et intenses discussions, les bases d'un traité de paix furent établies. Le Prophète demanda à 'Alî, son fidèle lieutenant, de transcrire les termes du Traité à mesure qu'ils étaient dictés. Le document débuta par la formule sacrée : « Au nom d'Allâh, le Clément, le Miséricordieux ». Cependant, Suhayl objecta, préférant la formule traditionnelle des Mecquois : "En Ton nom, Ô Dieu!" En signe de conciliation, le Prophète accepta et demanda à 'Alî de remplacer l'introduction par "Bismeka Allâhomma".

La rédaction se poursuivit avec la phrase : « Ceci est le Traité conclu entre Mohammad, le Prophète d'Allâh et Suhayl Ibn 'Amr ». Une nouvelle objection de Suhayl surgit. Il expliqua que si les Mecquois reconnaissaient Mohammad comme Prophète d'Allâh, ils n'auraient jamais pris les armes contre lui. Il demanda donc que le nom du père du Prophète remplace le titre de "Prophète d'Allâh". Une fois de plus, le Prophète céda à cette demande, bien que 'Alî eût déjà écrit les mots "Mohammad, le Prophète d'Allâh".

Le Prophète, voyant l'hésitation de 'Alî à effacer ces mots, prit lui-même les instruments d'écriture. Il effaça l'expression "le Prophète d'Allâh" et la remplaça par "fils de 'Abdullâh". Dans un geste prophétique, il se tourna vers 'Alî et lui prédit qu'un jour, lui aussi serait amené à faire des concessions dans une situation similaire. Cette prédiction se réalisa environ trente ans plus tard, lors de la conclusion d'un traité entre 'Alî et Mu'awiyeh.

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Les Clauses du Traité de Hudaybiyyah

Les Clauses du Traité de Hudaybiyyah

Les clauses qui furent soigneusement inscrites dans le traité de Hudaybiyyah marquèrent un tournant décisif dans les relations entre les deux parties en présence. D'abord, il fut convenu qu'aucune des deux parties, ni les alliés respectifs de chacune, ne commettrait d'agression ou d'attaque contre l'autre pendant une période de dix années. Cette trêve était destinée à instaurer une paix durable et à apaiser les tensions qui avaient longtemps régné.

Ensuite, une liberté de choix fut accordée à quiconque souhaitait se joindre à l'une des parties. Ainsi, ceux qui désiraient s'aligner avec Mohammad et entrer sous sa protection pouvaient le faire sans entrave. De même, ceux qui voulaient s'allier aux Quraych et conclure un traité avec eux jouissaient de la même liberté. Cette clause ouvrait la voie à une nouvelle dynamique d'alliances et de relations entre les tribus.

Cependant, une stipulation particulière fut ajoutée concernant les transfuges. Si une personne passait du côté de Mohammad et que son tuteur en réclamait le retour, cette personne devait être renvoyée à son tuteur. En revanche, si un partisan du Prophète choisissait de se joindre aux Quraych, il ne serait pas extradé. Cette clause, bien que controversée, fut acceptée par les deux parties.

Enfin, il fut décidé que Mohammad et ses partisans retourneraient cette année-là à leur point de départ sans pénétrer dans l'enceinte sacrée de la Mecque. Toutefois, l'année suivante, ils auraient la permission de visiter la Mecque pendant trois jours, à condition que les Quraych se retirent temporairement de la ville. Durant cette visite, ils devaient entrer sans armes, à l'exception des armes de voyage, c'est-à-dire que chaque homme pouvait porter une épée, mais elle devait être rengainée. Cette mesure visait à garantir la sécurité tout en respectant le caractère sacré de la ville.

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Les Doutes de Certains Compagnons dans la Croyance

Les Doutes de Certains Compagnons dans la Croyance

Parmi les fidèles compagnons du Prophète, certains nourrissaient une foi inébranlable en ses visions prophétiques, s'attendant à une victoire éclatante sur les Mecquois. Cependant, la réalité se présentait différemment. Les Mecquois semblaient avoir l'avantage sur le Prophète, qui se voyait contraint de demander la permission d'entrer dans l'enceinte sacrée, une permission obstinément refusée par ses adversaires. Cette situation engendra une profonde déception parmi les compagnons, déjà éprouvés par de longs jours de fatigue et d'inquiétude.

'Omar Ibn al-Khattâb, un des compagnons les plus proches du Prophète, exprima ouvertement ses doutes. Jamais auparavant il n'avait autant remis en question la véracité de la mission prophétique de Mohammad. Dans un élan de frustration, il s'adressa directement au Prophète : « N'es-tu pas un vrai Prophète d'Allâh ? » Le Prophète répondit avec assurance : « Si, sans aucun doute. » 'Omar poursuivit : « N'avons-nous pas raison et notre ennemi n'a-t-il pas tort ? » Le Prophète confirma : « Bien sûr ! Nous avons raison et nos adversaires ont tort. » 'Omar, toujours insatisfait, conclut : « Pourquoi devrions-nous donc mettre une tache à notre foi et supporter le choc de l'humiliation ? » Le Prophète, humblement, répondit : « Je ne suis que le Messager d'Allâh, et je ne peux rien faire contre Sa Volonté. »

Malgré ces explications, 'Omar demeurait insatisfait et partagea ses préoccupations avec Abû Bakr, un autre compagnon de confiance : « Quoi ! Mohammad n'est-il pas le Prophète d'Allâh ? Ne sommes-nous pas Musulmans ? Ne sont-ils pas des infidèles ? » ("Ibn Hichâm", p. 325). Il ajouta que si ces clauses avaient été imposées par quiconque d'autre que Mohammad, même s'il s'agissait d'un chef de sa propre nomination, il aurait jugé indigne de les accepter. (K. Wackidi, p. 120, de "Muir", vol. IV, p. 38).

Au moment où le Traité était en cours de rédaction, un événement marquant se produisit. Abû Jandal, le fils de Suhayl, un converti à l'Islam retenu contre son gré à la Mecque par son père, s'échappa et rejoignit le camp du Prophète. Toutefois, il fut rapidement découvert et réclamé par son père Suhayl, conformément aux termes du traité. Le Prophète, respectant les clauses, ordonna son retour à son tuteur. Abû Jandal, désespéré, se mit à crier. Le Prophète l'exhorta à la patience, lui promettant qu'Allâh lui accorderait bientôt la liberté et la prospérité, tout comme à ceux qui partageaient sa situation. Cependant, 'Omar, dans un élan de colère, tenta de le consoler en lui suggérant des idées extrêmes, telles que : « Le sage des infidèles n'est pas meilleur que celui des chiens » ("Muir", vol. IV, p. 42), et l'encouragea même à tuer son père pour saboter les négociations de paix. Abû Jandal refusa cette proposition.

Le Traité fut finalement achevé lorsque 'Alî en termina la rédaction. Il fut ratifié par les compagnons les plus proches du Prophète, bien qu'ils considéraient cette paix comme la plus humiliante et déshonorante. Une copie du Traité fut remise à Suhayl, qui repartit avec ses compagnons, tandis que le document original fut conservé par le Prophète.

Après la conclusion du Traité, le Prophète souhaita accomplir les rites du pèlerinage, adaptés aux circonstances présentes. Il ordonna à ses compagnons d'abattre leurs chameaux sacrificatoires et de se couper les cheveux. Cependant, il fut peiné de constater que personne ne suivait ses instructions. Cette désobéissance le toucha profondément, au point qu'il en parla à sa femme, Om Salma, qui l'accompagnait lors de ce pèlerinage. Mais une fois qu'il eut lui-même sacrifié ses chameaux et coupé ses cheveux, ses compagnons, peu à peu, l'imitèrent.

Ayant ainsi achevé les rites du pèlerinage, le Prophète se mit en route avec ses partisans pour retourner à leurs bases de départ, après un séjour de vingt jours à Hudaybiyyah. Sur le chemin du retour, vers la fin de la première étape de leur voyage, le Prophète reçut la révélation de la Sourate al-Fat-h, qui débute par ces mots : « Oui, Nous t'avons accordé une éclatante victoire » (Sourate al-Fat-h, 48:1). Alors qu'il était sur le dos de son chameau, il la récita à haute voix. Certains de ses compagnons, surpris, s'interrogèrent sur la nature de cette victoire. Le Prophète leur répondit avec assurance que, sans aucun doute, c'était une victoire glorieuse. 'Omar et d'autres compagnons rappelèrent au Prophète sa promesse d'entrer à la Mecque sans obstacle ni opposition. Le Prophète leur expliqua que Dieu avait effectivement promis cela, mais ajouta avec sagesse : « Mais quand a-t-IL promis que ce serait cette année-ci ? »

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Les Conséquences du Traité de Hudaybiyyah

Les Conséquences du Traité de Hudaybiyyah

Les événements qui suivirent la signature du Traité de Hudaybiyyah démontrèrent de manière éclatante que cette paix, loin d'être une simple trêve, constituait en réalité une victoire éclatante pour le Prophète face aux Mecquois. En effet, selon les termes de cet accord, chaque individu, chaque famille, chaque clan et chaque tribu se voyaient octroyer la liberté de rejoindre le Prophète. Ils pouvaient désormais professer leur foi, influencer les autres pour qu'ils reconnaissent le Prophète comme leur guide spirituel, et pratiquer leurs prières selon ses enseignements sans craindre les persécutions des incroyants. Ces derniers n'avaient plus la possibilité de les maltraiter ou de les ostraciser.

Dès lors, chaque Musulman jouissait de la liberté d'établir des relations sans entrave avec les non-Musulmans. Grâce à la restauration de ces relations amicales, la paix et la tranquillité furent rétablies dans la région. En un temps remarquablement court, tout le Hijâz chantait les louanges du Prophète, qui guidait ses habitants hors des ténèbres du paganisme vers la lumière radieuse du monothéisme. L'Islam progressait désormais avec assurance à travers tout le territoire. Parmi les idolâtres, il n'y avait personne de sensé et de raisonnable qui ne ressentît une profonde admiration pour les commandements du Prophète.

Immédiatement après la signature du Traité, les Banû Khozâ'ah, qui avaient depuis longtemps une inclination pour la nouvelle religion, s'allièrent ouvertement avec le Prophète. Ce fut là le premier résultat tangible du Traité. En l'espace de deux ans après sa conclusion, la mission divine de Mohammad connut un succès plus grand que durant les dix-neuf années précédentes. Tout cela fut le fruit glorieux de la paix, cette même paix qui, au moment de sa conclusion, avait été perçue comme déshonorante et humiliante, susceptible de rabaisser la religion de Dieu. Pourtant, elle n'avait été rendue possible que grâce à ce Traité que le Prophète avait choisi de conclure avec les Mecquois, malgré les objections de ses principaux compagnons.

C'est d'ailleurs suite à ce même Traité que, deux ans plus tard, il fut suivi par dix mille hommes lors de sa marche triomphale pour la Conquête de la Mecque. À Hudaybiyyah, il n'avait pu rassembler que mille cinq cents partisans. Cette victoire surpassait toutes les autres par ses effets profonds et durables. Sans qu'il y ait eu besoin de combattre ni de verser le sang, le Traité força les infidèles à reconnaître Mohammad — celui qu'ils avaient abusé, persécuté et banni — comme une force indépendante. Ils allèrent jusqu'à conclure avec lui un accord lui permettant de séjourner paisiblement pendant trois jours dans leur cité l'année suivante.

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Des Pays Etrangers Appelés à l'Islam

Des Pays Etrangers Appelés à l'Islam

Avec la conclusion du Traité de Hudaybiyyah, le Prophète de l'Islam se libéra des tracas incessants causés par les Mecquois. Cette paix nouvellement acquise lui permit de concentrer son attention sur un objectif plus vaste : la propagation de sa religion au-delà des frontières de l'Arabie. Ainsi, il entreprit d'inviter les États et empires voisins à embrasser la foi islamique. Pour ce faire, il envoya des ambassadeurs porteurs de lettres de sa part. Conscient que les missives n'étaient prises en considération par les cours étrangères que si elles étaient authentifiées par un sceau, le Prophète fit confectionner, vers la fin de la sixième année de l'Hégire, un anneau d'argent gravé des mots : "Mohammad, le Messager de Dieu".

Les lettres furent soigneusement rédigées et scellées. Au début de la septième année de l'Hégire, durant le mois de Moharram, six ambassadeurs furent simultanément envoyés vers des destinations stratégiques : Najjachi, le roi d'Éthiopie ; Yamama ; Khosrô, le monarque de Perse ; César, l'empereur romain ; la Syrie et l'Égypte. Les messagers choisis pour cette mission connaissaient parfaitement la langue des pays vers lesquels ils étaient envoyés.

'Amr Ibn Omayyah fut désigné pour l'Abyssinie, porteur de deux missives. La première invitait le roi d'Éthiopie à embrasser la foi islamique, tandis que la seconde exprimait le souhait du Prophète de voir les émigrés encore présents en Éthiopie retourner à Médine. De plus, il y avait une demande particulière : le Prophète sollicitait le roi pour qu'il le fiance à Om Habîbah, la veuve de 'Obaydullâh, qui avait émigré en Éthiopie et y était décédée. Le roi accueillit l'ambassadeur avec une hospitalité remarquable et répondit à la première lettre par des paroles laissant entendre un humble acquiescement, assurant qu'il avait déjà embrassé l'Islam et exprimant son regret de ne pouvoir recevoir personnellement les bénédictions du Prophète. En réponse à l'autre missive, le roi procéda à la cérémonie des fiançailles d'Om Habîbah et prépara deux bateaux pour le retour des émigrés, dirigés par Ja'far. Ces bateaux arrivèrent à Médine en automne, durant le mois de Jumâdi-I de l'an 7 de l'Hégire, soit en août 628 après J.-C.

Salit Ibn 'Amr fut envoyé à Yamama avec une lettre destinée à Hauza, le chef chrétien de Banî Hanîfah. Hauza accueillit l'ambassadeur chaleureusement et fit l'éloge du Prophète. Cependant, il déclara qu'il n'était prêt à suivre le Prophète que si ce dernier lui accordait un statut de partenaire dans ses privilèges, car il jouissait déjà d'une grande révérence en tant que seigneur et orateur de son peuple, étant un poète éloquent de sa tribu.

'Abdullâh Ibn Hothâfah fut chargé de porter la missive en Perse. Lorsque celle-ci fut présentée au roi Khosrô, celui-ci la déchira en petits morceaux. Le messager retourna auprès du Prophète pour lui faire part de cet affront. Le Prophète pria alors : « Ô mon Dieu ! Déchire de la même façon son royaume. » Cette prière fut exaucée quelques années plus tard, lorsque l'empire perse fut entièrement déchiré. Khosrô envoya des ordres à son gouverneur du Yémen pour qu'il ramène le Prophète à la raison ou qu'il l'envoie enchaîné à la cour royale. Bazhan, le gouverneur perse du Yémen, envoya une missive courtoise au Prophète. En la recevant, le Prophète sourit et invita l'ambassadeur à l'Islam, l'informant que Khosrô n'était plus de ce monde, ayant été poignardé par son fils, l'héritier présomptif, la nuit précédente. Il ordonna ensuite à l'ambassadeur de retourner pour rapporter cette nouvelle à son maître et lui demander de se soumettre au gouverneur du Yémen. Bazhan, ayant entre-temps reçu une missive du nouvel empereur, convaincu par la prophétie ou animé par des motifs personnels, signifia son adhésion au Prophète, embrassa l'Islam et renonça à l'autorité de l'empereur perse.

Dehya Kalbi, envoyé à l'empereur Héraclius, le monarque chrétien de l'Empire romain, fut reçu avec respect. L'empereur sembla bien disposé envers la nouvelle foi, mais après avoir écouté les avis de ses courtisans, qui restaient indifférents à cette foi, il congédia l'ambassadeur en lui offrant quelques cadeaux précieux pour le Prophète.

Chuja Ibn Wahab fut envoyé en Syrie avec une lettre destinée à Hârith VII, prince de Banî Ghassân, l'invitant à l'Islam. Le prince fut très irrité par le contenu de la lettre et la transmit à l'empereur Héraclius, demandant la permission d'envoyer une expédition pour punir l'auteur de la lettre. Le messager du Prophète fut détenu en attendant la réponse de l'empereur. Celui-ci, n'approuvant pas la suggestion du prince, Hârith relâcha le messager après lui avoir offert des cadeaux. Lorsque le Prophète apprit l'attitude de Hârith, il prédit la perte de son royaume. Peu après, Hârith mourut.

Habîb Ibn Abi Balta'ah fut envoyé comme ambassadeur à Alexandrie, alors siège du gouvernement d'Égypte. Le vice-roi romain, Maqawqas, le reçut avec beaucoup de respect, lut la lettre dont il était porteur et répondit en promettant d'en prendre note. Il écrivit notamment qu'il savait qu'un prophète devait être envoyé, mais qu'il s'attendait à son apparition en Syrie. Pour exprimer son respect envers le Prophète, il chargea son messager de nombreux cadeaux, dont deux belles-sœurs coptes, race à laquelle appartenait Maqawqas lui-même. L'une d'elles, nommée Marya, eut l'honneur d'épouser le Prophète, tandis que l'autre, Sirîne, fut offerte au poète Hassan. Parmi les cadeaux figurait également une mule blanche, une rareté en Arabie à l'époque, nommée Duldul. Cette mule fut utilisée par le Prophète, puis, après sa mort, par son petit-fils al-Hussayn.

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Les Causes de la Campagne de Khaybar

Les Causes de la Campagne de Khaybar

Depuis l'Emigration du Prophète, les tensions avec les Juifs ne cessaient de croître. En effet, ces derniers, jaloux de l'influence et de l'autorité toujours croissantes du Prophète, ne manquaient pas de lui causer de nombreux problèmes. Cette situation l'avait poussé à prendre la décision difficile de les expulser. Parmi ceux qui avaient été chassés de Médine, un certain nombre de Juifs de la tribu des Banî Nadhîr trouvèrent refuge parmi leurs frères à Khaybar, une oasis située à environ cent cinquante kilomètres au nord-est de Médine.

Là-bas, ils ne restèrent pas inactifs. Ils s'allièrent avec de nombreuses tribus bédouines puissantes, qu'ils incitèrent à se dresser contre le Prophète. Parmi ces tribus, les Quraych de la Mecque furent particulièrement influencés, et ensemble, ils assiégèrent Médine vers la fin de l'avant-dernière année. Après leur retrait, Abul-Haqîq, qui avait joué un rôle majeur aux côtés de Hoyay Ibn Akhtab dans ce siège, continua ses manigances. Il incita les Banî Fozârah et d'autres tribus bédouines à attaquer les propriétés des citoyens paisibles de Médine.

Au mois de Rabî'-I de la sixième année de l'Emigration, 'Oyaynah, le chef des Banî Fozârah, s'en prit à une troupe de chamelles laitières appartenant au Prophète. Il ne se contenta pas de les enlever, mais tua également le gardien et emmena sa femme comme prisonnière. Les tensions ne s'apaisèrent pas, et au mois de Rabî'-II de la même année, les Banî Ghatafân se rassemblèrent à leur tour, nourrissant l'intention de s'emparer des chameaux paissant dans les pâturages de Médine. Pour contrer cette menace, les Musulmans envoyèrent Mohammad Ibn Maslamah accompagné de dix hommes. Malheureusement, tous ses compagnons furent tués, et lui-même fut si grièvement blessé qu'on le laissa pour mort. Par chance, il parvint à s'échapper par la suite.

Au mois de Ramadhân, Abul-Haqîq rendit l'âme, mais la situation ne s'améliora guère. Son successeur, 'Osayr Ibn Zarim, continua sur la même voie. Avec les Banî Ghatafân, les bédouins alliés des Juifs de Khaybar, ils projetèrent de nouveaux mouvements contre le Prophète et ses partisans dès le mois de Chawwâl.

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Expédition contre les Juifs de Khaybar

Expédition contre les Juifs de Khaybar

En vertu du Traité de Hudaybiyyah, les Mecquois, qui s'étaient imposés comme les plus grands ennemis du Prophète et les alliés les plus puissants des Juifs, se trouvaient désormais dans l'incapacité de soutenir ces derniers dans leurs hostilités contre le Prophète. Cette situation offrit à l'Apôtre du Seigneur une occasion providentielle de mettre fin, une fois pour toutes, aux difficultés incessantes causées par les Juifs de Khaybar.

Ainsi, au mois de Moharram de l'an 7 de l'Hégire, le Prophète organisa une expédition forte de mille six cents hommes pour marcher contre eux. Arrivé à Sahba, l'armée se trouva face à plusieurs chemins menant dans des directions différentes. Après avoir engagé un guide pour les orienter, elle se dirigea vers Khaybar, adoptant une stratégie de marche nocturne et de repos diurne.

Sur leur chemin, les combattants rencontrèrent un homme au comportement suspect. Rapidement, cet individu avoua être un espion. En échange de la promesse d'avoir la vie sauve, il révéla aux musulmans que les Juifs étaient déjà informés de l'intention du Prophète de ne pas laisser impunies les actions criminelles perpétrées contre ses hommes. Les Juifs avaient sollicité l'aide de leurs alliés bédouins, parmi lesquels 'Oyaynah était déjà arrivé, et ils attendaient aussi l'arrivée imminente des Banî Ghatafân.

Lorsque le Prophète atteignit Raji', un lieu stratégique situé entre Khaybar et les campements des Banî Ghatafân, il ordonna à ses hommes de faire halte. Les Banî Ghatafân, qui s'étaient préparés à secourir leurs alliés à Khaybar, décidèrent finalement de rester sur place, réalisant que leurs propres familles étaient exposées au danger, comme le rapporte "Al-Tabarî".

Laissant un contingent à Raji', le Prophète poursuivit sa progression. Il réussit à surprendre les Juifs de Khaybar à leurs portes, tôt le matin. À la tête d'une force impressionnante de quatorze cents hommes, dont environ deux cents cavaliers, il s'avança vers eux. Les Juifs, sortant de leurs maisons au matin, furent frappés de stupeur en se retrouvant soudainement face à une telle puissance militaire.

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Les Sorties des Juifs

Les Sorties des Juifs

La Vallée de Khaybar, un paysage aride et parsemé de monticules rocailleux, abritait une dizaine de forteresses massives. Ces bastions, tels qu'al-Qâmus, al-Qatieba, al-Watih et Solalim, étaient réputés pour leur caractère imprenable, défiant quiconque osait les approcher. Cependant, en ces temps de siège, toute possibilité d'obtenir une aide extérieure s'était évanouie, laissant les Juifs seuls face à leur destin.

Confiants en leur nombre, qui surpassait largement celui de leurs assaillants, et en leur propre bravoure, les Juifs avaient décidé de résister coûte que coûte. Ils plaçaient également leur espoir dans la solidité de leurs citadelles, convaincus que ces fortifications pourraient les protéger indéfiniment. Mais, une fois retranchés derrière les murs de leurs forteresses, la réalité du siège s'imposa à eux. Malgré leur vaillance et leur détermination, ils ne purent tenir bien longtemps.

Les assauts répétés des Musulmans, méthodiques et déterminés, finirent par avoir raison de leur résistance. Après une ou deux sorties désespérées, les défenseurs juifs durent se résoudre à évacuer leurs positions. Ainsi, les citadelles inférieures, celles par lesquelles les Musulmans avaient choisi de commencer leurs attaques, tombèrent l'une après l'autre, passant sous le contrôle des assaillants victorieux.

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La Citadelle de Khaybar

La Citadelle de Khaybar

À la fin, les Juifs se rallièrent à leur chef, le roi de leur nation, Kinânah fils de Rabî', petit-fils d'Abul-Haqîq. Ce dernier résidait dans une citadelle solidement fortifiée à Khaybar, connue sous le nom d'al-Qâmûs. Cette forteresse, aux murs hauts et imposants, était érigée sur un roc escarpé, la rendant quasiment imprenable. Elle était non seulement bien protégée par des fortifications robustes, mais aussi gardée par des soldats courageux, car elle abritait les trésors du roi.

Dès que le Prophète posa son regard sur cette forteresse imposante, il se tourna avant tout vers le Tout-Puissant Seigneur, implorant son aide pour que la citadelle soit livrée aux Musulmans. Pendant toute la durée de son campement devant elle, il s'appliqua à offrir ses prières quotidiennes sur une roche dure, connue sous le nom de Manselah. Avec dévotion, il en fit le tour sept fois par jour. Plus tard, en souvenir de ce lieu d'adoration du Prophète, un masjid sera érigé à cet emplacement, devenant un lieu de vénération pour les Musulmans pieux.

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Le Siège de la Citadelle

Le Siège de la Citadelle

Le siège de la forteresse d'al-Qâmûs représentait un défi redoutable pour les Musulmans, qui n'avaient jamais affronté une telle structure défensive auparavant. Ce siège, qui s'étira sur une période prolongée, mit à rude épreuve non seulement l'habileté militaire des Musulmans, mais aussi leur patience. Au fil du temps, les provisions commencèrent à s'épuiser, ce qui accentua encore la pression sur les assiégeants.

Durant ce mois éprouvant, les Juifs, déterminés à défendre leur citadelle, ravagèrent toute la région environnante. Ils allèrent même jusqu'à abattre leurs propres dattiers, espérant ainsi affamer les Musulmans. Résolus à se battre jusqu'au bout, ils se postèrent fermement devant la citadelle, prêts à repousser chaque assaut. Malgré les tentatives répétées des Musulmans pour avancer, tous leurs efforts furent vains, repoussés par la détermination des défenseurs.

Le Prophète, souffrant de violents maux de tête, confia d'abord l'Étendard à Abû Bakr Ibn Abî Quhâfah, lui ordonnant de mener l'assaut. Cependant, Abû Bakr fut sévèrement repoussé et dut battre en retraite. Le Prophète confia alors l'assaut suivant à 'Omar Ibn al-Khattab, mais là encore, le résultat fut une retraite forcée.

De retour auprès du Prophète, les soldats accusèrent 'Omar de manquer de courage, tandis que ce dernier les accusa de lâcheté. Déçu par l'échec de ses compagnons les plus éminents, le Prophète s'écria avec détermination : « Demain, je remettrai mon Drapeau à quelqu'un que Dieu et Son Prophète aiment, un éternel fonceur redoutable qui ne tourne jamais le dos à l'adversaire. C'est par lui que le Seigneur accordera la victoire. »

Cette déclaration provoqua une grande agitation parmi les compagnons du Prophète, chacun espérant être désigné comme "le bien-aimé de Dieu et de Son Prophète". La nuit fut longue et pleine d'anxiété, chacun se demandant qui serait l'élu. Personne ne pensa à 'Alî, le cousin et lieutenant du Prophète, héros de nombreuses batailles passées, car il souffrait de graves problèmes oculaires qui l'empêchaient de voir.

Selon certains hadiths, 'Alî était absent, se trouvant à Médine. Cependant, lorsque le Prophète lança l'appel : "Nadi 'Alî" ('Alî est appelé), 'Alî apparut immédiatement, malgré ses yeux malades. L'attente du lendemain était fébrile, les compagnons entourant le Prophète comme des étoiles scintillantes, chacun cherchant à se faire remarquer. Sa'd Ibn Abî Waqqâç, désireux d'attirer l'attention, se jeta à terre puis se releva en prétendant être tombé. Pourtant, le Prophète ne sembla prêter attention à personne en particulier.

Lorsque le silence fut enfin rompu par la question du Prophète sur l'absence de 'Alî, tous répondirent d'une seule voix qu'il souffrait sérieusement de ses yeux malades et était incapable de voir. Le Prophète ordonna alors qu'on le fasse venir. Salma B. Ako' amena 'Alî en le tenant par la main. Le Prophète prit la tête de 'Alî, la posa sur ses genoux, et appliqua sa salive sur ses yeux.

Aussitôt, les yeux de 'Alî retrouvèrent une clarté telle qu'on aurait dit qu'ils n'avaient jamais été malades. Il est rapporté qu'à partir de ce jour, 'Alî ne souffrit plus jamais de troubles oculaires tout au long de sa vie.

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'Alî est Spécialement Désigné pour Remporter la Victoire

'Alî est Spécialement Désigné pour Remporter la Victoire

Dans l'atmosphère chargée de tension de cette époque, le Prophète Muhammad, paix et bénédictions sur lui, prit une décision cruciale. Il confia la précieuse Bannière sacrée à 'Alî, l'armant de son épée légendaire, Thulfiqâr. Par ce geste symbolique et puissant, il désigna 'Alî comme l'homme que Dieu et Son Prophète chérissaient particulièrement. Cette confiance placée en 'Alî n'était pas anodine, car elle s'accompagnait d'une mission claire : conduire l'assaut contre les Juifs et les combattre jusqu'à ce qu'ils se soumettent.

'Alî, vêtu d'une veste écarlate sur laquelle une cuirasse d'acier était solidement attachée, s'avança avec détermination à la tête de ses partisans. Ils escaladèrent ensemble le rocher pierreux qui se dressait face à la forteresse ennemie. Là, 'Alî planta fermement l'Étendard au sommet, résolu à ne pas reculer d'un pouce tant que la citadelle ne serait pas conquise.

Face à cette démonstration de détermination, les Juifs se mobilisèrent pour déloger les assaillants. Un rabbin juif, curieux, demanda à 'Alî son nom. Celui-ci répondit qu'il était 'Alî Ibn Abî Tâlib, aussi connu sous le nom de Haydar. À l'écoute de ce nom, le rabbin pressentit que les assaillants ne quitteraient pas les lieux sans avoir gagné du terrain.

Cependant, Hârith, un héros juif réputé pour avoir vigoureusement repoussé les précédentes attaques, s'avança avec bravoure. Il réussit à tuer plusieurs adversaires musulmans, semant la panique. Voyant cela, 'Alî s'engagea personnellement dans un combat au corps à corps contre Hârith et le tua, avant de revenir triomphalement à ses lignes.

Mais le frère de Hârith, un homme de stature gigantesque et de force redoutable, ne tarda pas à sortir des rangs pour venger la mort de son frère. Couvert du cou à la taille d'une double cotte de mailles, coiffé d'un heaume de protection autour duquel était enroulé un double turban orné d'une pierre précieuse, il avançait avec une assurance inébranlable. Armé d'une épée énorme et d'une lance à trois têtes fourchues, il défia les musulmans à un combat singulier. « Comme tout Khaybar le sait, je suis Marhab, un guerrier hérissé d'armes dans une guerre furieuse et ravageuse », s'écria-t-il.

Face à ce défi, aucun musulman n'osa s'avancer, sauf 'Alî. Il sortit des rangs musulmans pour répondre à la vantardise de Marhab, déclarant : « Je suis celui que sa mère a nommé Haydar. Je pèse mes ennemis dans une gigantesque balance. » Ces mots n'étaient pas vains. 'Alî, inspiré, rappela à Marhab un rêve qu'il avait fait récemment, où un lion robuste le déchirait en morceaux. Cette évocation sema le doute et la peur dans le cœur de Marhab.

Lorsque les deux combattants s'approchèrent, 'Alî, d'un regard perçant, remarqua que Marhab tremblait. Marhab tenta une attaque avec sa lance à trois fourchons, mais 'Alî esquiva avec une agilité remarquable. Profitant de l'ouverture, il frappa avec son cimeterre irrésistible, Thulfiqâr. Le coup fut si puissant qu'il traversa le bouclier de Marhab, son double turban, son heaume impénétrable, et fendit son crâne jusqu'à sa poitrine, voire plus bas selon certains récits.

Marhab s'effondra sans vie, et 'Alî, victorieux, lança son cri habituel : "Allâh-u-Akbar" (Dieu est le Plus Grand), proclamant ainsi sa victoire à tous ceux qui l'entouraient. Cette exclamation résonna comme un écho de triomphe, marquant la bravoure et la détermination indéfectible de 'Alî.

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Les Prouesses Surhumaines de 'Alî

Les Prouesses Surhumaines de 'Alî

Dès que les Musulmans se mirent en marche, ils avancèrent en masse, déterminés et unis dans leur objectif. Une violente mêlée s'ensuivit, où les épées s'entrechoquaient et les cris de guerre résonnaient. Au cœur de cette bataille féroce, sept des plus éminents guerriers juifs, portant les noms redoutés de Mahrab, 'Antar, Rabî', Zajîj, Dâûd, Morrah et Yâcir, tombèrent sous les coups puissants et précis de l'épée de 'Alî. Face à cette démonstration de force et de bravoure, le reste de l'armée juive, terrifiée et désorganisée, battit en retraite. Ils se précipitèrent vers la citadelle, cherchant refuge derrière ses murs protecteurs, espérant échapper à l'assaut implacable des Musulmans qui les poursuivaient.

Dans le tumulte de la bataille, un guerrier juif réussit à porter un coup sur le bras de 'Alî, désolidarisant son bouclier qui tomba au sol. Un autre Juif, prompt à saisir l'opportunité, ramassa le bouclier et s'enfuit avec. Cette perte ne fit qu'attiser la colère de 'Alî, qui, animé par une fureur indomptable, se lança dans des actes de bravoure dignes des légendes. Dans un élan de détermination, il sauta par-dessus la tranchée qui séparait les deux armées, se rapprocha de la porte en fer massive de la forteresse, et dans un geste de force surhumaine, en arracha un battant. Ce battant, il l'utilisa comme bouclier improvisé pour se protéger durant le reste de la bataille.

Abû Rafi', l'un des compagnons de 'Alî qui avait participé à l'assaut de la forteresse, témoigna plus tard de cet exploit incroyable. Après la fin des hostilités, il examina la porte arrachée et, avec sept autres hommes, tenta de la retourner. Malgré leurs efforts conjugués, ils ne parvinrent pas à la bouger, soulignant ainsi la force extraordinaire de 'Alî.

Finalement, la citadelle tomba entre les mains des Musulmans, marquant une victoire décisive. Les Juifs subirent de lourdes pertes, avec quatre-vingt-treize hommes tombés au combat, tandis que les Musulmans ne déplorèrent que dix-neuf pertes. Cette victoire fut un tournant dans la bataille, illustrant non seulement la stratégie et la bravoure des Musulmans, mais aussi les prouesses inégalées de 'Alî.

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Les Services Rendus par 'Alî très Appréciés

Les Services Rendus par 'Alî très Appréciés

Après la prise triomphante de la citadelle, 'Alî revint vers son camp, auréolé de succès. À son arrivée, le Prophète, animé d'une joie visible, sortit de sa tente pour accueillir ce valeureux compagnon. Le Prophète, les bras grands ouverts, s'avança vers 'Alî, l'embrassa avec une chaleur sincère et empreinte de gratitude. Puis, dans un geste empreint de respect et de reconnaissance, il inclina son front vers 'Alî et lui adressa des paroles qui résonnaient comme un éloge divin. Il lui fit savoir que ses services rendus à la Cause Divine étaient hautement appréciés, non seulement par le Tout-Puissant Juge, mais également par lui-même, en tant que Prophète de Dieu.

Ces paroles, empreintes de solennité et de reconnaissance, touchèrent profondément 'Alî, qui ne put retenir ses larmes de joie. Ce moment de reconnaissance fut aussi l'occasion pour le Prophète de redonner courage et foi à ses compagnons, ceux qui avaient connu l'échec lors des tentatives antérieures. En mettant en avant l'exemple éclatant de 'Alî, il insuffla un nouvel espoir à ses adeptes. En reconnaissance de son courage et de sa détermination, le Prophète conféra à 'Alî le glorieux surnom d'"Asad-Allâh", signifiant "Le Lion de Dieu". Cette appellation, empreinte de noblesse, est mentionnée dans les écrits de Gibbon, "D. and F. of Roman Empire", vol. V, p. 356, soulignant ainsi l'importance et la portée de cet événement dans l'histoire.

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La Reddition des Juifs

La Reddition des Juifs

Après la défaite des Juifs, un moment crucial se dessina, marquant la fin d'une résistance acharnée. La forteresse, symbole de leur dernier bastion, consentit à se rendre. Cependant, cette reddition ne se fit pas sans conditions. Les habitants, acculés, obtinrent la liberté de quitter le pays, mais à un prix : ils devaient abandonner tous leurs biens aux conquérants. Seule exception à cette règle, chaque individu était autorisé à partir avec un chameau et une charge de denrées alimentaires, une maigre consolation pour ceux qui avaient tout perdu.

Toute tentative de dissimulation d'objets de valeur était strictement interdite et considérée comme une violation flagrante des termes de l'accord. Les conséquences de telles actions étaient sévères, car le coupable s'exposait à la peine capitale, une sentence impitoyable qui reflétait la gravité de l'infraction.

Pour ceux qui choisissaient de rester dans le pays, une autre voie s'offrait à eux. Ils pouvaient demeurer dans leurs maisons, continuant à y résider. La terre qu'ils avaient cultivée en tant que premiers occupants leur restait accessible, mais sous des conditions strictes. Bien qu'ils puissent la travailler, ils n'avaient pas le droit de posséder la propriété immobilière. En échange de cette possibilité de subsistance, ils devaient verser au conquérant la moitié de leur production. De plus, leur situation restait précaire, car le conquérant se réservait le droit de les congédier à sa guise, ajoutant une incertitude constante à leur avenir.

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Kinânah

Kinânah

Kinânah, le chef respecté des Juifs, était au centre de toutes les attentions, car il était fortement soupçonné d'avoir dissimulé un trésor d'une grande valeur. Malgré des recherches minutieuses et répétées, ce trésor restait introuvable, comme s'il avait disparu dans les méandres du désert. Les enquêteurs, déterminés à percer ce mystère, finirent par confronter Kinânah. Ils lui demandèrent ce qu'il était advenu de ses précieux récipients en or, ces mêmes récipients qu'il avait l'habitude de louer aux habitants de la Mecque, et qui faisaient partie intégrante de sa richesse.

Face à cette question pressante, Kinânah répondit que toute sa fortune avait été engloutie par les dépenses colossales qu'exigeait l'entretien de son armée. Cependant, ses interlocuteurs ne furent guère convaincus par cette explication. Ils lui firent alors une proposition des plus terribles : sa vie serait épargnée s'il révélait l'emplacement de ce qu'il avait caché. Kinânah, se voyant acculé, accepta ce marché désespéré.

Mais le destin en décida autrement. Un de ses amis, cédant à la tentation de la trahison, révéla finalement le lieu où une grande partie de la fortune de Kinânah était dissimulée. Cette révélation fatidique scella le sort de Kinânah. Il fut livré à la vengeance d'un Musulman du nom de Mohammad B. Maslamah. Ce dernier nourrissait une rancune personnelle contre Kinânah, car celui-ci avait causé la mort de son frère, Mohmûd B. Maslamah, en le tuant de manière brutale en lui jetant une meule. Dans un acte de vengeance implacable, Mohammad B. Maslamah trancha la tête de Kinânah d'un seul coup de cimeterre, mettant ainsi un terme à cette sombre affaire.

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Safiya

Safiya

Safiya, la fille du chef des Nadhîrites, Hoyay B. Akhtab, était l'épouse de Kinânah. Elle embrassa l'Islam et devint l'épouse du Prophète, une union qu'elle accueillit avec joie et enthousiasme. Cette nouvelle position, qu'elle avait attendue avec impatience, lui apporta un bonheur profond.

Son impatience était en partie due à un rêve marquant qu'elle avait fait : elle avait vu la lune tomber du ciel pour se poser délicatement sur ses genoux. Lorsqu'elle avait partagé ce rêve avec son mari, Kinânah, celui-ci réagit avec colère et violence. Il l'accusa de désirer secrètement épouser le Prophète du Hijâz. La brutalité de Kinânah était telle qu'elle portait encore sur ses paupières les marques des contusions causées par un coup qu'il lui avait asséné après qu'elle lui eut confié son songe.

Ainsi, en rejoignant l'Islam et en épousant le Prophète, Safiya trouva enfin la paix et la dignité qu'elle avait tant espérées, loin des violences qu'elle avait subies.

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Tentative d'Empoisonnement du Prophète

Tentative d'Empoisonnement du Prophète

C'était à Khaybar, un lieu chargé d'histoire et de tensions, que se déroula un événement des plus dramatiques. Les Juifs, animés par des intentions malveillantes, complotèrent contre la vie du Prophète. Ils préparèrent un agneau, soigneusement assaisonné d'un poison mortel, qu'ils lui envoyèrent en guise de cadeau, à l'heure où le dîner lui était servi. Le Prophète, dans sa générosité habituelle, accepta ce présent avec gratitude. Il choisit pour lui-même l'épaule de l'agneau, une partie qu'il affectionnait particulièrement. Avec un geste de partage, il découpa une autre portion qu'il offrit à Bichr, son compagnon assis à ses côtés. Bichr, à son tour, passa le morceau à son voisin, et ainsi de suite.

Cependant, dès que le Prophète porta à sa bouche une bouchée de la viande, il perçut immédiatement un goût anormal. Avec promptitude, il cracha le morceau, déclarant que la viande était empoisonnée. Malheureusement, Bichr, qui avait déjà avalé sa part, succomba presque instantanément, provoquant une confusion totale parmi les convives.

Une enquête fut rapidement diligentée pour élucider cette tentative d'empoisonnement. Il fut bientôt révélé que l'agneau avait été préparé par une femme captive du nom de Zaynab. Elle était la nièce de Marhab, un grand guerrier qui avait trouvé la mort par l'épée d'Ali. Zaynab fut convoquée et soumise à un interrogatoire rigoureux. Elle avoua sans détour son crime, expliquant qu'il s'agissait d'un acte de vengeance. Elle avait perdu son père, son frère, son mari et d'autres proches, et son pays avait été ravagé par les conquérants. Dans son esprit, elle nourrissait l'espoir que si Mohammad était véritablement un Prophète, il découvrirait le poison avant qu'il ne lui fasse du mal. En revanche, si ce n'était qu'un imposteur, il tomberait victime de sa ruse, libérant ainsi les Juifs de ce qu'elle considérait comme un tyran.

Zaynab fut finalement condamnée à mort, une conclusion tragique à cet épisode sombre de l'histoire.

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Fadak

Fadak

Après la conquête d'al-Qâmûs, une série d'événements marquants s'enchaîna. Les autres citadelles tombèrent successivement sous le contrôle des musulmans, et les terres conquises furent soumises à une taxe équivalente à cinquante pour cent de leur production. Dans ce contexte de victoires, 'Alî fut envoyé à Fadak, une ville juive située non loin de Khaybar, avec pour mission de la conquérir. Cependant, à la surprise générale, il n'eut pas besoin de recourir à la force. Les habitants de Fadak, anticipant peut-être le sort qui les attendait, choisirent d'offrir leur soumission pacifiquement. Ils acceptèrent de céder la moitié de leurs propriétés au Prophète.

C'est alors que l'Ange Gabriel apporta au Prophète un Commandement Divin, contenu dans la Sourate de Banî Isrâ'îl, verset 26 : « Donne à celui qui est de tes proches, ainsi qu'au pauvre et au voyageur leur dû » (Sourate Banî Isrâ'îl, 17:26). Intrigué par la portée de cette injonction, le Prophète s'enquit auprès de Gabriel de l'identité de « celui qui est de tes proches ». L'Ange désigna Fâtimah, la fille bien-aimée du Prophète, et lui conseilla de lui donner Fadak. Cette terre, acquise sans recours à la force, devait revenir à Fâtimah, car la rente qu'elle générait lui appartenait de plein droit.

Ainsi, conformément à cette Révélation, le Prophète accorda à Fâtimah la propriété de Fadak. Ce domaine devait subvenir à ses besoins ainsi qu'à ceux de ses enfants. Fâtimah et ses descendants bénéficièrent de la rente provenant de la vente de la production de Fadak jusqu'à l'époque du calife Abû Bakr. Ce dernier, peu après le décès du Prophète, confisqua le domaine, le transformant en propriété d'État.

Fadak demeura ainsi sous contrôle étatique jusqu'à ce que le calife 'Othmân le cède à Marwân en l'an 34 de l'Hégire. Il resta entre les mains des Omayyades jusqu'à ce que 'Omar Ibn 'Abdul-Aziz, animé par un sens aigu de la justice, le restitue à l'Imam Mohammad al-Bâqir, fils de 'Alî Ibn al-Hussayn. Ce dernier, en tant que chef des descendants de Fâtimah à cette époque, fut reconnu comme le propriétaire légitime et légal de Fadak.

Quant à l'autre moitié du territoire, elle demeura en possession des Juifs jusqu'à ce que le calife 'Omar les expulse vers la Syrie, tout en les indemnisant pour cette relocalisation forcée.

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L'Arrivée de Ja'far

L'Arrivée de Ja'far

Alors que le Prophète se trouvait encore à Khaybar, un événement marquant se produisit. Ja'far, le frère bien-aimé de 'Alî, fit son retour tant attendu après un long exil en Abyssinie. Il n'était pas seul dans ce voyage de retour ; sa femme l'accompagnait, ainsi que cinq autres compagnons d'exil, tous impatients de retrouver le Prophète.

Leur arrivée à Khaybar coïncida avec un jour mémorable, celui de la conquête de la ville. Le Prophète, en voyant son cousin après une séparation si prolongée, ne put contenir sa joie. Il exprima son bonheur en déclarant qu'il ne savait lequel des deux événements le comblait le plus : l'arrivée de Ja'far ou la victoire éclatante à Khaybar.

Dans un élan de générosité et de reconnaissance, le Prophète proposa que ces nouveaux venus soient considérés comme faisant partie intégrante des hommes qui avaient courageusement participé à l'expédition. Cette proposition fut accueillie avec une grande allégresse par l'armée, permettant ainsi aux exilés de partager les butins de guerre. C'était un moment de célébration et de réunification, marquant la fin d'une séparation douloureuse et le début d'un nouveau chapitre pour Ja'far et ses compagnons.

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Abû Horayrah

Abû Horayrah

Un jour, à Khaybar, un jeune homme fit son apparition devant le Prophète. Il avait l'air d'un mendiant, mais portait en lui une détermination et une curiosité qui allaient changer le cours de sa vie. Ce jeune homme se nommait Abû Horayrah. En embrassant l'Islam ce jour-là, il prit une décision irrévocable : il ne retournerait plus jamais chez lui.

Accompagnant le Prophète dans son retour à Médine, Abû Horayrah trouva refuge parmi les gens de Suffa. Ces hommes, démunis et pieux, vivaient dans les chambres attenantes au grand Masjid du Prophète, un espace réservé aux plus pauvres. C'est dans cette communauté qu'Abû Horayrah résida, partageant la vie simple et dévouée de ceux qui avaient fait le choix de suivre le Prophète de près.

Jusqu'au décès du Prophète, Abû Horayrah resta constamment à ses côtés, absorbant chaque parole, chaque enseignement. Après cette période marquante, il devint un personnage éminent, gagnant la faveur des califes successifs. Plus tard, il fut accueilli à la cour de Mu'âwiyeh, qui, reconnaissant ses qualités, le nomma Gouverneur.

Pour la majorité des Musulmans sunnites, Abû Horayrah est une figure d'autorité incontestée. On dit de lui qu'il rapporta pas moins de cinq mille trois cent soixante-quatorze hadiths, qu'il affirma avoir entendus directement du Prophète et mémorisés au cours des quatre années passées en sa compagnie. En cela, Abû Horayrah surpassa tous les autres Compagnons du Prophète. Bien que certains aient partagé presque toute la période de la mission prophétique, peu purent égaler sa capacité à mémoriser, n'atteignant même pas le millier de hadiths.

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Le Prophète à Wâdî al-Qorâ

Le Prophète à Wâdî al-Qorâ

Après la conquête de Khaybar, le Prophète, animé par la détermination de sécuriser la région, se mit en route vers Wâdî al-Qorâ. Cette ville, connue pour être un bastion juif, fut rapidement encerclée par les forces du Prophète. Les habitants de Wâdî al-Qorâ, bien que courageux, ne purent résister longtemps face à l'assaut. Après un siège qui dura un ou deux jours, et au prix de onze vies perdues parmi eux, ils décidèrent finalement de se rendre.

Dans le sillage de cette reddition, les Juifs de Taymah, conscients de la puissance et de l'influence croissante du Prophète, choisirent également de se soumettre sans engager de combat. Ainsi, avec la soumission des Juifs de Khaybar et de ses environs, l'autorité du Prophète s'étendit sur l'ensemble des tribus juives situées au nord de Médine. Cette série de victoires permit de stabiliser la région en éliminant les sources de troubles potentielles, consolidant ainsi la paix et l'ordre sous la gouvernance du Prophète.

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Le Retour du Soleil pour les Prières de 'Alî

Le Retour du Soleil pour les Prières de 'Alî

L'incident qui suit est un événement marquant de cette époque, digne d'être relaté avec attention. Alors que le Prophète, accompagné de ses compagnons, se dirigeait vers Wâdî al-Qorâ après avoir quitté Khaybar, il décida de faire une halte à un endroit nommé Sabha. Dans ce lieu de repos temporaire, le Prophète, fatigué par le voyage, s'installa sous sa tente, posant sa tête sur les genoux de 'Alî pour se reposer. C'est alors qu'il fut soudainement plongé dans un état de réception de révélations divines, un moment de grande intensité spirituelle.

Durant cette période de révélation, 'Alî demeura parfaitement immobile, respectant le silence sacré de ce moment. Lorsque le Prophète émergea de cet état, il s'adressa à 'Alî pour s'enquérir de ses prières de l'après-midi. Le soleil, cependant, avait déjà disparu derrière l'horizon, annonçant la fin du jour. 'Alî, avec honnêteté, répondit qu'il n'avait pas encore accompli ses prières.

Face à cette situation, le Prophète invoqua Dieu avec ferveur, demandant que le soleil revienne pour permettre à 'Alî d'accomplir ses prières dans le temps prescrit. En réponse à cette prière, le soleil réapparut immédiatement à l'horizon, brillant de tout son éclat. Il resta suspendu dans le ciel assez longtemps pour que 'Alî puisse terminer ses prières avec dévotion. Une fois ses prières achevées, le soleil se coucha à nouveau, marquant la fin de cette journée extraordinaire.

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Om Habîbah

Om Habîbah

C'est au cours du mois de Jumâdî-II que le Prophète fit son retour à Médine, apportant avec lui des intentions nobles et des gestes empreints de générosité. Parmi ces gestes, il y eut celui d'offrir une dot de quatre cents dinars à Om Habîbah, la fille d'Abû Sufiyân. Ce don somptueux venait parfaire et sceller définitivement le mariage qui avait été préalablement contracté en son nom par le roi d'Abyssinie. À cette époque, Om Habîbah était une femme ayant déjà dépassé la trentaine, une période de la vie où la maturité et la sagesse s'épanouissent pleinement.

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'Umrat al-Qadhâ' du Prophète

'Umrat al-Qadhâ' du Prophète

Après son retour triomphal de Khaybar, le Prophète Muhammad passa une période de quatre à cinq mois à Médine, une ville qui était devenue le cœur battant de la communauté musulmane. Ce temps fut marqué par une attente patiente et déterminée, car approchait le moment tant attendu de l'accomplissement de 'Umrat al-Qadhâ'. Cette visite à la Mecque avait pour but d'accomplir les rites de la 'Umrah, le Pèlerinage mineur, dont le Prophète et ses compagnons avaient été privés l'année précédente, lors de l'incident de Hudaybiyyah.

Lorsque le mois de Thilqadah de l'an 7 de l'hégire arriva, le Prophète, accompagné d'environ deux mille fidèles, prit la route vers la Mecque. Parmi ces fidèles se trouvaient tous ceux qui, l'année précédente, avaient fait le voyage à Hudaybiyyah sans pouvoir accomplir leur pèlerinage. La détermination et la foi de ces hommes étaient palpables alors qu'ils marchaient aux côtés du Prophète vers la ville sainte.

Informés de l'arrivée imminente du Prophète, les Quraych, qui étaient les gardiens traditionnels de la Mecque, se retirèrent de la ville pour se réfugier dans les collines avoisinantes. Ce retrait était conforme à l'accord conclu l'année précédente, qui permettait au Prophète et à ses compagnons d'accomplir leur pèlerinage sans entraves. Ainsi, le Prophète et ses adeptes purent entrer dans la Mecque en toute quiétude, sans rencontrer d'obstacle.

Une fois dans la ville, ils se dirigèrent avec révérence vers la Ka'bah, le cœur spirituel de l'islam. Ils effectuèrent le Tawaf, tournant sept fois autour de la Ka'bah, un acte de dévotion et de soumission. Puis, ils embrassèrent le Hajar al-Aswad, la Pierre Noire sacrée, avant de se rendre à Çafâ et Marwah pour accomplir le Sa'i, le parcours symbolique entre ces deux collines. Le sacrifice fut ensuite réalisé, et après s'être fait couper les cheveux, ils achevèrent ainsi les cérémonies de la 'Umrah.

Le jour suivant, un événement d'une grande signification se produisit. Le Prophète entra dans la Ka'bah et demanda à Bilâl, connu pour sa voix puissante et mélodieuse, de monter sur la Maison sacrée. De là, Bilâl lança l'Appel à la Prière de Midi, un appel qui résonna dans toute la ville sainte. Tous les Musulmans présents se rassemblèrent, et la prière fut dirigée par le Prophète lui-même, entre les murs sacrés du Sanctuaire. Ce fut un moment historique, marquant la première Grande Assemblée Musulmane à l'intérieur de l'enceinte de la Ka'bah, un symbole fort de la présence et de la foi musulmane au cœur de la Mecque.

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Maymûnah

Maymûnah

Le Prophète, lors de son séjour à la Mecque, y demeura trois jours. Durant cette période, il se fiança à Maymûnah, une union arrangée sur les conseils avisés de son oncle 'Abbâs. Maymûnah, alors veuve, était âgée de cinquante et un ans. Elle résidait avec sa sœur Om al-Fadhl, qui n'était autre que l'épouse de 'Abbâs. Maymûnah appartenait à une famille étroitement liée au Prophète, car elle avait deux autres sœurs mariées à des membres de sa famille. Sa sœur, Asmâ' Bint 'Umays, était l'épouse de Ja'far, le frère de 'Alî, tandis que sa troisième sœur, Salma, était mariée à Hamzah. Ainsi, trois sœurs avaient trouvé mariage au sein d'une seule et même famille, tissant des liens familiaux encore plus forts.

Le quatrième jour, le Prophète quitta la Mecque pour poursuivre son chemin. Il fit une halte à Sarif, un endroit situé à environ treize kilomètres de la Mecque. C'est là, dans ce lieu paisible, qu'il consomma son mariage avec Maymûnah, scellant ainsi cette nouvelle alliance.

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La Conversion de Khâlid Ibn al-Walîd et de 'Amr Ibn al-'Âç

La Conversion de Khâlid Ibn al-Walîd et de 'Amr Ibn al-'Âç

La conversion de Khâlid Ibn al-Walîd et de 'Amr Ibn al-'Âç marque un tournant significatif dans l'histoire de l'Islam. Maymûnah, par son appartenance aux cercles élevés de la noblesse mecquoise, tant par sa naissance que par ses alliances familiales, jouait un rôle crucial dans cette transformation. Le Prophète, conscient de l'influence potentielle que ce mariage pourrait apporter, avait accepté avec enthousiasme la proposition de son oncle 'Abbâs. Les événements qui suivirent confirmèrent ses espérances.

Maymûnah avait une sœur mariée à Moghîrah, un chef influent parmi les nobles de la Mecque, bien que ce dernier fût tristement célèbre pour son infidélité, comme le mentionne le Coran dans la Sourate al-Muddathir, versets 11 à 26. C'est dans le sillage du mariage de sa cousine Maymûnah avec le Prophète que Khâlid, fils de Walîd, se repentit et embrassa la nouvelle religion lors de la huitième année de l'Emigration.

Jusqu'à ce moment décisif, Khâlid et 'Amr Ibn al-'Âç avaient été des adversaires acharnés du Prophète et de sa foi. Khâlid avait activement participé à la bataille d'Ohod contre le Prophète et avait dirigé, sans succès, plusieurs assauts pour briser les lignes de défense musulmanes lors de la Bataille du Fossé. De son côté, 'Amr Ibn al-'Âç avait souvent utilisé ses talents poétiques pour nuire au Prophète et saper sa mission.

Malgré leur opposition initiale, chacun de ces deux hommes allait devenir une figure emblématique de l'histoire de l'Islam, marquant de leur empreinte les pages de cette époque tumultueuse.

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La Chaire

La Chaire

Jusqu'à ce moment précis de l'histoire, le Prophète de l'Islam avait pour habitude de prononcer ses sermons en s'appuyant sur un tronc de palmier solidement enfoncé dans le sol du Masjid. Ce tronc, simple mais symbolique, servait de point d'ancrage à ses paroles inspirées. Cependant, au cours de la huitième année de l'Hégire, une innovation notable fit son apparition : une chaire à trois marches fut spécialement préparée pour cet usage sacré. Désormais, pour délivrer ses sermons, le Prophète s'asseyait dignement sur la marche supérieure de la chaire, ses pieds reposant avec grâce sur la marche inférieure.

Lorsque Abû Bakr accéda au califat, il choisit de s'asseoir sur la marche du milieu, plaçant ses pieds sur la première marche, marquant ainsi une continuité respectueuse avec la tradition établie par le Prophète. À son tour, quand 'Omar lui succéda, il opta pour la simplicité en s'asseyant sur la première marche, ses pieds touchant directement le sol, exprimant ainsi une humilité caractéristique de son règne.

Son successeur, 'Othmân, suivit pendant six années l'exemple modeste de 'Omar. Cependant, par la suite, il prit la décision de remonter de deux marches pour s'installer sur la marche supérieure, celle que le Prophète avait jadis utilisée, rétablissant ainsi une connexion directe avec la pratique originelle.

Enfin, sous le califat de Mu'âwiyeh, la chaire subit une transformation plus audacieuse. Elle fut rehaussée de trois étages supplémentaires, comptant désormais six marches au total. Mu'âwiyeh se plaçait sur la marche supérieure, dominant l'assemblée, et perpétuant ainsi l'évolution de cet objet devenu emblématique.

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La Campagne de Mo'tah

La Campagne de Mo'tah

Après son retour du pèlerinage connu sous le nom de 'Omrat al-Qadhâ', le Prophète de l'Islam avait passé environ six mois à Médine. C'est alors qu'il reçut une nouvelle tragique : l'assassinat de son messager, Hârith Ibn 'Omayr. Ce dernier avait été envoyé avec une missive destinée au gouverneur de Basrah, l'invitant à embrasser l'Islam. Malheureusement, lors de son passage à Mo'tah, il avait été tué par Charahbil, le chef de Ma'ab ou Mo'tah. Cette nouvelle plongea le Prophète dans une profonde tristesse, mais elle éveilla aussi en lui la détermination de punir le chef responsable de cet acte, afin de garantir que ses ambassadeurs soient respectés à l'avenir.

Pour mener à bien cette résolution, le Prophète rassembla une armée de trois mille hommes au mois de Jumâdî-I de l'an 8 de l'Hégire, correspondant à septembre 629 après J.-C. Il confia à son ancien serviteur affranchi une bannière blanche, symbole du commandement de l'expédition, et lui donna l'ordre de marcher rapidement pour surprendre le peuple de Mo'tah. Leur mission était claire : appeler les habitants à l'Islam, et s'ils refusaient, les combattre au nom du Seigneur. Le Prophète, prévoyant les dangers de la mission, donna des instructions précises concernant la succession du commandement. Si Zayd venait à être tué dans la bataille, Ja'far, le frère de 'Alî, devait prendre le relais. Si Ja'far tombait à son tour, 'Abdullâh Ibn Rawaha devait le remplacer. Et si ce dernier venait également à périr, l'armée devait choisir un nouveau chef parmi ses rangs. Cette précaution s'avéra prophétique.

En effet, lorsque l'armée atteignit Ma'an, Zayd fut informé que l'empereur romain Héraclius campait à Ma'ab, sur le territoire de Belqa, avec une armée impressionnante de cent mille combattants. En réalité, c'était Théodorus, le frère de Héraclius, qui commandait cette force redoutable, renforcée par les hommes que Charahbil avait recrutés parmi les tribus voisines pour le soutenir, après avoir appris l'arrivée de l'expédition musulmane.

Face à cette situation, Zayd fit halte à Ma'an, où les chefs de l'armée musulmane passèrent deux jours entiers à discuter des difficultés qu'ils rencontraient. Beaucoup suggérèrent de contacter le Prophète pour l'informer de la situation et attendre ses instructions. Cependant, 'Abdullâh Ibn Rawaha s'opposa fermement à cette idée et recommanda une avance immédiate. Il déclara avec passion : « Est-ce que nous devons compter sur notre nombre ou sur l'aide du Seigneur, le Tout-Puissant ? Nous combattons pour le Seigneur et, dès lors, nous ne pourrons jamais être des perdants. Victoire ou martyre ! Nous devrons avoir l'un ou l'autre. Aussi, il n'y a pas à hésiter, il faut foncer. »

Enflammés par ce discours plein d'ardeur, les soldats s'écrièrent d'une seule voix : « Par Dieu ! Le fils de Rawaha a dit la vérité. Avançons ! » Ainsi, l'armée reprit sa marche, résolue à affronter l'ennemi malgré les difficultés qui se dressaient devant elle.

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L'État Désastreux de l'Armée Musulmane

L'État Désastreux de l'Armée Musulmane

Alors que l'armée musulmane approchait de Mo'tah, elle se retrouva face à face avec l'ennemi redoutable. L'armée romaine, bien organisée et déterminée, prit rapidement l'offensive, déclenchant ainsi une bataille intense. Zayd, un chef courageux, conduisit sa colonne en avant, brandissant fièrement le drapeau. Il se battit avec une bravoure exemplaire jusqu'à ce qu'il tombe, mortellement touché. Il avait alors cinquante-cinq ans.

Le drapeau, symbole de courage et de détermination, fut immédiatement ramassé par Ja'far. Dans un geste de détermination suprême, Ja'far descendit de son cheval et l'estropia sur-le-champ, signifiant ainsi sa décision de se battre jusqu'à la mort ou la victoire. Il mena ses hommes à l'assaut, mais son corps fut rapidement criblé de blessures. Malgré cela, il continua à se battre vaillamment jusqu'à ce qu'il soit entouré par des soldats romains. Lorsqu'il perdit sa main droite, il reprit le drapeau avec sa main gauche, qui fut elle aussi coupée. Dans un dernier acte de bravoure, il tint l'étendard avec les restes mutilés de ses bras, mais un coup fatal sur le crâne mit fin à sa vie. Ja'far avait quarante et un ans lorsqu'il fut tué.

Après la mort de Ja'far, 'Abdullâh Ibn Rawahah prit le relais et redressa le drapeau. Malheureusement, il subit rapidement le même sort tragique. Lorsqu'il fut enterré aux côtés de Zayd Ibn Hârithah et de Ja'far, son corps portait les marques de quatre-vingt-dix blessures, toutes sur le devant, témoignant de son courage face à l'ennemi.

Face à cette situation désastreuse, les chefs de l'armée musulmane, suivant les instructions du Prophète, se réunirent en conseil urgent. Ils élurent Khâlid pour assumer le commandement. Cependant, les chances de succès s'étaient déjà considérablement réduites, et le moral des hommes était au plus bas. La décision de battre en retraite avait déjà été prise. Les Romains, déterminés à ne laisser aucun répit aux musulmans, se mirent à leur poursuite, infligeant de lourdes pertes parmi les fuyards. Khâlid, faisant preuve de stratégie, parvint à retirer du champ de bataille ce qui restait de son armée, minimisant ainsi les pertes et évitant une destruction totale. Il conduisit les survivants directement à Médine.

À l'approche de la ville, les habitants, accablés par la défaite, sortirent à la rencontre des survivants. Dans un geste de reproche, ils jetèrent des poignées de sable sur leurs visages, criant : « Vous avez fui ! Vous avez fui l'ennemi alors que vous combattiez pour le Seigneur ». Malgré cela, Khâlid reçut le titre honorifique de Sayfullâh, "l'Épée de Dieu", en reconnaissance de son courage et de sa détermination.

Cependant, la défaite de Mo'tah laissa des séquelles. Om Salma, l'une des épouses du Prophète, interrogea un jour la femme de Salama Ibn Hichâm Ibn Moghîrah sur l'absence de son mari, même pour la prière avec le Prophète. Elle répondit que Salama était la cible de moqueries, traité de fugitif de Mo'tah, ce qui le poussait à s'abstenir de sortir de chez lui.

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Les Lamentations du Prophète

Les Lamentations du Prophète

Les nouvelles de la bataille, avec tous leurs détails tragiques, avaient atteint le Prophète à Médine presque instantanément. Avec une grande émotion, il les avait partagées sans tarder avec son entourage. C'était le jour même où Ja'far avait trouvé la mort. Le Prophète, profondément touché par cette perte, s'était rendu chez Ja'far pour embrasser tendrement ses enfants, laissant couler un flot de larmes en signe de son immense affliction.

Asmâ', l'épouse de Ja'far, avait rapidement compris la terrible vérité. Elle s'était mise à gémir si bruyamment que les femmes du voisinage s'étaient rassemblées autour d'elle, partageant sa douleur. Le Prophète, conscient de leur chagrin, était retourné chez lui. Là, il avait demandé aux membres de sa propre famille d'envoyer de la nourriture chez les Ja'far, expliquant que dans cette maison accablée par le deuil, il n'y aurait pas de repas cuisinés.

Ensuite, le Prophète avait rendu visite à la famille de Zayd. En prenant dans ses bras la petite fille de Zayd, il avait laissé libre cours à ses sanglots. La fillette, elle aussi, pleurait amèrement, et cette scène poignante avait ému tous ceux qui étaient présents. Quelqu'un dans l'assistance avait alors interrogé le Prophète : « Pourquoi cela, ô Prophète de Dieu ? » Ce à quoi il avait répondu avec émotion : « C'est l'ardente affection qui s'agite dans le cœur d'un ami pour son ami. »

Le lendemain matin, le Prophète était entré dans la mosquée avec un sourire apaisé. Lorsque les gens l'avaient approché, il avait expliqué : « Hier, ce que vous avez vu sur moi était dû au chagrin que j'avais éprouvé pour le massacre de mes compagnons. Mais par la suite, je les ai revus au Paradis, confortablement installés. J'ai vu Ja'far avec deux ailes, tel un ange. » Depuis ce jour, Ja'far est connu sous le nom de Ja'far al-Tayyâr ou Ja'far Thul-Janâhayn, ce qui signifie le Martyr Ailé.

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La Violation du Traité de Hudaybiyyah

La Violation du Traité de Hudaybiyyah

En vertu du Traité de Hudaybiyyah, un accord de paix avait été scellé entre le Prophète et les Quraych, stipulant qu'aucune agression ne devait être commise pendant une période de dix ans. Dans ce contexte, les Banû Khozâ'ah s'étaient alliés au Prophète, tandis que les Banû Bakr avaient choisi de soutenir les Quraych. Ces deux tribus, vivant dans des vallées voisines de la Mecque, étaient depuis longtemps en conflit, chacune cherchant à venger les assassinats perpétrés par l'autre.

Cependant, malgré la paix apparente instaurée par le traité, certains notables des Quraych avaient secrètement soutenu leurs alliés des Banû Bakr. Ces derniers, profitant de l'obscurité de la nuit, attaquèrent un campement des Banî Khozâ'ah, qui ne se doutaient de rien, et tuèrent plusieurs de leurs membres. Cet acte de trahison provoqua l'indignation des Khozâ'ites, qui envoyèrent une délégation de quarante hommes auprès du Prophète pour demander justice et punition des meurtriers.

Le Prophète, profondément affecté par cet incident, le considéra comme une violation flagrante du Traité de Hudaybiyyah. Il promit aux Khozâ'ites de défendre leur cause comme s'il s'agissait de la sienne. Lorsque les Quraych apprirent l'arrivée de cette délégation à Médine, ils furent pris de panique. Dans une tentative désespérée de réparer la situation, ils envoyèrent Abû Sufiyân auprès de Mohammad pour restaurer l'accord de paix.

Arrivé à Médine, Abû Sufiyân se rendit d'abord chez sa fille, Om Habîbah, l'une des épouses du Prophète, espérant trouver en elle un soutien. Cependant, il fut rapidement confronté à une humiliation cuisante. En effet, lorsqu'il tenta de s'asseoir sur un tapis dans sa maison, Om Habîbah le retira brusquement en déclarant : « C'est le lit du Prophète de Dieu et il est trop sacré pour être souillé par un idolâtre impur ». Cette réprimande frappa durement Abû Sufiyân, qui quitta les lieux, maudissant sa fille.

Abû Sufiyân se rendit ensuite directement chez le Prophète, cherchant à obtenir son écoute pour rétablir l'accord de paix. Mais le Prophète refusa d'entendre ses explications, laissant Abû Sufiyân sans aucune garantie. Désespéré, il sollicita l'intervention de 'Alî et d'Abû Bakr, mais eux aussi le renvoyèrent sans ménagement. Ne se décourageant pas, il tenta d'obtenir l'appui de Fâtimah, la fille bien-aimée du Prophète et épouse de 'Alî, en la suppliant de faire de son jeune fils al-Hassan son protecteur. Fâtimah lui répondit qu'al-Hassan, âgé d'environ six ans, était bien trop jeune pour accorder une telle protection et ajouta qu'aucune protection ne pouvait être valable contre la volonté du Prophète.

Persistant dans sa quête, Abû Sufiyân retourna voir 'Alî pour obtenir des conseils sur sa mission délicate. 'Alî lui suggéra de proclamer publiquement, au nom des Quraych, leur désir de maintenir des relations amicales et de continuer à bénéficier de sa propre protection en tant que chef des Quraych. Abû Sufiyân suivit ce conseil et se leva dans la cour de la mosquée du Prophète pour proclamer à haute voix ce message. Il retourna ensuite à la Mecque pour rendre compte de ses actions aux Quraych.

Cependant, à son retour, il fut accueilli par le sarcasme et la moquerie des Quraych, qui lui firent remarquer que sa proclamation n'était pas valable sans l'assentiment du Prophète. Ils lui reprochèrent d'avoir été manipulé par 'Alî, le traitant de simple jouet. Abû Sufiyân, conscient de son échec, répliqua qu'il en était bien conscient, mais qu'il ne savait pas quoi faire d'autre pour résoudre cette situation complexe.

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Les Préparatifs en Vue de la Conquête de la Mecque

Les Préparatifs en Vue de la Conquête de la Mecque

La tentative avortée d'Abû Sufiyân de renouveler l'accord de paix confirma les affirmations de la délégation Khozâ'ite, dissipant ainsi tout doute sur la culpabilité des Quraych. Avec la violation des termes du Traité de Hudaybiyyah désormais établie, le Prophète prit la décision audacieuse de prendre la Mecque et ses habitants par surprise. Il convoqua alors ses alliés de tous les quartiers de Médine, mais sans révéler les raisons précises de cette assemblée. L'objectif de cette réunion demeura enveloppé de mystère.

Un jour, Abû Bakr, en entrant dans la maison de sa fille 'Âyechah, la surprit en train de préparer les équipements du Prophète. Intrigué, il l'interrogea sur la raison de ces préparatifs. Elle lui répondit qu'une expédition était en projet, mais qu'elle ignorait sa destination. Pour assurer le secret de cette entreprise, toutes les routes menant à la Mecque furent fermées, empêchant ainsi toute fuite d'informations sur les mouvements du Prophète vers les Quraych.

Lorsque les préparatifs furent presque achevés, le Prophète ordonna à ses partisans de Médine de se tenir prêts pour l'expédition, leur recommandant de maintenir le plus grand secret afin qu'aucun indice ne parvienne à la Mecque. Malgré ces précautions méticuleuses, le secret faillit être dévoilé. Habîb Ibn Balta'a, l'un des Muhâjirin et partisan fidèle du Prophète, dont la famille était restée à la Mecque, écrivit une lettre à un ami resté dans cette ville. Il envoya cette missive par une femme nommée Sara. Elle était déjà en route pour la Mecque lorsque le Prophète, informé par une source céleste, apprit l'existence de cette lettre.

Aussitôt, il dépêcha 'Alî et Zubayr, accompagnés de quelques autres cavaliers aguerris, pour intercepter la messagère. Ils la rattrapèrent et la fouillèrent minutieusement, mais ne trouvèrent rien sur elle. Tous, sauf 'Alî, abandonnèrent la recherche et rebroussèrent chemin. Convaincu que le Messager de Dieu ne pouvait se tromper, 'Alî, furieux de cette déception, tira son cimeterre et, le brandissant au-dessus de la femme, jura de lui trancher la tête si elle ne révélait pas la lettre. Tremblante de terreur, elle sortit la lettre dissimulée dans les longues tresses de ses cheveux.

Le contenu de cette lettre était le suivant : « De Habîb Ibn Balta'ah aux Mecquois. Santé! L'Envoyé de Dieu se prépare à vous attaquer à l'improviste! Aux armes! » Découvert, l'auteur de la lettre fut convoqué par le Prophète. Il affirma être un Croyant sincère et expliqua que sa famille, sans protection à la Mecque, l'avait poussé à agir ainsi pour assurer leur sécurité en gagnant la faveur de quelques Mecquois. Prenant en compte les services qu'il avait déjà rendus, le Prophète accepta son repentir et lui accorda son pardon.

Les neuf premiers versets de la Sourate al-Mumtahanah furent ensuite révélés pour mettre en garde les autres contre la répétition de tels actes.

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La Marche sur la Mecque

La Marche sur la Mecque

Le 10 Ramadhân de l'an 8 de l'Hégire, correspondant au 1er janvier 630 de notre ère, marqua le début d'une marche historique. Ce jour-là, le Prophète, entouré de ses fidèles compagnons, entreprit un voyage qui allait changer le cours de l'histoire. Alors qu'ils avançaient sur la route, le Prophète demanda un verre d'eau pour rompre son jeûne, un geste symbolique effectué en présence de tous ses hommes. Ces derniers, observant également le rite du jeûne en ce mois sacré, suivirent son exemple. Cependant, quelques-uns persistèrent dans leur abstinence. Le Prophète, avec sagesse, leur fit comprendre que s'ils continuaient à jeûner, ils seraient considérés comme pécheurs, désobéissant ainsi au Seigneur et à Son Prophète.

Cette armée, la plus imposante que Médine ait jamais envoyée au combat, rassemblait une multitude de forces. Aux côtés des Muhâjirîn et des Ançâr, on trouvait des bédouins des tribus de Ghifâr, d'Aslam, de Johaynah et d'Achja'. Sur la route, les Mozaynah, les Solaym et les Khozâ'ah se joignirent à l'armée. Mille bédouins de Mozaynah et mille de Solaym vinrent renforcer les rangs, portant ainsi le total à dix mille hommes, tous marchant sous la direction du Prophète vers la Mecque.

Dans cette expédition, le Prophète était accompagné de deux de ses épouses, Om Salma et Zaynab Bint Johach, tandis que 'Âyechah, pour des raisons personnelles, ne participait pas à cette campagne, comme cela avait été le cas depuis l'expédition de Banî Moçtalaq. En chemin, à Johfa ou Thul Holayfah, l'armée croisa 'Abbâs, l'oncle du Prophète, qui émigrait vers Médine avec sa famille. Le Prophète, heureux de cette rencontre, invita 'Abbâs à rester à ses côtés pour lui tenir compagnie, tandis que sa famille poursuivait sa route vers Médine.

L'armée progressait à un rythme soutenu, déterminée à atteindre Marr al-Zohrân, en bordure du territoire sacré, au nord-ouest de la Mecque, pour y camper le soir du septième ou huitième jour. Arrivés à ce point stratégique, les troupes reçurent pour la première fois depuis le début de leur périple, l'autorisation d'allumer des feux sur les sommets de la montagne de Marr al-Zohrân. En un instant, les hauteurs s'illuminèrent de dix mille feux, créant un spectacle impressionnant. Les Mecquois, pris par surprise et non avertis de l'approche de cette immense armée, furent saisis de terreur à la vue de ce panorama flamboyant.

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La Soumission d'Abû Sufiyân

La Soumission d'Abû Sufiyân

Abû Sufiyân, accompagné de Hâkim, le neveu de Khadîjah, et de Bodayl, un chef de la tribu Khozâ'ite, entreprit une mission de reconnaissance. Leur chemin les mena directement vers Marr al-Zohrân, où ils rencontrèrent 'Abbâs. Ce dernier, animé par un profond attachement pour les habitants de sa ville, s'était éloigné de l'armée avec l'espoir de croiser un voyageur à qui il pourrait confier la lourde tâche d'avertir les Mecquois de l'approche imminente d'une grande armée. Il souhaitait les conseiller de se rendre pour éviter une destruction certaine. Reconnaissant la voix d'Abû Sufiyân, 'Abbâs s'approcha de lui. Abû Sufiyân, visiblement inquiet, demanda à 'Abbâs ce qui se passait sur les hauteurs des montagnes environnantes. 'Abbâs lui révéla que Mohammad campait là avec dix mille partisans, prêts à envahir la ville dès le lendemain matin. Face à ces nouvelles, Abû Sufiyân fut plongé dans une profonde réflexion.

'Abbâs, voyant l'état de son interlocuteur, lui conseilla de se soumettre immédiatement au Prophète. Conscient qu'il n'avait aucune chance de résister à l'avancée de la force musulmane, Abû Sufiyân se résigna à suivre les recommandations de 'Abbâs. Ce dernier le fit monter derrière lui sur son cheval et l'emmena jusqu'au camp, où il informa le Prophète de la visite de cet éminent personnage. Le Prophète ordonna à 'Abbâs de ramener Abû Sufiyân le lendemain matin. Tandis que 'Abbâs se dirigeait vers la tente du Prophète, ils passèrent devant la tente de 'Omar. Celui-ci, apercevant Abû Sufiyân aux côtés de 'Abbâs, se précipita vers eux, déterminé à tuer Abû Sufiyân. Bien que 'Abbâs l'en empêcha en lui rappelant qu'Abû Sufiyân était sous sa protection, 'Omar continua à les suivre, brandissant son épée, jusqu'à ce qu'ils atteignent le Prophète. Ce n'est qu'après avoir entendu le Prophète garantir un refuge à Abû Sufiyân sous la protection de 'Abbâs, à condition qu'il soit ramené le lendemain matin, que 'Omar se retira.

Certains s'étonnèrent de voir 'Omar, qui n'avait jamais tué aucun ennemi sur le champ de bataille, prêt à dégainer son épée pour exécuter un prisonnier. Le lendemain, Abû Sufiyân se présenta à nouveau devant le Prophète, accompagné de 'Abbâs. On lui demanda s'il croyait qu'il n'y a de dieu que l'Unique et Tout-Puissant Dieu. Il répondit par l'affirmative. Mais lorsqu'on lui demanda s'il croyait que Mohammad était le Prophète du Seigneur, Abû Sufiyân hésita, avouant qu'il avait encore des doutes. 'Abbâs, voyant le danger de cette hésitation, lui dit : « Malheur à toi ! Ce n'est pas le moment de faire montre de fierté futile ni d'avoir de scrupules ! Atteste et professe une fois pour toutes et très clairement qu'il n'y a de dieu qu'Allâh et que Mohammad est Son Prophète, sinon ta tête sera séparée de ton corps. » Abû Sufiyân, conscient de la gravité de la situation, s'exécuta immédiatement. Ainsi, le grand dirigeant des Quraych se retrouva aux pieds du Prophète en tant que converti. Dans le même temps, Hâkim et Bodayl embrassèrent également l'Islam.

Le Prophète renvoya rapidement Abû Sufiyân à sa ville pour annoncer aux habitants que quiconque se réfugierait dans sa maison, dans le Sanctuaire de la Ka'bah ou dont les portes resteraient fermées ne serait pas inquiété. Il est aisé de se rappeler les positions extrêmement hostiles qu'Abû Sufiyân avait eues envers l'Islam et son fondateur. Il avait été l'un des pires ennemis du Prophète, n'hésitant pas à attenter à sa vie. Désormais, la Providence le plaçait à la merci du Prophète, qui aurait pu se venger en un seul mot ou ordre, le faisant exécuter ou enchaîner pour servir d'exemple et terrifier les Mecquois. Cependant, le contraste entre les nobles Hâchimites et les Omayyades était manifeste, la magnanimité du Prophète envers son adversaire déchu étant incomparable. Notre noble et bienveillant Prophète Mohammad (Que la Paix soit sur lui et sur ses nobles descendants) non seulement pardonna à Abû Sufiyân, mais il lui permit de rehausser sa position parmi son peuple en lui accordant le privilège de donner refuge à ceux qui le lui demanderaient. Quelle autre attitude pourrait être aussi magnanime ?

Avant qu'Abû Sufiyân ne quitte le camp, les forces musulmanes avaient été placées en rangs. Se tenant aux côtés de 'Abbâs, il observa chaque colonne avec admiration et, impressionné par le spectacle, s'exclama : « Ton neveu est un roi puissant, sans aucun doute ! » 'Abbâs répondit avec un ton de reproche, affirmant qu'il était plus qu'un roi, un Prophète puissant. Ayant reconnu la vérité, Abû Sufiyân retourna rapidement à la Mecque. Là, il proclama à haute voix que Mohammad était aux portes de la ville avec une grande armée, que toute résistance était vaine et que la seule issue raisonnable était une reddition inconditionnelle. Il annonça également que Mohammad avait garanti la sécurité de ceux qui se cloîtreraient dans leurs maisons, se réfugieraient dans le Sanctuaire de la Ka'bah ou dans sa propre maison. Terrifiés, les habitants n'eurent d'autre choix que de suivre son conseil, se précipitant dans toutes les directions pour s'enfermer chez eux ou chercher refuge à la Ka'bah.

Vie du Prophète Mohammad ﷺ

L'Entrée du Prophète à la Mecque

L'Entrée du Prophète à la Mecque

L'armée du Prophète avait reçu l'ordre de se diriger vers la Mecque, et c'est avec une détermination sans faille qu'elle avançait. Arrivé à Thû Towâ, aux abords de la ville sainte, le Prophète, n'ayant rencontré aucune résistance jusqu'à ce point, manifesta sa gratitude envers Dieu. Monté sur son chameau, il s'arrêta pour accomplir la prière, un geste symbolique de remerciement pour le succès de leur progression pacifique.

Dans son ouvrage "Life of Muhammad", à la page 150, W. Irving décrit avec précision cette entrée historique du Prophète dans la Mecque. Conscient de l'incertitude quant à la résistance qu'il pourrait rencontrer, Mohammad avait pris soin de déployer stratégiquement ses forces avant de pénétrer dans la ville. Tandis que le corps principal de l'armée avançait directement vers le cœur de la Mecque, de puissants détachements se déployaient sur les hauteurs environnantes. 'Ali, à la tête d'un important contingent de cavaliers, avait reçu la mission cruciale de porter le drapeau sacré jusqu'à la Montagne de Hajun et de l'y maintenir jusqu'à l'arrivée du Prophète.

Des instructions claires avaient été données à tous les généraux : faire preuve de patience et ne jamais attaquer en premier. Mohammad aspirait à conquérir la Mecque par la modération et la clémence, plutôt que par la violence. Ceux qui choisissaient de résister armés étaient effectivement abattus, mais ceux qui se rendaient pacifiquement étaient épargnés. Lorsque Sa'd b. 'Obâdah, l'un de ses capitaines, dans un excès de zèle, déclara qu'il n'y avait pas de lieu sacré le jour de la bataille, il fut immédiatement remplacé par un commandant plus mesuré.

Le corps principal de l'armée avançait sans violence. Mohammad, vêtu d'une veste écarlate et monté sur son chameau favori, al-Qaswa, suivait à l'arrière-garde. Le mouvement de l'armée était ralenti par la foule immense qui se pressait autour de lui. Parvenu à la Montagne de Hajun, où 'Ali avait planté l'étendard de la foi, une tente fut dressée pour le Prophète. Il descendit de son chameau, ôta sa veste et revêtit le turban noir et le costume de pèlerinage.

Depuis cette hauteur, il observa avec une profonde affliction et indignation les éclats des sabres et des lances. Khâlid, qui commandait l'aile gauche, se trouvait en pleine course de carnage. Ses troupes, composées d'hommes de tribus bédouines nouvellement convertis à l'Islam, avaient été provoquées par une volée de flèches lancée par l'armée de Quraych. Enragé, Khâlid chargea avec sa lance et son sabre le regroupement le plus dense de l'ennemi, suivi de près par ses hommes qui mirent l'adversaire en déroute, traversant pêle-mêle avec eux les portes de la Mecque.

Seuls les appels incessants du Prophète à la modération purent préserver la ville d'un massacre généralisé. Dans cette échauffourée, seuls vingt-huit Mecquois perdirent la vie, témoignant de la volonté de Mohammad de minimiser les pertes humaines et de privilégier la clémence dans cette conquête historique.

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Amnestie Générale Décrétée par le Prophète

Amnestie Générale Décrétée par le Prophète

Peu après avoir pris le contrôle de La Mecque, le Prophète, monté sur son chameau, se dirigea avec une détermination sereine vers le Sanctuaire sacré de la Ka'bah. Là, il accomplit les salutations rituelles à la Pierre Sacrée, puis entreprit les sept tournées rituelles autour du Sanctuaire, marquant chaque pas d'une profonde dévotion. Après ces actes de piété, il offrit les prières de dévotion, immergé dans une spiritualité intense.

Face à lui se trouvaient les chefs hautains et les autres Mecquois, ceux-là mêmes qui avaient tenté de détruire sa Religion par tous les moyens possibles. Les souvenirs des souffrances et des blessures qu'ils lui avaient infligées affluèrent sans doute à son esprit. Il se remémora les persécutions impitoyables, le traitement brutal réservé à ses partisans et adeptes, ainsi que les privations imposées à lui et aux Hâchimites. Ces derniers avaient enduré un blocus et une proscription à Chi'b Abî Tâlib. Il se souvint aussi des attentats contre sa vie, des tentatives échouées pour l'assassiner, et de la chasse à l'homme qui l'avait forcé à fuir sa maison sous le couvert de la nuit. Tous ces souvenirs devaient peser lourdement sur son cœur en cet instant.

À présent, le Prophète avait le pouvoir de se venger de tous ces maux. La ville était à sa merci, et pourtant, il choisit un chemin différent, celui de la magnanimité, de la générosité et de la patience. Des qualités qui, à ce moment précis, ne trouvèrent pas d'égal dans l'histoire. Il s'adressa à eux avec une question empreinte de bienveillance : « À quoi pouvez-vous vous attendre de ma part ? » Les Mecquois, conscients de leur vulnérabilité, supplièrent : « La miséricorde ! Ô Noble et Généreux Maître ! »

Les mots de supplication touchèrent le Prophète au plus profond de son être, et des larmes perlèrent dans ses yeux. Il leur répondit avec une douceur inspirée par l'histoire de Joseph et ses frères : « Je vais vous parler, comme Joseph parla à ses frères. Je ne vais pas vous faire de reproches aujourd'hui : Dieu vous pardonnera, car IL est Miséricordieux et Affectueux. Allez, vous êtes libres ! »

Cette attitude de clémence et de pardon, empreinte de noblesse et de grandeur d'âme, résonne encore à travers les âges. Que la Paix éternelle soit sur Mohammad et sur sa descendance.

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La Destruction des Idoles de la Ka'bah

La Destruction des Idoles de la Ka'bah

Autour de la Ka'bah, lieu sacré par excellence, se dressaient fièrement trois cent soixante idoles, symboles de l'ancienne croyance polythéiste des Qurayshites. Le Prophète, avec une détermination inébranlable, s'avança vers chacune d'elles, son bâton à la main. Il récita alors avec ferveur ce verset du Coran : « La vérité est venue, l'erreur étant périssable, a disparu » (Sourate Banî Isrâ'il, 17:81). À mesure que ces paroles résonnaient dans l'air, les idoles, comme frappées par une force invisible, tombèrent les unes après les autres, s'effondrant sur leur face dans un fracas symbolique.

Les murs de la Ka'bah, autrefois ornés de peintures représentant Ibrâhîm, Ismâ'îl et des Anges sous des formes féminines, virent ces images disparaître, effacées par la puissance du message divin. Parmi ces idoles, Hobal, la plus vénérée, trônait en hauteur, défiant quiconque de l'atteindre. Elle était considérée comme la déité suprême de la Mecque, et sa destruction devait marquer un tournant décisif. Le Prophète, conscient de l'importance de cet acte, demanda à 'Alî de grimper sur ses épaules pour atteindre cette idole inatteignable par d'autres moyens.

'Alî, avec agilité et détermination, se hissa sur les épaules du Prophète. Dans un geste puissant, il arracha Hobal de son piédestal et la projeta au sol. L'idole se brisa en mille morceaux, symbolisant la chute de l'ancien ordre.

Dans les rues de la Mecque, une proclamation solennelle fut alors faite. Elle enjoignait à tous ceux qui croyaient en Dieu et au Jour du Jugement de détruire toute image ou idole se trouvant dans leur maison. Cette injonction ne se limita pas aux murs de la Ka'bah, mais s'étendit aux habitations environnantes. Quelques personnes furent spécifiquement chargées de cette mission, veillant à ce que les idoles disparaissent des foyers, marquant ainsi le début d'une nouvelle ère de monothéisme purifié.

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L'Attribution des Postes relatifs à la Ka'bah

L'Attribution des Postes relatifs à la Ka'bah

Le moment tant attendu de la prière de midi était arrivé, et l'atmosphère autour de la Ka'bah était empreinte d'une solennité particulière. 'Alî, qui avait repris la clé du Sanctuaire à son ancien gardien, 'Othmân Ibn Talhah Ibn 'Abd al-Dar, s'avança avec respect pour la remettre au Prophète. Celui-ci, avec une dignité empreinte de sérénité, ouvrit la porte sacrée et pénétra dans le Sanctuaire, où il accomplit les prières avec une dévotion profonde.

Pendant ce temps, Bilâl, fidèle compagnon du Prophète, monta sur le toit du Sanctuaire et lança son appel à la prière, sa voix résonnant avec clarté et force, invitant les fidèles à se joindre à ce moment sacré. Après avoir terminé les prières, le Prophète, dans un geste de miséricorde et de justice, rendit la clé à 'Othmân Ibn Talhah. Il lui réattribua la garde de la clé, un honneur qui devait rester un poste héréditaire et perpétuel au sein de sa famille.

'Othmân, profondément ému par la magnanimité du Prophète, ressentit un changement de cœur. Lui qui, au départ, avait refusé de transmettre la clé à 'Alî pour empêcher l'accès du Prophète au Sanctuaire, se trouva touché par cette justice exemplaire. C'est alors qu'il embrassa l'Islam avec enthousiasme et conviction.

Se tournant ensuite vers son oncle 'Abbâs, le Prophète confirma son rôle en tant que fournisseur d'eau pour les pèlerins, un poste de grande importance et de responsabilité. Ces fonctions, confiées avec soin, sont encore aujourd'hui détenues par les descendants respectifs de ces deux hommes honorés.

En outre, le Prophète confia à plusieurs membres de la tribu des Khozâ'ites la tâche de réparer les colonnes de démarcation qui entouraient le territoire sacré. Il décréta que la Ka'bah serait désormais un Sanctuaire inviolable, où il serait strictement interdit de verser le sang ou même d'abattre un arbre. Cette décision marqua un tournant dans la préservation de la paix et du respect autour de ce lieu saint.

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Hommage Rendu par les Mecquois au Prophète

Hommage Rendu par les Mecquois au Prophète

Le Prophète, animé par une détermination inébranlable, gravit la colline de Çafâ, un lieu chargé de symbolisme et d'histoire. Là, il convoqua les Mecquois, les invitant à venir lui rendre hommage et à lui jurer fidélité. Ces mêmes personnes, qui, huit années plus tôt, l'avaient persécuté et contraint à fuir pour échapper à la mort, se tenaient maintenant devant lui. Leurs têtes étaient baissées, comme alourdies par la honte et le remords. Ils reconnaissaient désormais Mohammad comme leur maître incontesté, leur guide éclairé, et surtout, le véritable Messager de Dieu.

Dans un ordre solennel, les hommes s'avancèrent les premiers. Chacun d'eux, avec une gravité empreinte de respect, prêta serment de fidélité et d'allégeance au Prophète. Ils s'engagèrent à rester des Musulmans sincères, fidèles à leur foi et à leur communauté. Après les hommes, ce fut au tour des femmes de s'avancer, avec une dignité silencieuse. Elles prêtèrent également serment, promettant de suivre les enseignements du Prophète avec dévotion.

Dans un geste symbolique et respectueux, les hommes touchèrent les mains du Prophète, scellant ainsi leur engagement. Quant aux femmes, elles touchèrent délicatement un morceau de vêtement qui recouvrait la main du Prophète, marquant ainsi leur allégeance avec une pudeur respectueuse. Ce moment solennel marqua un tournant décisif, unissant les cœurs et les esprits sous la guidance bienveillante du Prophète.

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Les Personnes Proscrites

Les Personnes Proscrites

Dans l'atmosphère tendue qui suivit la conquête de La Mecque, une amnistie générale fut accordée à la majorité des Mecquois. Cependant, un petit groupe, composé de onze hommes et six femmes, fut exclu de cette clémence. Ces individus furent proscrits, et le Prophète ordonna à ses compagnons de les exécuter où qu'ils les trouvent.

Parmi ces personnes, Houwayrith et Hârith, deux ennemis acharnés de l'Islam, furent rapidement découverts et exécutés par 'Alî. Un autre individu notable parmi les proscrits était 'Abdullâh B. Sa'd, connu sous le nom d'Ibn Abî Sarh. Cet homme avait été employé à Médine par le Prophète pour transcrire les versets du Coran qu'il lui dictait. Cependant, il s'était mis à altérer les mots dictés, et une fois son subterfuge découvert, il s'enfuit de Médine en tant qu'apostat.

Son frère adoptif, 'Othmân B. 'Affân, qui deviendrait plus tard le troisième calife, lui offrit refuge jusqu'à ce que la situation se calme. Une fois la paix rétablie, 'Othmân implora le Prophète de pardonner à 'Abdullâh. Bien que réticent à accorder son pardon à un tel offenseur, le Prophète resta silencieux pendant un moment, avant de finalement lui accorder sa clémence.

Lorsque 'Abdullâh se retira, le Prophète s'adressa à ses compagnons, assis autour de lui, en leur disant : « Pourquoi aucun d'entre vous ne s'est-il levé pour lui briser le cou ? Je suis resté silencieux dans l'attente d'un tel geste. » L'un des compagnons répondit : « Mais tu ne nous as fait aucun signe dans ce sens. » Le Prophète répliqua alors : « Donner des signes, c'est trahir. Il n'est pas convenable pour un Prophète d'ordonner la mort de quiconque d'une telle façon. » (Extrait de "Life of Mohammad" de W. Muir).

Sur les onze hommes proscrits, seuls quatre furent exécutés. Les autres réussirent à échapper à la peine capitale, obtenant leur grâce d'une manière ou d'une autre. Parmi les femmes condamnées, quatre furent mises à mort, tandis que les deux autres reçurent le pardon.

Grâce à sa magnanimité exceptionnelle et à son endurance incomparable, le Prophète parvint à conquérir les cœurs de la population de La Mecque. En l'espace de deux jours seulement après son arrivée, presque tous les habitants de la ville, renonçant à leur idolâtrie profondément enracinée, embrassèrent sa religion et le reconnurent comme le Prophète de Dieu.

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La Conduite Cruelle de Khâlid

La Conduite Cruelle de Khâlid

Les Banû Juthaymah, une tribu résidant à une journée de marche de la Mecque, avaient déjà embrassé l'Islam. Cependant, aucun de ses membres n'avait encore pris l'initiative de venir présenter ses respects au Prophète, bien que celui-ci se trouvât à proximité. Conscient de cette situation, le Prophète décida d'envoyer Khâlid avec un petit détachement pour une mission de renseignement. Il lui donna des instructions claires et formelles : il devait éviter à tout prix de provoquer un conflit.

Khâlid, au fond de lui-même, se réjouissait secrètement de cette mission. Elle lui offrait une occasion inespérée de venger la mort de son oncle Alfaka. En effet, les Juthaymites avaient tué Alfaka en même temps que 'Abdul-Rahmân, le père de 'Awf, quelques années auparavant, lors du pillage d'une caravane en provenance du Yémen. Ainsi, Khâlid et ses hommes se mirent en route vers les demeures des Juthaymites et firent halte à l'extérieur de leur territoire.

À leur arrivée, un groupe de Juthaymites, incertain de l'identité de ces visiteurs armés, prit les armes et sortit à leur rencontre. Ils ignoraient s'ils avaient affaire à des amis ou à des ennemis. Khâlid, les saluant d'un ton empreint d'arrogance, leur demanda s'ils étaient Musulmans ou infidèles. Les Juthaymites, hésitants, répondirent qu'ils étaient des "Musulmans". Khâlid, sceptique, leur demanda alors pourquoi ils étaient sortis armés. Ils expliquèrent qu'ils les avaient pris pour des membres d'une tribu hostile, venus les attaquer par surprise.

Khâlid, sans se départir de son ton autoritaire, leur ordonna sèchement de déposer leurs armes. Les Juthaymites, désireux de prouver leur bonne foi, obéirent immédiatement. Ils avouèrent leur conversion à l'Islam et déposèrent leurs armes, conformément à l'ordre de Khâlid. Cependant, ce dernier, animé par une inimitié ancienne et avide de montrer sa cruauté sans scrupule, les fit prisonniers. Ignorant les instructions pacifiques du Prophète, il ordonna leur exécution, un acte qui marquera sa carrière et lui vaudra plus tard le titre redouté de "l'Épée de Dieu".

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'Alî Énvoyé pour Réparer l'Effusion de Sang

'Alî Énvoyé pour Réparer l'Effusion de Sang

Lorsque le Prophète reçut la nouvelle de l'outrage gratuit commis, il fut profondément affligé. Dans sa douleur, il leva les mains vers le ciel, invoquant Dieu pour témoigner de son innocence face aux actes de Khâlid. En effet, Khâlid avait agi de manière indépendante, et le Prophète voulait que cela soit clair. À son retour, Khâlid fut sévèrement réprimandé et tenta de rejeter la responsabilité du massacre sur 'Abdul-Rahmân. Toutefois, le Prophète, indigné par cette tentative de dérobade, rejeta fermement cette accusation. Pour réparer l'injustice, il envoya 'Alî avec une somme d'argent, destinée à être distribuée parmi les familles des victimes. Cette somme devait servir de réparation pour l'effusion de sang et pour restituer ce que Khâlid leur avait injustement pris.

'Alî, fidèle à sa réputation de générosité et d'intégrité, exécuta sa mission avec diligence. Il s'enquit des pertes et des souffrances endurées par chaque individu, veillant à ce que chacun reçoive une indemnité équitable. Une fois que toutes les vies perdues eurent été expiées et que toutes les souffrances eurent été compensées, 'Alî distribua l'argent qu'il avait apporté, apportant ainsi réconfort et soulagement aux cœurs meurtris par sa bonté. Le Prophète, reconnaissant de cette générosité, loua et remercia 'Alî pour son action exemplaire. En revanche, Khâlid fut blâmé et désavoué pour ses actes cruels.

Cependant, le traitement infligé par Khâlid aux Banû Juthaymah laissa une impression si négative que d'autres tribus, qui n'avaient pas encore embrassé l'Islam, furent alarmées. Les Banû Hawâzin, les Banû Thaqîf, les Banû Sa'd, ainsi que de nombreuses autres tribus, qui envisageaient depuis un certain temps de se soulever contre le pouvoir croissant de l'Islam, décidèrent de prendre les devants. Craignant une attaque, elles choisirent de lancer une offensive préventive. Sous le commandement de leur chef, Mâlik Ibn 'Awf, les Banû Thaqîf et les Banû Hawâzin, accompagnés d'autres tribus, rassemblèrent une armée de quatre mille combattants dans la vallée d'Awtas, située entre la Mecque et Tâ'if. Ils se préparaient ainsi à affronter les forces du Prophète, si celles-ci osaient s'approcher.

Dans leur détermination à protéger leur communauté, ils amenèrent avec eux leurs femmes, enfants, troupeaux et bétail, qui suivaient en arrière. Dorayd, un vieux guerrier, très âgé et sage, qui les accompagnait dans sa litière, exprima son désaccord face à cette décision périlleuse. Cependant, le jeune Mâlik ne prêta aucune attention à ses mises en garde. Il était convaincu qu'en présence de leurs familles, les hommes seraient d'autant plus motivés à défendre leur honneur et leur sécurité. Ils ne reculeraient pas devant l'ennemi, préférant risquer leur vie en combattant vaillamment jusqu'à la victoire.

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La Bataille de Honayn

La Bataille de Honayn

Les nouvelles inquiétantes en provenance de Tâ'if parvinrent jusqu'au Prophète, l'obligeant à écourter son séjour à la Mecque. Là, il s'était consacré à la gestion des affaires publiques depuis la conquête de la ville, qui avait eu lieu le 20 Ramadhân. Pendant une quinzaine de jours, il avait œuvré à rétablir l'ordre et à organiser la communauté. Cependant, le 6 Chawwâl de l'an 8 de l'Hégire, il prit la décision de quitter la Mecque, accompagné de ses fidèles.

Ce départ ne fut pas solitaire. En effet, le Prophète était entouré de dix mille partisans venus avec lui de Médine, ainsi que de deux mille hommes de la Mecque qui s'étaient portés volontaires pour combattre à ses côtés. Cette armée était unie sous la bannière de l'Islam, fièrement portée par 'Alî, comme il était coutume.

Ainsi, une imposante force de douze mille hommes, composée de diverses tribus, chacune arborant son propre drapeau, se mit en marche. Cette vision d'unité et de puissance inspira Abû Bakr qui, dans un élan de confiance, s'exclama joyeusement : « Nous ne serons pas vaincus aujourd'hui par manque de nombre. »

Au cœur de la nuit, l'armée atteignit les abords de la vallée de Honayn, un lieu situé presque à mi-chemin entre la Mecque et Tâ'if. Pendant ce temps, les Banû Hawâzin et leurs alliés, sous la conduite de Mâlik B. 'Awf, s'étaient avancés dans la vallée. Ils avaient pris position dans un lieu stratégique, dominant le passage étroit qui formait l'entrée de la vallée, et attendaient sereinement l'approche de l'armée du Prophète.

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La Fuite des Musulmans

La Fuite des Musulmans

C'était tôt le matin du 10 Chawwâl, lorsque l'armée musulmane se mit en marche vers le Passage, un lieu stratégique et crucial pour leur progression. Le Prophète, monté avec dignité sur sa mule blanche nommée Duldul, suivait de près ses forces, se tenant à l'arrière pour superviser l'ensemble de la troupe. À l'avant-garde de cette armée se trouvait la colonne la plus avancée, composée des vaillants Banî Solaymân. Cette unité était sous la direction de Khâlid, un chef réputé pour sa bravoure et son sens stratégique. Ils avançaient à un rythme mesuré, se dirigeant prudemment vers le Passage, connu pour être escarpé et étroit.

Cependant, alors que la colonne de Khâlid progressait, les Banû Hawâzin, tapis dans l'ombre, surgirent soudainement de leur embuscade. Ils chargèrent avec une vigueur impétueuse, prenant la colonne de Khâlid par surprise. Ce dernier, malgré sa vaillance, ne put résister à la violence de l'assaut. La colonne, prise de stupeur face à cette attaque inattendue, fut brisée et commença à reculer.

Le chaos s'ensuivit rapidement. Le choc initial se propagea de colonne en colonne, comme une onde de panique traversant l'armée. Bientôt, toute l'armée, submergée par la peur, se mit à fuir. Les soldats, dans leur désarroi, passaient en désordre devant le Prophète. Voyant cela, le Prophète s'écria avec désespoir : « Où allez-vous ? Le Prophète de Dieu est ici ! Revenez ! Revenez ! » Mais ses appels désespérés restèrent sans réponse, personne ne prêtant attention à ses injonctions.

Parmi ceux qui prirent la fuite se trouvaient même les compagnons les plus distingués du Prophète, y compris 'Omar Ibn al-Khattâb, connu pour sa loyauté et son courage. Cependant, dans ce tumulte, seuls quatre hommes restèrent fidèles au Prophète, tous issus des Banî Hâshim. Ces hommes courageux étaient 'Abbâs et son fils Fadhl, ainsi qu'Abû Sufiyân B. Hârith et son frère Rabî'ah. Ces derniers, malgré le danger imminent, choisirent de rester aux côtés du Prophète, démontrant une loyauté indéfectible en ces temps de crise.

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Les Sarcasmes des Mecquois

Les Sarcasmes des Mecquois

Dans les rues de La Mecque, l'atmosphère était chargée d'une satisfaction malveillante. Les notables mecquois, réjouis par le revers subi par les Musulmans, ne tardèrent pas à exprimer ouvertement leurs sarcasmes et leurs critiques acerbes. Abû Sufiyân Ibn Harb, figure éminente parmi eux, laissa éclater sa joie en déclarant : « Ils ne s'arrêteront pas avant d'arriver au bord de la mer dans leur fuite. » Ces mots, empreints de mépris, résonnaient comme une prophétie de défaite totale pour les Musulmans.

Dans le même élan de dérision, Jabala, également connu sous le nom de Kalda, le frère de Çafwân, ne put s'empêcher de railler : « La magie de Mohammad a fait faillite aujourd'hui. » Par cette remarque, il insinuait que les enseignements et les miracles attribués au Prophète n'avaient plus aucun effet, réduisant ainsi la foi des Musulmans à une simple illusion.

Chaybah, le fils de 'Othmân B. Abî Talhah, dont le père avait été tué à la bataille d'Ohod, nourrissait une rancune personnelle. Animé par un désir de vengeance, il jura solennellement qu'il mettrait fin à la vie de Mohammad. Sa promesse, empreinte de haine, témoignait de la profondeur de son ressentiment.

Dans cette ambiance de moqueries et de menaces, la confusion ne fit que s'intensifier. Les paroles venimeuses des notables mecquois se propageaient comme une traînée de poudre, alimentant les tensions et exacerbant les hostilités.

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Le Retour des Compagnons

Le Retour des Compagnons

À la fin de la bataille, le Prophète Muhammad, dans un moment de grande intensité, se tourna vers son oncle 'Abbâs, qui tenait fermement la bride de sa mule. Il lui demanda de crier avec force et conviction : « Ô citoyens de Médine ! Ô hommes de l'Arbre de Fidélité ! » Ces mots faisaient référence à ceux qui avaient prêté serment sous l'arbre à Hudaybiyyah, un moment de loyauté et de dévouement inoubliable. Il ajouta : « Ô vous de la Sourate al-Baqarah ! », évoquant ainsi l'hommage rendu par ces mêmes hommes lors de leur conversion à l'Islam. La voix puissante de 'Abbâs résonna à plusieurs reprises, se propageant comme un écho vibrant qui atteignit les oreilles des compagnons en fuite. En réponse, un cri de ralliement, "Labbayk", s'éleva de toutes parts, et un mouvement de retour s'amorça.

Environ cent hommes, tous des Ançârites, se rassemblèrent au Passage étroit, un lieu stratégique, et parvinrent à enrayer l'avancée de l'ennemi. Parmi les adversaires, le porte-drapeau des Banî Hawâzin, un homme nommé 'Othmân ou Abû Jarwal, se distinguait par sa stature imposante et sa carrure impressionnante. Il s'avança, défiant les Musulmans à un combat singulier. 'Alî, courageux et déterminé, s'avança pour relever le défi et engagea le combat contre cet adversaire redoutable. Pendant ce temps, l'armée musulmane se regroupait peu à peu autour du Prophète, formant un front uni et résolu. 'Alî, avec bravoure et habileté, réussit à vaincre et tuer son adversaire.

À présent, les deux camps étaient proches l'un de l'autre, engagés dans un combat au corps à corps d'une intensité féroce. Le Prophète, observant la scène du haut d'une colline, prit une poignée de gravier et la lança en direction de l'ennemi, prononçant ces mots : « Que la ruine se saisisse d'eux ! » Comme par enchantement, les ennemis se mirent à trembler, et peu après, ils prirent la fuite, désorganisés et paniqués. Les Musulmans, animés par un nouvel élan, les poursuivirent de près, en tuant plusieurs.

Cet épisode de la bataille est évoqué dans les versets coraniques suivants : « Dieu vous a secouru de nombreux engagements et le jour de Honayn, quand vous étiez fiers de votre grand nombre, mais cela ne vous a servi de rien, et la terre, toute vaste qu'elle est, vous paraissait étroite, puis vous avez tourné le dos en fuyant. Dieu fit descendre ensuite la tranquillité sur Son Prophète et sur les Croyants et IL fit descendre des soldats invisibles. IL a châtié ceux qui étaient incrédules. Telle est la rétribution des incrédules. » (Sourate al-Tawbah, 9: 25-26)

Dans le tumulte de la bataille, Khâlid, connu pour sa cruauté implacable, fut de nouveau réprimandé pour avoir tué une femme, un acte qui soulignait la brutalité de ce moment tragique.

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La Défaite et la Fuite des Infidèles

La Défaite et la Fuite des Infidèles

La bataille était désormais remportée. Les forces ennemies, ayant subi une lourde défaite avec la perte de soixante-dix de leurs plus valeureux combattants, se virent contraintes de battre en retraite. Parmi ces pertes, quarante guerriers avaient succombé sous les coups puissants de 'Alî. Dans leur fuite désespérée, les ennemis se dirigèrent vers leur campement situé à Awtas. Cependant, leur répit fut de courte durée. Un détachement vigoureux de l'armée musulmane, mené par le vaillant Abû Amir al-Ach'arî, se lança à leur poursuite avec détermination.

Abû Amir, faisant preuve d'une bravoure exemplaire, parvint à abattre plusieurs adversaires avant de tomber lui-même sur le champ de bataille. Sa mort ne freina pas l'élan des Musulmans, car son cousin, Abû Mûsâ al-Ach'arî, prit rapidement le relais du commandement. Sous sa direction, les forces musulmanes continuèrent leur offensive, forçant l'ennemi à se disperser et à se replier précipitamment vers Tâ'if. Dans leur fuite, les ennemis abandonnèrent leur camp, qui fut promptement saisi par les Musulmans.

Le campement capturé révéla un butin considérable : en plus des six mille prisonniers de guerre, comprenant femmes et enfants, les Musulmans mirent la main sur quarante mille moutons et chèvres, quatre mille "okes" d'argent, ainsi que vingt-quatre mille chameaux. Ce butin, ainsi que les prisonniers, furent transférés à Je'rana, où ils furent gardés en sécurité. Pendant ce temps, l'armée musulmane poursuivait sa progression vers Tâ'if, déterminée à consolider sa victoire et à achever sa campagne victorieuse.

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Le Siège de Tâ'if

Le Siège de Tâ'if

À peine le détachement d'Awtas était-il revenu que le Prophète, animé par une détermination inébranlable, se mit en route avec ses armées. Traversant les terres de Nakhlah, il se dirigea vers Tâ'if, une ville fortifiée qu'il comptait assiéger. Les Hawâzin, accompagnés de leurs alliés, avaient anticipé cette manœuvre et pris des mesures défensives pour se préparer à l'assaut imminent.

Le siège de Tâ'if s'étira sur plus de vingt-quatre jours, mais malgré les efforts déployés, il ne produisit pas les résultats escomptés. Le Prophète, après avoir fait un rêve révélateur, comprit que les opérations militaires ne porteraient pas leurs fruits. Il prit alors la décision de lever le siège. Cependant, cette décision fut accueillie par des murmures de mécontentement au sein de l'armée. Pour apaiser ses hommes, il leur permit de lancer un assaut général le lendemain.

Ainsi, le jour suivant, l'armée passa à l'offensive. Mais, malgré leur courage, les assaillants furent repoussés et subirent de lourdes pertes. Parmi les blessés se trouvait 'Abdullâh, le fils d'Abû Bakr, qui succombera à ses blessures quelques années plus tard. Abû Sufiyân, le chef mecquois, perdit un œil, victime d'une flèche tirée avec précision.

Finalement, l'armée dut battre en retraite et se retira vers Je'rana. Là-bas, le butin de la bataille de Honayn était précieusement gardé, en attente d'être distribué. Cette retraite marqua la fin de l'expédition vers Tâ'if, laissant derrière elle des souvenirs de courage et de sacrifice.

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La Distribution du Butin de Guerre de Honayn

La Distribution du Butin de Guerre de Honayn

Après la bataille de Honayn, un long délai s'écoula avant que le butin ne soit distribué. Durant cette période, aucune des tribus ennemies ne revint pour négocier la récupération de leurs familles captives, bien que le Prophète s'attendît à ce qu'elles le fassent. L'armée, craignant que ces tribus ne reviennent et que, fidèle à sa nature généreuse, le Prophète ne leur restitue leurs biens, se rassembla autour de lui. Les soldats, impatients, poussèrent des clameurs pour que les dépouilles des récentes batailles soient enfin partagées.

Face à cette pression, le Prophète exprima son exaspération et leur demanda avec indignation : « M'avez-vous jamais vu faux ou malhonnête ? » Pour renforcer son propos, il arracha quelques poils du dos d'un chameau et, élevant la voix, jura : « Par Allâh ! Je n'ai jamais détourné même l'équivalent d'un cheveu du butin, ni pris pour ma part plus que le cinquième, et même ce cinquième, je l'ai dépensé pour votre bien. »

Finalement, le butin fut réparti selon la coutume : quatre cinquièmes pour l'armée et un cinquième pour le Prophète. Chaque soldat reçut ainsi quatre chameaux et quarante moutons ou chèvres, tandis que chaque cavalier reçut trois fois plus, ainsi que quelques captifs.

Les nobles des Quraych de la Mecque, qui espéraient ardemment la défaite du Prophète à Honayn, attendaient ce moment avec impatience. Leur foi, malgré leur conversion à l'Islam, restait douteuse. Pour gagner leur cœur et les attacher plus fermement à lui et à sa Foi, le Prophète leur offrit de nombreux cadeaux et dons prélevés sur sa propre part du butin. L'objectif était de leur montrer qu'en se convertissant à l'Islam, ils gagnaient plus qu'ils ne perdaient.

Abû Sufiyân reçut ainsi cent chameaux et cinquante "okes" d'argent. D'autres notables, tels que Yazîd et Mu'âwiyeh fils d'Abû Sufiyân, 'Ikrimah fils d'Abû Jahl et son frère Hârith, Çafwân Ibn Omayyah, Hâkim B. Hozam, et d'autres encore, bénéficièrent également de ces largesses. Ces bénéficiaires sont connus dans l'histoire de l'Islam sous le nom des "Amnistiés" (Al-Tulaqâ').

Parmi ces convertis réconciliés figurait 'Abbas B. Marwân, un poète. Insatisfait de sa part, il exprima son mécontentement à travers des vers satiriques. Le Prophète le surprit en train de les réciter et ordonna : « Prends cet homme et coupe-lui la langue. » 'Omar, fervent partisan des mesures rigoureuses, s'apprêtait à exécuter l'ordre à la lettre. Cependant, 'Alî, qui avait mieux compris l'intention du Prophète, conduisit 'Abbâs, tremblant, vers le lieu où était rassemblé le bétail capturé et lui ordonna de choisir ce qu'il voulait.

Surpris et soulagé, le poète s'exclama : « Quoi ! C'est cela que le Prophète voulait me faire ? Par Allâh ! Je n'en prendrai rien. » Malgré cela, le Prophète persista dans sa générosité et lui envoya soixante chameaux. Dès lors, le poète ne cessa de chanter la libéralité du Prophète.

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Le Mécontentement des Médinois

Le Mécontentement des Médinois

Les Médinois, ayant été les témoins et les acteurs des nombreuses batailles qui ont marqué l'histoire de l'Islam, ressentaient une profonde frustration face aux privilèges accordés aux Quraychites. Cette situation leur apparaissait comme une forme de favoritisme de la part du Prophète, un favoritisme qui semblait ignorer les services inestimables qu'ils avaient eux-mêmes rendus au cours des années de lutte acharnée. Le mécontentement grondait parmi eux, car ils percevaient cette préférence pour les Quraych comme une injustice.

Abul-Fidâ', un chroniqueur de l'époque, rapporte un incident révélateur de ce mécontentement. Une fois la distribution des biens terminée, Thul Khuwayçarah se permit de critiquer ouvertement le Prophète. En réponse, le Prophète le désigna comme un homme dont la descendance donnerait naissance à des dissidents, connus plus tard sous le nom de Khârijites. Cette prédiction se réalisa effectivement lorsque Harqûs, fils de Thul Thaddiyah, un descendant de Thul Khuwayçarah, fut le premier à prêter serment d'allégeance contre le Calife 'Alî, devenant ainsi un dissident ou Khârijite.

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Les Médinois Réconciliés

Les Médinois Réconciliés

Conscient du mécontentement qui grondait parmi les Médinois, le Prophète, dans sa sagesse et sa bienveillance, décida de se retirer sous sa tente. Il était accompagné de 'Alî, son fidèle compagnon. Peu de temps après, il convoqua les notables de Médine pour s'adresser à eux directement. Selon l'historien W. Ivring, le Prophète s'adressa à eux avec des paroles empreintes de vérité et de profondeur : « Ô vous, les hommes de Médine ! N'étiez-vous pas en désaccord entre vous-mêmes, et n'est-ce pas moi qui vous ai apporté l'harmonie ? N'étiez-vous pas dans l'erreur, et n'est-ce pas moi qui vous ai guidés vers le droit chemin ? N'étiez-vous pas pauvres, et n'est-ce pas moi qui vous ai rendus riches ? »

Les notables de Médine, touchés par ces paroles, reconnurent la véracité des propos du Prophète. Il poursuivit alors, ajoutant avec une émotion palpable : « Voyez-vous ? Lorsque je suis venu parmi vous, vous m'avez cru, alors que j'avais été stigmatisé par les Mecquois comme un menteur ; vous m'avez protégé, alors que j'étais un fugitif ; et vous m'avez aidé, alors que j'étais sans secours ! Croyez-vous donc que je sois inconscient de tout cela ? Pensez-vous que je sois ingrat ? Vous vous plaignez du fait que j'accorde à ces gens-là des cadeaux et que je ne vous en donne pas. C'est vrai, je leur donne des biens de ce monde, mais c'est pour gagner leurs cœurs attachés à ce monde. À vous qui êtes des hommes vrais, je vous donne moi-même ! »

Il continua, soulignant la profondeur de leur lien : « Ils retournent chez eux avec des moutons et des chameaux, mais vous, vous retournez avec le Prophète de Dieu parmi vous. Car, par Celui qui détient entre Ses mains l'âme de Mohammad, si le monde entier allait d'un côté et vous de l'autre, je resterais avec vous ! Lequel donc, de vous ou d'eux, ai-je récompensé le plus ? »

Ces paroles, empreintes de sincérité et d'affection, touchèrent profondément les Ançâr. Émus, ils éclatèrent en sanglots, leurs barbes se mouillant de larmes de gratitude et de reconnaissance. Dans un élan unanime, ils s'écrièrent : « Ô Messager de Dieu ! Nous sommes contents de ta compagnie et satisfaits de nos parts. »

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Les Prisonniers de Guerre

Les Prisonniers de Guerre

Parmi les captifs, se trouvait une femme âgée du nom de Chaymâ'. Elle se présenta en affirmant être la fille de Halîmah, la nourrice du Prophète, ce qui faisait d'elle sa sœur de lait. Cette révélation suscita une vive émotion, car elle rappelait des souvenirs d'enfance précieux. Elle fut donc amenée devant le Prophète, qui, en la voyant, reconnut immédiatement la fille qui veillait sur lui et le portait lorsqu'il était nourri par Halîmah chez les Banî Sa'd. En signe de reconnaissance et d'affection, il lui tendit son manteau pour qu'elle s'asseye à ses côtés, marquant ainsi leur lien fraternel.

Le Prophète, dans un geste de générosité, lui proposa de l'accompagner à Médine. Cependant, Chaymâ' préféra rester auprès de sa tribu, fidèle à ses racines. Respectant son choix, il lui donna la permission de retourner chez elle, non sans lui avoir offert de somptueux présents et tout le nécessaire pour un voyage confortable.

Ce traitement bienveillant accordé à Chaymâ' ne passa pas inaperçu. Encouragées par cet accueil chaleureux, des délégations des Banî Sa'd, des Banî Hawâzin et d'autres tribus se rendirent auprès du Prophète. Elles se soumirent à son autorité avec respect et implorèrent la restitution de leurs femmes, enfants et biens. Le Prophète, dans sa sagesse, leur posa une question cruciale : « Qu'est-ce qui est le plus cher, vos familles ou vos biens ? » À cela, les Hawâzin répondirent sans hésitation : « Nos familles. »

Satisfait de leur réponse, le Prophète déclara : « Pour autant que cela concerne 'Abbâs et moi-même, nous sommes prêts à renoncer à notre part de prisonniers ; mais il faudrait convaincre les autres aussi. » Il leur conseilla de revenir après la prière de midi et de dire : « Nous implorons l'Envoyé de Dieu de recommander à ses partisans de nous rendre nos femmes et nos enfants, et nous implorons ses adeptes d'intercéder auprès de lui en notre faveur. »

Les délégués suivirent fidèlement ses instructions. En réponse, Mohammad et 'Abbâs renoncèrent immédiatement à leur part de prisonniers de guerre. Leur exemple fut contagieux, et bientôt, tous les autres les imitèrent, libérant ainsi les captifs et rétablissant la paix et la dignité des familles concernées.

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'Alî Inspiré de Secrets Divins

'Alî Inspiré de Secrets Divins

Durant la période où l'armée du Prophète campait autour de la ville assiégée de Tâ'if, un climat de tension et d'attente régnait. Dans ce contexte, le Prophète, soucieux de diffuser le message de l'Islam, avait pris la décision d'envoyer un détachement sous la direction de 'Alî. Sa mission était claire : inviter les tribus vivant aux alentours de Tâ'if à embrasser l'Islam et à renoncer à leurs anciennes pratiques idolâtres en détruisant les idoles qu'elles vénéraient.

'Alî, avec sa détermination et son courage habituels, s'était engagé dans cette mission avec ferveur. Cependant, il avait rencontré des résistances, notamment de la part du clan de Khoth'am. Ce clan, attaché à ses traditions, avait opposé une vive résistance. Mais au cours des affrontements, 'Alî avait réussi à tuer leur chef, Chabab. Cet événement marqua un tournant décisif, car, sans leur chef, les membres du clan se soumirent finalement à 'Alî et acceptèrent son appel.

Après avoir accompli sa mission avec succès et loyauté, 'Alî retourna auprès du Prophète. À sa vue, le Prophète, empli de gratitude et de reconnaissance, s'exclama : "Allâh-u-Akbar". Il prit alors 'Alî à part, l'emmenant dans son appartement sacré pour un entretien privé et prolongé. Cette conversation, tenue à l'écart des autres, éveilla la curiosité parmi les compagnons du Prophète, en particulier 'Omar. Ils se mirent à murmurer entre eux, s'interrogeant sur la raison d'une telle confidentialité et sur le contenu de cet échange entre le Prophète et son cousin.

Conscient de ces murmures, le Prophète expliqua que c'était par la volonté divine que 'Alî avait été inspiré de certains Secrets Divins. C'était précisément pour cette raison qu'il avait jugé nécessaire d'avoir avec lui cet entretien intime et prolongé. (191)

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Mâlik Ibn 'Awf

Mâlik Ibn 'Awf

Mâlik Ibn 'Awf, l'un des chefs éminents des Banî Hawâzin, s'était retranché dans sa citadelle fortifiée à Tâ'if, un lieu de refuge et de résistance. Dans ce contexte tendu, le Prophète de l'Islam lui fit parvenir une proposition généreuse : s'il acceptait d'embrasser l'Islam, il pourrait non seulement récupérer ses biens et sa famille, mais il recevrait également un don substantiel de cent chameaux. Cette offre était accompagnée de la promesse d'un commandement prestigieux, celui de diriger tous ses hommes qui choisiraient également de se convertir à l'Islam.

Séduit par cette perspective, Mâlik Ibn 'Awf accepta l'offre avec détermination. Sa conversion à l'Islam ne fut pas simplement un acte symbolique, mais le début d'une nouvelle ère pour lui et ses compagnons. En effet, il devint rapidement un Musulman non seulement dévoué, mais aussi particulièrement utile et enthousiaste, apportant sa force et son influence au service de sa nouvelle foi. Sa transformation et son engagement fervent illustrèrent la profondeur de son adhésion à l'Islam et l'impact positif qu'il eut sur sa communauté.

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Le Retour du Prophète

Le Retour du Prophète

Après que la distribution du butin de la guerre fut achevée, le Prophète, animé par une profonde dévotion, formula le vœu d'accomplir le Pèlerinage. Ainsi, le 18 Thilqa'dah de l'an 8 de l'Hégire, il se vêtit de l'habit de pèlerinage, symbole de pureté et de renoncement, et se mit en route vers la Mecque. C'est là qu'il réalisa le Pèlerinage Mineur, un acte de foi et de piété qui marqua les esprits.

Dans le même temps, 'Otbah B. Osayd et Mo'az B. Jabal, que le Prophète avait désignés respectivement comme Gouverneur et Chef du Clergé de la Mecque avant son départ pour la bataille de Honayn, furent confirmés dans leurs fonctions. Cette décision renforça l'autorité et l'organisation de la communauté musulmane dans cette ville sacrée.

Après avoir accompli ses devoirs religieux, le Prophète retourna à Je'rana la même nuit. Puis, dès l'aube du lendemain, il entreprit le chemin du retour vers Médine, guidé par sa mission prophétique et son engagement envers sa communauté.

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Ibrâhîm, Fils du Prophète

Ibrâhîm, Fils du Prophète

À l'époque où le Prophète de l'Islam revenait à Médine, un événement marquant se produisit dans sa vie personnelle. Marya, la fille copte qui avait été envoyée par le Gouverneur d'Égypte au Prophète, donna naissance à un fils. C'était au mois de Thilhaj, durant la huitième année de l'Hégire. Le Prophète, avec une joie teintée de sagesse, nomma l'enfant Ibrâhîm, en hommage au grand patriarche. Cependant, le destin avait prévu une courte existence pour ce jeune garçon. Ibrâhîm ne vécut que quatorze mois, une période brève mais précieuse pour le Prophète et sa famille.

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La Prohibition de l'Alcool

La Prohibition de l'Alcool

En l'an 8 de l'Hégire, un tournant décisif fut pris dans la vie des croyants lorsque la consommation de vin fut formellement interdite. Cette interdiction n'était pas soudaine, mais plutôt l'aboutissement d'un processus de désapprobation qui avait commencé dès l'an 4 de l'Hégire. À cette époque, un verset coranique avait été révélé, posant les premières pierres de cette interdiction : « Ils t'interrogent au sujet du vin et du jeu de hasard; dis: "Ils comportent tous deux, pour les hommes, un grand péché et un avantage, mais le péché qui s'y trouve est plus grand que leur utilité" » (Sourate al-Baqarah, 2:219).

Suite à cette révélation, certains musulmans, touchés par ces paroles divines, décidèrent de renoncer à l'alcool. Cependant, d'autres continuèrent à en consommer, jusqu'à ce qu'un incident marquant se produise lors d'une réception organisée par 'Abdul-Rahmân B. 'Awf. Cette soirée, à laquelle assistaient de nombreux Compagnons du Prophète, fut le théâtre d'un événement troublant. En effet, après avoir mangé et bu en abondance, l'un des convives se mit à divaguer de manière honteuse pendant la prière du soir. Selon al-Baydhâwî, cet incident fut à l'origine d'une nouvelle révélation, survenue en l'an 6 de l'Hégire : « Ô les Croyants! N'approchez pas de la prière, alors que vous êtes ivres - attendez de savoir ce que vous dites! » (Sourate al-Nisà', 3:43).

Malgré ces avertissements, certains musulmans ne parvinrent pas à se défaire de cette habitude. Un autre incident, encore plus grave, survint : un des Compagnons les plus éminents du Prophète, ayant trop bu, attaqua 'Abdul-Rahmân Ibn 'Awf et lui fractura le crâne avec un maxillaire de chameau. Lorsque le Prophète apprit cette nouvelle, il fut empli de colère. Se levant avec détermination, il se dirigea immédiatement vers le lieu où le Compagnon gémissait, son manteau traînant derrière lui. Ramassant un objet qu'il tint fermement dans sa main, il frappa le Compagnon jusqu'à ce que ce dernier s'écrie : « Je demande protection contre la colère de Dieu et de Son Prophète ».

Cet événement dramatique fut, dit-on, la cause de la révélation des versets coraniques qui ordonnaient une abstinence totale de la consommation d'alcool : « Ô les croyants! Le vin, le jeu de hasard, les pierres dressées et les flèches divinatoires sont une abomination et une œuvre du Démon. Évitez-les. Peut-être serez-vous heureux. Satan veut susciter parmi vous l'hostilité et la haine au moyen du vin et du jeu de hasard. Il veut ainsi vous détourner du souvenir de Dieu et de la prière. Ne vous abstiendrez-vous donc pas? Obéissez à Dieu! Obéissez au Prophète! Prenez garde! Mais si vous vous détournez, sachez qu'il n'incombe à Notre Prophète que de transmettre le message en toute clarté » (Sourate al-Mâ'idah, 5:90-92).

Face à cette injonction divine, les offenseurs, pris de remords, répliquèrent unanimement : « Nous nous en abstiendrons, nous nous en abstiendrons ». Ainsi, la prohibition de l'alcool fut acceptée et intégrée dans la vie des croyants, marquant un changement profond dans la société musulmane de l'époque.

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L'EXPÉDITION DE WÂDI-L-RAMAL OU DE THÂT-AL-SALÂSIL. L'EXPÉDITION DE TABÛK.

L'EXPÉDITION DE WÂDI-L-RAMAL OU DE THÂT-AL-SALÂSIL. L'EXPÉDITION DE TABÛK.

L'EXPÉDITION DE WÂDI-L-RAMAL OU DE THÂT-AL-SALÂSIL.
L'EXPÉDITION DE TABÛK. L'ANNONCE DE LA SOURATE AL-TAWBAH. LES CHRÉTIENS DE NAJRÂN,
ET D'AUTRES EVÉNEMENTS SURVENUS AU COURS DE LA NEUVIÈME ANNÉE
DE L'EMIGRATION

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La Soumission des Banî Thaqîf

La Soumission des Banî Thaqîf

Après la soumission et la conversion des Banî Hawâzin, ainsi que de leur chef Mâlik B. 'Awf, une pression intense s'exerçait sur les Banû Thaqîf. En effet, ils se retrouvaient entourés de toutes parts par les partisans du Prophète, qui les considéraient avec mépris et les qualifiaient d'infidèles. Cette situation les contraignait à se retrancher derrière leurs murs, car les Banû Hawâzin, en connivence avec Mâlik, maintenaient un état de guerre incessant contre eux.

Face à cette pression croissante, les Banû Thaqîf prirent la décision d'envoyer, au mois de Ramadhân de l'an 9 de l'Hégire, une délégation à Médine dans l'espoir de négocier un compromis. Le Prophète accueillit avec plaisir ces émissaires venus de Tâ'if. Cependant, lorsque les délégués sollicitèrent la permission de continuer leurs pratiques idolâtres, le Prophète refusa catégoriquement de leur accorder la moindre concession sur ce point crucial.

Devant cette fermeté, les Banû Thaqîf se résignèrent finalement à se soumettre inconditionnellement. Ils acceptèrent de se rallier à la nouvelle religion, l'Islam, et d'abandonner l'idolâtrie. Pour sceller cette transition, Abû Sufiyân B. Harb et Moghîrah, qui avaient une grande influence sur la tribu, furent chargés de détruire leur célèbre idole, "Al-Lât". Ils partirent en compagnie de la délégation pour accomplir cette mission.

À leur arrivée à Tâ'if, Moghîrah renversa l'image d'Al-Lât, la faisant tomber à terre, et s'empara de ses ornements et bijoux. Cette scène se déroula au milieu des cris et des lamentations des femmes, témoignant de l'impact émotionnel de cet acte sur la communauté.

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L'Expédition de Wâdi-l-Ramal ou de Thât-al-Salâsil

L'Expédition de Wâdi-l-Ramal ou de Thât-al-Salâsil

Au début de l'an 9 de l'Hégire, une période marquée par de nombreuses tensions, le Prophète de l'Islam reçut des informations alarmantes. Les tribus résidant dans la région de Wâdi-l-Ramal, animées par des intentions belliqueuses, planifiaient un raid sur Médine. Elles rassemblaient hommes et armes, nourrissant le projet de s'en prendre à la ville sainte. Pour contrer cette menace imminente, le Prophète décida d'agir promptement. Il envoya Abû Bakr à la tête d'une armée, espérant ainsi dissuader les assaillants et les ramener à la raison.

La vallée de Wâdi-l-Ramal, entourée de collines et parsemée d'arbrisseaux épineux, offrait un terrain propice aux embuscades. Les tribus, informées de l'approche des forces musulmanes, exploitèrent cet avantage stratégique. Elles tendirent une embuscade redoutable et attaquèrent avec une telle férocité que les hommes d'Abû Bakr, malgré leur bravoure, durent battre en retraite après avoir subi de lourdes pertes.

Face à cet échec, le Prophète dépêcha une seconde armée sous le commandement de 'Omar. Cependant, cette nouvelle expédition ne connut guère plus de succès que la première. C'est alors qu'un autre compagnon, 'Amr Ibn al-'Âç, se porta volontaire pour mener une nouvelle tentative. Malheureusement, lui aussi revint bredouille à Médine, incapable de renverser la situation.

Devant ces revers successifs, le Prophète prit une décision décisive. Il envoya 'Alî, accompagné d'une armée comprenant des figures éminentes telles qu'Abû Bakr, 'Omar et 'Amr, en tant que capitaines. 'Alî, faisant preuve de stratégie et de détermination, choisit d'emprunter une route différente. Après avoir parcouru une certaine distance, il changea brusquement de direction, traversant une région rocailleuse. Il marcha la nuit et campa le jour, prenant ainsi l'ennemi par surprise.

Bien que 'Amr, Abû Bakr et 'Omar exprimèrent leurs inquiétudes quant aux dangers de cette route, 'Alî, confiant en son plan, refusa de dévier de son chemin. Au petit matin, son armée surprit les tribus ennemies. Les forces musulmanes, galvanisées par cet effet de surprise, ravagèrent la vallée, vengeant ainsi les pertes subies lors des expéditions précédentes.

Le Prophète, recevant une révélation consignée dans la sourate al-'Âdiyât, annonça immédiatement la victoire de 'Alî à ses Compagnons. Lorsque 'Alî revint à Médine, victorieux, le Prophète sortit avec ses partisans pour l'accueillir. À la vue du Prophète, 'Alî descendit de son cheval en signe de respect. Cependant, le Prophète lui demanda de remonter, l'informant que ses efforts étaient approuvés par Dieu et par lui-même. Ému par cette reconnaissance, 'Alî pleura de joie.

Le Prophète ajouta avec affection : « Si je ne craignais que les gens ne t'attribuent ce que les adeptes du Christ lui ont attribué, je dirais tellement de choses sur toi que, où que tu ailles, les gens ramasseraient de la terre sous tes pieds pour y chercher la guérison. »

Cette expédition, marquée par la stratégie audacieuse de 'Alî et la reconnaissance du Prophète, est connue sous le nom de l'expédition de Thât al-Salâsil. Selon certains historiens, elle se serait déroulée en l'an 8 de l'Hégire.

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L'Expédition de Tabûk

L'Expédition de Tabûk

C'est au milieu de l'an 9 de l'Hégire que des Nabatites, venus de Syrie pour visiter les marchés animés de Médine, apportèrent avec eux une rumeur inquiétante. Selon leurs dires, l'Empereur romain Héraclius préparait une armée colossale, destinée à surprendre les Musulmans dans leur propre cité. Cette nouvelle, parvenue aux oreilles du Prophète, le poussa à prendre une décision cruciale : il résolut d'affronter l'ennemi avant qu'il n'atteigne Médine. Ainsi, il donna des ordres explicites à ses hommes pour se préparer à cette expédition imminente.

Cependant, la tâche n'était pas aisée. La saison était marquée par une chaleur accablante et une sécheresse implacable, rendant les gens réticents à entreprendre un tel voyage. Malgré ces conditions difficiles, le Prophète parvint à rassembler une armée impressionnante, composée de dix mille cavaliers et de vingt mille fantassins. Il nomma 'Alî comme Gouverneur de Médine, lui confiant la responsabilité de veiller sur la ville et sur sa famille durant son absence. Dans son ouvrage "Life of Muhammad", W. Irving mentionne ce passage en soulignant que 'Alî accepta cette mission à contrecoeur, lui qui avait l'habitude d'accompagner le Prophète et de partager avec lui les dangers des batailles.

Une fois les préparatifs achevés, le Prophète quitta Médine au mois de Rajab de l'an 9 H. pour entamer cette expédition d'importance. Parmi les troupes, se trouvaient des Khazrajites et leurs alliés, conduits par 'Abdullâh B. Obay. Ce dernier, que le Prophète avait désigné comme le chef des Hypocrites, campa à l'écart avec ses partisans, et lorsque l'armée avança le matin, il resta en arrière, retournant à Médine. Se rendant auprès de 'Alî, dont l'autorité à Médine le dérangeait, il tenta de semer le doute dans son esprit en insinuant que le Prophète l'avait laissé là pour se débarrasser de lui.

Piqué par ces insinuations, 'Alî alla demander directement au Prophète si ces propos étaient fondés. Le Prophète lui répondit avec fermeté : "Ces hommes sont des menteurs. Ils appartiennent au parti des hypocrites qui souhaitent provoquer une sécession à Médine. Je t'ai laissé derrière pour les surveiller et pour être le gardien de nos deux familles. Je veux que tu sois pour moi ce qu'Aaron fut pour Moïse, à cette différence que tu ne peux pas être prophète, car je suis le dernier des Prophètes." Rassuré par cette explication, 'Alî retourna à Médine avec le cœur apaisé. Certains ont interprété ces paroles comme une désignation implicite de 'Alî comme Calife ou Successeur du Prophète, en se basant sur la relation entre Aaron et Moïse.

L'armée poursuivit sa marche, affrontant un voyage éprouvant. La rareté de l'eau sur la route, combinée à la chaleur écrasante du soleil et du sable brûlant, rendait la progression difficile pour les soldats. Après sept jours de voyage harassant, ils atteignirent la vallée fertile de Hejer, ancien territoire du peuple rebelle de Thamûd, détruit par la colère divine. Là, les soldats commencèrent à se reposer, puisant de l'eau des sources fraîches et préparant leur repas. Mais lorsque le Prophète, qui marchait habituellement à l'arrière de l'armée, arriva sur les lieux, il interdit toute halte dans cet endroit maudit. Il ordonna que personne ne boive de l'eau, ni ne l'utilise pour l'ablution, et que la pâte pétrie pour le pain soit donnée aux chameaux. Les soldats obéirent immédiatement et reprirent la route, ne s'arrêtant que la nuit tombée, souffrant du manque d'eau.

Le lendemain matin, une averse abondante, survenue après une prière du Prophète, vint miraculeusement compenser la perte des puits de Hejer, redonnant vie aux hommes et aux animaux. Revigorés, ils poursuivirent leur marche jusqu'à Tabûk, une ville située à mi-chemin entre Médine et Damas, sur la frontière sud de l'ancien Edom, à dix étapes de Médine. Là, ils découvrirent que la rumeur à l'origine de l'expédition était infondée. Le Prophète décida de faire halte à cet endroit, ne souhaitant pas aller plus loin. Il envoya ses capitaines avec un petit détachement pour explorer la région environnante et inviter les chefs locaux et leurs peuples à embrasser l'Islam.

Le Prophète et son armée restèrent vingt jours à Tabûk. Pendant ce temps, plusieurs clans juifs et chrétiens se convertirent à l'Islam, exprimant leur adhésion au Prophète. Certains offrirent de payer un tribut annuel en signe de soumission à son autorité. Ainsi, l'expédition, bien que motivée par une fausse rumeur, ne fut pas vaine. La presque totalité du nord de la Péninsule était désormais sous l'influence musulmane. Après ces vingt jours de halte à Tabûk, le Prophète entreprit le chemin du retour vers Médine, qu'il atteignit au mois de Ramadhân.

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Conspiration contre la Vie du Prophète

Conspiration contre la Vie du Prophète

Sur le chemin du retour de l'expédition de Tabûk, le Prophète Muhammad devait franchir le passage escarpé de 'Aqabah Thî Fetaq. Conscient des dangers potentiels, il ordonna à ses compagnons de ne pas emprunter ce passage avant lui, préférant s'assurer lui-même de la sécurité du chemin. C'était une nuit paisible, mais l'obscurité cachait des intentions malveillantes.

Alors qu'il avançait sur son chameau, le Prophète était accompagné par Hothayfah B. al-Yaman, qui tenait fermement la bride, et 'Ammâr Ibn Yâcir, qui poussait le chameau par derrière. Soudain, un éclair de lumière révéla la présence de quatorze ou quinze hommes s'approchant furtivement. Hothayfah, réagissant rapidement, poussa un cri d'alarme. Le Prophète, avec une autorité indéniable, accosta les intrus, qui prirent la fuite précipitamment. Cette scène évoque les versets du Coran : « Et ils avaient combiné ce qu'ils n'ont pas pu réaliser » (Sourate al-Tawbah, 9:74).

Les commentateurs nous éclairent sur cette tentative d'assassinat. Quinze hommes avaient comploté pour tuer le Prophète lors de son retour de Tabûk. Leur plan était de faire tomber le Prophète de son chameau dans un précipice alors qu'il traversait la partie la plus élevée de 'Aqabah. Cependant, leur plan fut déjoué par la vigilance de Hothayfah, qui, en entendant le bruit des pas de chameaux et le cliquetis des armes, donna l'alerte, forçant ainsi les conspirateurs à s'enfuir.

Le Prophète, après cet incident, interrogea Hothayfah pour savoir s'il avait reconnu les assaillants. Hothayfah répondit qu'il ne les avait pas identifiés. Le Prophète révéla alors que ces hommes avaient prévu de l'assassiner en effrayant son chameau pour le précipiter dans le vide. Il ajouta que ces hommes resteraient des hypocrites jusqu'au Jour du Jugement. Il confia à Hothayfah les noms des conspirateurs, ainsi que ceux de leurs pères, mais lui interdit strictement de révéler ce secret. Hothayfah, dans un élan de loyauté, exprima son désir de voir ces traîtres punis par la décapitation. Cependant, le Prophète refusa cette suggestion, expliquant que cela pourrait être mal interprété par le peuple, qui dirait que Muhammad, après avoir remporté des victoires avec leur aide, cherchait maintenant à les éliminer.

Hothayfah devint par la suite connu sous le nom de "Possesseur du Secret". Plus tard, sous la pression constante du calife 'Omar, Hothayfah finit par révéler les noms des hypocrites. Cependant, étant donné que la liste incluait des Compagnons éminents du Prophète, les historiens et commentateurs ont choisi de ne pas rendre ces noms publics. Ibn Babawayh (al-Çadûq), un savant érudit, a néanmoins divulgué ces noms, mais par respect et décence, je m'abstiens de les mentionner ici.

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La Destruction du Masjid al-Dherâr

La Destruction du Masjid al-Dherâr

Alors que le Prophète et ses compagnons approchaient de Médine, à environ une heure de voyage de la ville, une délégation d'hommes de Qobâ vint à sa rencontre. Ces hommes étaient les mêmes qui, avant le départ du Prophète pour la campagne de Tabûk, lui avaient demandé de consacrer par ses prières un masjid qu'ils venaient de construire. À l'époque, le Prophète avait promis de le faire à son retour. Maintenant, ces hommes revenaient avec la même requête.

Cependant, le Prophète, conscient des véritables intentions derrière la construction de ce masjid, ordonna sa destruction. Pour exécuter cet ordre, il envoya quelques-uns de ses fidèles compagnons. En effet, ce masjid avait été érigé avec une intention malveillante et sectaire, comme le révèle le récit qui suit.

Un prêtre khazrajite du nom d'Abû 'Amîr, érudit dans les Écritures, savait qu'un Prophète devait apparaître. Pourtant, il refusa de reconnaître en Mohammad le Prophète promis. Jaloux de l'influence croissante de Mohammad à Médine, Abû 'Amîr quitta la ville après la victoire du Prophète à Badr et se réfugia à La Mecque. Là, il rejoignit les Mecquois et participa à la campagne d'Ohod contre le Prophète. Après la retraite des Mecquois, Abû 'Amîr s'enfuit vers le territoire romain.

Quelques habitants mécontents de Qobâ entrèrent en contact avec lui et l'invitèrent à revenir dans sa ville natale. Abû 'Amîr leur suggéra alors de construire un masjid qui servirait de refuge et de lieu de réunion pour comploter contre le Prophète. Ce masjid fut donc construit, et pour attirer les fidèles du masjid original de Qobâ, ils sollicitèrent le Prophète pour qu'il vienne le consacrer par ses prières. Cependant, c'était à l'époque où le Prophète se préparait pour l'expédition de Tabûk. Il avait donc différé leur demande jusqu'à son retour.

Entre-temps, une révélation divine fut envoyée au Prophète, dévoilant les véritables intentions de ces hommes : « Et ceux qui ont édifié une mosquée nuisible et impie pour semer la division entre les croyants et pour en faire un lieu d'embuscade au profit de ceux qui luttaient auparavant contre Dieu et contre son Prophète, ceux-là jurent avec force: "Nous n'avons voulu que le bien!" Mais Dieu témoigne qu'ils sont menteurs » (Sourate al-Tawbah, 9:107).

Ainsi, lorsque ces hommes revinrent devant le Prophète après son retour de Tabûk pour renouveler leur demande, il ordonna la démolition immédiate de ce bâtiment.

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La Mort de 'Abdullâh B. Obay, l'Hypocrite

La Mort de 'Abdullâh B. Obay, l'Hypocrite

Environ deux mois après le retour du Prophète de l'expédition de Tabûk, un événement marquant se produisit à Médine. 'Abdullâh B. Obay, le chef reconnu des Hypocrites, rendit son dernier souffle au mois de Thil-qa'dah de l'année 9 de l'Hégire, après avoir souffert d'une courte maladie. Cet homme, bien que chef des Hypocrites, avait un fils profondément dévoué à l'Islam et sincère dans sa foi. Ce fils, fervent croyant, était prêt à aller jusqu'à l'extrême dévotion pour le Prophète, au point de vouloir trancher la tête de son propre père si cela avait été nécessaire.

Touché par les supplications insistantes de ce fils pieux, le Prophète accepta d'accomplir le service funèbre traditionnel pour 'Abdullâh B. Obay. Dans un geste empreint de compassion et de respect, il offrit sa propre chemise pour envelopper le corps du défunt. Ce geste symbolique portait une grande signification, car le fils souhaitait que son père soit recouvert d'un vêtement ayant appartenu au Prophète lui-même.

Cependant, juste après avoir accompli les prières funéraires pour 'Abdullâh B. Obay, une révélation divine parvint au Prophète. Cette révélation était claire et sans équivoque : « Demande pardon pour eux ou ne demande pas pardon pour eux; si tu demandes pardon pour eux soixante-dix fois, Dieu ne leur pardonnera, parce qu'ils sont absolument incrédules envers Dieu et Son Prophète. Dieu ne dirige pas les pervers » (Sourate al-Tawbah, 9:80). Malgré cela, le Prophète, fidèle à ses engagements, accompagna le cortège funèbre, marchant derrière le cercueil jusqu'à la tombe et assistant aux funérailles.

Peu de temps après ces événements, une nouvelle révélation fut transmise au Prophète, toujours dans la Sourate al-Tawbah, au verset 84. Cette révélation lui interdisait désormais de prier sur le corps de tout hypocrite et de s'arrêter devant sa tombe. Ainsi, le Prophète reçut une directive divine qui marqua un tournant dans la manière dont il devait désormais aborder les funérailles des hypocrites.

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La Conduite de 'Âyechah et de Hafçah

La Conduite de 'Âyechah et de Hafçah

Dans la maison du Prophète, les épouses formaient deux groupes distincts. D'un côté, il y avait 'Âyechah et Hafçah, respectivement les filles des éminents compagnons Abû Bakr et 'Omar. De l'autre, se trouvaient toutes les autres épouses. Ces deux femmes, en raison de la position privilégiée de leurs pères auprès du Prophète, cherchaient à exercer une certaine influence sur lui. Parfois, leur comportement envers le Prophète manquait de respect. Elles lui adressaient tant de demandes qu'il lui était impossible de les satisfaire toutes.

Un jour, Abû Bakr et 'Omar rendirent visite au Prophète et le trouvèrent assis parmi ses épouses, l'air triste et sombre. Chacun d'eux réprimanda sa fille pour son comportement. Une autre fois, lors de la distribution du butin d'une guerre, 'Âyechah demanda au Prophète quelque chose qu'il ne pouvait lui accorder en toute justice. Elle insista avec tant de persistance que le Prophète en fut attristé et déprimé. 'Alî tenta de la raisonner, mais elle perdit son sang-froid et lui parla avec une certaine brutalité. Le Prophète, en colère, déclara qu'il répudierait ses épouses dès que 'Alî en exprimerait le désir.

Une révélation divine vint alors condamner cette attitude des femmes du Prophète : « Ô Prophète! Dis à tes épouses: "Si vous désirez la vie de ce monde et son faste, venez: je vous procurerai quelques avantages, puis je vous donnerai un généreux congé ». (Sourate al-Ahzâb, 33:28)

Certaines épouses du Prophète se laissèrent aller à des comportements indignes, adoptant des attitudes qui le tourmentaient. Voici quelques exemples de leurs comportements :

a) Zaynab Bint Johach, l'une des épouses du Prophète, avait reçu en cadeau un peu de miel de bonne qualité. Lorsqu'il se rendit chez elle, elle lui prépara un breuvage qu'il appréciait particulièrement. Cependant, la préparation du miel dilué dans l'eau prenait du temps, ce qui fit que le Prophète resta plus longtemps que prévu chez elle. Cela suscita la jalousie de 'Âyechah. Après avoir consulté les membres de son clan, elle trouva un moyen de discréditer Zaynab. Ainsi, lorsque le Prophète vint chez elle, elle insinua qu'une odeur désagréable de "Maghâfîr" émanait de sa bouche. Le Prophète, incommodé par cette remarque, répondit qu'il n'avait pas mangé de "Maghâfîr" mais seulement bu un breuvage à base de miel. 'Âyechah suggéra alors que les abeilles avaient sucé le jus de la fleur de Maghâfîr, ce qui avait donné ce goût au miel. Lorsqu'il se rendit ensuite chez Hafçah, elle lui fit la même remarque. Le lendemain, Zaynab lui offrit à nouveau le breuvage, mais il refusa de le boire.

b) À peu près à la même époque, il arriva qu'un jour Hafçah se rendit chez son père. En son absence, le Prophète se retrouva avec Marya dans les appartements de Hafçah. Lorsqu'elle rentra chez elle et vit Marya avec le Prophète, elle fut prise d'une violente colère. Pour la calmer, le Prophète lui proposa d'abandonner définitivement Marya.

c) Un troisième exemple concerne un abus de confiance et une divulgation de secret dont Hafçah se rendit coupable vis-à-vis du Prophète. Ce dernier avait pour habitude de présager des événements futurs et de parler des troubles qui surviendraient après sa mort. Un jour, il confia à Hafçah qu'après sa mort, Abû Bakr assumerait le Califat, et qu'après lui, ce serait son père 'Omar qui lui succéderait. Bien que surprise par cette prédiction, Hafçah retint son émotion. Le Prophète lui interdit formellement de divulguer ce secret. Elle accepta, mais dès que le Prophète fut parti, elle se rendit chez 'Âyechah. Elle la félicita d'abord de s'être débarrassée de sa rivale, Marya, puis continua à parler jusqu'à mentionner le secret, contre l'ordre du Prophète.

Après ces incidents, le Prophète reçut les Révélations suivantes : « Ô Prophète! Pourquoi interdis-tu ce que Dieu a rendu licite (c'est-à-dire l'abandon de Marya) en cherchant à satisfaire tes épouses? Dieu est Celui Qui pardonne. IL est Clément. Dieu vous a autorisés à vous libérer de vos serments, Dieu est votre Maître! IL est le Connaisseur, le Sage. Lorsque le Prophète confia un secret (sur le Califat) à l'une de ses épouses (Hafçah), et qu'elle le communiqua à une autre ('Âyechah) et que Dieu en informa le Prophète (de la divulgation du secret), celui-ci en dévoila une partie et garda l'autre cachée. Lorsqu'il l'eut avertie (Hafçah) de son indiscrétion, elle dit: "Qui donc t'as mis au courant?" Il répondit: "Celui Qui sait tout et Qui est bien informé m'en a avisé". (Il vaudrait mieux) "Si toutes les deux (Hafçah et 'Âyechah), vous revenez à Dieu, étant donné que vos cœurs ont déjà dévié (de la droiture), mais si vous vous soutenez mutuellement contre le Prophète, sachez que Dieu est son Maître et qu'il a pour soutien Gabriel et l'homme juste ('Alî) parmi les Croyants et même les anges. Il se peut que, s'il vous (Hafçah et 'Âyechah) répudie, son Seigneur lui donne en échange des épouses meilleures que vous, soumises à Dieu, croyantes, pieuses, repentantes, adoratrices, pratiquant le jeûne; qu'elles aient été déjà mariées ou qu'elles soient vierges ». (Sourate al-Tahrîm, 66:1-5)

Ces versets constituent une véritable menace de répudiation adressée aux femmes du Prophète. On pourrait croire que le Prophète aurait dû répudier effectivement ses épouses indisciplinées, mais il ne le fit pas, par compassion. Il savait qu'une fois répudiées, leur vie aurait été ruinée, car elles n'auraient jamais pu se remarier avec un Musulman.

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Le Prophète Se Sépare de ses Femmes pendant un Mois

Le Prophète Se Sépare de ses Femmes pendant un Mois

Le Prophète, informé des comportements de 'Âyechah et de Hafçah, ressentit une profonde tristesse et une humeur maussade s'empara de lui. En réaction à cet état de fait, il fit le serment de se séparer de ses épouses pour une durée d'un mois entier. Il se retira alors dans un appartement isolé au sein de son Masjid, confiant à Rabah, l'un de ses fidèles serviteurs, la garde de la porte afin de prévenir toute intrusion.

Cette décision du Prophète donna naissance à une rumeur qui se répandit rapidement à travers la ville, laissant entendre qu'il avait répudié ses femmes. Cette nouvelle plongea toutes ses épouses dans une profonde tristesse. 'Omar, particulièrement préoccupé par sa fille Hafçah, qu'il considérait comme la cause de ces troubles, chercha à maintes reprises à approcher le Prophète. Cependant, le surveillant lui refusa l'accès.

Finalement, 'Omar trouva une manière ingénieuse de se faire admettre. Il s'adressa à haute voix au portier, espérant que le Prophète l'entendrait, et lui demanda de solliciter la permission d'entrer. Il ajouta qu'il ne plaiderait pas en faveur de Hafçah et qu'il était même prêt à prendre des mesures extrêmes si le Prophète le désirait. Le Prophète, entendant la voix de 'Omar, ordonna au portier de le laisser entrer.

Une fois en présence du Prophète, 'Omar engagea une conversation qui parvint à dérider le Prophète et à le faire rire. Saisissant cette opportunité, 'Omar lui demanda s'il avait effectivement répudié ses femmes. Le Prophète le rassura en répondant par la négative. Rassuré, 'Omar quitta les lieux pour annoncer publiquement cette heureuse nouvelle.

Après l'écoulement du mois, le Prophète renoua le contact avec ses épouses. À cette occasion, 'Âyechah fit remarquer que la séparation n'avait duré que vingt-neuf jours, et non un mois entier comme il l'avait juré. Le Prophète lui expliqua alors que le mois était constitué de vingt-neuf jours seulement.

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L'Annonce de la Sourate al-Tawbah

L'Annonce de la Sourate al-Tawbah

À l'époque, la plupart des pèlerins qui se rendaient à la Mecque pour le Pèlerinage annuel étaient des païens. Ils mêlaient des pratiques idolâtres aux rites sacrés, dénaturant ainsi la pureté de ces cérémonies. Jusqu'à présent, le Prophète de l'Islam s'était abstenu de participer à ces rassemblements, se contentant des années précédentes de prendre part au Pèlerinage Mineur. Mais à l'approche de la saison sacrée de l'an 9 de l'Hégire, une nouvelle directive divine fut révélée au Prophète. Cette Révélation interdisait désormais aux idolâtres d'accomplir le Pèlerinage après cette année-là. Les premiers versets de la Sourate al-Tawbah en témoignent.

En conséquence, le Prophète délégua Abû Bakr pour se rendre à la Mecque et y annoncer cette Révélation aux pèlerins. Abû Bakr fut accompagné de trois cents Musulmans, et vingt chameaux furent désignés pour être sacrifiés au nom du Prophète. Cependant, peu après le départ d'Abû Bakr, le Prophète reçut un nouveau Commandement de Dieu. Obéissant à cet ordre, il envoya 'Alî, monté sur son chameau le plus rapide, al-Ghadhbah, avec pour mission de rejoindre la caravane. 'Alî devait récupérer le Livre contenant les versets de la Sourate al-Tawbah des mains d'Abû Bakr et les proclamer lui-même aux pèlerins à la Mecque.

'Au lieu-dit Araj, 'Alî parvint à rattraper la caravane. Il reprit le Livre des mains d'Abû Bakr, qui, déconcerté, retourna à Médine. Abû Bakr demanda alors au Prophète si le retrait de sa mission était véritablement un Commandement divin. Le Prophète lui confirma qu'il avait reçu une Révélation stipulant que personne, hormis lui-même ou un membre de sa famille, ne devait communiquer la Révélation. Selon certaines sources, telles que celles de Hichami, cette tâche devait être accomplie par le Prophète ou 'Alî.

Arrivé à la Mecque, 'Alî attendit le grand jour du sacrifice, moment culminant du pèlerinage, pour lire à haute voix les versets du Coran devant les vastes assemblées de pèlerins. Après avoir achevé sa lecture, il expliqua les instructions divines reçues : premièrement, plus personne ne devait désormais effectuer les tournées autour de la Maison Sacrée en étant dévêtu ; deuxièmement, tous les traités conclus avec le Prophète resteraient valables jusqu'à leur terme, ce qui signifiait que quatre mois de liberté étaient accordés à tous. Passé ce délai, toute obligation envers le Prophète prendrait fin ; troisièmement, aucun incroyant n'entrerait au Paradis ; enfin, les pèlerins idolâtres ne seraient plus autorisés à participer au pèlerinage après cette année.

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L'Année des Délégations

L'Année des Délégations

À l'approche de la fin de l'an 9 de l'Hégire, un mouvement remarquable s'amorça à travers toute la péninsule arabique. Des représentants venus de toutes les régions se dirigèrent vers Médine, convergeant vers le Prophète avec une détermination commune : embrasser l'Islam et manifester l'allégeance de leurs tribus au Prophète. Ce phénomène fut si significatif qu'il est évoqué dans la Sourate al-Naçr.

Parmi ces visiteurs, on comptait une multitude de princes et de chefs influents provenant d'Oman, de Bahrein, de Yamama et de Bahra. Ils exprimèrent leur soumission et leur conversion à la foi islamique, tant par des lettres que par l'envoi de délégations. Le Prophète, en homme de grande sagesse et de bonté, accueillit ces émissaires avec une bienveillance particulière. Il engagea des discussions ouvertes et généreuses avec eux, avant de les raccompagner avec de précieux cadeaux et des provisions généreuses, assurant ainsi leur voyage de retour dans les meilleures conditions.

Pour accompagner ces délégations, le Prophète envoya avec eux des hommes de confiance. Leur mission était double : enseigner le Coran et les principes fondamentaux de la foi islamique, et également s'occuper de la collecte des impôts publics. Parmi ces délégations, celle des Banî Hanîfah, une branche chrétienne des Banî Bakr résidant à Yamama, comptait un membre particulier. Cet homme représentait Musaylamah, connu plus tard sous le nom de "Musaylamah l'imposteur", qui prétendra à son tour être prophète.

Les délégations furent si nombreuses durant cette période que l'année 9 de l'Hégire fut désignée comme "l'année des Délégations". Ce flot constant de visiteurs et de conversions se poursuivit jusqu'à l'année suivante, marquant une époque de changement et de consolidation pour la communauté musulmane naissante.

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Les Chrétiens de Najrân

Les Chrétiens de Najrân

Dans les vastes contrées de la péninsule arabique, les Chrétiens de Najrân se distinguaient par leur réticence à suivre l'exemple des autres populations qui avaient embrassé la foi prêchée par le Prophète Muhammad. Voyant cela, le Prophète leur adressa une lettre, les invitant à découvrir sa foi. En réponse à cet appel, les Chrétiens de Najrân choisirent quatorze représentants parmi leurs évêques et prêtres. Ces hommes, choisis pour leur sagesse et leur piété, furent envoyés à Médine pour rencontrer le Prophète, s'informer sur lui et sa religion, et évaluer ses mérites.

À leur arrivée à Médine, les représentants de Najrân, vêtus de somptueuses étoffes de soie et parés de bagues en or, saluèrent le Prophète. Cependant, celui-ci, en désaccord avec leur apparence ostentatoire, se détourna d'eux sans répondre à leur salutation. Déconcertés par cet accueil glacial, ils quittèrent la mosquée et cherchèrent conseil auprès de 'Othmân et 'Abdul-Rahmân B. 'Awf. Ces deux compagnons les conduisirent chez 'Alî, qui leur suggéra de se défaire de leurs vêtements de soie et de leurs bagues en or avant de retourner voir le Prophète. Suivant ce conseil, ils revinrent et furent cette fois reçus avec amabilité par le Prophète.

Une conférence s'engagea alors, centrée sur la figure de Jésus-Christ, la seconde personne de la Trinité, selon les Chrétiens. Ils citèrent des passages des Évangiles, auxquels le Prophète répondit en expliquant que Jésus n'était qu'un prophète parmi d'autres. Après cet échange, les représentants prirent congé du Prophète, promettant de revenir après avoir réfléchi à ses arguments.

Pendant ce temps, une révélation divine parvint au Prophète : « En effet, il en est de Jésus comme d'Adam auprès de Dieu: Dieu l'a créé de terre, puis il lui a dit: "Sois", et il fut » (Sourate Âle 'Imrân, 3: 59). « Si quelqu'un te contredit après ce que tu as reçu en fait de science, dit: "Venez! Appelons nos fils et vos fils, nos femmes et vos femmes, nous-mêmes et vous-mêmes: nous ferons alors une exécration réciproque en appelant une malédiction de Dieu sur les menteurs" » (Sourate Âle 'Imrân, 3: 61).

Lorsque les représentants de Najrân revinrent, le Prophète leur fit part de ce décret divin, qui fut accepté comme un moyen de clore la discussion. Un rendez-vous fut fixé pour le 24 Thilhajj, dans un lieu ouvert à l'extérieur de la ville. Entre-temps, les Chrétiens de Najrân, conscients des risques qu'ils encouraient, décidèrent d'éviter l'appel à la malédiction divine, mais ils maintinrent néanmoins le rendez-vous.

Le jour venu, le Prophète se présenta au lieu de la rencontre, accompagné de sa famille : al-Hassan et al-Hussayn, ses petits-fils, pour représenter ses fils, Fâtimah, sa fille bien-aimée, pour représenter les femmes, et 'Alî, son fidèle lieutenant et fils adoptif, pour représenter "nous-mêmes". Cette démonstration de la famille du Prophète, purifiée selon la Révélation contenue dans le Verset 33 de la Sourate al-Ahzâb, impressionna profondément l'archevêque et ses compagnons.

Face à la solennité de cette apparition, les représentants de Najrân, tremblants à l'idée de la terrible punition divine s'ils avaient tort, exprimèrent leur désir de ne pas prendre un tel risque. Le Prophète leur offrit alors le choix entre embrasser l'Islam ou s'engager dans un conflit armé. Ils optèrent pour une autre voie, proposant de payer un tribut annuel de deux mille cottes de mailles, chacune d'une valeur d'environ quarante dirhams. Le Prophète accepta cette proposition avec bienveillance et leur permit de retourner chez eux.

Cet événement s'inscrit dans une tradition d'ordalies, des épreuves divines bien connues des peuples orientaux depuis des siècles. En choisissant Fâtimah pour l'accompagner, le Prophète souligna son statut unique parmi les femmes de sa famille, et en amenant 'Alî, il indiqua que personne d'autre parmi ses proches ou compagnons ne pouvait se substituer à lui-même. Par la présence d'al-Hassan et al-Hussayn, il affirma qu'ils étaient ses descendants légitimes, conformément au décret divin selon lequel ses descendants seraient issus de 'Alî et Fâtimah.

Ainsi, le Prophète démontra que lui-même, 'Alî, Fâtimah, al-Hassan et al-Hussayn formaient une unité indissociable, une Lumière Céleste dont les prières étaient destinées à être exaucées par Dieu.

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LE PÈLERINAGE D'ADIEU DU PROPHÈTE.

LE PÈLERINAGE D'ADIEU DU PROPHÈTE.

L'an dix de l'Hégire s'ouvrit sous le signe de l'acceptation et de la reconnaissance croissante du message du Prophète de l'Islam. En effet, de nombreux ambassadeurs affluèrent vers Médine, symbolisant l'expansion et l'influence de cette nouvelle foi. Parmi ces envoyés, des délégations issues des tribus situées sur la côte du Yémen, de Hadhramawt, ainsi que de la côte méridionale, vinrent humblement signifier leur soumission au Prophète. Elles déclarèrent leur adhésion à sa foi, marquant ainsi un tournant décisif dans l'unification des tribus sous l'étendard de l'Islam.

Parmi les figures marquantes de ces délégations, deux chefs de la tribu de Banî Kindah, originaires de Hadhramawt, se distinguèrent particulièrement. Al-Ach'ath et Walîd, ces deux leaders influents, vinrent offrir leur allégeance personnelle au Prophète et embrassèrent l'Islam avec ferveur. Cependant, l'histoire d'al-Ach'ath ne s'arrêta pas là. Après la disparition du Prophète, une rébellion éclata, et il se retrouva du côté des insurgés, luttant avec ténacité contre ses adversaires. Il fallut des renforts pour venir à bout de sa résistance acharnée. Finalement capturé, il fut envoyé devant le calife Abû Bakr.

Face à Abû Bakr, al-Ach'ath renouvela son allégeance. Malgré les objections de 'Omar, Abû Bakr choisit de lui accorder son pardon. En signe de réconciliation, il lui offrit la main de sa sœur, Um Farwah, en mariage. Cependant, le parcours d'al-Ach'ath prit une nouvelle tournure lorsqu'il se rebella contre 'Alî, devenant ainsi Khârijite. Cette rébellion marqua un autre chapitre tumultueux de sa vie.

Ses fils, Mohammad et Ishâq, laissèrent également leur empreinte dans l'histoire. Ils se distinguèrent tristement au sein de l'armée que Yazîd dépêcha à Karbalâ'. C'est cette même armée qui fut responsable du tragique massacre de al-Hussayn Ibn 'Alî, un événement qui marqua profondément l'histoire islamique et la mémoire collective des musulmans.

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Les Fonctions Missionnaires de 'Alî au Yémen

Les Fonctions Missionnaires de 'Alî au Yémen

C'est au cours du mois de Rabî' II, de l'an dix de l'Hégire, que le Prophète de l'Islam prit la décision d'envoyer Khâlid B. Walîd au Yémen. Sa mission était claire : il devait propager le message de l'Islam parmi les habitants de cette région. Cependant, au lieu de recevoir des nouvelles encourageantes et satisfaisantes sur son séjour de six mois dans ce pays, ce furent des plaintes qui affluèrent en grand nombre à Médine, semant l'inquiétude parmi les fidèles.

Face à cette situation préoccupante, le Prophète choisit de confier cette mission délicate à 'Alî. Il lui demanda de partir avec une troupe de trois cents hommes pour prendre la relève de Khâlid. Bien que jeune, 'Alî manifesta une certaine modestie et exprima des réserves quant à sa capacité à mener à bien une telle mission, surtout face à des gens plus âgés et plus érudits que lui dans les Écritures.

Pour apaiser ses doutes, le Prophète posa sa main sur la poitrine de 'Alî, leva les yeux vers le ciel et implora : « Ô Dieu ! Délie la langue de 'Alî et guide son cœur. » Il lui donna également un conseil précieux pour sa fonction de juge : « Lorsque deux parties se présentent devant toi, ne prononce jamais un jugement en faveur de l'un sans avoir tout d'abord entendu l'autre. » Après avoir arrangé avec soin la coiffure de 'Alî et lui avoir remis solennellement l'Étendard de la Foi, le Prophète lui fit ses adieux.

'Alî se mit en route pour le Yémen, où il lut la lettre du Prophète aux habitants, prononça des sermons selon les directives reçues et prêcha les doctrines de l'Islam avec ferveur. Les résultats de ses efforts furent spectaculaires : en une seule journée, toute la tribu de Hamadânî embrassa l'Islam. Cet événement marquant est relaté dans "Al-Kâmil" d'Ibn Athîr, vol. II.

Enthousiasmé par ce succès, 'Alî fit un rapport détaillé au Prophète. À la réception de cette nouvelle réjouissante, le Prophète se prosterna, le front contre le sol, en signe de gratitude et de révérence envers Dieu. Inspirées par l'exemple des Hamadânî, d'autres tribus suivirent bientôt le même chemin, et certains chefs vinrent prêter serment d'allégeance pour leurs sujets. 'Alî, quant à lui, continuait de faire des rapports quotidiens sur les progrès de sa mission.

Sur ordre du Prophète, 'Alî se rendit ensuite à Najrân, où il collecta les impôts dus avant de se diriger vers la Mecque. Il devait y rejoindre le Prophète pour son dernier pèlerinage, au mois de Thilhaj de l'an 10 de l'Hégire. Peu après, au début de l'an 11 de l'Hégire, soit au mois de Moharram, environ deux cents personnes originaires du Yémen arrivèrent à Médine. Elles étaient venues pour accomplir leur vœu et présenter personnellement leur allégeance au Prophète. Cette délégation fut la dernière à être reçue par lui.

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Le Pèlerinage d'Adieu du Prophète

Le Pèlerinage d'Adieu du Prophète

Alors que la période du Pèlerinage annuel approchait à grands pas, le Prophète entreprit les préparatifs minutieux de son voyage sacré vers la Mecque. Il invita les fidèles de toutes les régions de la vaste Péninsule Arabique à se joindre à lui, afin qu'ils puissent apprendre et comprendre l'accomplissement correct des divers rites associés à ces cérémonies sacrées. Ce pèlerinage serait le premier et le dernier que le Prophète effectuerait depuis son émigration vers Médine, marquant ainsi un moment d'une importance inégalée.

Cinq jours avant le début du mois de Thilhaj, le mois du Pèlerinage, le Prophète prit la route en direction de la Mecque, accompagné de plus de cent mille pèlerins. Toutes ses épouses, ainsi que sa fille bien-aimée, Fâtimah, épouse de 'Alî, étaient à ses côtés. Durant ce voyage, un événement joyeux se produisit : Abû Bakr accueillit la naissance d'un fils avec sa femme Asmâ' Bint Wahab, qu'ils nommèrent Mohammad.

Le Prophète arriva à la Mecque le dimanche 4 Thilhaj de l'an 10 H. À peine arrivé, 'Alî, revenant du Yémen à la tête de ses hommes, rejoignit le Prophète. Ce dernier, visiblement heureux de revoir 'Alî, l'accueillit avec chaleur et lui demanda, tout en l'embrassant, quel vu il avait fait pour le Pèlerinage. 'Alî répondit avec dévouement : « J'ai fait le vu d'accomplir le même Pèlerinage que le Prophète quoi qu'il arrive, et j'ai amené trente-quatre chameaux pour le sacrifice. » Le Prophète, dans un élan de joie, s'écria "Allâh-u-Akbar" (Dieu est le plus grand) et précisa qu'il avait lui-même amené soixante-six chameaux. Il ajouta que 'Alî serait son partenaire dans tous les rites du Pèlerinage et dans le sacrifice. Ainsi, 'Alî accomplit le Grand Pèlerinage aux côtés du Prophète.

Conscient que ces cérémonies devaient servir de modèle pour les générations futures, le Prophète s'appliqua à observer chaque rite avec rigueur, soit selon les Révélations, soit suivant les traditions patriarcales. Lorsque vint le moment de sacrifier les chameaux, lui et 'Alî procédèrent ensemble à l'abattage des cent chameaux qu'ils avaient apportés. Un repas fut ensuite préparé avec la viande des animaux sacrifiés, et le Prophète s'assit pour le partager exclusivement avec 'Alî.

Les cérémonies du Pèlerinage s'achevèrent par le rasage des cheveux et la coupe des ongles, après le sacrifice des animaux. Les pèlerins quittèrent alors l'habit du Pèlerinage, et 'Alî, juché sur la mule du Prophète, Duldul, proclama la levée des restrictions du Pèlerinage.

À la clôture du Pèlerinage, le Prophète fit une annonce d'une grande portée : il modifia le Calendrier en abolissant l'intercalation trisannuelle, instituant ainsi une année purement lunaire composée de douze mois lunaires. Cette réforme permit de fixer le mois du Pèlerinage selon les saisons changeantes de l'année lunaire, marquant une nouvelle ère dans l'organisation du temps pour la communauté musulmane.

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Le Sermon de Ghadîr Khum

Le Sermon de Ghadîr Khum

En cette période marquée par des adieux émouvants, le Prophète Muhammad quitta la Mecque, sa ville natale, pour se diriger vers Médine le 14 Thilhaj. Sur le chemin, le 18 Thilhaj, un événement d'une importance capitale se déroula. Le Prophète ordonna une halte à Ghadîr Khum, une région aride située aux abords de la vallée de Johfa, à trois étapes de Médine. C'est à cet endroit précis qu'il reçut une révélation divine d'une portée considérable : « Ô Prophète! Fais connaître ce qui t'a été révélé par ton Seigneur. Si tu ne le fais pas, tu n'auras pas fait connaître Son Message. Dieu te protégera contre les hommes; Dieu ne dirige pas le peuple incrédule » (Sourate al-Mâ'idah, 5: 67).

Il est rapporté que le Prophète avait déjà reçu l'ordre de proclamer 'Alî comme son successeur. Cependant, il avait jusque-là différé cette annonce, attendant une occasion plus propice afin d'éviter des malentendus ou des réactions négatives. Mais à présent, avec ce Commandement divin, il n'était plus question de retarder l'annonce. Il décida donc de la faire immédiatement, sur le lieu même où il reçut ce rappel céleste.

Le terrain fut déblayé pour l'occasion, et une chaire improvisée fut érigée à partir de selles de chevaux. Bilâl, le Muezzin, lança son appel puissant : « Hayya 'Alâ Khayr-il-'Amal » (Ô gens, accourez à la meilleure des actions). Une fois les fidèles rassemblés autour de la chaire, le Prophète se leva, prenant à sa droite 'Alî, dont le turban noir, aux deux bouts suspendus sur ses épaules, avait été arrangé par le Prophète lui-même.

Le Prophète commença par louer Dieu, puis, s'adressant à la foule, il leur rappela les fondements de leur foi : « Vous croyez qu'il n'y a de dieu que Dieu, que Mohammad est Son Messager et Son Prophète, que le Paradis et l'Enfer sont des vérités, que la mort et la Résurrection sont certaines, n'est-ce pas ? » En réponse, la foule unanime affirma : « Oui, nous le croyons ».

Il les informa ensuite qu'il serait bientôt rappelé par son Seigneur. Puis, il leur laissa cette adjuration mémorable : « Je vous laisse deux grands préceptes dont chacun dépasse l'autre par sa grandeur : ce sont le Saint Coran et ma sainte progéniture (dont les membres inéchangeables sont : 'Alî, Fâtimah, Hassan et Hussayn). Prenez garde dans votre conduite envers eux après ma disparition. Ils ne se sépareront pas l'un de l'autre jusqu'à ce qu'ils reviennent auprès de moi, au Ciel, à la Fontaine de Kawthar ».

Poursuivant son discours, il ajouta : « Dieu est mon Gardien et je suis le gardien de tous les croyants ». Puis, en un geste symbolique et solennel, il prit la main de 'Alî dans la sienne, la leva haut et proclama : « Celui dont je suis le maître, 'Alî aussi est son maître. Que Dieu soutienne ceux qui viennent en aide à 'Alî et qu'IL soit l'ennemi de ceux qui deviennent les ennemis de 'Alî ». Cette proclamation fut répétée trois fois, soulignant son importance.

Après avoir descendu de la plate-forme, le Prophète fit asseoir 'Alî dans sa tente, où les gens vinrent le féliciter. 'Omar Ibn al-Khattâb fut le premier à congratuler 'Alî, le reconnaissant comme le "Tuteur de tous les croyants". Par la suite, les femmes du Prophète, ainsi que les autres dames présentes, vinrent également féliciter 'Alî.

À la fin de cette cérémonie d'installation, un célèbre verset du Coran fut révélé au Prophète : « Aujourd'hui, j'ai perfectionné votre religion et j'ai parachevé Ma Grâce sur vous; j'agrée l'Islam comme étant votre Religion » (Sourate al-Mâ'idah, 5: 3). En signe de gratitude, le Prophète se prosterna, exprimant ainsi sa reconnaissance pour cette révélation divine.

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La Signification d'Ahl-ul-Bayt Expliquée

La Signification d'Ahl-ul-Bayt Expliquée

L'expression "ma progéniture", mentionnée dans l'Adjuration, revêt une importance particulière, car elle désigne les personnes saintes évoquées dans le verset coranique suivant : « (Ô Prophète!) Je ne vous demande aucun salaire pour cela, si ce n'est votre affection envers mes proches » (Sourate al-Chûrâ, 42: 23). Lorsque ce verset fut révélé, le Prophète fut interrogé sur l'identité de ceux dont l'amour était ordonné. Il désigna alors 'Alî, Fâtimah, al-Hassan et al-Hussayn. Cette désignation suscita des soupçons parmi les gens, qui crurent que le Prophète avait choisi ses proches afin qu'ils soient respectés et craints après sa disparition.

Il est dit que la fidélité, l'amour et l'obéissance envers ces personnes seront des questions sur lesquelles chacun sera interrogé le Jour du Jugement. Ce jour-là, il sera demandé à chacun comment il s'est comporté envers eux, comment il a défendu leur cause et soutenu leurs intérêts. Ces personnages sont décrits comme purifiés et exempts de toute impureté, conformément au verset coranique : « Ô vous, les Gens de la Maison! Dieu veut seulement éloigner de vous la souillure et vous purifier totalement » (Sourate al-Ahzâb, 33: 33).

Lors de la révélation de ce verset, le Prophète se plaça sous un manteau avec 'Alî, Fâtimah, Hassan et Hussayn, déclarant que sa Maison, sa Famille, se composait uniquement de ces personnes. Um Salma, l'épouse du Prophète, dans la maison de laquelle cette révélation eut lieu, demanda à être incluse sous le manteau, mais elle reçut un refus poli. Depuis ce jour, ce groupe fut surnommé Açhdb al-Kisb.

Ces personnes furent comparées par le Prophète au Bateau de Noé. Ceux qui y embarquèrent furent sauvés, tandis que ceux qui cherchèrent secours ailleurs périrent noyés. Elles faisaient partie intégrante de la Lumière Céleste dont le Prophète fut créé. Ce sont pour leurs actions vertueuses que Mohammad fut félicité par Allah, et en leur louange que la sourate al-Dahr fut révélée.

Il n'est donc pas surprenant que le Prophète ait mis sur un pied d'égalité ces personnalités exemptes de fautes et le Livre de Dieu, le Coran, déclarant que les deux Poids étaient d'égale importance. 'Alî, parmi eux, était le seul homme à pouvoir prétendre à une connaissance approfondie du Coran. Il invita quiconque à lui demander quand, où et à quelle occasion chaque verset du Coran avait été révélé au Prophète. La célèbre déclaration : « Je suis la Cité du Savoir, 'Alî en est la Porte » ne fait que confirmer cette affirmation.

Il en était de même pour al-Hassan, al-Hussayn et Fâtimah, ces personnes pieuses souvent accompagnées par les anges. Bien que le Prophète ait solennellement informé les gens que la désignation de 'Alî comme "Le Gardien de tous les croyants" était faite sur Commandement de Dieu, certains continuèrent à douter, soupçonnant le Prophète d'avoir attribué cette haute position à 'Alî par affection personnelle.

Un incident survenu quelque temps après l'Adjuration mérite d'être mentionné : un homme du nom de Hârith B. No'mân Fihrî (ou Nadhr B. Hârith selon un autre hadith) refusa de croire le Prophète et le soupçonna d'avoir fait cette proclamation par amour pour 'Alî. Il alla jusqu'à invoquer la colère divine sur lui-même si ses soupçons étaient infondés. Sa prière fut rapidement exaucée lorsqu'une pierre tomba du ciel, le tuant sur-le-champ.

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Conclusion en Faveur de 'Alî Tirée de la Parole du Prophète

Conclusion en Faveur de 'Alî Tirée de la Parole du Prophète

Le lecteur se souviendra sans doute des précédentes occasions où le Prophète Muhammad avait désigné 'Alî comme son successeur. La première de ces occasions remonte au jour où le Prophète s'était publiquement proclamé Messager de Dieu. Ce jour-là, il avait déclaré : « Ô fils de 'Abdul-Muttalib ! Dieu n'a jamais envoyé un Messager sans qu'IL ait désigné en même temps son frère, son héritier et son successeur parmi ses proches parents. »

Plus tard, il avait affirmé que 'Alî était pour lui ce que Harûn fut pour Mûsâ, établissant ainsi un parallèle significatif entre leur relation et celle des deux prophètes mentionnés dans les Écritures. Ces déclarations du Prophète n'étaient pas de simples opinions personnelles. Elles étaient soutenues par des versets coraniques qui affirment : « Il ne parle pas selon son désir; mais exprime les Commandements qui lui sont révélés. » (Sourate al-Najm, 53: 3-4). Cela signifie que les paroles du Prophète étaient en accord avec les Commandements divins.

Cette dernière déclaration, prononcée devant des milliers de personnes, était en parfaite harmonie avec ses déclarations antérieures. Jamais ces affirmations n'avaient été retirées ou abrogées au cours des vingt années qui suivirent. En se basant sur ces faits, une grande partie des Musulmans considéra 'Alî comme le successeur incontesté et désigné du Prophète, et ce, depuis le début de sa mission prophétique.

Lors de cette ultime occasion, 'Alî reçut la distinction d'être pour les Musulmans ce que le Prophète était pour eux. En d'autres termes, 'Alî devait être reconnu et traité comme le successeur du Prophète après sa disparition. Chah Hassan Jaisi, un mystique sunnite, a bien illustré la signification du terme "Mawlâ" dans une stance poétique qui se traduit ainsi : « Vous courez ça et là pour chercher le sens de "Mawlâ". Eh bien ! 'Alî est "Mawlâ" dans le même sens que le Prophète est "Mawlâ". »

Ainsi, ces paroles et ces déclarations résonnent à travers le temps, confirmant la place centrale de 'Alî dans la succession prophétique selon les enseignements du Prophète Muhammad.

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La Distribution du Yémen

La Distribution du Yémen

À la suite du décès de Bazhân, qui était le Gouverneur du Yémen, le Prophète entreprit une réorganisation administrative de cette région stratégique. Nous étions alors en l'an onze, une année qui, selon le calendrier islamique, débute au mois de Moharram. Jusqu'à ce moment, Bazhân avait exercé son autorité sur plusieurs provinces importantes du Yémen, notamment Hamdân, Marab et Najrân, qui étaient toutes unifiées sous sa gouvernance.

Avec la disparition de Bazhân, il devint nécessaire de redistribuer ces territoires entre différents gouverneurs pour assurer une gestion efficace et maintenir la stabilité de la région. Ainsi, le Prophète procéda à cette répartition avec soin et discernement. Parmi les nouvelles nominations, Chahr fut désigné pour gouverner Çan'â' ainsi que les territoires environnants. Cette décision permit de consolider l'autorité et de garantir une administration locale forte et cohérente.

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Aswad, l'Imposteur

Aswad, l'Imposteur

Aswad était un homme d'une grande richesse et d'une influence considérable. Sa position lui permit de rallier à sa cause plusieurs nobles qui nourrissaient un profond mécontentement à l'égard de la répartition des biens effectuée par le Prophète. Ces nobles, insatisfaits, avaient même chassé les fonctionnaires du Prophète, contraignant ces derniers à fuir pour trouver refuge auprès des tribus amies les plus proches.

Fort de ce soutien, Aswad réussit à soumettre la province de Najrân à son autorité. Avec un nombre croissant de partisans, il se proclama prophète et entreprit une marche audacieuse vers Çan'â'. Là, il affronta l'armée de Chahr, qu'il réussit à vaincre. Chahr fut tué lors de cette confrontation, et Aswad, dans un acte de défiance et de conquête, prit pour épouse la veuve de son ennemi défait.

Des rumeurs vagues et inquiétantes concernant Aswad parvinrent jusqu'au Prophète. En réponse, celui-ci envoya des lettres à ses fonctionnaires, leur ordonnant de destituer cet imposteur. Cependant, Aswad, par son comportement arrogant et méprisant envers ses propres officiers, précipitait lui-même sa chute. Ces officiers, dont la bravoure avait été un élément clé de ses succès, se sentaient de plus en plus déconsidérés.

La veuve de Chahr, désormais mariée à Aswad, nourrissait en secret le désir de venger la mort de son premier mari. Elle guettait patiemment l'occasion de le faire. Pendant ce temps, les fonctionnaires du Prophète entamèrent des négociations avec les mécontents, cherchant à renverser la situation à leur avantage.

Ces efforts combinés aboutirent à l'assassinat de l'imposteur Aswad, qui fut tué la veille du décès du Prophète à Médine. Ainsi, le règne éphémère d'Aswad prit fin, marquant un tournant dans l'histoire de la région.

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Musaylamah, l'Imposteur

Musaylamah, l'Imposteur

Aux alentours de cette période tumultueuse, un homme du nom de Musaylamah, chef de la tribu des Banî Hanîfah, se dressa à Yamâmah avec des prétentions audacieuses. Il se proclama prophète, séduisant et trompant les gens par ses discours. Il leur récitait des versets qu'il prétendait avoir reçus du Ciel. Cependant, ces prétendus versets étaient loin de posséder la profondeur ou la beauté des révélations divines, et aucun d'entre eux ne mérite d'être rapporté ici.

Malgré cela, Musaylamah ne se contentait pas de ces affirmations. Il allait jusqu'à prétendre qu'il possédait le pouvoir d'accomplir des miracles. L'un de ces soi-disant miracles consistait à transformer un simple œuf en un flacon d'une étroitesse remarquable. Cette imposture ne tarda pas à parvenir jusqu'à Médine, où le Prophète Muhammad, informé de ces événements, prit la décision de réagir.

Le Prophète envoya alors une lettre à Musaylamah, lui rappelant le serment d'allégeance qu'il avait prêté et l'exhortant à embrasser sincèrement l'Islam. Cependant, la réponse de Musaylamah fut des plus insolentes. Il prétendait dans sa lettre être prophète au même titre que Muhammad, et il osait même demander à partager la terre avec lui.

Face à cette réponse audacieuse, le Prophète répliqua avec fermeté et sagesse : « J'ai reçu ta lettre avec ses mensonges et inventions contre Dieu. En réalité, la terre appartient à Dieu. IL en fait hériter qui IL veut parmi Ses serviteurs. Que la paix soit sur celui qui suit le Droit Chemin. »

La rébellion de Musaylamah, bien qu'elle ait pris de l'ampleur, fut finalement étouffée sous le califat d'Abû Bakr. Ce dernier, fidèle compagnon et successeur du Prophète, mit un terme à cette imposture, rétablissant ainsi l'ordre et la vérité.

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Tulayhah l'Imposteur

Tulayhah l'Imposteur

Dans les vastes étendues arides de Najd, un homme du nom de Tulayhah, chef de la tribu des Bani Asad, s'éleva avec une ambition démesurée. Il se proclama prophète, rejoignant ainsi les rangs des imposteurs qui cherchaient à s'approprier un pouvoir spirituel et politique. Tulayhah n'était pas un inconnu ; il jouissait d'une certaine renommée en tant que guerrier, sa réputation s'étendant au-delà des frontières de sa tribu.

Cependant, la disparition du Prophète de l'Islam, un événement marquant et bouleversant, incita Tulayhah à se révolter ouvertement contre l'Islam. Sa rébellion ne passa pas inaperçue et provoqua une réponse déterminée des musulmans. Ce fut sous le califat de 'Omar, un homme de fermeté et de sagesse, que Tulayhah fut finalement défait. Sa soumission marqua la fin de sa tentative de s'ériger en prophète, et ce fut un moment crucial dans le maintien de l'unité et de la stabilité de la communauté musulmane naissante.

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L'Ordre de l'Expédition vers la Syrie

L'Ordre de l'Expédition vers la Syrie

C'était vers la mi-Çafar de l'an 12, une période calculée en tenant compte du début de l'année au mois de Moharram, qu'un événement marquant se déroula. Un lundi, le Prophète, avec une détermination inébranlable, ordonna à ses fidèles partisans de se préparer rapidement pour une expédition. Cette mission visait les habitants de Mota, situés sur le territoire romain. L'objectif était de venger les vaillants soldats musulmans qui avaient récemment trouvé la mort en martyrs lors d'une escarmouche à cet endroit.

Le lendemain, un mardi, le Prophète fit un choix décisif en nommant un jeune homme du nom d'Osâmah pour diriger l'armée. Osâmah, bien que n'ayant que dix-sept ou dix-huit ans, portait en lui un héritage lourd de sens, étant le fils de Zayd, l'esclave affranchi du Prophète, qui avait lui-même été tué à Mota. Le Prophète, conscient de l'importance de la surprise dans cette expédition, exhorta Osâmah à agir avec rapidité pour que l'ennemi ne soit pas informé de leur approche. Il lui dit : « Surprends-le, et si le Seigneur t'accorde la victoire, reviens ici sans délai. »

Cependant, le mercredi, le Prophète fut soudainement frappé par une violente attaque de maux de tête et de fièvre. Malgré cela, sa volonté demeura forte, et dès le lendemain matin, un jeudi, il se sentit suffisamment rétabli pour accomplir un geste symbolique et puissant. De ses propres mains, il prépara un drapeau qu'il remit à Osâmah, marquant ainsi le symbole de l'armée prête à partir.

Le campement fut établi à Jorf, un lieu situé à environ cinq kilomètres de Médine, sur la route menant à la Syrie. Le Prophète, dans un acte de mobilisation totale, ordonna à tous ses partisans résidant à Médine de rejoindre l'expédition sans exception. Même Abû Bakr et 'Omar étaient inclus dans cet appel, soulignant l'importance de cette mission. Seul 'Alî fut exempté, car le Prophète avait expressément demandé qu'il reste à ses côtés.

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Prédiction concernant 'Âyechah

Prédiction concernant 'Âyechah

La santé du Prophète de l'Islam déclinait progressivement, sa maladie s'aggravant de jour en jour. Malgré cette détérioration, il s'efforçait de maintenir sa routine habituelle, visitant les maisons de ses épouses à tour de rôle, comme il en avait pris l'habitude. Un jour, alors qu'il franchissait le seuil de la demeure de 'Âyechah, il fut accueilli par un gémissement plaintif : « Ma tête ! Aïe, ma tête ! ». Intrigué et préoccupé, il entra et lui dit avec une pointe d'humour : « 'Âyechah ! C'est plutôt à moi de crier : "Ma tête ! Ma tête !", et non à toi ». Mais elle continua à se lamenter : « Ma tête ! Ma tête ! ».

Dans un élan de tendresse et de prévoyance, il lui proposa : « Ne désirerais-tu pas, Ô 'Âyechah, mourir pendant que je suis encore vivant, afin que je puisse t'envelopper dans un drap, prier sur toi et te déposer dans la tombe ? ». À cette suggestion, 'Âyechah répondit avec une malice affectueuse : « En fait, je peux te comprendre ! Tu veux vivre avec une autre femme à ma place, après tout ce que tu viens de dire ». Le Prophète sourit à cette plaisanterie, bien que la douleur aiguë dans sa tête ne le quittait pas, et il se rendit ensuite à l'appartement de Maymûnah.

Selon un autre récit, 'Âyechah relatait : « Chaque fois que le Prophète passait devant ma porte, il avait l'habitude de me dire quelques mots. Maintenant, il passe depuis deux jours sans prononcer un seul mot. Aussi ai-je demandé à ma bonne de placer mon oreiller à la porte. J'y pose ma tête bandée, et lorsque le Prophète passe par là, il entend mes gémissements et entre pour me parler comme il le faisait précédemment ».

Malheureusement, 'Âyechah n'avait pas saisi la gravité de la situation. Elle aurait dû frémir en considérant le sort qui lui était indirectement prédit par le Prophète. Elle savait que, dans son état, il n'était pas enclin à plaisanter de manière aussi sinistre, surtout avec elle, sa femme bien-aimée, encore jeune, alors qu'il avait atteint l'âge avancé de soixante-trois ans. Il était conscient des signes avant-coureurs de sa fin, souffrant intensément de maux de tête et de fièvre.

Cette prédiction allait se réaliser environ quarante ans plus tard, sous le règne de Mo'âwiyeh. 'Âyechah fut enterrée vivante, sans bénéficier des rites funéraires habituels : ni toilette mortuaire, ni drap pour l'envelopper, ni cercueil, ni prière sur son âme. Dans son ouvrage "History of Saracens" (p. 375), Simon Ockley, citant une note de Price, rapporte : « Selon un récit, 'Âyechah fut assassinée sous le gouvernement de Mu'âwiyeh », et il fournit ces détails sur l'affaire : « 'Âyechah ayant résolument et avec affront refusé de prêter allégeance à Yazîd, Mu'âwiyeh la convoqua pour un entretien. Il avait fait préparer un puits ou un trou très profond dans la partie de la pièce réservée à sa réception, et il en fit couvrir l'orifice avec des branches et des nattes de paille. Une chaise fut placée au-dessus de l'endroit fatal. Lorsque 'Âyechah fut conduite à son siège, elle s'enfonça dans une nuit éternelle. L'orifice du trou fut immédiatement rebouché avec des pierres et du mortier ». Ainsi, 'Âyechah fut enterrée sans faste, tout comme elle s'était mariée sans faste.

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La Dernière Maladie du Prophète

La Dernière Maladie du Prophète

La maladie du Prophète, qui l'avait déjà affaibli, revint avec une intensité accrue alors qu'il se trouvait dans la maison de Maymûnah. La fièvre, implacable, s'intensifiait, le plongeant parfois dans des états d'évanouissement. Face à cette détérioration de sa santé, toutes ses épouses ainsi que ses proches se rassemblèrent autour de lui, inquiets et désireux de lui apporter leur soutien.

Il fut alors conseillé au Prophète de ne plus se déplacer pour rendre visite à chacune de ses épouses comme il le faisait habituellement. Il était préférable qu'il reste dans un lieu unique afin de se reposer et de préserver ses forces. Après discussion, il fut unanimement décidé que la maison de 'Âyechah serait le lieu le plus approprié pour qu'il y séjourne durant sa maladie.

Ainsi, le Prophète, la tête enveloppée de bandages et vêtu à la hâte, fut conduit avec précaution vers la demeure de 'Âyechah. Il était soutenu de part et d'autre, d'un côté par al-Fadhl, le fils d'al-'Abbâs, et de l'autre par 'Alî, son cousin et fils adoptif.

Selon le récit d'Âyechah, elle rapporte que le Prophète était effectivement soutenu par al-Fadhl d'un côté, mais elle se montrait réticente à mentionner le nom de 'Alî, en raison du sentiment d'inimitié qu'elle éprouvait envers lui. Cette nuance dans son récit reflétait les tensions personnelles qui existaient entre elle et 'Alî, même dans ces moments de grande gravité.

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'Âyechah Espionne les Mouvements du Prophète

'Âyechah Espionne les Mouvements du Prophète

Une nuit paisible, alors que le silence enveloppait la maison de 'Âyechah, le Prophète se leva discrètement de son lit. Avec une démarche légère pour ne pas troubler le sommeil de son épouse, il sortit de la maison. Intriguée par ce départ inattendu, 'Âyechah, se sentant envahie par une curiosité mêlée de soupçons, se mit à le suivre à pas feutrés. Elle craignait qu'il ne se dirige vers la demeure d'une autre femme.

Son chemin la mena jusqu'au cimetière de Baqî', un lieu de repos éternel pour de nombreux fidèles. Là, elle observa le Prophète, plongé dans une prière fervente, implorant le pardon pour ceux qui reposaient en paix sous la terre. Avant qu'il ne termine sa prière et ne prenne le chemin du retour, 'Âyechah se hâta de regagner leur demeure, espérant ne pas éveiller ses soupçons.

À peine rentrée, le Prophète fit son apparition. Son regard pénétrant devina aisément ce qui s'était passé. Il l'interrogea avec une douceur teintée de reproche. 'Âyechah, n'ayant d'autre choix, avoua son acte. Le Prophète, avec une sagesse infinie, lui expliqua : « Tu m'as soupçonné d'être allé chez une autre femme alors que je me suis rendu au cimetière par obéissance au Commandement d'Allâh. »

Dans un autre récit de cet événement, il est dit que Borayah, la bonne de 'Âyechah, fut envoyée pour suivre discrètement le Prophète, surveillant chacun de ses pas. Une troisième version rapporte que c'est Abû Râfi', le serviteur fidèle du Prophète, qui l'accompagna lors de cette visite nocturne. Enfin, un quatrième récit mentionne qu'Abû Muwayhebah fut celui qui partagea ce moment de recueillement avec le Prophète. Chacune de ces versions offre un éclairage différent sur cette nuit particulière, mais toutes convergent vers la même vérité : la dévotion du Prophète envers Allâh et son souci pour les âmes des défunts.

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Hâter l'Expédition vers la Syrie

Hâter l'Expédition vers la Syrie

Bien que la santé du Prophète se détériorât progressivement, cela ne l'empêchait pas de quitter complètement sa demeure. Fidèle à ses habitudes, il continuait chaque jour de se rendre au Masjid par la porte de son appartement qui donnait sur la cour, afin de diriger la prière. Une semaine s'était écoulée depuis qu'il avait exhorté ses compagnons à se préparer pour l'expédition vers la Syrie. Cependant, il constata avec une certaine déception que ces derniers tardaient à rejoindre le camp de rassemblement situé à Jorf.

La situation le préoccupait d'autant plus qu'il entendait murmurer parmi les gens : « Il a choisi un adolescent pour commander les chefs des Muhâjirin. » Ces paroles le contrariaient profondément. Un jour, après avoir dirigé la prière, il prit place sur la chaire, la tête enveloppée d'une serviette en guise de bandage, et s'adressa à l'assemblée avec gravité : « Ô vous les hommes ! Que signifient ces murmures ? J'ai entendu dire que certains d'entre vous se plaignent de ma décision de nommer Osâmah à la tête de l'expédition vers la Syrie. Si vous critiquez aujourd'hui cette nomination, vous auriez également pu me reprocher celle de son père, Zayd. Je vous enjoins à le traiter avec respect, car il est l'un des meilleurs parmi vous. Maudit soit celui qui refuse de rejoindre l'armée. »

Après avoir exprimé ces paroles empreintes d'autorité et de sagesse, il insista pour que l'expédition se mette en marche sans plus attendre. Puis, quittant la chaire, il retourna chez lui, laissant ses compagnons méditer sur la gravité de ses paroles et l'urgence de leur mission.

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Avertissement aux Muhâjirîn et aux Ançâr

Avertissement aux Muhâjirîn et aux Ançâr

Un jour, après la prière, le Prophète s'adressa à l'assemblée réunie autour de lui. Il leur dit avec gravité : « Le Seigneur a offert à Son serviteur le choix entre la continuité dans cette vie, qui n'est que ténèbres, et l'autre vie. Quant à moi, j'ai choisi l'autre vie. » Ses paroles résonnaient avec une vérité inéluctable, rappelant à tous que même les Prophètes qui l'avaient précédé avaient quitté ce monde avant lui. Il insista sur le fait qu'ils ne devaient pas s'attendre à ce qu'il vive éternellement.

Après un bref silence, il se tourna vers les Ançâr, ces habitants de Médine qui avaient offert refuge et soutien aux Muhâjirîn, les émigrés venus de La Mecque. « Vous, les Ançâr ! Traitez bien ceux à qui vous avez donné refuge », leur dit-il, soulignant l'importance de la bienveillance et de la générosité. Puis, s'adressant aux Muhâjirîn, il ajouta : « Et vous, les Muhâjirîn ! Les Ançâr me sont chers, car c'est parmi eux que j'ai trouvé refuge. Honorez-les donc et traitez-les bien. »

Pour renforcer son message, il récita la Sourate al-'Açr, un rappel poignant de la condition humaine : « Par le temps ! Oui, l'homme est en perdition, sauf ceux qui croient ; ceux qui accomplissent des œuvres bonnes ; ceux qui se recommandent mutuellement la Vérité, ceux qui se recommandent mutuellement la patience. » (Sourate al-'Açr)

Ensuite, il cita le verset 24 de la Sourate Mohammad, avertissant ses compagnons des dangers de l'autorité mal utilisée : « Que peut-on attendre de vous, si vous déteniez l'autorité, sinon semer la corruption sur la terre et rompre vos liens de parenté. » (Sourate Mohammad, 47:24)

Par ces paroles, il mit en garde ses compagnons contre les desseins malicieux qui pourraient les tenter. Les avertissements du Prophète étaient clairs et empreints de sagesse, incitant chacun à réfléchir sur ses actions et ses intentions. (226)

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De l'Or Destiné à l'Aumône

De l'Or Destiné à l'Aumône

Un jour, le Prophète, dans sa sagesse et sa bienveillance, s'adressa à 'Âyechah au sujet de l'or qu'il lui avait confié pour qu'elle le garde précieusement. Cet or, d'une valeur de sept dinars, était le reste d'une somme qu'il avait reçue, destinée à être distribuée en aumône. Avec un regard empreint de sollicitude, il lui demanda si elle avait toujours cet or en sa possession. 'Âyechah, avec une sincérité désarmante, lui répondit qu'elle l'avait effectivement chez elle.

Le Prophète, soucieux de voir cet or parvenir à ceux qui en avaient besoin, lui demanda alors de le distribuer parmi les pauvres. Cependant, peu après cette demande, il tomba dans un état de semi-inconscience, affaibli par la maladie. Lorsqu'il reprit connaissance, sa première préoccupation fut de renouveler sa demande à 'Âyechah, lui rappelant l'importance de cet acte de charité.

Malgré ses efforts, sa demande resta sans effet, et il réitéra encore une troisième fois, insistant sur l'urgence de la situation. Finalement, voyant que l'or n'avait pas encore été distribué, il décida de le reprendre à 'Âyechah. Il le confia alors à 'Alî, son cousin et fidèle compagnon, qui s'empressa de le distribuer immédiatement aux familles pauvres, accomplissant ainsi la volonté du Prophète de voir cet or apporter un soulagement à ceux qui en avaient le plus besoin.

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Le Prophète Empêché de Transcrire sa Volonté

Le Prophète Empêché de Transcrire sa Volonté

C'était un jeudi, peu avant que le Prophète ne quitte ce monde. Une atmosphère lourde régnait dans la chambre où il se trouvait, entouré de plusieurs de ses principaux Compagnons. Allongé sur son lit, le Prophète ressentait l'urgence de transmettre un message crucial. Il demanda qu'on lui apporte de quoi écrire, exprimant son désir avec ces mots : « Apportez-moi du papier et de l'encre afin que je puisse consigner pour vous un document qui vous évitera de retomber dans l'erreur. »

Cependant, 'Omar, l'un de ses Compagnons les plus influents, s'interposa immédiatement, affirmant : « L'homme est en délire. Le Livre de Dieu nous suffit. » Cette déclaration provoqua une division parmi les présents. Certains pensaient qu'il fallait répondre à la demande du Prophète et lui fournir le matériel nécessaire, tandis que d'autres se rangeaient du côté de 'Omar. La discussion s'enflamma, les voix s'élevant de plus en plus fort, au point de perturber le Prophète.

Derrière les rideaux, les femmes présentes, émues par la situation, tentèrent de fournir l'encre et le papier. Mais 'Omar les rabroua sévèrement : « Silence ! Vous êtes comme les femmes de l'histoire de Joseph. Lorsque votre maître tombe malade, vous fondez en larmes et dès qu'il va un peu mieux, vous vous mettez à faire des taquineries. » Ces paroles résonnèrent dans la pièce, mais le Prophète, ayant entendu, intervint : « Ne les grondez pas : elles valent sûrement beaucoup mieux que vous cependant. »

Certaines personnes présentes commencèrent alors à demander au Prophète ce qu'il souhaitait consigner. En réponse, le Prophète, manifestant son mécontentement, récita le verset 2 de la sourate al-Hujurât : « Ô vous les croyants ! N'élevez pas la voix au-dessus de celle du Prophète. Ne lui adressez pas la parole d'une voix haute, comme vous le faites entre vous, de crainte que vos œuvres ne soient vaines, sans que vous vous en doutiez. » (Sourate al-Hujurât, 49:2) Puis, il leur ordonna : « Allez-vous en ! Laissez-moi seul ! Car ma condition présente est meilleure que celle à laquelle vous m'appelez. »

Après un moment de silence, le Prophète reprit la parole pour énoncer trois injonctions importantes : « Faites attention aux trois injonctions suivantes : un, chassez tout Infidèle de la Péninsule ; deux, recevez avec hospitalité les délégations et offrez-leur le repas avec largesse, de la même façon que je le faisais. » Quant à la troisième injonction, elle demeure un mystère, car le narrateur de cet événement l'a soit oubliée, soit omise.

Ibn 'Abbâs, témoin de cet épisode poignant, se lamenta profondément sur la perte irréparable subie par les Musulmans ce jour-là, en raison de l'empêchement du Prophète d'écrire ce qu'il avait à cœur de transmettre pour guider ses adeptes. En se remémorant cet événement, il pleura abondamment, ses joues et sa barbe se mouillant de larmes.

Pendant ce temps, l'état de santé du Prophète se dégradait de jour en jour, et il en était pleinement conscient. Malgré sa maladie, il restait préoccupé par l'expédition de Syrie. Il insistait auprès de ceux qui l'entouraient : « Envoyez rapidement l'armée d'Osâmah. »

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Abû Bakr Conduit la Prière

Abû Bakr Conduit la Prière

Jusqu'au soir du jeudi précédant son décès, le Prophète continuait à se rendre au Masjid pour diriger les prières, ne manquant aucune occasion de se tenir à la tête de la congrégation. Cependant, la nuit de ce jeudi-là, il lui fut impossible de présider à la prière. De nombreux hadiths rapportent qu'Abû Bakr fut chargé de conduire la prière de nuit ce jour-là. Il est dit que dix-sept fois, le Prophète, tentant de diriger la prière de nuit, se trouva dans l'incapacité de présider la congrégation au Masjid et ordonna à Abû Bakr de prendre sa place.

Le matin du jour de sa mort, le Prophète se rendit au Masjid et s'assit à côté d'Abû Bakr, qui présidait l'assemblée. Une fois les prières terminées, le Prophète monta sur la chaire et prononça un sermon d'une voix si puissante qu'elle résonna bien au-delà des portes du Masjid. Une tradition raconte qu'à l'heure de la prière de nuit du jeudi, le Prophète ordonna qu'Abû Bakr dirige les prières. 'Âyechah, inquiète, dit alors : « Ô Prophète ! Abû Bakr a le cœur fragile. Ordonne plutôt que 'Omar dirige les prières. » Le Prophète accepta cette suggestion, mais 'Omar, en recevant l'ordre, objecta qu'il ne pouvait pas remplacer Abû Bakr tant que celui-ci était présent. Finalement, Abû Bakr conduisit les prières. Entre-temps, le Prophète, se sentant mieux, vint au Masjid. Abû Bakr, voyant le Prophète arriver, s'apprêta à céder sa place, mais le Prophète le retint par ses vêtements et lui ordonna de rester, prenant place à ses côtés et récitant pendant qu'Abû Bakr dirigeait la prière.

Ibn Khaldûn rapporte que le Prophète, à dix-sept reprises, dirigea ainsi les prières d'Abû Bakr en étant assis à ses côtés, tandis qu'Abû Bakr dirigeait la congrégation. Selon une autre tradition, le Prophète avait ordonné à 'Abdullâh Ibn Zam'ah de demander aux membres de la congrégation de lire eux-mêmes les récitations des prières. En chemin vers le Masjid, 'Omar fut le premier à rencontrer 'Abdullâh et lui demanda de diriger les prières. 'Omar se leva et, de sa voix puissante, commença à réciter "Allâhu Akbar". Le Prophète, entendant la voix de 'Omar depuis son appartement, s'écria : « Non ! Non ! Ne laissez personne d'autre qu'Abû Bakr diriger les prières. » 'Omar se retira, désapprouvant la conduite de Zam'ah, qui reconnut alors que le Prophète ne lui avait désigné personne en particulier pour conduire les prières.

Une troisième tradition raconte que lorsque l'heure de la prière en assemblée arriva, le Prophète demanda de l'eau pour ses ablutions. Mais en essayant de se lever, ses forces le trahirent, et il ordonna qu'Abû Bakr récite les prières dans la congrégation. Après avoir donné cet ordre, il s'évanouit. Dès qu'il reprit conscience, il demanda si Abû Bakr avait bien reçu son ordre. 'Âyechah répondit qu'Abû Bakr avait le cœur tendre, qu'il pleurerait et que les gens auraient du mal à entendre sa voix; elle suggéra que 'Omar conviendrait mieux. Mais le Prophète réitéra son ordre qu'Abû Bakr récite les prières. 'Âyechah recommanda encore 'Omar, mais le Prophète insista pour qu'Abû Bakr soit celui qui dirige. Sur l'insistance de 'Âyechah, on exhorta le Prophète à autoriser 'Omar à présider, mais le Prophète, contrarié, s'exclama : « Vous êtes comme les femmes stupides de l'histoire de Joseph ! Exécutez immédiatement l'ordre que j'ai donné. » L'ordre fut exécuté, et Abû Bakr commença à réciter le Takbîr. Le Prophète, ayant récupéré ses forces, vint au Masjid, soutenu par 'Alî et 'Abbâs. Lorsque Abû Bakr entendit le bruissement des vêtements du Prophète, il s'apprêta à revenir en arrière, mais le Prophète lui ordonna de rester à sa place et s'assit à côté de lui. Ainsi, Abû Bakr fut dirigé par le Prophète, et la congrégation par Abû Bakr.

Selon une tradition, Hafçah avait demandé à Bilâl de faire en sorte que son père ('Omar) dirige les prières publiques. Mohammad la réprimanda, disant : « Elle est comme les femmes de l'histoire de Joseph. » Et il ajouta : « Dis à Abû Bakr de diriger les prières, car si je ne le fais pas mon député, les gens ne lui obéiront pas. » (K. Wâqidî, p. 145, cité par W. Muir, op. cit., vol. IV, p. 266). Il est rapporté qu'Abû Bakr dirigea les prières pendant trois jours avant le décès du Prophète. Une autre tradition affirme qu'il dirigea les prières à dix-sept occasions, ce qui correspondrait à trois jours et une partie du quatrième. (K. Wâqidî, p. 145, cité par W. Muir, vol. IV, p. 264).

Les traditions précédentes montrent que le Prophète se rendit au Masjid jusqu'à son dernier jour et dirigea lui-même les prières. Il est également raisonnable de penser que le Prophète, ayant déjà ordonné à Abû Bakr de partir avec l'armée de Osâmah et invoqué la malédiction contre quiconque négligerait d'exécuter cet ordre, n'aurait pas pu simultanément lui ordonner de présider aux Prières Publiques à Médine, ce qui aurait supposé qu'Abû Bakr se trouvât à Médine, contrairement à l'ordre précédent qu'il ne retira pas jusqu'à sa mort. On dit que le droit de présider à une prière publique était toujours reconnu comme le signe manifeste du chef du pouvoir séculier. Si Abû Bakr avait été véritablement désigné pour présider aux Prières Publiques, les Ançâr, qui se rassemblèrent à Saqîfah pour choisir un Calife alors que le corps du Prophète n'avait encore été ni lavé ni enseveli, n'auraient pas osé entreprendre si hâtivement cette initiative, en infraction avec un si récent ordre du Prophète, négligeant le fait que la prétendue désignation d'Abû Bakr pour diriger les prières aurait signifié qu'il avait été investi de l'Autorité Suprême.

Une grande partie des Musulmans infèrent donc que l'imamat d'Abû Bakr fut imaginé après coup pour justifier son accession au Pouvoir Suprême après la mort du Prophète. Un autre jour, le Prophète s'adressa au peuple après les prières, disant : « Frères ! Si j'ai causé injustement à quiconque d'entre vous un mal, je soumets mes épaules à sa vengeance. Si j'ai calomnié la réputation de quiconque d'entre vous, qu'il vienne relever mes fautes devant l'assemblée. Si je dois quoi que ce soit à quiconque, qu'il s'avance pour me réclamer son dû, le peu que je possède servira à m'acquitter. Je préfère subir un affront dans ce monde plutôt que dans l'autre. » Et le Prophète ajouta : « Je n'ai rendu légal que ce que Dieu avait rendu légal, et je n'ai interdit que ce que Dieu avait prohibé. » Un homme sortit des rangs de l'assistance et réclama trois dirhams, qui lui furent payés immédiatement. Après cela, le Prophète rentra chez lui.

Dans la nuit du samedi, la maladie du Prophète s'aggrava, et la fièvre, dit-on, ne diminua pas jusqu'au dimanche soir. Ce dimanche, Osâmah quitta son camp pour recevoir les bénédictions du Prophète avant de partir pour la Syrie, mais au moment de sa visite, le Prophète était inconscient. Osâmah lui parla, mais le Prophète ne répondit que par un mouvement de la main qu'Osâmah prit entre les siennes. Puis, baisant la main et le front du Prophète, Osâmah retourna à son camp.

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Prophète

Prophète

Tôt le lundi matin, jour fatidique de son décès, le Prophète, bien que toujours affaibli et la tête enveloppée de bandages, trouva la force de se rendre au Masjid. Il était soutenu par deux hommes, témoignant de sa fragilité physique. Après les prières, il s'adressa à l'assemblée par un court sermon. Sa voix, bien que faible, résonnait avec une clarté qui atteignait même au-delà des portes extérieures du Masjid. Ce jour-là, le lieu de prière était exceptionnellement rempli. Les fidèles, inquiets, s'étaient rassemblés pour s'enquérir de son état après la crise qu'il avait subie la nuit précédente.

Dans ce sermon poignant, le Prophète avertit de la présence imminente d'esprits malfaisants. Il évoqua également l'approche d'une nuit noire et tempétueuse, métaphore d'une période difficile à venir. À la fin de son discours, Abû Bakr, fidèle compagnon, exprima son soulagement apparent en disant : « Ô Prophète ! Par la Grâce de Dieu, tu sembles mieux aujourd'hui ! »

Osâmah, qui se trouvait également présent, reçut les bénédictions du Prophète. Ce dernier l'encouragea en ces termes : « Dépêche-toi avec ton armée ; que la bénédiction de Dieu soit avec toi. » Prenant à cœur les paroles du Prophète, Osâmah retourna immédiatement au camp et donna l'ordre du départ le jour même. Quant à Abû Bakr, il retourna chez lui à al-Souh, le cœur probablement lourd mais empli d'une détermination renouvelée.

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La Mort du Prophète

La Mort du Prophète

Le Prophète, ressentant le poids de la fatigue, regagna sa demeure avec une lassitude palpable. Une fois à l'intérieur, il se laissa tomber sur son lit, épuisé. Ses forces, qui l'avaient soutenu tout au long de sa vie, semblaient maintenant le quitter rapidement. Conscient de l'imminence de son départ, il convoqua toutes ses épouses à ses côtés. Avec une voix empreinte de douceur mais ferme, il leur prodigua des conseils et des instructions. Il leur recommanda de demeurer tranquilles dans leurs maisons, leur rappelant de ne pas adopter les comportements de l'époque de l'Ignorance, comme mentionné dans la Sourate al-Ahzâb, verset 33.

Fâtimah, sa fille bien-aimée, se tenait près de lui, les larmes aux yeux. Le Prophète l'appela doucement, l'invitant à s'asseoir près de lui. Il se pencha vers elle pour lui murmurer quelques mots à l'oreille. En entendant ces paroles, Fâtimah éclata en sanglots. Puis, le Prophète lui chuchota d'autres mots, essuyant tendrement ses larmes de ses mains. Soudain, une expression de réconfort illumina le visage de Fâtimah, et elle esquissa un sourire.

Ensuite, le Prophète fit venir al-Hassan et al-Hussayn, ses petits-fils chéris, qu'il avait tant de fois bercés dans ses bras au fil des années. Il souhaitait les embrasser une dernière fois. Al-Hassan posa son visage contre celui du Prophète, tandis qu'al-Hussayn se blottit contre sa poitrine. Leurs pleurs et leurs cris résonnèrent avec une telle intensité que tous ceux présents ne purent s'empêcher de remarquer les larmes qui ruisselaient sur leurs joues. Le Prophète les étreignit avec une affection débordante, les embrassant tendrement. Il ordonna à tous ceux qui étaient présents de traiter ces enfants et leur mère avec le même amour et respect qu'il leur avait toujours témoigné. En effet, le Prophète avait pour habitude de se lever et de faire quelques pas vers Fâtimah chaque fois qu'il la voyait arriver, l'accueillant avec une joie visible, embrassant sa main et l'invitant à s'asseoir à sa place.

Puis, le Prophète appela 'Alî, qui vint s'asseoir près du lit. Le Prophète lui confia la tâche de rembourser une somme d'argent qu'il avait empruntée à un Juif pour financer l'expédition d'Osâmah. Il exhorta 'Alî à faire preuve de patience et de résignation face aux épreuves qui l'attendraient après sa mort. Il lui conseilla de rester fermement sur le chemin droit menant à l'au-delà, même si les autres choisissaient le chemin du monde d'ici-bas. Le Prophète prit alors la tête de 'Alî sous son manteau, les enveloppant tous deux jusqu'à ce que 'Alî sorte sa tête pour annoncer la mort du Messager de Dieu.

Ibn Sa'd et al-Hâkim rapportent que le Prophète rendit son dernier souffle, la tête reposant dans le giron de 'Alî, comme mentionné dans "Madârij al-Nubuwwah". Selon 'Alî, les derniers mots du Prophète furent : «La compagnie bénie dans le Ciel. Les prières». Après avoir prononcé ces mots, il s'étira doucement, et tout prit fin. Que la paix éternelle soit sur lui et sur les membres de sa famille qui se sont sacrifiés pour la cause de l'Islam, nous guidant sur le droit chemin.

Fâtimah, submergée par la douleur, se frappait le visage et se lamentait amèrement, rejoignant les autres femmes qui pleuraient bruyamment. C'était un peu après midi, le lundi 2 Rabî' I de l'an onze, lorsque le Prophète quitta ce monde, à l'âge de soixante-trois ans. D'autres sources mentionnent les dates du 28 Çafar et du 12 Rabî' I, mais le lundi est unanimement retenu comme le jour de son décès.

Selon une tradition, avant la mort du Prophète, quelqu'un avait demandé la permission de lui rendre visite alors qu'il était inconscient. Fâtimah répondit que le moment ne convenait pas à une telle visite. Pourtant, le visiteur insista à deux reprises, et à la troisième demande, son ton effraya Fâtimah. C'est alors que Jibrîl, l'Ange Gabriel, descendit pour visiter le Prophète et lui dit : «Ô Prophète! C'est l'ange de la Mort. Il te demande la permission d'entrer. Jamais auparavant, il n'a demandé la permission à aucun homme, et jamais par la suite il ne fera preuve d'une telle sollicitude envers aucun autre». Le Prophète demanda alors à Fâtimah de le laisser entrer.

L'ange de la Mort entra, se tenant devant le Prophète, et dit : «Ô Prophète du Seigneur! Dieu m'a envoyé à toi et m'a donné l'ordre d'agir selon ton désir. Ordonne-moi d'arracher ton âme, je le ferai; ou bien ordonne-moi de la laisser, et je t'obéirai». Jibrîl intervint alors : «Ô Ahmad! Le Seigneur te désire (auprès de Lui)». Le Prophète répondit à l'ange de la Mort : «Vas-y donc, et fais ton travail». Jibrîl fit ses adieux au Prophète en ces termes : «Que la paix soit sur toi, Ô Prophète du Seigneur! Ma descente sur terre se termine avec toi». Ainsi, le Prophète prit sa décision, et un gémissement de voix céleste s'éleva du convoi funèbre invisible.

La nouvelle de la mort du Prophète se répandit rapidement à travers la ville de Médine, et les gens affluèrent de toutes parts vers le Masjid pour vérifier la vérité. Abû Bakr, qui se trouvait dans sa maison à al-Sonh, en banlieue de Médine, fut immédiatement recherché par Salim B. Abid, envoyé par 'Âyechah.

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'Omar Joue une Scène Bizarre

'Omar Joue une Scène Bizarre

Dans le calme apparent du Masjid, une scène étrange se déroulait, empreinte d'une intensité émotionnelle palpable. À peine le Prophète avait-il quitté ce monde que 'Omar, l'un de ses compagnons les plus proches, pénétra dans l'appartement où reposait le corps du Prophète. D'un geste empreint de respect et de douleur, il souleva le drap qui recouvrait le corps inanimé. Les traits du Prophète, sereins et paisibles, semblaient plongés dans un sommeil profond. Après un moment de contemplation silencieuse, 'Omar remit délicatement la couverture en place et s'exclama avec une conviction farouche : « Le Prophète n'est pas mort, il est simplement parti rejoindre Son Seigneur, tout comme Mûsâ l'avait fait avant lui, pour une absence de quarante jours. Il reviendra parmi nous. »

Soudain, brandissant son épée avec détermination, 'Omar lança un avertissement retentissant : « Je couperai la tête de quiconque oserait dire que le Prophète est mort. » Ses paroles résonnaient avec une force qui trahissait son refus d'accepter la réalité. Alors qu'il haranguait ainsi la foule, Abû Bakr fit son apparition. Après avoir écouté 'Omar pendant un moment, il se dirigea vers l'appartement de 'Âyechah. Là, il souleva à son tour le drap qui recouvrait le corps du Prophète, se pencha pour l'embrasser tendrement sur le front. Avec une infinie douceur, il posa la tête du Prophète sur ses mains, l'observant attentivement, comme pour graver une dernière fois ses traits dans sa mémoire. Puis, reposant la tête sur l'oreiller, il murmura avec une tristesse empreinte de tendresse : « Oui, doux tu étais dans la vie et doux tu es dans la mort. Hélas, mon maître ! Tu es effectivement mort. »

Après avoir recouvert le corps avec soin, Abû Bakr se dirigea vers l'endroit où 'Omar continuait de brandir son épée et d'exhorter les gens. Avec une voix ferme mais empreinte de compassion, il s'écria : « Calme-toi 'Omar ! Assieds-toi ! » Mais 'Omar, emporté par ses émotions, ne prêta pas attention à cet appel. Abû Bakr se tourna alors vers l'assemblée et leur rappela avec solennité : « Avez-vous déjà oublié le verset coranique révélé au Prophète après la bataille d'Ohod : « Mohammad n'est qu'un Prophète; des prophètes sont morts avant lui. Retourneriez-vous sur vos pas, s'il mourait ou s'il était tué? » (Sourate Âle 'Imrân, 3:144). Et ignorez-vous l'autre verset coranique révélé au Prophète : « Tu vas sûrement mourir, (Ô Mohammad) et eux aussi vont mourir. » (Sourate al-Zomar, 39:30) »

Poursuivant son discours, Abû Bakr déclara avec une sagesse empreinte de vérité : « Que celui qui adore Mohammad sache que Mohammad est vraiment mort, mais que celui qui adore Dieu sache que Dieu est immortel : IL est vivant et ne meurt pas. » Ces paroles, résonnant comme un écho de vérité incontestable, firent éclater en sanglots l'assistance, qui se mit à pleurer à chaudes larmes. Il semblait que ces versets coraniques, bien qu'entendus auparavant, prenaient soudain un sens nouveau et poignant. 'Omar lui-même, en entendant ces mots, fut saisi d'une horreur soudaine. Plus tard, il confiera que, en entendant Abû Bakr réciter ces versets, il fut pris de tremblements et s'écroula, réalisant alors avec certitude que le Prophète était vraiment mort.

Pendant ce temps, Om Aymân avait envoyé un messager à son fils Osâmah, qui se trouvait à Jorf, pour l'informer de la condition critique du Prophète. Osâmah, qui avait déjà donné l'ordre à l'armée de se mettre en marche, était sur le point de partir lorsque le messager de sa mère arriva. Abasourdi par la nouvelle, Osâmah dispersa immédiatement l'armée et retourna à Médine, précédé par Boraydah B. al-Haçib, son porte-drapeau. Ce dernier se dirigea directement vers le Masjid, où il planta l'étendard à la porte de la maison où le Prophète reposait.

Peu après ces événements, dans l'après-midi, un ami accourut vers Abû Bakr et 'Omar au Masjid pour les informer d'une réunion cruciale. Plusieurs notables de Médine s'étaient rassemblés dans Saqîfah Banî Sâ'idah, où ils étaient en train d'élire Sa'd B. 'Obâdah comme dirigeant. « Si vous souhaitez détenir l'Autorité Suprême, vous n'avez pas un moment à perdre, et vous devez arriver là-bas avant que l'affaire ne soit réglée et que l'opposition ne devienne dangereuse », leur dit-il avec urgence. Entendant cette nouvelle, Abû Bakr et 'Omar se précipitèrent vers Saqîfah, accompagnés d'Abû 'Obaydah et de plusieurs autres personnes, déterminés à participer à cette décision cruciale pour la communauté.

Les Successeurs du Prophète

Le Lavage Rituel et l'Enterrement du Prophète

Le Lavage Rituel et l'Enterrement du Prophète

À l'intérieur de la demeure du Prophète, une atmosphère solennelle régnait alors que 'Alî, ignorant les événements qui se déroulaient à l'extérieur, se consacrait à une tâche empreinte de piété et de respect. Il était entouré de 'Abbâs et de ses deux fils, Fadhl et Qutham, ainsi que d'Osâmah et de Çâleh ou Charqân. Ensemble, ils s'affairaient à préparer le lavage rituel du corps du Prophète. Dans l'intimité de cet espace sacré, ils fermèrent la porte de l'appartement et, avec une grande délicatesse, arrachèrent un rideau fait d'un drap de tissu du Yémen pour envelopper le corps.

La responsabilité de laver le corps du Prophète avait été confiée exclusivement à 'Alî, conformément à une prédiction du Prophète lui-même. En effet, lors de la naissance de 'Alî, le Prophète avait été le premier à lui donner un bain, et il avait annoncé que quiconque, autre que 'Alî, regarderait sa nudité deviendrait aveugle sur-le-champ. Ainsi, 'Alî entreprit le lavage du corps avec une dévotion profonde, assisté par les autres présents.

Après le lavage, le corps fut délicatement transporté à l'extérieur et revêtu des vêtements dans lesquels le Prophète avait quitté ce monde. Deux draps de tissu blanc, d'une grande beauté, furent soigneusement enroulés autour de ces vêtements, et par-dessus, un drap de tissu rayé du Yémen fut posé avec respect.

Vint ensuite le moment émouvant de la prière funéraire. Les proches parents du Prophète furent les premiers à entrer dans la maison, suivis des Partisans et des Compagnons, qui se succédèrent par groupes de dix pour prier sur le corps bien-aimé. Le corps resta ainsi jusqu'au moment de l'enterrement, entouré de prières et de larmes.

Cependant, une question délicate se posa quant au lieu d'enterrement du Prophète. Un débat s'installa, mais 'Alî trancha en affirmant avoir entendu le Prophète dire que là où un Prophète meurt, c'est là qu'il doit être enterré. À Médine, deux fossoyeurs étaient connus : Abû 'Obaydah al-Jarrâh, qui creusait les tombes des Mecquois, et Abû Talhah Zayd B. Sâhel, qui s'occupait de celles des Médinois. 'Abbâs envoya un messager pour les convoquer tous les deux. Cependant, Abû 'Obaydah était indisponible, occupé avec Abû Bakr et 'Omar à Saqîfah pour discuter des questions de succession du Califat. En conséquence, c'est Abû Talhah qui vint et creusa le tombeau du Prophète.

L'enterrement eut lieu dans la nuit du mardi ou tôt le mercredi matin. Les mêmes proches parents qui avaient lavé et transporté le corps furent ceux qui descendirent le Prophète dans sa dernière demeure. 'Alî fut le dernier à quitter l'intérieur du tombeau. Une fois le Lahad, ou la voûte, refermé, le tombeau fut rempli de terre, légèrement arrosée d'eau pour sceller ce moment solennel.

Après cet adieu déchirant, les gens quittèrent la tombe et se dirigèrent vers la maison de Fâtimah pour lui apporter réconfort et soutien dans son deuil. Quant à 'Âyechah, elle continua à vivre dans la chambre adjacente à celle qui abritait désormais le tombeau du Prophète, préservant ainsi un lien intime avec sa mémoire.

Les Successeurs du Prophète

Abû Bakr : Le Premier Calife

ABÛ BAKR

: LE PREMIER CALIFE

'Alî, cousin du Prophète Mohammad et époux de sa fille bien-aimée Fâtimah, semblait être le successeur naturel du Prophète, tant par sa proximité familiale que par ses vertus et les services qu'il avait rendus. Dès les premiers temps de l'Islam, alors que cette nouvelle religion était encore moquée et persécutée, Mohammad avait désigné 'Alî comme son frère et lieutenant. 'Alî, fidèle et dévoué, avait toujours soutenu Mohammad par ses paroles et ses actions, honorant sa cause par sa magnanimité et la défendant avec courage.

Sa naissance, son alliance et son caractère le plaçaient au-dessus de ses compatriotes, justifiant sa revendication au trône vacant de l'Arabie. En tant que fils d'Abû Tâlib, 'Alî était le chef de la famille de Hâchim et le gardien de la cité et du temple de la Mecque. Bien que la lumière de la prophétie se soit éteinte avec la mort de Mohammad, 'Alî, en tant que mari de Fâtimah, pouvait espérer hériter de la bénédiction du Prophète. Les Arabes avaient parfois accepté le règne d'une femme, et ils avaient souvent vu les deux petits-fils du Prophète, caressés par lui, présentés comme l'espoir de sa vie et les Maîtres de la Jeunesse du Paradis.

Depuis le début de sa mission jusqu'aux derniers rites de ses funérailles, le Prophète n'avait jamais été abandonné par cet ami généreux qu'il aimait appeler son frère, son lieutenant, et le fidèle Aaron d'un second Moïse. Les mérites de 'Alî et les paroles du Prophète en sa faveur avaient suscité la jalousie parmi ses contemporains. L'ascendance familiale de 'Alî et les déclarations du Prophète le désignant comme son lieutenant, comparant sa position à celle d'Aaron par rapport à Moïse, déplaisaient à l'aristocratie, désireuse de détenir le pouvoir elle-même. La prééminence des Hâchimites, qui avait atteint son apogée avec l'avènement de Mohammad, était trop incontestable pour être ignorée.

La mort du Prophète permit à l'aristocratie de s'exprimer, ravivant ainsi l'ancienne discorde tribale. Quelques jours plus tard, 'Omar avoua que Quraych ne pourrait jamais se réconcilier avec la prééminence des Hâchimites. Ainsi, toute l'aristocratie cherchait à priver 'Alî de la succession du Prophète et à détruire la prééminence des Hâchimites. À peine le Prophète avait-il fermé les yeux que ses adversaires, sans attendre son enterrement, se réunirent à Saqîfah Banî Sâ'îdah pour discuter de l'élection de son successeur.

L'élection à Saqîfah fut marquée par une vive rivalité entre les Muhâjirîn de la Mecque et les Ançâr de Médine. Les Muhâjirîn revendiquaient la préférence en raison de leur antériorité dans l'Islam, leur parenté avec le Prophète et leur émigration avec lui au péril de leur vie. Les Ançâr, par la voix de leur porte-parole Hobâb, firent valoir qu'ils avaient accueilli et protégé le Prophète lorsqu'il avait fui ses ennemis, et qu'ils l'avaient aidé à établir son autorité. Ils craignaient que si l'autorité tombait entre les mains de ceux dont ils avaient tué les proches en défendant le Prophète, ils subiraient des représailles.

'Omar, pour réfuter les revendications des Ançâr, exprima son désir de faire un discours, mais Abû Bakr l'en dissuada. Abû Bakr argumenta que malgré les services rendus par les Ançâr, ils ne devaient pas aspirer à une autorité complète sur les Quraych. Il proposa que les Ançâr participent au gouvernement par le biais du Ministère. Les Ançâr suggérèrent alors la possibilité d'avoir deux Califes, mais Abû Bakr et son parti s'y opposèrent fermement, insistant pour que le gouvernement reste entre les mains des Quraych.

La tension monta lorsque Abû Bakr rappela un hadith du Prophète selon lequel "personne d'autre qu'un Quraychite n'est apte à exercer l'autorité sur les Quraych". Encouragé par le soutien de Bachîr B. Sa'd, un Ançâr, Abû Bakr déclara que les Quraych n'accepteraient jamais qu'un non-Quraychite les gouverne. À ce moment critique, 'Omar, impatient, s'écria: «Tends ta main, Ô Abû Bakr! Je te prêterai sûrement serment d'allégeance». Abû Bakr répondit en répétant qu'Omar était plus ferme que lui. Finalement, 'Omar prêta serment d'allégeance à Abû Bakr, suivi par Abû 'Obaydah et quelques autres Muhâjirîn.

La confusion prit fin lorsque Bachîr et un autre Ançâr prêta également serment à Abû Bakr. Hobâb eut une altercation avec Bachîr pour sa conduite, mais la tension fut apaisée par l'intervention d'autres Ançâr. Sa'd Ibn 'Obadâh, chef des Ançâr, fut profondément chagriné et ne prêta pas serment à Abû Bakr. Il quitta Médine pour la Syrie, où il fut assassiné sous le califat de 'Omar, en l'an 15 H.

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Abû Bakr : Le Premier Calife

L'Installation d'Abû Bakr

Le lendemain de la convention obtenue à Saqîfah, Abû Bakr prit place sur la chaire du Masjid. Les fidèles s'étaient rassemblés en grand nombre pour lui prêter un serment d'allégeance général, confirmant ainsi l'engagement pris à Saqîfah. Cette démarche visait à prévenir tout revirement potentiel. En observant l'assemblée, 'Omar fut convaincu qu'Abû Bakr réussirait à assurer cette succession sur des bases solides.

Cependant, 'Omar était préoccupé par la possibilité d'une rupture sérieuse, qu'il craignait de la part de 'Alî. Il redoutait que 'Alî puisse obtenir le soutien de ses partisans de la même manière qu'Abû Bakr l'avait fait à Saqîfah. C'est pourquoi, avant même qu'Abû Bakr ne prenne la parole, 'Omar prit des mesures préventives. Il avertit l'assemblée des conséquences graves, allant jusqu'à menacer de la peine capitale quiconque tenterait d'obtenir un suffrage sans le consentement de tous les Musulmans, comme cela avait été fait la veille.

Debout à côté de la chaire, 'Omar fut le premier à s'adresser à l'assemblée. Bien qu'il ait été le premier à proposer Abû Bakr comme Calife et à le reconnaître en tant que tel, il n'approuvait pas entièrement ce choix, qui avait été dicté par une situation critique. Cela se reflète dans ses propres paroles : « Je prie Dieu pour qu'IL prévienne les mauvaises conséquences à craindre d'un tel choix. Aussi quiconque ferait une chose pareille mériterait la peine de mort, et si jamais quelqu'un prêtait serment de fidélité à un autre sans le consentement du reste des Musulmans, tous deux... devraient être mis à mort. » (S. Ockley, "History of Saracens", p. 82, d'Abulfaragius)

Selon Sir W. Muir, 'Omar s'adressa à l'assemblée en ces termes : « Ô gens! Ce que je vous ai dit hier n'était pas la vérité. En fait, je trouve qu'il n'est corroboré ni par le Livre que le Seigneur a révélé ni par la convention que nous avons faite avec Son Messager. En ce qui me concerne, j'ai souhaité vraiment que le Messager du Seigneur restât avec nous encore plus longtemps et qu'il nous ait dit à l'oreille un mot qui puisse lui sembler bon et nous être un perpétuel guide. Mais le Seigneur avait choisi pour Son Messager la portion qui est avec Lui-même de préférence à celle qui est avec nous. Et vraiment le mot inspiré qui a dirigé notre Prophète est toujours avec nous. Prenez-le donc pour votre guidance, et vous ne serez jamais égarés. Et maintenant, vraiment, puisque le Seigneur a placé l'administration de vos affaires entre les mains de celui qui est le meilleur d'entre nous, le Compagnon de Son Prophète, le seul compagnon, le second des deux qui se trouvaient seuls dans la grotte, levez-vous et prêtez-lui serment de fidélité. » (W. Muir, "Life of Mohammad")

Ainsi, les gens prêtèrent un serment d'allégeance général à Abû Bakr. Ceux qui avaient déjà prêté serment à Saqîfah confirmèrent leur engagement, consolidant ainsi l'autorité d'Abû Bakr en tant que Calife.

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Abû Bakr : Le Premier Calife

Le Premier Discours public d'Abû Bakr du Haut de la Chaire

Le moment était solennel et empreint de gravité lorsque Abû Bakr, nouvellement investi de l'autorité suprême, se leva pour prononcer son premier discours public du haut de la chaire. Citant les paroles d'al-Hassan al-Baçrî, Ibn Sa'd rapporte avec précision cet instant crucial. Abû Bakr, conscient du poids de sa nouvelle responsabilité, s'adressa à l'assemblée avec une sincérité désarmante : « Et maintenant, je suis chargé de cette autorité, bien que j'aie une aversion pour elle, et par Allâh! j'aurais été heureux si quiconque parmi vous avait pu convenir à cette tâche à ma place. » Il exprima ainsi son humilité et son désir de servir la communauté avec intégrité.

Il poursuivit en reconnaissant les limites de sa condition humaine, contrastant avec la perfection du Messager de Dieu. « Même si vous me chargiez d'agir envers vous comme l'a fait le Messager de Dieu, je ne pourrais pas l'entreprendre, car le Messager de Dieu était un serviteur que le Seigneur a honoré de Son Inspiration et préservé par là-même de toute erreur, et je suis vraiment un mortel et je ne suis pas meilleur qu'aucun d'entre vous. » Cette déclaration soulignait sa volonté de rester humble et accessible, demandant à ses pairs de le surveiller et de le corriger si jamais il s'écartait du droit chemin. Il ajouta avec une franchise déconcertante : « Et je sais qu'un diable m'accapare. Donc, lorsque vous me trouverez enragé, évitez-moi, car en ces moments-là je ne pourrais pas écouter vos conseils ou vos bonnes salutations. »

L'absence d'Abû Bakr et de 'Omar aux cérémonies funéraires du Prophète fut un autre épisode marquant de cette période tumultueuse. Depuis la mort du Prophète, survenue le lundi à midi, jusqu'à la dernière partie de la nuit du mardi au mercredi, Abû Bakr et 'Omar furent entièrement absorbés par les affaires pressantes de l'élection. Cette préoccupation les empêcha d'assister aux cérémonies funéraires du Prophète, qui furent achevées avant qu'ils ne puissent se libérer de leurs obligations. En réalité, ils avaient souhaité éviter de rencontrer 'Alî jusqu'à ce qu'ils s'assurent pleinement de leur contrôle sur le Califat. Une fois leur objectif atteint, ils se présentèrent, mais il était déjà trop tard, les cérémonies étaient bel et bien terminées.

Dans un autre récit poignant, al-Hâkim, dans son "Mustadrak", rapporte une scène qui se déroula à la Mecque, ébranlée par un tremblement de terre à la suite de la mort du Prophète. Abû Quhâfah, le père d'Abû Bakr, interrogea avec inquiétude : « Que se passe-t-il? » Lorsqu'on lui répondit que le Messager de Dieu était décédé, il réalisa l'ampleur de l'événement : « C'est un événement monumental. Qui est chargé alors de l'autorité après lui? » À l'annonce que c'était son propre fils, il s'étonna : « Est-ce que les Banû Abd Manâf et les Banû al-Moghîrah ont consenti à ce choix? » Rassuré par l'affirmative, il conclut avec une sagesse empreinte de résignation : « Personne ne démolit ce qui a été élevé, et personne n'exalte ce qui a été humilié. » Ces mots résonnent encore, témoignant de la complexité et des enjeux de cette période de transition cruciale dans l'histoire islamique.

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Abû Bakr : Le Premier Calife

L'Attitude de 'Alî après l'Election d'Abû Bakr

Bien que le Califat fût effectivement détenu par Abû Bakr, un sentiment d'insatisfaction persistait parmi un certain nombre de personnes. En effet, aucun membre de la famille des Hâchimites n'avait été présent lors de l'assemblée de Saqîah, ni même au moment de la prestation du serment d'allégeance générale au Masjid. Parmi ceux qui s'étaient tenus à l'écart, on comptait des figures telles que Zobayr, Miqdâd, Salmân, Abû Thar al-Ghifârî, 'Ammâr Ibn Yâcir, Barra B. Azhab, Khâlid Ibn Sa'îd, Abû Ayyûb al-Ançârî, Khazimah B. Thâbit, ainsi que bien d'autres. Tout comme les Hâchimites, ces personnes étaient d'avis que le droit à la succession du Prophète revenait exclusivement à 'Alî. Par conséquent, elles ne souhaitaient pas rendre hommage à Abû Bakr.

Naturellement, 'Alî était chagriné par le tournant qu'avaient pris les événements. Cependant, il choisit de ne pas agir. Bien qu'il eût été capable de recourir aux armes contre ceux qui n'avaient jamais osé affronter les héros des Infidèles, systématiquement vaincus par 'Alî lui-même, il savait qu'une telle victoire aurait été obtenue au détriment de la Religion. À ce stade précoce de son développement, l'Islam n'aurait pas pu survivre à une guerre civile. C'est pourquoi 'Alî décida de s'enfermer chez lui, armé de patience, afin de sauvegarder l'intérêt de l'Islam, une religion à l'établissement de laquelle il avait contribué si longtemps, au péril de sa propre vie.

Dans cette retraite, il concentra son attention sur la collection du Coran. Certains pensent qu'il aurait écrit ce texte sacré selon l'ordre de ses révélations. Mohammad Ibn Sîrîn rapporta : « Si on pouvait tomber sur ce Livre-là, il aurait été très instructif ». Cette remarque est extraite de l'ouvrage "History of Califat", traduit en anglais par M. Jarret d'après al-Suyûtî.

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Le Nom et les Titres Originels d'Abû Bakr

À l'époque de son élection, Abû Bakr était un homme d'une soixantaine d'années. Il était le fils d'Abû Quhâfah, un membre de la tribu des Quraychites, dont les origines remontaient à un ancêtre commun avec le Prophète au septième degré. Abû Bakr se situait également au septième rang dans la descendance de Taym, fils de Morrah, qui était lui-même le septième ancêtre du Prophète. Le clan auquel il appartenait était connu sous le nom de Banû Taym, en hommage à Taym.

Sa mère, Salmâ, était la fille de l'oncle paternel de son père, Saqr. Bien qu'Abû Bakr fût reconnu comme l'un des premiers convertis à l'Islam, son père, Abû Quhâfah, n'embrassa cette religion que vingt ans après le début de la mission prophétique.

Le nom originel d'Abû Bakr était 'Abdul-Ka'bah. Il portait également le nom de 'Atîq. Sa mère, n'ayant pas eu de fils survivant jusqu'alors, lorsqu'elle mit au monde Abû Bakr, l'emmena au temple et s'exclama : « Ô Déité ! Si celui-ci est immunisé contre la mort, alors donne-le moi. » C'est ainsi qu'il fut appelé 'Atîq, signifiant "Libéré".

Concernant son titre d'Aç-Çiddîq, il est dit qu'il avait été surnommé ainsi à l'époque de l'Ignorance, en raison de son amour pour la vérité. Selon Ibn Mondah, Moç'ab B. al-Zabayr et d'autres, les gens s'accordaient pour lui donner le nom d'Abû Bakr Aç-Çiddîq, signifiant "témoin de la vérité", car il s'était empressé de témoigner en faveur du Messager de Dieu et s'était fermement attaché à la vérité.

Lorsqu'il se convertit à l'Islam à l'âge de trente-huit ans, Abû Bakr prit le nom de 'Abd-Allâh. Après le mariage de sa fille vierge, 'Âyechah, avec le Prophète, il fut appelé Abû Bakr, ce qui signifie "le père de la vierge". 'Âyechah était en effet la seule des épouses du Prophète à l'avoir épousé alors qu'elle était encore vierge, tandis que les autres étaient des veuves.

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Les Habitudes et la Profession d'Abû Bakr

Abû Bakr, un homme aux multiples talents, se distinguait par sa profonde connaissance de la généalogie, un domaine dans lequel il excellait particulièrement. Il s'était spécialisé dans l'étude minutieuse de l'ascendance des Arabes, et plus précisément de celle des Quraych. Cette passion pour la généalogie lui avait valu une réputation notable. En effet, Ibn 'Asâkir, citant Al-Miqdâd, souligne qu'Abû Bakr était reconnu non seulement pour ses compétences exceptionnelles en généalogie, mais aussi pour son caractère parfois acerbe, le qualifiant à la fois de grand insulteur et de grand généalogiste. Cette dualité de personnalité est mentionnée dans l'ouvrage "History of Califat" à la page 54.

En parallèle de sa passion pour la généalogie, Abû Bakr s'était également lancé dans le commerce, plus précisément dans le négoce de vêtements. Ce métier lui tenait à cœur, et il en avait fait une activité quotidienne. Ainsi, au lendemain de la prestation de serment d'allégeance qui le consacrait, il se leva dès l'aube, prêt à se rendre au marché, quelques manteaux posés sur le bras, fidèle à ses habitudes de commerçant. C'est alors que 'Omar, intrigué par cette démarche, l'interpella : « Où vas-tu ? » Abû Bakr, avec une simplicité désarmante, répondit : « Au marché. » Cette réponse surprit 'Omar qui, conscient de la nouvelle responsabilité qui incombait à Abû Bakr, lui demanda : « Est-ce que tu fais cela même après avoir été chargé de gouverner les Musulmans ? » Abû Bakr, pragmatique, répliqua : « Et comment donc ma famille sera-t-elle nourrie ? »

Face à cette préoccupation légitime, 'Omar proposa une solution. Il invita Abû Bakr à le suivre chez Abû 'Obaydah, le Trésorier du Bayt-al-Mâl, ou Trésor Public, afin de pourvoir à ses besoins. Là, on lui octroya une somme de deux mille dirhams. Toutefois, Abû Bakr, conscient des réalités économiques de sa famille, sollicita une augmentation, arguant : « Augmentez la somme, car j'ai une famille et vous m'avez employé dans un autre travail que le mien. » En réponse à cette demande, un supplément de cinq cents dirhams lui fut accordé, comme le rapporte la page 79 de "History of Califat".

Cependant, malgré cette aide financière, les dépenses personnelles et familiales d'Abû Bakr demeuraient élevées. Pour pallier ce manque, une allocation annuelle fut mise en place, s'élevant à six mille dirhams. Selon certaines sources, cette somme pouvait atteindre huit mille dirhams, afin de couvrir adéquatement les charges de sa maison. Cette mesure visait à assurer à Abû Bakr et à sa famille un niveau de vie décent, tout en lui permettant de se consacrer pleinement à ses nouvelles fonctions.

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'Alî Soumis à l'Humiliation

L'histoire se déroule dans une atmosphère de tension palpable, alors qu'Abû Bakr, nouvellement désigné comme calife, envoie 'Omar à la maison de Fâtimah. Là, 'Alî, son mari, et quelques-uns de ses fidèles compagnons s'étaient réunis. La mission d'Omar était claire : contraindre ces hommes à prêter serment d'allégeance à Abû Bakr, et ce, par la force si nécessaire. La détermination d'Omar était telle qu'il était prêt à incendier la maison si les occupants refusaient de se soumettre à sa demande. Fâtimah, inquiète et perplexe, l'interpella pour comprendre le sens de cette menace. Omar, implacable, lui répondit qu'il mettrait effectivement le feu à la maison si ceux qui s'y trouvaient n'acceptaient pas de se conformer à ce que la majorité avait déjà fait. (20) ("History of Saracens", p. 83 de S. Ockley)

Connaissant bien le caractère inflexible d'Omar, les hommes présents décidèrent de sortir. Parmi eux se trouvaient 'Alî, 'Abbâs et Zubayr. 'Alî, s'adressant à ceux qui se dressaient contre lui, lança un appel vibrant : «Ô vous, les Muhâjirîn! Vous avez revendiqué la succession du Prophète de Dieu en vous appuyant sur vos mérites face aux Ançâr, tels que votre précocité dans l'acceptation de l'islam et votre lien de parenté avec le Messager de Dieu. Aujourd'hui, je vous rappelle que je possède ces mêmes mérites. Ne suis-je pas le premier à avoir cru en la Mission du Prophète, bien avant que l'un d'entre vous n'embrasse sa Religion? Ne suis-je pas le plus proche parent du Prophète parmi vous tous? Craignez Dieu si vous êtes de véritables Croyants, et ne retirez pas l'autorité du Prophète de sa propre maison pour vous en emparer.»

Fâtimah, se tenant derrière la porte, s'adressa elle aussi aux assaillants avec une voix empreinte de douleur : «Ô gens! Vous avez laissé derrière vous le corps du Prophète, et vous êtes partis pour vous approprier le Califat, au détriment de nos droits.» Sa voix se brisa alors qu'elle éclata en sanglots, s'écriant avec désespoir : «Ô père! Ô Prophète de Dieu! Les épreuves s'abattent sur nous si rapidement après ta disparition, par la volonté du fils de Khattâb et du fils d'Abû Quhâfah! Comment ont-ils pu oublier si vite tes paroles à Ghadîr Khum, où tu avais affirmé que 'Alî était à toi ce qu'Aaron fut à Mûsâ!» Les gémissements de Fâtimah touchèrent le cœur de nombreux membres du groupe d'Omar, qui, émus, ne purent retenir leurs larmes et rebroussèrent chemin. (21)

Cependant, 'Alî fut emmené devant Abû Bakr, où on lui demanda de prêter serment d'allégeance. 'Alî, avec une dignité tranquille, interrogea : «Et si je ne lui rends pas hommage?» La réponse fut sans équivoque : «Par Allâh, nous te tuerons si tu ne fais pas ce que les autres ont fait.» À cela, 'Alî rétorqua : «Comment! Allez-vous tuer un homme qui est serviteur du Seigneur et le frère du Prophète du Seigneur?» Ces mots provoquèrent une réaction immédiate chez 'Omar, qui s'exclama : «Nous n'admettons pas que tu sois un frère du Prophète du Seigneur.» Puis, se tournant vers Abû Bakr, qui était resté silencieux jusque-là, il lui demanda de se prononcer sur le sort de 'Alî. Mais Abû Bakr, dans un geste de retenue, déclara que tant que Fâtimah vivrait, il ne contraindrait en aucune manière son mari. Ainsi, 'Alî put repartir librement.

Il se dirigea directement vers la tombe du Prophète, où il exprima sa douleur et son désarroi : «Ô mon frère! Tes gens me traitent maintenant avec mépris et ont tendance à vouloir me tuer.» (23)

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Fâtimah Réclame son Héritage

Fâtimah, la seule enfant survivante du Prophète et sa fille bien-aimée, se retrouva dans une situation délicate et empreinte de tristesse lorsqu'elle chercha à revendiquer son héritage. Elle espérait obtenir la propriété qui lui revenait de droit dans les terres fertiles de Médine, de Khaybar, ainsi que de Fadak. Ces terres avaient été acquises sans recours à la force, et son père, le Prophète, les lui avait attribuées pour subvenir à ses besoins, conformément aux commandements divins. En effet, le Coran stipule clairement : «Donne à chaque proche parent son dû...» (Sourate Banî Isrâ'îl, verset 26).

Cependant, Abû Bakr, qui avait pris la succession du Prophète, refusa de reconnaître la revendication de Fâtimah. Il cita un hadith qu'il attribuait au Prophète : «Nous, le groupe des Prophètes, n'héritons pas ni ne laissons d'héritage; ce que nous laissons est pour l'aumône.» Cette déclaration, en contradiction avec l'interprétation coranique, plongea Fâtimah dans un profond chagrin. Elle fut si mécontente d'Abû Bakr qu'elle choisit de ne plus lui adresser la parole pour le reste de sa vie.

Fâtimah mourut six mois après la disparition de son père, et, conformément à sa volonté, Abû Bakr ne fut pas autorisé à assister à ses funérailles. Ce refus d'honorer la présence d'Abû Bakr à ses obsèques témoigne de la profondeur de son mécontentement.

Il est important de souligner qu'Abû Bakr était le seul à rapporter cette affirmation attribuée au Prophète. Cette situation a suscité des débats et des réflexions sur les intentions d'Abû Bakr. Selon l'historien W. Irving, Abû Bakr était un homme de jugement et de sagesse, dont la prudence et l'habileté pouvaient parfois sembler rusées. Son objectif semblait honnête et désintéressé, visant le bien de la communauté plutôt que son propre intérêt.

Dans un récit rapporté par Abû No'aym, citant Abû Çâleh dans son ouvrage "Holyah", il est mentionné qu'à l'époque d'Abû Bakr, lorsque les gens du Yémen venaient écouter le Coran, ils se mettaient à pleurer. Abû Bakr, observant cela, déclara : «Ainsi nous étions, mais par la suite nos cœurs se sont endurcis.» Cette réflexion, rapportée par M. Jarret dans "History of Califat", illustre la complexité des émotions et des relations durant cette période tumultueuse.

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Offre d'Ouvrir les Hostilités, Rejetée par 'Alî

Un jour, Abû Sufiyân B. Harb, un personnage influent de la tribu des Quraych, se présenta devant 'Alî avec une proposition audacieuse. Il lui dit : « Comment se fait-il que le plus insignifiant des Quraych et le plus bas d'entre eux détienne l'autorité ? Par Allâh, si tu le souhaitais, je pourrais inonder Abû Bakr de chevaux et d'hommes. » Cette offre, bien que tentante pour certains, ne séduisit pas 'Alî. Il répondit avec sagesse et fermeté : « Ô Abû Sufiyân, tu as longtemps été hostile à l'Islam, mais cela ne m'affecte guère. » (M. Jarret, "History of Califat", p. 66, op. cit.)

Selon le Dr. Weil, Abû Sufiyân, accompagné de quelques proches de 'Alî, avait proposé à ce dernier de recouvrer ses droits par l'épée. Cependant, 'Alî, dont la priorité était la préservation de l'Islam, rejeta catégoriquement ces offres belliqueuses. Abû Sufiyân, homme de pouvoir et de stratégie, était attiré par les perspectives prometteuses pour ses fils. Son fils Yazîd fut plus tard élevé au rang de Général d'une division des forces armées d'Abû Bakr, ce qui transforma Abû Sufiyân en un fervent partisan du Calife.

Après la mort de Fâtimah, un événement marquant se produisit. Abû Bakr se rendit chez 'Alî, qui lui reprocha son manque de transparence et de sincérité dans la conduite des affaires de l'élection, notamment en ne l'ayant pas informé. Abû Bakr, cherchant à se justifier, affirma qu'il n'y avait eu aucune intrigue et que les circonstances l'avaient contraint à agir rapidement. Selon lui, s'il avait tardé, le pouvoir aurait été saisi par les Ançâr.

Pour apaiser 'Alî, Abû Bakr exprima son désir de renoncer au Califat en sa faveur. Une date et un lieu furent fixés pour la déclaration publique de ce renoncement, qui devait avoir lieu au Masjid lors des prières de midi. Le jour venu, Abû Bakr monta sur la chaire et demanda à l'assemblée la permission de se retirer et de transférer sa charge à une personne plus méritante. Il conclut en disant : « Retirez de moi votre allégeance, car je ne suis pas le meilleur tant que 'Alî est parmi vous. »

Cependant, cette proposition, faite de manière si soudaine, laissa l'assemblée perplexe et peu préparée à accepter un tel changement. 'Alî, soucieux d'éviter tout trouble, choisit de se retirer chez lui. Il est néanmoins certain qu'il n'avait pas prêté serment d'allégeance à Abû Bakr, du moins, comme certains le prétendent, jusqu'à la mort de Fâtimah.

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L'Admonestation Faite par al-Hassan

Il était une fois, dans les premiers temps de l'Islam, une scène émouvante qui se déroula entre deux figures emblématiques de cette époque. Al-Hassan, le fils d'Alî, s'approcha un jour d'Abû Bakr, qui se trouvait alors assis sur la chaire du Messager de Dieu, un lieu empreint de respect et de vénération. Avec l'innocence et la franchise propres à la jeunesse, al-Hassan s'adressa à Abû Bakr en ces termes : « Descends de ce siège de mon père. »

Abû Bakr, homme de sagesse et de compassion, fut touché par ces mots. Il répondit avec une humilité remarquable : « Tu dis vraiment la vérité, car c'est bien le siège de ton père. » En un geste empreint de tendresse, il fit asseoir al-Hassan sur ses genoux et versa des larmes, ému par la situation.

Alî, le père d'al-Hassan, apprit ce qui s'était passé et s'adressa à Abû Bakr pour lui dire : « Par Allâh, il (al-Hassan) n'a pas fait cela sur mon ordre. » Abû Bakr, avec une confiance inébranlable en l'intégrité d'Alî, répondit : « Ce que tu dis est vrai, par Allâh, je ne t'ai pas soupçonné. »

Cet échange, rapporté par M. Jarret dans "History of Caifat", page 81, témoigne de la profondeur des relations humaines et de la noblesse des cœurs de ces illustres personnages de l'histoire islamique.

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Quelques Récits du Califat d'Abû Bakr

Durant le califat d'Abû Bakr, une période tumultueuse s'ouvrit pour la communauté musulmane. Abû Bakr, bien qu'il fût le compagnon le plus proche du Prophète, n'était ni son héritier légal, ni un membre du clan des Hâchimites. Cette absence de lien direct avec le Prophète engendra des doutes quant à sa légitimité en tant que successeur. Ce scepticisme se traduisit par une contestation ouverte de son autorité, notamment de la part de nombreuses tribus de la Péninsule Arabe. Ces dernières cessèrent de verser la zakât, l'aumône légale, au gouvernement central. Les collecteurs de zakât, envoyés par le Prophète, furent ainsi chassés de leurs postes, et de toutes parts, des nouvelles inquiétantes rapportaient une désaffection croissante envers le Califat.

À ces troubles internes s'ajoutait la menace grandissante des imposteurs Musaylamah et Tulayhah, dont les agissements mettaient en péril la sécurité de l'Islam, tant au centre qu'au nord et à l'est de la Péninsule. Face à cette situation critique, Abû Bakr mobilisa toutes les forces disponibles. Il les organisa en onze colonnes indépendantes, chacune placée sous le commandement d'un chef éminent. Ces commandants reçurent pour mission de reconquérir les provinces qui leur étaient assignées. Une fois arrivés à destination, ils devaient sommer les apostats de se repentir et de reconnaître l'autorité du Califat. Si ces derniers acceptaient, ils seraient pardonnés et réintégrés dans la communauté musulmane. En revanche, en cas de refus, ils seraient attaqués, leurs combattants anéantis, et leurs femmes et enfants capturés.

Pour évaluer la loyauté des habitants des provinces, les commandants devaient procéder à l'Athân, l'Appel à la prière. Si les gens répondaient à cet appel, ils ne devaient pas être inquiétés. Dans le cas contraire, ils seraient considérés comme apostats et traités en conséquence. C'est ainsi que Khâlid B. al-Walîd fut envoyé contre Tulayhah, tandis que 'Ikrimah et Charhabh reçurent l'ordre de punir Musaylamah. Khâlid B. Sa'îd fut affecté à la frontière syrienne, Muhâjir au Yémen, 'Alâ' à Bahreïn, et Hothayfah B. Mohsen ainsi qu'Arfajah à Mahra.

Khalid, mandaté par le Calife, marcha résolument vers Tulayhah, l'imposteur. Sa colonne, la plus imposante des onze, comprenait un grand nombre de Compagnons du Prophète, la fine fleur des Muhâjirîn. En cours de route, les Banî Tay, convaincus par 'Alî, se joignirent à Khâlid avec mille cavaliers, renforçant ainsi considérablement ses forces. La confrontation entre les deux armées se produisit à Bozakhah. Après une bataille acharnée, Tulayhah prit la fuite avec sa femme, se dirigeant vers la Syrie.

Khâlid demeura auprès des Banî 'Âmir pendant un mois. Pendant ce temps, les Banû Hawâzin revinrent, offrirent leur soumission au Califat et reprirent le versement de la zakât, marquant ainsi la restauration de l'ordre et de l'autorité d'Abû Bakr dans cette région.

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Mâlik Ibn Nowayrah et son Sort Cruel

Après avoir soumis les tribus des hauteurs et du désert au nord-ouest de Médine, Khâlid se tourna résolument vers le sud, déterminé à affronter les Banî Yerbi'. À leur tête se trouvait Mâlik Ibn Nowayrah, un chef dont l'allure noble et la grande valeur étaient reconnues de tous. Il était non seulement un cavalier hors pair, mais aussi un homme généreux, doté de vertus princières et d'un talent poétique qui suscitait l'admiration des Arabes. À ces qualités s'ajoutait la chance, bien que fatale, d'avoir pour épouse la plus belle femme d'Arabie, célèbre pour sa grâce royale. Connue sous les noms d'Om Tamim, Om Motamim ou Layla, sa beauté était légendaire.

Cependant, à Médine, certains s'opposèrent à l'initiative de Khâlid, arguant qu'il n'avait pas l'autorité pour attaquer les Banî Yerbi'. Mais Khâlid, résolu pour des raisons qui lui étaient propres, répondit avec une assurance inébranlable : « Je suis le Commandant, et en l'absence d'ordres, c'est à moi de décider. Je marcherai sur Mâlik Ibn Nowayrah avec les hommes de la Mecque et tous ceux qui choisiront de me suivre. Je n'y obligerai personne. » Ainsi, il se mit en marche, déterminé à accomplir son dessein.

Informé de l'approche de Khâlid à la tête d'une armée de quatre mille cinq cents hommes, Mâlik choisit de se soumettre immédiatement. Il connaissait l'ordre d'Abû Bakr, stipulant que quiconque répondait à l'Appel à la prière ou ne montrait pas de résistance ne devait pas être molesté. Toutefois, Khâlid considéra la région comme un territoire ennemi et envoya des groupes pour tuer et capturer ceux qui hésitaient à se soumettre. Mâlik, parmi tant d'autres, fut capturé avec son épouse.

La beauté éclatante de cette dernière captiva Khâlid, endurcissant son cœur contre Mâlik. « Refuses-tu de payer la zakât ? » demanda Khâlid sèchement. Mâlik répondit : « Ne puis-je pas prier sans toutes ces exactions ? » Khâlid rétorqua : « La prière sans aumône n'est pas valable. » « Est-ce l'ordre de ton maître ? » questionna Mâlik avec hauteur. « Oui, mon maître et le tien », hurla Khâlid, furieux, ajoutant : « Par Allah, tu mérites la mort. » Mâlik répliqua avec un sourire de mépris : « Est-ce là aussi l'ordre de ton maître ? » Khâlid, dédaigneux, ordonna : « Encore ! Coupez la tête de ce rebelle. »

Malgré l'intervention de ses officiers, Abû Qatadah et 'Abdullâh B. 'Omar, qui témoignèrent que Mâlik avait répondu à l'Appel à la prière et était un Musulman, la sentence fut maintenue. La femme de Mâlik, le visage dévoilé et les cheveux ébouriffés, se jeta aux pieds de Khâlid, implorant la clémence pour son mari. Mâlik, observant le regard admiratif de Khâlid sur sa femme, s'écria : « Hélas ! C'est là le secret de mon malheur ! Sa beauté est la cause de ma mort ! » Khâlid répliqua : « Non ! C'est à cause de ton apostasie que Dieu te tue ! » Mâlik protesta : « Mais je ne suis pas un apostat ! Je professe la vraie foi. » Néanmoins, la colère de Khâlid ne fut pas apaisée. Il donna le signal de la mort. Alors que Mâlik commençait à prononcer sa profession de foi, sa tête fut tranchée par le cimeterre de Dharar B. Azwar, un homme aussi brutal que Khâlid.

Khâlid, insatisfait de cette brutalité, ordonna que les têtes des tués soient jetées dans le feu sous les marmites. La tête de Mâlik, avec ses boucles flottantes, rendit cette tâche ardue. Cette nuit-là, alors que le sol était encore imprégné du sang de Mâlik, sa femme fut contrainte dans les bras de Khâlid. Elle fut remariée à lui un jour ou deux plus tard, sur place, en dépit du délai fixé par le Prophète pour le remariage d'une veuve.

Les Successeurs du Prophète

Abû Bakr : Le Premier Calife

Plainte auprès du Calife contre Khâlid

À Médine, une tension palpable s'était installée parmi ceux qui s'étaient initialement opposés à la campagne de Khâlid vers Banî Yerbi'. Ces mêmes personnes, qui avaient déjà exprimé leur désaccord, furent profondément choquées par le sort tragique réservé à Mâlik. L'exécution de ce dernier, marquée par une cruauté indéniable, suscita une vague de mépris et de réprobation envers Khâlid. Parmi les mécontents, Abû Qatada, indigné par la conduite de Khâlid, fit le serment solennel de ne plus jamais combattre sous sa bannière. Fidèle à sa parole, il quitta le campement sans tarder et se rendit à Médine, accompagné de Motammim, le frère de Mâlik, qui avait décidé de porter plainte officiellement auprès du Calife.

À Médine, 'Omar, ayant écouté attentivement le récit d'Abû Qatada et d'autres témoins de l'affaire, prit la défense de Mâlik, le chef assassiné. Il exhorta Abû Bakr à prendre des mesures drastiques contre Khâlid, suggérant qu'il soit lapidé à mort pour adultère ou exécuté pour le meurtre d'un Musulman. Cependant, Abû Bakr, après mûre réflexion, ne se résolut pas à accepter ces propositions sévères. 'Omar, persistant dans sa quête de justice, proposa alors que Khâlid soit dégradé et enchaîné, arguant qu'une épée souillée par la violence et l'outrage devait être remise au fourreau.

Malgré la pression, Abû Bakr fit valoir que Khâlid avait probablement péché par erreur plutôt que par intention malveillante. Il rappela également l'exemple de Wahchî, l'assassin de Hamzah, l'oncle bien-aimé du Prophète, qui avait pourtant été pardonné par ce dernier. Néanmoins, conscient de la gravité des accusations, Abû Bakr exigea que Khâlid s'explique sur les charges qui pesaient contre lui, cherchant à établir la vérité dans cette affaire complexe et délicate.

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Abû Bakr : Le Premier Calife

Le Jugement d'Abû Bakr

Khâlid, après ses exploits militaires, fit son retour à Médine. Il portait encore son habit de champ de bataille, son turban enroulé de manière rudimentaire autour de sa tête, orné d'une flèche symbolisant son rang de général. Sur son chemin vers le Calife, il croisa 'Omar. Ce dernier, indigné, l'accusa de meurtre et d'adultère. Dans un geste de colère, 'Omar arracha la flèche du turban de Khâlid et la brisa sur ses genoux. Khâlid, bien que conscient de la possibilité d'une réception similaire de la part du Calife, conserva son calme et continua sa route vers Abû Bakr.

Pour s'assurer une audience favorable, Khâlid glissa discrètement deux dinars au portier, lui demandant de l'introduire auprès du Calife lorsqu'il serait seul et dans de bonnes dispositions. Une fois en présence d'Abû Bakr, Khâlid raconta en détail les événements récents. Le Calife, après avoir écouté son récit, accepta ses explications. Toutefois, il le réprimanda pour avoir épousé la veuve de sa victime sur le champ de bataille, un acte contraire aux coutumes et aux sentiments des Arabes. En quittant la présence du Calife, Khâlid, par son attitude, montra à 'Omar qu'il avait été disculpé. 'Omar, cependant, resta silencieux, sceptique quant à l'innocence de Khâlid. Il n'oublierait ni ne pardonnerait cette atrocité, et lorsqu'il accéderait au pouvoir, sa première décision serait de révoquer Khâlid de son poste.

Dans un autre épisode, Fujâ'ah al-Salmî, un chef des Banî Solaym et, selon certaines sources, un Compagnon du Prophète ayant participé à la Bataille de Badr, se présenta devant Abû Bakr. Il offrit ses services pour soumettre les tribus avoisinantes déloyales, demandant en retour des armes et des équipements pour ses partisans. Le Calife, convaincu de sa loyauté, accéda à sa demande. Cependant, Fujâ'ah trahit cette confiance en organisant des expéditions de pillage contre quiconque pouvait être dépouillé, sans distinction entre tribus loyales ou déloyales.

Informé des agissements de Fujâ'ah, Abû Bakr envoya Târiqah B. Hâjiz pour le ramener à la raison. Fujâ'ah, se sentant acculé, défia Târiqah et affirma qu'il avait reçu une mission similaire de la part du Calife. Ils convinrent finalement de se rendre ensemble à Médine pour s'expliquer devant Abû Bakr. Cependant, à peine Fujâ'ah fut-il arrivé devant le Calife qu'il fut arrêté et condamné à être brûlé vif. Il fut conduit immédiatement à Baqî', où un grand feu fut allumé pour l'exécuter.

Abû Bakr, malgré sa réputation de clémence et de modération, regretta amèrement cet acte de cruauté. Cet événement fut l'une des trois choses qui le hantèrent jusqu'à la fin de sa vie, et il confia souvent : « J'aurais voulu ne l'avoir pas fait ».

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Abû Bakr : Le Premier Calife

La Rébellion à Hadhramawt, Conduite par Ach'ath B. Qays

Dans la région de Hadhramawt, une rébellion éclata, menée par Ach'ath B. Qays. Le Gouverneur de Hadhramawt, Ziyâd B. Labîd, avait provoqué l'hostilité des Banî Kinda en raison de sa rigueur dans le recouvrement de la Zakât. Un incident marquant fut la saisie d'un chameau appartenant à Yazîd B. Mu'âwiyeh al-Qorê. Malgré l'offre de Yazîd de le remplacer par un chameau de meilleure qualité, Ziyâd refusa de rendre l'animal. Yazîd sollicita alors l'intervention de Hârith B. Sorâqah, un notable influent de la région, qui prit sa défense et demanda à Ziyâd de restituer le chameau. Devant le refus obstiné de Ziyâd, Hârith, exaspéré, récupéra lui-même le chameau et déclara ouvertement : « Tant que le Prophète vivait, nous lui avons obéi. Maintenant qu'il est mort, nous ne sommes enclins à obéir qu'à son successeur, issu de sa propre famille. Le fils d'Abû Qohâfah n'a pas le droit de nous gouverner. Nous n'avons rien à faire avec lui. »

Hârith composa un poème dans lequel il louait la famille du Prophète et critiquait Abû Bakr, poème qu'il envoya à Ziyâd. Conscient du mépris croissant à son égard, Ziyâd choisit de fuir pour sauver sa vie. Il chercha refuge auprès des Banî Zobayd, une tribu voisine. Cependant, ces derniers l'accueillirent froidement, partageant les vues de Hârith. Ils exprimèrent leur opinion selon laquelle les Muhâjirîn et les Ançâr avaient injustement privé l'héritier légitime du Prophète de ses droits, par jalousie envers la supériorité des Hâchimites. Ils trouvaient improbable que le Prophète n'ait pas désigné un successeur parmi sa propre famille.

Se sentant en danger parmi de telles personnes, Ziyâd continua sa fuite, cherchant refuge auprès d'autres tribus, mais partout il fut reçu de la même manière. Finalement, il se rendit à Médine, où il fit un rapport détaillé au Calife sur les événements en cours. Alarmé par ces nouvelles, Abû Bakr mit à sa disposition quatre mille combattants pour soumettre les tribus révoltées. Ziyâd retourna à Hadhramawt, mais malgré ses efforts prolongés, il ne parvint pas à rétablir l'ordre. Ach'ath Ibn Qays, chef des Banî Kindah, lui opposa une résistance farouche.

Il est important de noter qu'Ach'ath avait embrassé l'Islam et prêté allégeance au Prophète en l'an 10 de l'Hégire. De plus, il était fiancé à la sœur d'Abû Bakr, Om Farwah. Informé des difficultés rencontrées par Ziyâd, Abû Bakr ordonna à Mohâjir B. Abî Omayyah et à 'Ikrimah B. Abû Jahl de partir immédiatement de Çan'â' et d'Aden pour lui porter secours. Encerclé par l'ennemi, Ziyâd envoya un appel urgent à Mohâjir pour qu'il vienne le délivrer. Entre-temps, Mohâjir et 'Ikrimah, partis respectivement de Çan'â' et d'Aden, se rejoignirent à Marab et traversèrent le désert sablonneux de Sayhad qui les séparait de Hadhramawt.

Prévenu de la situation critique de Ziyâd, Mohâjir se mit en route rapidement à la tête d'un escadron mobile. Une fois arrivé, il se retrouva face à Ach'ath, qui s'était réfugié dans le fort de Nojayr. Mohâjir assiégea immédiatement le fort, et 'Ikrimah le rejoignit rapidement avec le corps principal de l'armée. Les deux forces constituèrent une armée suffisamment puissante pour exercer une pression considérable dans la région avoisinante.

Piquée au vif par la crainte de voir leurs proches anéantis, la garnison, préférant la mort au déshonneur, sortit pour combattre chaque jour autour de la forteresse. Après une lutte désespérée, les voies d'accès à la ville furent jonchées de morts, et la garnison fut repoussée. Entre-temps, Abû Bakr, ayant reçu des nouvelles de la résistance obstinée des rebelles, ordonna de leur infliger une punition exemplaire et de ne pas faire de quartier.

La garnison, désespérée face à un ennemi dont le nombre ne cessait de croître et sans espoir de secours, se résigna à sa situation. Le rusé Ach'ath, conscient de l'impasse, prit contact avec 'Ikrimah et proposa de livrer la forteresse en échange de l'épargne de neuf personnes. Les soldats du Calife entrèrent dans la ville assiégée, tuèrent les combattants et prirent les femmes comme captives. Ach'ath présenta la liste des neuf personnes à épargner, mais Mohâjir lui fit remarquer : « Ton nom n'y figure pas ! » Dans sa précipitation, Ach'ath avait oublié d'inscrire son propre nom sur la liste. Mohâjir, voyant cela, s'exclama : « Dieu soit loué, Qui t'a fait condamner par ta propre bouche. »

Après l'avoir enchaîné et alors qu'il s'apprêtait à ordonner son exécution, 'Ikrimah intervint et persuada Mohâjir, à contrecœur, de soumettre le cas d'Ach'ath à Abû Bakr. Les pleurs des femmes captives, voyant le massacre de leurs fils et de leurs maris, accablèrent le traître de malédictions. Un millier de femmes furent capturées dans la forteresse, et elles crièrent à Ach'ath, lorsqu'il passa devant elles : « Il sent le feu », signifiant par là qu'il était un traître.

Une fois Ach'ath conduit à Médine, Abû Bakr le traita de pauvre pusillanime, incapable de diriger ou de défendre son peuple, et le menaça de mort. Cependant, tenant compte des accords conclus avec 'Ikrimah et touché par les serments d'Ach'ath de défendre désormais courageusement sa religion, Abû Bakr non seulement lui pardonna, mais l'autorisa à épouser sa sœur, Om Farwah. Ach'ath resta quelque temps désœuvré à Médine. On entendit un jour Abû Bakr dire que l'une des trois choses qu'il regrettait d'avoir faites pendant son Califat était d'avoir épargné la vie de ce rebelle.

Om Farwah donna à Ach'ath une fille et trois fils. La fille, Jo'dah, empoisonnera al-Hassan, fils de 'Alî, qui mourra des suites de cet empoisonnement. Deux de ses fils, Mohammad et Is-Hâq, se battront contre al-Hussayn Ibn 'Alî et ses compagnons à Karbalâ'. Mohammad sera tué par la suite lors de la bataille opposant l'armée de Moç'ab à celle d'al-Mukhtâr, qui voulait venger l'assassinat d'al-Hussayn.

Les Successeurs du Prophète

Abû Bakr : Le Premier Calife

Expéditions vers des Pays Etrangers

Après avoir rétabli l'ordre parmi les apostats et écrasé les révoltes qui menaçaient la stabilité de la jeune communauté musulmane, l'heure était venue de tourner le regard vers de nouveaux horizons. Les dirigeants musulmans, désormais assurés de leur pouvoir, décidèrent d'entreprendre des expéditions audacieuses vers des terres étrangères. Ainsi, des campagnes furent minutieusement planifiées et lancées contre deux puissants empires de l'époque : la Syrie sous domination romaine et l'Irak, alors sous l'influence de l'Empire perse.

La confrontation avec les Romains atteignit son paroxysme lors de la célèbre bataille de Yarmûk. Cette bataille décisive, qui s'inscrit dans les années 12-13 de l'Hégire, marqua un tournant majeur. Les forces romaines, malgré leur puissance et leur expérience, furent défaites par les armées musulmanes. Cette victoire éclatante permit aux musulmans de prendre le contrôle d'une grande partie de la Syrie, étendant ainsi leur influence sur cette région stratégique.

Simultanément, les armées musulmanes ne se contentèrent pas de cette avancée en Syrie. Elles poursuivirent leur progression vers l'est, s'approchant dangereusement des frontières de l'Empire perse. Cette expansion rapide et déterminée témoignait de l'élan irrésistible qui animait les conquérants musulmans, prêts à étendre leur foi et leur culture bien au-delà des frontières de la péninsule arabique.

Les Successeurs du Prophète

'Omar : Le Deuxième Calife

'OMAR, LE DEUXIÈME CALIFE

La nomination de Yazîd, fils du célèbre chef des Omayyades, Abû Sufiyân, marqua un tournant décisif vers la fin de l'année 12 de l'Hégire, correspondant au printemps de l'année 634 après Jésus-Christ. Yazîd fut envoyé en Syrie pour diriger un bataillon formé après une importante levée à la Mecque, où de nombreux Omayyades et notables de Quraych furent enrôlés. Son frère Mu'âwiyeh le rejoignit peu après, accompagné de leur père Abû Sufiyân, de leur sœur Howayriyyah et d'autres membres de la famille.

Il est crucial de rappeler ici que les Omayyades avaient longtemps convoité la suprématie sur les Hâshimites. Cette ambition, presque réalisée après la mort d'Abû Tâlib, avait été stoppée net par le Prophète lors de la conquête de la Mecque. Cependant, Abû Bakr, en inversant la situation, offrit aux Omayyades une opportunité de restaurer leur pouvoir en nommant Yazîd fils de Abû Sufiyân comme Général de Division de ses forces armées. Cette nomination était une chance inespérée pour les Omayyades de retrouver leur influence, une occasion qu'ils saisirent avidement, bien décidés à ne pas la laisser échapper.

Rapidement, Yazîd accéda à la prestigieuse position de Gouverneur de Damas en l'an 14 de l'Hégire, soit durant l'été de 634 après Jésus-Christ, sous le Califat de 'Omar. Quatre ans plus tard, en l'an 18 de l'Hégire, à l'automne de 639 après Jésus-Christ, Yazîd et le Commandant en chef de Syrie, Abû 'Obaydah, succombèrent à la peste. C'est alors que 'Omar nomma Mu'âwiyeh, fils d'Abû Sufiyân et frère de Yazîd, comme Chef Commandant de la Syrie, posant ainsi les fondations de la dynastie Omayyade.

Abû Bakr, préoccupé par ses intérêts immédiats, ne prit pas en compte les conséquences de cette nomination sur les Hâshimites, descendants du Prophète. De son côté, 'Omar, en soutenant la cause des Omayyades, ignora la rivalité ancestrale et la haine profonde que les Omayyades nourrissaient envers les Hâshimites depuis la bataille de Badr. Lors de cette bataille, 'Otbah, Chaybah et Walîd, grands-pères de Yazîd et Mu'âwiyeh, ainsi que d'autres éminents dirigeants de Quraych, avaient été tués par les Hâshimites. L'ascension des Omayyades, comme l'avait prédit Hobâb lors de l'élection de Saqîfah, mena à la destruction de ceux qui avaient tué les Quraychites.

Mu'âwiyeh, grâce à des manœuvres habiles et à long terme, établit son autorité sur toute l'Arabie. Après sa mort, son fils Yazîd vengea ses proches tués et réclama les dettes de sang non payées depuis deux générations aux descendants du Prophète lors de la tragédie de Karbalâ'.

La connaissance du Coran par Abû Bakr est également digne d'intérêt. Abû 'Obaydah, citant Ibrâhîm al-Taymî, rapporte qu'Abû Bakr fut interrogé sur la Parole du Très-Haut: «Des vignes et des légumes» (Sourate 'Abasa, verset 28). Il répondit alors: «Quel ciel me couvrirait de ses ombres, et quelle terre me nourrirait, si je disais ce que je ne sais pas du Livre de Dieu». Cette humilité face à l'interprétation du Coran est illustrée par un autre récit où Abû Bakr, questionné sur le sens d'al-Kalâlah, répondit avec prudence, reconnaissant que son interprétation pouvait être erronée.

Al-Lalakai, dans sa "Sunnah", cite un échange entre Abû Bakr et un homme qui l'interrogeait sur la prédestination de la fornication. La réponse d'Abû Bakr, bien que sévère, montre sa fermeté dans la foi. De même, Mâlik et al-Dâr Qutnî relatent une affaire d'héritage où Abû Bakr, après une discussion, décida de diviser l'héritage entre deux grand-mères, illustrant son souci de justice.

Quelques récits concernant Abû Bakr révèlent sa piété et son respect pour les traditions du Prophète. Al-Bazzâr relate qu'après la révélation du verset «N'élevez pas la voix au-dessus de celle du Prophète» (Sourate al-Hujurât, 49:2), Abû Bakr exprima son inquiétude quant à son propre comportement. Al-Dâr Qutnî rapporte qu'Abû Bakr embrassa la Pierre Noire par respect pour le Prophète. Ahmad, dans le Zohd, cite Abû Imrân al-Juni qui rapporte qu'Abû Bakr aurait souhaité être un cheveu dans le corps d'un vrai croyant, témoignant de son humilité.

La maladie d'Abû Bakr et la nomination de son successeur marquèrent une période de transition critique. En Jamâdî II de l'an 13 de l'Hégire (634 après Jésus-Christ), Abû Bakr, affaibli par la fièvre, exprima sa volonté de nommer 'Omar comme successeur. Cette décision, bien que contestée par certains Compagnons, fut finalement officialisée par une ordonnance dictée par Abû Bakr à 'Othmân. L'ordonnance, scellée et lue publiquement, confirma 'Omar comme le nouveau Calife, assurant ainsi une continuité dans le leadership.

Sur son lit de mort, Abû Bakr exprima des regrets pour certains de ses actes, notamment la rafle dans la maison de Fâtimah, le sort de Fujâ'ah al-Salmî, et son indulgence envers le rebelle Ach'ath. Ces réflexions témoignent de sa conscience des responsabilités et des conséquences de ses décisions.

Abû Bakr mourut à l'âge de 63 ans, le mardi 22 Jamâdî II de l'an 13 de l'Hégire, soit le 22 août 634 après Jésus-Christ. Sa femme Asmâ' Bint 'Omays et son fils 'Abdul-Rahmân lui firent son dernier bain, et 'Omar dirigea les prières funéraires. Abû Bakr fut enterré à côté du Prophète, sa tombe touchant celle du Messager de Dieu.

Les relations entre la famille d'Abû Bakr et celle du Prophète furent marquées par des tensions. Abû Bakr eut quatre femmes, et bien que certains membres de sa famille aient manifesté de l'hostilité envers la famille du Prophète, d'autres, comme Asmâ' et son fils Mohammad, restèrent en bons termes. Les événements qui suivirent, notamment la bataille d'al-Jamal et la tragédie de Karbalâ', illustrèrent les divisions et les rivalités qui persistèrent entre les deux familles.

L'accession de 'Omar au Califat se fit conformément au testament d'Abû Bakr, le mardi 22 Jamâdî II de l'an 13 de l'Hégire, soit en 634 après Jésus-Christ. Le lendemain de la mort d'Abû Bakr, 'Omar monta sur la chaire et s'adressa à l'assemblée avec humilité, reconnaissant ses propres faiblesses et demandant l'aide de Dieu pour les surmonter.

Le premier acte de 'Omar en tant que Calife fut de démettre Khâlid de son poste de Commandant de l'armée en Syrie, tout en lui permettant de continuer à servir sous le commandement d'Abû 'Obaydah. Il exécuta également l'ordre d'Abû Bakr de procéder à une nouvelle levée pour renforcer la campagne d'al-Mothannâ en Irak. Un étendard fut planté dans la cour de la Grande Mosquée, et une proclamation urgente appela les combattants à se rassembler, marquant ainsi le début d'une nouvelle ère sous le Califat de 'Omar.

Les Successeurs du Prophète

'Othmân : Le Troisième Calife

'OTHMAN, LE TROISIEME CALIFE

Les ancêtres et les antécédents de 'Omar

'Omar, issu de la noble tribu des Quraychites, partageait un ancêtre commun avec le Prophète Muhammad, remontant à huit générations. Il était de la lignée de 'Adî, fils de Ka'b, qui était le huitième aïeul du Prophète. Le clan de 'Omar tirait son nom de cet ancêtre, 'Adî. À l'origine, les Banû 'Adî résidaient à Çafâ, en périphérie de la Mecque. Cependant, en raison de l'hostilité de certains clans Quraychites, ils durent se déplacer pour s'établir dans la vallée de Thajnân, à environ quarante kilomètres au nord-ouest de la Mecque, sous la protection des Bani Sahm.

Le père de 'Omar, al-Khattâb, était bûcheron de métier. Sa mère, Hantamah, était la fille de Hichâm et la sœur d'Abû Jahl. Khattâb et 'Amr étaient les fils de Nofayl. Après la mort de Nofayl, sa veuve Jaydah se remaria avec 'Amr, et de cette union naquit Zayd, l'oncle de 'Omar. Durant son Califat, 'Omar, passant par la vallée de Dzajnan, se remémorait souvent avec étonnement la différence entre sa position actuelle et les circonstances de son adolescence. À cette époque, vêtu d'une chemise de laine rude, il gardait les moutons de son père dans cette vallée et ramassait du bois à brûler, qu'il portait sur sa tête le soir de peur d'être réprimandé ou battu pour négligence. Aujourd'hui, disait-il, il n'y avait pas d'intermédiaire entre lui et Dieu.

An-Nawawî rapporte que 'Omar naquit treize ans après l'année de l'Éléphant. Il embrassa l'Islam à l'âge de trente-trois ans et accéda au Califat à cinquante-deux ans. Avant sa conversion, il était farouchement hostile au Prophète, tout comme son oncle maternel Abû Jahl, surnommé le Pharaon des Quraych, qui fut tué à la bataille de Badr. Mohammad B. Sa'd, citant Zohrî, affirme que l'épithète al-Fârûq, accolée au nom de 'Omar, lui fut décernée par les Ahl-al-Kitâb (les Juifs et les Chrétiens) et fut adoptée plus tard par les Musulmans, bien que le Prophète n'ait rien dit à ce sujet.

'Omar fut le premier Calife à porter le titre d'Amîr al-Mo'minînes (le Commandeur des Croyants). Abû Bakr se désignait comme "Le Calife du Messager de Dieu", mais lorsque 'Omar accéda au Califat, il écrivit dans ses lettres officielles : « Du Calife du Calife du Messager de Dieu... ». Plus tard, il adopta le titre d'Amîr al-Mo'minînes, qui sera utilisé par tous les Califes qui lui succéderont.

L'admonestation faite par al-Hussayn

Un jour, alors que 'Omar prêchait du haut de la chaire, al-Hussayn, fils de 'Alî, s'approcha et lui dit : « Descends de la chaire de mon père ». 'Omar répondit : « C'est la chaire de ton père, non du mien. Mais qui t'a conseillé de me dire cela ? » 'Alî se leva alors et dit : « Par Allah ! Personne ne lui a conseillé de le faire ».

L'introduction des Tarâwîh

En l'an 14 H., 'Omar introduisit le Service Spécial de récitation du Coran pendant le mois de Ramadhân, réunissant pour la première fois les gens pour une prière qu'il appela "Al-Tarâwih". De nombreuses conquêtes de territoires étrangers et de victoires marquèrent le règne de 'Omar.

Quelques récits relatifs au Califat de 'Omar

En l'an 14 H., Damas fut prise, en partie par la force et en partie par une convention. Yazîd, fils du chef des Omayyades, Abû Sufiyân, fut nommé Gouverneur de Damas. Il étendit son autorité jusqu'au désert de Tadmor, et envoya son frère Mu'âwiyeh vers l'Ouest. Après avoir rencontré une certaine résistance à Saydâ et Beyrouth, il poursuivit sa conquête jusqu'à Arqâ au Nord. En l'an 15 H., tout le pays de Jordanie fut conquis.

En l'an 16 H., 'Omar se rendit à Jérusalem et y conclut un traité. Takift fut pris. Khâlid défit les Romains près de Kinnisrine ou Chalcia. Ces conquêtes lui valurent le retour de la faveur du Calife, qui le nomma Gouverneur de Kinnisrine. Par la suite, Alep, puis Antioche, la troisième métropole du monde, tombèrent. La Syrie, de l'extrême nord jusqu'à la frontière de l'Égypte, fut placée sous l'autorité de l'Islam, et l'Empereur romain Héraclius abandonna pour toujours la Syrie. Seule Caesaria resta sous domination romaine.

Al-Ahwâz et Madâ'in furent conquis la même année. Dans la bataille de Jalola, l'Empereur persan, Pazdjir, ayant été défait, fuit à Ray, la Capitale du nord de la Perse, en direction de la Mer Caspienne. Les ruines de Ray existent toujours, jusqu'à un certain point, à environ dix kilomètres au sud-est de Téhéran. La cité royale fut envahie et démolie par No'aym, qui posa la fondation d'une nouvelle ville en 22 H.

Ziyâd

Parmi les prisonniers de guerre faits à Jalola, figurait un jeune homme appelé Ziyâd, qui se distinguait par sa vivacité et son adresse. Il fut envoyé à Médine, en même temps que le cinquième du butin, au Calife. On avait des doutes sur sa naissance. Son père était, disait-on, l'Omayyade Abû Sufiyân qui, en état d'ivresse, aurait couché avec la mère du jeune homme, une esclave appartenant à une autre personne de Tâ'if. Ziyâd aurait donc été le fruit de cet épisode galant. Plus tard, il présenta des signes de ses grands talents administratifs. Abû Mûsâ al-Ach'arî, le Gouverneur de Basrah, lui transféra les sceaux de sa fonction. Plus tard, il sera reconnu par Mu'âwiyeh (fils d'Abû Sufiyân) comme étant son frère, au mépris du public, scandalisé par cette reconnaissance illégale selon la loi islamique. Il jouera par la suite un rôle important dans l'Histoire de l'Islam.

L'Ère Musulmane

Au mois de Rabî' I de la même année, l'Ère de l'Hégire, avec l'année commençant par le mois de Moharram, fut adoptée sur le conseil de 'Alî Ibn Abî Tâlib.

La révocation de Khâlid

En l'an 17 H., Basrah et Kufah furent fondées. Khâlid fit une fois encore l'objet de la disgrâce de 'Omar. Il s'était enrichi considérablement avec les butins de guerre en Mésopotamie. Beaucoup de ses vieux amis d'Irak s'étaient attroupés autour de lui dans l'espoir de quelque geste de bonté de sa part. Il avait donné mille pièces d'or à Ach'ath, le chef de Banî Kindah, et fait montre de beaucoup de largesse envers de nombreux autres amis. Les extravagances de Khâlid suscitèrent donc la colère de 'Omar beaucoup plus que le fait d'avoir appris qu'il s'était baigné dans le vin à Amida, au point qu'il en exhalait l'odeur lorsqu'il marchait.

Khâlid fut inculpé par le Calife pour ces deux charges, mais lorsqu'il se présenta à Médine pour être jugé, seule l'extravagance fut retenue contre lui. Pour sa défense, il dit qu'il avait en tout et pour tout amassé soixante mille pièces qu'il avait obtenues comme butin de guerre, principalement pendant le Califat d'Abû Bakr. Il proposa que si la fortune amassée excédait cette somme, l'excédent en soit confisqué par l'État. Ainsi, on procéda à l'évaluation de ses biens, dont la valeur fut estimée à quatre-vingt mille pièces. 'Omar confisqua donc la différence entre la somme déclarée et l'estimation finale, et démit Khâlid de ses fonctions. Ce dernier se retira à Himç où il mourut en l'an 8 du Califat de 'Omar. Ainsi, l'homme à qui Abû Bakr avait dû tous les succès de son Califat et dont les victoires et conquêtes avaient élevé la position de 'Omar à celle d'un empereur, finit-il ses jours dans le dénuement et l'indifférence générale.

La famine

En l'an 17-18 H., une famine ravagea le Hejâz. Cette année fut appelée l'année des "Cendres", parce que la terre fut couverte d'une couche de sol tellement desséché et sablonneux qu'il obscurcit la lumière par une brume épaisse et lourde. L'air était sec et poussiéreux et il n'y avait aucune trace de verdure sur le sol.

La peste

En l'an 18 H., un fléau s'abattit sur la Syrie et fit des ravages dans les principaux quartiers des Arabes à Himç et à Damas : vingt-cinq mille personnes périrent par la peste. Abû 'Obaydah, qui avait la charge principale du Commandement en Syrie, fut victime de la peste. Yazîd, le Gouverneur de Damas, ne put échapper, lui non plus, au fléau qui se propagea jusqu'à Basrah en Irak.

La nomination de Mu'âwiyeh comme Gouverneur de Syrie

Abd 'Obaydah et Yazîd étant morts tous deux par la peste, 'Omar nomma Mu'âwiyeh B. Abî Sufiyân Gouverneur de Syrie, poste qui lui permit d'avoir le contrôle civil et militaire de cette province et de poser la fondation de la dynastie Omayyade. Mu'âwiyeh était un homme d'ambition illimitée, et il sut mettre cette nouvelle position au service de son ambition. Il consolida avec un grand zèle l'administration de la Syrie, et renforça avec une clairvoyance intelligente son contrôle sur cette province afin de faire face à tous les imprévus du futur. Son esprit factieux, hérité de ses parents (son père, Abû Sufiyân, fut l'ennemi le plus farouche des Hâchimites, tout comme son grand-père Harb et son arrière-grand-père Omayyah ; sa mère Hind, qui éventra le cadavre de l'oncle du Prophète, pour lui arracher le foie et le sucer) l'amena à songer déjà à piétiner les droits divins de 'Alî, le lieutenant attitré et le cousin du Prophète, ainsi que le mari de sa fille favorite Fâtimah et le père de sa progéniture (du Saint Prophète).

'Alî n'était ni ambitieux ni envieux. Une seule chose lui tenait à cœur : l'intérêt de l'Islam. Il conseillait très volontiers le Calife et lui proposait généreusement des solutions sages aux difficultés et problèmes qu'il rencontrait, solutions et conseils pour lesquels le Calife ne manquait pas de le complimenter par des propos tels que : « Sans 'Alî, 'Omar serait mort », « Que Dieu prolonge ta vie », « Que Dieu te renforce », « Que Dieu préserve 'Omar d'une situation complexe dans laquelle Abul-Hassan ('Alî, le père d'al-Hassan) ne serait pas présent pour la résoudre ». Bien qu'il fût toujours honoré et complimenté publiquement pour son entendement et son esprit judicieux, on ne lui donna jamais la possibilité d'accéder au pouvoir. Au contraire, on fit tout pour l'en écarter.

Mu'âwiyeh atteindra, comme le montrent quelques événements historiques, les buts de sa politique prévoyante :

  • En l'an 19 H., Caesaria (Césarée ou Kaysérie) fut vaincue, amenant tout le territoire syrien sous contrôle musulman.
  • La même année fut marquée également par l'éruption volcanique d'une colline nommée Laylâ, au voisinage de Médine. Une expédition navale fut organisée contre l'Abyssinie et se solda par un désastre, tous les vaisseaux ayant fait naufrage.
  • En l'an 20 H., Fustat fut prise à l'empereur romain, Héraclius, qui mourut la même année.
  • En l'an 21 H. eut lieu la bataille de Nahâwand, à la suite de laquelle les Perses ne furent plus capables de résister aux Musulmans.
  • En l'an 22 H., Azerbaijan, Ray et Hamadân furent également enlevés par force.
  • En l'an 23 H. eut lieu la conquête de Kermân, Sujestân, Mekrân et Isfahân. Vers la fin de cette année, 'Omar fut poignardé de plusieurs coups.

La connaissance du Coran par 'Omar

Pendant qu'il prononçait un sermon à Jérusalem en l'an 16 H., 'Omar cita quelques passages du Coran tels que : « Celui que Dieu dirige est bien dirigé, mais tu ne trouveras pas de maître pour guider celui qu'IL égare » (Sourate al-Kahf, 18: 17), ainsi que des passages de la Sourate al-Nisâ' (4: 90 et 142) et la Sourate Banî Isrâ'îl (17: 99). Un prêtre chrétien qui était assis devant lui se leva alors et s'écria : « Non, Dieu n'égare personne » à plusieurs reprises. Mais au lieu d'expliquer au prêtre la signification correcte du texte cité, 'Omar ordonna à ceux qui se trouvaient à côté de lui de lui couper la tête s'il l'interrompait une nouvelle fois. Le prêtre, ayant compris l'ordre qui avait été donné, garda le silence.

Il convient de rappeler ici ce que 'Omar dit (d'après al-Bayhaqî et d'autres) : « Je m'abstiens de rejeter quelque chose qu'Abû Bakr a affirmé » à propos de la réponse qu'Abû Bakr avait donnée à la question de savoir ce que signifie le mot coranique "al-Kalalah" (Sourate al-Nisâ', 4: 12 et 176) : « Je vais donner un avis concernant ce mot. S'il est juste, il sera celui de Dieu, mais s'il est erroné, il sera de moi et de l'Esprit malfaisant. Je crois qu'il signifie : absence de parent ou de progéniture ».

'Omar avait l'habitude de se promener dans les rues et les marchés de Médine, fouet à la main, et de faire des rondes pendant la nuit à travers la ville. Une nuit, alors qu'il faisait sa ronde habituelle, il passa près d'une maison à l'intérieur de laquelle quelqu'un chantait. La porte étant fermée, 'Omar sauta le mur arrière de la maison et surprit un homme et une femme en train de prendre leur plaisir avec une bouteille de vin. S'adressant à l'homme sur un ton de colère, il le fustigea : « Ô ennemi de Dieu ! Tu crois que ton péché passe inaperçu ! » L'homme, ayant reconnu en l'intrus le Calife, s'écria : « Que le Prince des Croyants se donne la peine de m'écouter un instant. Si je suis coupable d'un péché, tu en es triplement coupable par tes actes contraires aux prescriptions du Noble Livre qui :

1- T'ordonne de ne pas être curieux (Sourate al-Hujurât, 49: 12);
2- Te commande de n'entrer dans une maison que par la porte, et t'interdit notamment de l'introduire par l'arrière de la maison comme tu viens de le faire (Sourate al-Baqarah, 2: 185);
3- T'enjoint de ne pas entrer dans une maison sans l'autorisation de ses occupants, et de les saluer une fois entré après avoir obtenu leur autorisation (Sourate al-Nûr, 24: 27) ».

'Omar, se sentant honteux d'ignorer ces vérités coraniques, leur demanda pardon pour cette intrusion, en contrepartie, dit-il, du pardon qu'il leur accorda pour leur péché. L'homme promit avec repentir de ne plus recommencer, et le Calife, ayant obtenu leur pardon, partit.

Un jour, alors qu'il marchait dans la ville, 'Omar vit un beau jeune homme robuste des Ançâr. Désirant entrer en contact avec lui, il lui demanda un peu d'eau à boire. Le jeune homme lui offrit un verre plein de sirop à base de miel. 'Omar manifesta son indignation devant ce luxe en invoquant ce verset coranique : « Vous avez déjà dissipé les excellentes choses dont vous jouissiez durant votre vie sur la terre ». Le jeune homme enchaîna tout de suite : « Et le Jour où ceux qui auront été incrédules seront exposés au Feu, on leur dira : "Vous avez déjà dissipé les excellentes choses dont vous jouissiez durant votre vie sur la terre". »

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'Othmân : Le Troisième Calife

Le Retour de Mâlik à Kûfa; Abû Mûsâ Al-Ach'arî, Nommé Gouverneur

En l'an 34 de l'Hégire, une figure emblématique refit surface à Kûfa : Mâlik al-Achtar. Sa réapparition coïncidait avec l'absence de Sa'îd, alors Gouverneur de la ville. Mâlik, bien connu pour son rôle de leader parmi les opposants Kûfites au régime en place, reprit rapidement sa position influente à la tête de ce mouvement contestataire.

Lorsque Sa'îd fit son retour à Kûfa, il fut confronté à une scène inattendue et inquiétante. Les habitants de la ville, mécontents et déterminés, s'étaient massés en grand nombre sur les remparts, formant une barrière humaine pour l'intercepter. Leur attitude, manifestement hostile, força Sa'îd à rebrousser chemin, le contraignant à retourner à Médine.

Face à cette situation tendue, le Calife, conscient de la nécessité de répondre aux aspirations des Kûfites, prit une décision stratégique. Il choisit de remplacer Sa'îd par Abû Mûsâ al-Ach'arî, accédant ainsi au désir des habitants de Kûfa. Ce changement de gouvernance visait à apaiser les tensions et à stabiliser la région en proie à l'agitation.

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'Othmân : Le Troisième Calife

Les Gens Prennent Conscience de la Faiblesse de 'Othmân

Bien que 'Othmân ait déjà perdu l'estime du peuple, comme le montrent les événements suivants, l'erreur qu'il commit en cédant par faiblesse aux rebelles fut encore plus fatale à son gouvernement. Autour de lui, les gens le regardaient avec mépris, et ceux qui se trouvaient dans les provinces lointaines de l'empire, souffrant de la sévérité et de la tyrannie des gouverneurs despotiques, constatèrent sa faiblesse. Ils s'enhardirent alors à élever la voix pour appeler à un soulèvement. Des lettres séditieuses circulaient librement, et des messages partaient même de Médine vers les différentes provinces, proclamant que l'épée serait bientôt plus nécessaire ici même, à l'intérieur, que dans les territoires étrangers.

Les agissements de 'Othmân étaient outrageants. Sa'îd B. al-'Âç, le gouverneur de Kûfa, en colère contre Hichâm B. 'Otbah, un neveu de Sa'd B. Abî Waqqâç, brûla la maison de Hichâm à Kûfa, la réduisant en cendres. Sa'd B. Abî Waqqâç, un des premiers Compagnons du Prophète et ancien gouverneur de Kûfa, devenu un citoyen notable de Médine, vint voir 'Othmân pour demander justice et indemnisation. Mais, voyant que le Calife ne faisait rien, Sa'd, soutenu par 'Âyechah, incendia la maison de Sa'îd à Médine, et le Calife ne put entreprendre aucune mesure contre lui.

'Abdul-Rahmân B. 'Awf, qui n'avait pas oublié sa part de responsabilité dans l'élection de 'Othmân, était lui-même mécontent des agissements du Calife. On lui attribue la première dénonciation de l'irrespect de la Loi par 'Othmân. Un beau chameau, faisant partie de la Zakât d'une tribu bédouine, fut offert par le Calife à un de ses proches. Scandalisé par ce détournement, 'Abdul-Rahmân saisit l'animal, l'égorgea et distribua la viande entre les gens. La révérence personnelle attachée au successeur du Prophète de Dieu laissa place à un manque d'égards et à l'irrespect.

Même dans les rues, 'Othmân était accueilli par des cris lui réclamant de déposer Ibn 'Âmir et 'Abdullâh Ibn Abî Sarh, l'impie, et de s'écarter de Marwân, son principal conseiller et confident. 'Amr B. al-'Âç, devenu mécontent depuis sa déposition, parlait à 'Othmân de manière outrageante, et 'Othmân lui rendait la monnaie de sa pièce en le traitant de pou dans ses vêtements.

Il est utile de citer ici quelques-unes des charges les plus marquantes contre 'Othmân. Il est accusé d'avoir fait revivre certaines coutumes que le Prophète avait abolies, d'avoir violé les enseignements du Prophète en accomplissant les prières de Mina à 'Arafât, et d'avoir agi en violation des précédents d'Abû Bakr et de 'Omar en s'asseyant sur la marche supérieure de la chaire, place que seul le Prophète occupait. Il est reproché à 'Othmân d'avoir réhabilité al-Hakam et Marwân, bannis par le Prophète, et d'avoir commis le sacrilège de brûler les manuscrits sacrés du Coran. Il est également accusé d'avoir offert à ses proches des cadeaux faramineux, détournés des biens religieux destinés aux pauvres, et d'avoir démis de leurs fonctions de vénérables Compagnons du Prophète pour les remplacer par ses proches impies. Il a maltraité 'Ammâr B. Yâcir, un vénérable Compagnon du Prophète, et banni le pieux Abû Thar dans un endroit désert où il mourut dans le besoin. 'Othmân a aussi maltraité 'Abdullâh B. Mas'ûd, coupé son allocation, et banni de Kûfa Mâlik al-Achtar et Ka'b. Il a banni 'Obaydah B. Samit pour avoir déchiré l'outre à vin apportée à Mu'âwiyeh, accordé à ses proches l'utilisation exclusive de l'eau de pluie et réservé les terres pastorales pour ses bêtes. Il a restreint l'exclusivité des mers à ses vaisseaux de commerce et dénigré 'Abdul-Rahmân B. 'Awf comme un hypocrite, ce qui a soulevé des questions sur la légitimité de son Califat.

Mâlik al-Achtar, banni avec d'autres notables de Kûfa, écrivit à 'Othmân pour protester contre le bannissement et le mit en garde contre les dangers de la tyrannie de Sa'îd. 'Othmân, en colère, ordonna d'emprisonner le messager, mais sur intervention de 'Alî, il le laissa repartir sans punition. Cependant, il écrivit à Sa'îd pour faire fouetter Ka'b. Talha et al-Zubayr avertirent 'Othmân que sa mauvaise administration mènerait à une explosion comparable à un volcan de feu. Sensible à cet avertissement, 'Othmân demanda à Sa'îd de faire revenir Ka'b de l'exil.

Des messages affluèrent de toutes les provinces vers Médine, demandant aux notables de la ville de trouver un moyen de se débarrasser de l'oppression des gouverneurs despotiques. 'Alî se rendit chez 'Othmân et lui dit : « Les gens se plaignent de tes gouverneurs et sont venus réclamer une réforme. Ils te tiennent pour responsable des agissements de tes gouverneurs. Crains Dieu et rends-leur justice, afin qu'ils retournent satisfaits. » 'Othmân répondit qu'il avait fait de son mieux, mais 'Alî souligna que, contrairement à 'Omar, 'Othmân ne contrôlait pas ses fonctionnaires et ne les sanctionnait pas en raison de ses liens de parenté avec eux.

Selon Sir W. Muir, 'Othmân se dirigea vers la chaire et appela la foule à la prière à la mosquée. Il reprocha aux gens de suivre des dirigeants méchants qui exagéraient ses fautes. Il conclut en demandant de s'abstenir d'abuser de lui et de ses gouverneurs pour éviter d'allumer les flammes de la sédition. Cet appel fut gâché par Marwân, qui menaça de faire appel à l'épée. Le mécontentement s'étendit et les rassemblements contre le Calife se multiplièrent.

Lors de la conférence des gouverneurs à Médine en 34 H. (655 ap. J.-C.), les gouverneurs discutèrent de la situation, mais aucun accord ne fut trouvé pour endiguer le mécontentement croissant. Les prédictions de Ka'b al-Ahbar, un célèbre diseur de bonne aventure, prédirent la fin proche de 'Othmân et l'ascension de Mu'âwiyeh après beaucoup d'effusion de sang.

Les délégations demandèrent des réformes, mais 'Othmân fit preuve d'inconstance. Sous l'influence de Marwân, il ne tint pas ses promesses. Les délégations égyptiennes furent arrêtées à leur retour, ce qui provoqua une réaction violente. Des centaines d'hommes de Kûfa et de Basrah se rassemblèrent pour forcer 'Othmân à abdiquer. Alarmé, 'Othmân fit appel à 'Alî pour pacifier la foule. 'Alî accepta à condition que 'Othmân admette ses erreurs publiquement. Le repentir de 'Othmân et l'intervention de 'Alî apaisèrent les insurgés.

Cependant, les Egyptiens insistèrent pour la déposition de 'Abdullâh Ibn Abî Sarh, ce à quoi 'Othmân céda. Un document fut signé et scellé, mais une lettre perfide fut interceptée, révélant un complot contre Mohammad B. Abî Bakr et d'autres dirigeants. Les Egyptiens, furieux, retournèrent à Médine pour demander la déposition de 'Othmân. La colère contre 'Othmân grandit, et même 'Âyechah, la Mère des Croyants, incita au meurtre du Calife. Les délégations de Basrah et de Kûfa retournèrent à Médine pour soutenir les Egyptiens, et dix mille contestataires se rassemblèrent pour forcer 'Othmân à abdiquer.

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'Othmân : Le Troisième Calife

Les Dénégations de 'Othmân à propos de la Lettre Perfide

'Alî, préoccupé par les événements tumultueux, retourna auprès du Calife 'Othmân pour lui exposer les circonstances qui avaient conduit les insurgés à revenir à Médine. Face à ces accusations, 'Othmân, avec une expression de surprise, nia fermement avoir eu connaissance de la lettre incriminée. Pour tenter de dissiper les tensions, il accepta de recevoir une délégation des chefs des rebelles.

Lorsque les délégués se présentèrent devant lui, ils brandirent la lettre en question. 'Othmân, les yeux remplis de sincérité, jura solennellement qu'il n'en savait rien. Les délégués, perplexes, insistèrent pour savoir qui pouvait bien être l'auteur de cette missive. Le Calife, imperturbable, répéta qu'il l'ignorait totalement. Les délégués, cependant, ne se laissèrent pas convaincre si facilement. Ils soulignèrent que la lettre avait été portée par l'esclave personnel du Calife, monté sur son propre chameau, envoyée sur son ordre, et scellée de son sceau. Malgré ces preuves accablantes, 'Othmân maintint avec insistance qu'il n'en avait pas connaissance.

Face à ces dénégations, les délégués suggérèrent que Marwân, le secrétaire du Calife, pouvait être l'instigateur de cette manigance. Ils demandèrent donc à 'Othmân de convoquer Marwân pour fournir des explications. Cependant, 'Othmân refusa d'appeler son secrétaire, qui était aussi son cousin et son gendre, malgré le fait qu'il se trouvait dans la même maison à ce moment-là.

Cette obstination suscita la colère des délégués. Ils déclarèrent que, que la lettre soit l'œuvre de Marwân ou non, 'Othmân, qu'il dise la vérité ou non, était soit un fripon, soit un imbécile indigne de la position qu'il occupait, et qu'il devait donc abdiquer. 'Othmân, se défendant avec dignité, répondit qu'il ne retirerait pas les vêtements que le Seigneur lui avait donnés. Il proposa de satisfaire toutes leurs demandes raisonnables et exprima son repentir pour ce qui s'était passé.

Cependant, les délégués, méfiants, rétorquèrent qu'ils ne pouvaient lui accorder aucune confiance, car il avait souvent promis des réparations sans jamais tenir parole. L'altercation s'envenima, les voix s'élevant dans la pièce. 'Alî, exaspéré par la tournure des événements, se leva brusquement et quitta les lieux pour rentrer chez lui. Peu après son départ, les délégués, également frustrés, quittèrent la maison pour rejoindre leurs troupes. 'Alî, profondément dégoûté par la situation, décida de quitter Médine, désabusé par les affaires de 'Othmân.

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'Othmân : Le Troisième Calife

La Part de 'Âyechah dans l'Incitation au mauvais Traitement Réservé à 'Othmân

Âyechah, l'une des figures centrales de l'époque, prit une part active et déterminée dans l'excitation du mécontentement général contre le Calife 'Othmân. Elle incita avec véhémence les insurgés à le considérer comme un apostat, semant ainsi les graines de la discorde. Elle l'accusa publiquement d'avoir détourné les fonds publics à des fins personnelles, en faveur de ses proches, et de s'être approprié le Trésor public comme s'il s'agissait de sa propriété privée. Âyechah alla jusqu'à le maudire, affirmant qu'il était privé des Bénédictions divines pour avoir abandonné les gens à la merci de ses proches païens, à qui il avait confié le pouvoir absolu sur les populations.

Dans un élan de colère, elle déclara que si elle n'était pas Musulmane, elle aurait souhaité voir 'Othmân égorgé comme un chameau. Ces paroles parvinrent aux oreilles de 'Othmân, qui, cherchant à riposter, récita le verset 10 de la Sourate al-Tahrîm. Ce verset fait allusion à la trahison de 'Âyechah et Hafçah : « Dieu a proposé en exemple aux incrédules la femme de Noé et la femme de Loth. Elles vivaient toutes deux sous l'autorité de deux hommes justes d'entre Nos serviteurs; elles les trahirent mais cela ne leur servit en rien contre Dieu. On leur dit: "Entrez toutes deux dans le Feu avec ceux qui y pénètrent" » (Sourate al-Tahrîm, 66:10).

Âyechah continua d'ameuter les mécontents contre 'Othmân, affirmant que les vêtements qui avaient enveloppé le corps du Prophète n'avaient pas encore changé de couleur que déjà les articles de foi avaient été déformés et traités comme des lettres mortes par 'Othmân. Alors que la saison du Hajj approchait, et qu'elle se préparait à partir en pèlerinage, Âyechah intensifia sa participation dans ce climat de révolte en incitant les insurgés avec des paroles virulentes : « Tuez ce vieux magicien! Que Dieu le tue! »

Alors qu'elle s'apprêtait à prendre la route vers la Mecque, Marwân l'accusa de se désengager des conspirateurs après leur avoir ordonné de tuer le Calife. Âyechah répondit avec une froide détermination qu'elle aurait souhaité voir 'Othmân pendu par le cou, enfermé dans un sac et traîné jusqu'à la Mer Rouge.

L'historien Simon Ockley, dans son ouvrage "History of the Saracens", décrit Âyechah comme l'ennemi mortel de 'Othmân. Il souligne que, bien qu'elle fût veuve du Prophète Mohammad, il aurait été plus approprié pour elle de consacrer ses jours de veuvage à la dévotion et aux bonnes actions, plutôt qu'à la méchanceté et à l'infraction contre l'État. Cependant, son engagement aux côtés de Talhah et du fils d'al-Zubayr, qu'elle souhaitait voir accéder au Califat, était tel qu'aucune considération de vertu ou de décence ne pouvait la dissuader de comploter en vue de la mort de 'Othmân.

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'Othmân : Le Troisième Calife

L'Attitude Violente contre 'Othmân

Le palais de 'Othmân fut assiégé par les insurgés, mais malgré cette pression constante, le Calife parvint à maintenir ses habitudes religieuses. Pendant plusieurs semaines, il continua à sortir pour diriger les prières habituelles dans la Mosquée, un lieu de rassemblement sacré pour les fidèles. Les insurgés, bien que hostiles, se mêlaient aux autres croyants pour assister aux prières, créant une atmosphère tendue mais encore pacifique.

Cependant, cette apparente tranquillité fut brusquement interrompue. Un jour, alors qu'il conduisait la prière, 'Othmân fut humilié publiquement lorsque de la poussière fut jetée sur son visage. Cet acte de défiance marqua un tournant. Le vendredi suivant, après avoir accompli la prière, 'Othmân monta sur la chaire, déterminé à s'adresser à l'assemblée. Il exhorta d'abord les fidèles à adopter un meilleur sens civique, un appel à la responsabilité collective et à la paix. Puis, se tournant vers les insurgés, il leur adressa des paroles lourdes de sens : « Le Prophète a maudit les gens qui se rebellent contre le Calife (le Successeur) et le lieutenant du Prophète, et le peuple de Médine condamne cette attitude illégale. »

Dans un effort pour ramener la paix, 'Othmân leur conseilla de se repentir de leurs mauvaises actions et de les expier en accomplissant le bien. Mais ses paroles, loin d'apaiser les tensions, déclenchèrent un tumulte immédiat. Des pierres furent lancées vers le Calife, et l'une d'elles le frappa, le précipitant de sa chaire jusqu'au sol. Il perdit connaissance sous l'impact, mais fort heureusement, ses blessures n'étaient pas graves, lui permettant de continuer à participer aux prières pendant quelques jours encore.

Lors d'une autre occasion, 'Othmân, fidèle à sa mission, s'adressa de nouveau à l'assemblée des priants dans la Mosquée. Il parla avec la même détermination, s'appuyant sur le bâton du Prophète, une relique sacrée transmise de génération en génération parmi les successeurs du Prophète. Mais cette fois, la violence des insurgés prit une tournure encore plus brutale. Un Arabe, animé par la colère, s'empara du bâton et le brisa sur la tête de 'Othmân, un acte de profanation et de violence qui marqua profondément l'assemblée.

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'Othmân : Le Troisième Calife

Le Blocus du Palais de 'Othmân

L'atmosphère était tendue et l'inquiétude palpable autour du palais de 'Othmân. En effet, l'attitude agressive et menaçante des émeutiers avait contraint le calife à se retrancher dans son palais, transformant ce dernier en une forteresse assiégée. Un blocus s'était rapidement formé autour de la résidence, mais malgré la pression extérieure, l'entrée du palais demeurait sous bonne garde. 'Othmân avait en effet pris soin de poster une troupe d'hommes armés pour assurer la sécurité des lieux.

À l'approche de la saison du Hajj, le grand pèlerinage à la Mecque, certains amis de 'Othmân lui suggérèrent de se rendre dans la ville sainte. Ils espéraient que la piété associée à cet acte, l'inviolabilité sacrée de l'habit de pèlerin, ainsi que l'immunité des mois de trêve, offriraient une protection divine et humaine au calife. Cependant, 'Othmân, résolu, refusa ce conseil. Déterminé à rester, il monta sur le toit de son palais pour appeler 'Abdullâh, le fils de 'Abbâs, qui faisait partie de la garde postée à la porte. Il lui donna l'ordre de conduire les rites du Hajj à la Mecque en son nom. 'Abdullâh obéit et se mit en route vers la ville sainte.

Conscient du danger imminent et de la détermination des rebelles, 'Othmân comprit qu'il devait agir rapidement. Il envoya des messages d'appel au secours à plusieurs de ses gouverneurs : Mu'âwiyeh en Syrie, 'Abdullâh B. 'Âmir à Basrah, et 'Abdullâh B. Abî Sarh en Égypte. Dans sa quête d'aide, il écrivit également une lettre à Ibn 'Abbâs, lui demandant de la lire aux pèlerins et de se hâter à son secours.

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'Othmân : Le Troisième Calife

La Collusion de Talhah avec les Insurgés

La collusion de Talhah avec les insurgés fut un épisode marquant de cette période tumultueuse. Talhah, un des compagnons du Prophète, incitait les insurgés à resserrer le blocus autour du palais. Son objectif était de rendre les conditions de vie des assiégés de plus en plus insoutenables. À l'intérieur du palais, 'Othmân, le calife, écoutait parfois les discussions qui se tenaient à l'extérieur. Il fut profondément surpris et déçu d'entendre la voix de Talhah parmi ceux qui complotaient contre lui. Cette découverte le poussa à maudire Talhah pour ses ambitions personnelles et sa trahison apparente.

Les insurgés, suivant les conseils de Talhah, renforcèrent le siège avec une détermination accrue. Toutes les voies d'accès au palais furent bloquées, ne laissant aucune possibilité de sortie ni d'entrée. L'approvisionnement en eau fut coupé, et la soif commença à peser lourdement sur les assiégés. Constatant l'urgence de la situation, 'Othmân fit appel à 'Alî pour obtenir de l'aide. Selon certains récits historiques, 'Alî, indigné par la coupure de l'eau, réprimanda les insurgés et envoya ses fils, al-Hassan et al-Hussayn, apporter des outres pleines d'eau au palais. Les insurgés, respectueux de la mémoire du Prophète qui avait tant chéri ces deux enfants, les laissèrent passer sans encombre. Grâce à eux, l'eau parvint à 'Othmân et à ceux qui l'accompagnaient.

Face à la pression croissante du siège, 'Othmân, craignant que sa fin ne soit proche, monta sur le toit de son palais. De là, il adressa les salutations habituelles aux insurgés rassemblés en contrebas, espérant ainsi ouvrir un dialogue. Cependant, son salut ne reçut aucune réponse. Il demanda alors si Talhah se trouvait parmi eux. Talhah répondit affirmativement, mais 'Othmân lui reprocha de ne pas avoir répondu à son salut. Talhah s'excusa, affirmant que sa voix n'avait pas pu atteindre les oreilles du calife. 'Othmân interrogea ensuite sur la présence d'al-Zubayr et de Sa'd Ibn Abî Waqqâç. Tous deux confirmèrent leur présence.

S'adressant à eux, 'Othmân exprima sa prière à Dieu pour que le Califat soit confié à celui qui le mériterait. Il parla de sa vie, rappelant comment le Seigneur l'avait désigné comme successeur du Prophète et Commandeur des Croyants. Il avertit alors les insurgés : « Mes compatriotes. J'ai prié Dieu qu'IL remette le Califat à qui le mériterait ». Il ajouta que prendre la vie de quelqu'un n'était justifié que dans trois cas : l'apostasie, le meurtre ou l'adultère. Il les mit en garde que le tuer sans raison légitime serait une épée suspendue au-dessus de leurs propres têtes, annonçant une ère de sédition et d'effusion de sang.

Les insurgés écoutèrent attentivement, mais à la fin, ils crièrent qu'il existait une quatrième raison pour justifier l'exécution : l'étouffement de la vérité par l'injustice et la violence. Ils accusèrent 'Othmân d'impiété et de tyrannie, exigeant qu'il abdique ou meure. Devant cette accusation, 'Othmân resta silencieux un moment. Puis, avec calme, il ordonna à tous de retourner chez eux et regagna sa demeure, nourrissant un faible espoir de répit.

Selon certaines traditions, 'Othmân persuada 'Alî de lui obtenir une trêve de trois jours, prétextant vouloir envoyer des ordres de réforme aux gouverneurs. Cependant, il utilisa ce temps pour renforcer ses défenses. À l'expiration du délai, il justifia l'absence de réformes par le temps insuffisant qui lui avait été accordé. Ce récit, rapporté dans les "Annals of the Early Caliphate" de W. Muir, illustre la complexité et la tension de ces événements historiques.

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'Othmân : Le Troisième Calife

L'Assassinat de 'Othmân

Le siège du palais du Calife 'Othmân avait duré quarante jours, une période longue et éprouvante marquée par des tensions croissantes. Au début de cette épreuve, malgré le soulèvement initial, 'Othmân avait continué à diriger les prières pendant plus de trois semaines. Toutefois, face à l'aggravation de la violence des insurgés et à l'intensification de l'encerclement, il s'était finalement résolu à se retrancher dans son palais.

Les nouvelles qui parvenaient aux rebelles, notamment celles concernant les appels à l'aide envoyés par le Calife aux provinces, ne faisaient qu'attiser leur détermination. Ces informations, combinées à un incident antérieur, incitèrent les insurgés à accélérer leurs actions pour mettre un terme à cette situation critique.

Selon le récit de Major Price, un épisode marquant se produisit pendant le siège. L'un des Compagnons du Prophète s'avança et demanda à ce que 'Othmân apparaisse sur la terrasse, car il avait une information importante à lui communiquer. Le Calife, consentant, se présenta, et une conférence s'ouvrit. Cependant, la situation dégénéra rapidement lorsqu'un des assiégés, de manière inattendue, sortit son arc et, depuis l'un des remparts du palais, décocha une flèche qui tua sur le coup le conseiller venu apporter son soutien.

Cette tragédie provoqua l'indignation des assiégeants, qui exigèrent que le meurtrier leur soit livré. 'Othmân, cependant, refusa catégoriquement de céder à cette demande, affirmant que ceux dont le seul crime était leur loyauté et leur dévotion ne devaient pas être punis. Cet acte de trahison précipita néanmoins le dénouement de cette confrontation.

Les assaillants, enragés, mirent le feu aux entrées du palais et pénétrèrent avec une violence inouïe par les portes et les toits à terrasse. Pendant ce temps, Marwân et Sa'îd Ibn al-'Âç, à la tête de cinq cents soldats, s'étaient préparés à accueillir les rebelles. Le vieux Calife, conscient de l'inutilité de la résistance, tenta de persuader ses partisans de renoncer à tout combat.

Malgré ses efforts, les insurgés réussirent à s'introduire à l'intérieur du palais, déclenchant une courte mais sanglante bataille dans les cours. Marwân, debout et bien visible à la tête de ses hommes, fut frappé par un coup de cimeterre qui le mit hors de combat. Sa'îd, quant à lui, dut se retirer peu après, blessé, de cette scène de violence et de désespoir.

Le combat continua de faire rage avec une intensité dévastatrice, jusqu'à ce que Mohammad, le fils d'Abû Bakr, parvienne à pénétrer dans l'appartement où 'Othmân était assis, absorbé par la lecture des pages sacrées du Coran. Mohammad saisit le Calife par la barbe, mais, touché par l'évocation de la mémoire de son père, il se retira sans lui infliger plus de mal.

Peu après, Kinânah, le fils de Bochr, entra dans la chambre, prêt à frapper. Cependant, plusieurs autres insurgés firent irruption, brandissant des épées nues, et le sang du monarque sans défense fut versé. Nâ'ilah, l'épouse de 'Othmân, se précipita pour protéger son mari, tentant désespérément de parer les coups de cimeterre. Dans cet ultime acte de tendresse, elle perdit les doigts de la main, et le malheureux Calife succomba bientôt sous les assauts incessants.

Trois jours s'écoulèrent avant que les meurtriers ne permettent l'inhumation de son corps. Ce n'est que grâce à l'intercession d'Alî que cette autorisation fut finalement obtenue. Le corps de 'Othmân fut placé sur une porte du palais, arrachée et utilisée comme civière, et ses restes mutilés furent enterrés dans un recoin, entre la fosse commune de Médine et celle des Juifs. Trois hommes des Ançâr insistèrent pour que son corps ne soit pas laissé parmi ceux des vrais croyants. Plus tard, Mu'âwiyeh transférera le tombeau dans le cimetière musulman.

'Othmân fut assassiné à l'âge de quatre-vingt-deux ans, le 18 Thilhajh de l'an 35 de l'Hégire, après un règne de onze ans, onze mois et quatorze jours.

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Salmân al-Fârecî

À la fin du règne du calife Othmân, durant l'année 35 de l'Hégire, un événement marquant se produisit. Salmân al-Fârecî, une figure éminente et respectée, qu'on considérait comme un membre de la famille du Prophète, quitta ce monde. Sa mort, entourée de mystère et de respect, suscita beaucoup d'émotion parmi ceux qui l'avaient connu.

Salmân al-Fârecî était un homme dont la longévité avait de quoi surprendre. Selon les récits, il aurait vécu jusqu'à l'âge remarquable de deux cent cinquante ans. Toutefois, certaines sources, plus rares, avancent même qu'il aurait atteint l'âge incroyable de trois cent cinquante ans. Cette longévité exceptionnelle ajoutait à l'aura légendaire qui entourait sa personne, faisant de lui une figure presque mythique dans l'histoire de l'Islam.

Sa vie et son décès marquèrent une époque, et son souvenir resta gravé dans les mémoires comme celui d'un homme d'une sagesse et d'une piété inégalées, qui avait su se faire une place de choix dans l'entourage du Prophète et parmi les premiers musulmans.

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Réflexions Concernant l'Election d'un Calife à la Place de 'Othmân

Après la mort tragique de 'Othmân, un climat de terreur s'installa dans la ville. Les régicides, ayant pris le contrôle en l'absence d'un gouvernement stable, semaient la peur parmi les habitants. Les citoyens, témoins de l'agitation croissante et de la menace d'une guerre civile imminente, réclamèrent avec insistance l'élection rapide d'un nouveau Calife. En effet, l'attitude menaçante des factions venues de diverses régions de l'Empire, telles que l'Égypte, la Syrie, la Mésopotamie et la Perse, ne laissait personne indifférent. Ces groupes, déterminés à ne pas quitter les lieux avant d'avoir connaissance du nom de leur nouveau souverain, faisaient peser une lourde pression sur la ville.

Deux candidats se démarquaient dans cette course au Califat : Talha et Zubayr. Tous deux étaient frères de lait de 'Âyechah et comptaient sur son soutien influent. Cependant, 'Âyechah n'était pas présente à Médine à ce moment crucial, car elle se trouvait à La Mecque, comme cela avait été précédemment noté. Talhah, qui avait joué un rôle actif en incitant les assiégeants de la maison de 'Othmân à agir précipitamment, et son allié Zubayr, bénéficiaient du soutien de quelques partisans de Basrah et de Kûfa. Toutefois, la majorité des habitants de Médine, revendiquant le droit exclusif d'élire leur Calife, portèrent leur choix sur un troisième homme, jugé plus digne de ce poste.

Cet homme, admiré tant par ses amis que par ses ennemis, était reconnu pour son courage, son éloquence, sa magnanimité, sa piété et sa noblesse. De plus, sa proche parenté avec le Prophète ajoutait à son prestige. Il s'agissait bien sûr de 'Alî, le cousin germain du Prophète et le père de la descendance du Prophète par sa fille bien-aimée, Fâtimah. Considéré comme le prétendant naturel au Califat, 'Alî était ardemment désiré par le peuple, qui aspirait à être gouverné par l'héritier légitime du Prophète.

Conscients de l'engouement général en faveur de 'Alî, Talhah et Zubayr jugèrent plus prudent de taire leurs ambitions. Ils décidèrent de prêter serment d'allégeance à 'Alî lors de son élection, tout en nourrissant secrètement l'intention de se rétracter dès qu'une occasion favorable se présenterait à eux.

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L'Election de 'Alî

Dans la ville de Médine, plusieurs notables prirent l'initiative de se rendre chez 'Alî, lui demandant avec insistance d'accepter la charge de gouverner. Face à cette requête, 'Alî leur répondit avec une sincérité désarmante, affirmant qu'il n'éprouvait aucune attirance pour le pouvoir temporel. Il ajouta qu'il était prêt à prêter allégeance à quiconque ils choisiraient, manifestant ainsi son désintéressement personnel pour le poste de Calife.

Cependant, les habitants de Médine ne se laissèrent pas décourager. Ils soulignèrent avec force qu'aucune autre personne ne pouvait se targuer d'être aussi qualifiée que lui pour assumer cette lourde responsabilité. Malgré leur insistance persistante, 'Alî resta ferme dans son refus. Il exprima sa préférence pour le rôle de conseiller, plutôt que de se charger lui-même des affaires de l'État.

Les insurgés, quant à eux, étaient particulièrement préoccupés par la nécessité de ramener la ville à un état de normalité, après l'avoir eux-mêmes plongée dans le désordre actuel. Ils se trouvaient dans une impasse quant au choix d'un nouveau Calife. En conséquence, ils insistèrent pour que les citoyens de Médine, qui revendiquaient le droit exclusif de choisir le futur Calife, procèdent à son élection en l'espace d'une journée. Ils précisaient que ces citoyens étaient les seuls qualifiés pour résoudre cette controverse. Ils ajoutèrent, avec une menace à peine voilée, que si le choix n'était pas fait dans le temps imparti, ils se verraient contraints de passer par les armes les notables de la ville.

Face à cet ultimatum alarmant, les citoyens retournèrent chez 'Alî le soir même. Ils lui exposèrent la gravité de la situation et le supplièrent de reconsidérer sa position, évoquant les menaces pesant sur la Religion. Devant l'argumentation pathétique de ses concitoyens, 'Alî finit par céder, bien que non sans réticence. Il leur déclara : « Si vous m'excusez et élisez un autre que vous jugeriez plus digne que moi d'être élu, je me soumettrai à votre choix et je prêterai allégeance à votre élu. Si non, et si je dois me conformer à votre désir et accepter votre offre, je vous dis franchement dès le début que je conduirai l'administration d'une façon totalement indépendante et que je traiterai tout selon le Livre Sacré du Seigneur et mon jugement. »

En vérité, 'Alî nourrissait des craintes quant aux intrigues de 'Âyechah, Talhah, Zubayr, et de toute la famille Omayyade, dirigée par Mu'âwiyeh, le lieutenant de 'Othmân en Syrie. Il savait pertinemment qu'ils guetteraient la moindre occasion pour s'opposer à son gouvernement. Cette appréhension était bien fondée, comme le souligne l'ouvrage "History of the Saracens" de S. Ockely, page 289.

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L'Inauguration du Califat de 'Alî

Au lendemain de l'assassinat tragique de 'Othmân, quatre jours s'étaient écoulés, et la grande Mosquée de Médine était remplie d'une foule dense et impatiente. Les fidèles s'étaient rassemblés pour assister à un moment crucial de l'histoire islamique : l'inauguration du Califat de 'Alî. Ce dernier fit son apparition, vêtu avec simplicité d'une robe de coton et coiffé d'un turban rudimentaire. Dans sa main droite, il tenait un arc, tandis que dans sa main gauche, il portait ses pantoufles, qu'il avait retirées par respect pour la sainteté du lieu.

L'absence de Talhah et Zubayr ne passa pas inaperçue, et 'Alî demanda à ce qu'on les fasse venir. À leur arrivée, ils lui tendirent leurs mains en signe d'approbation pour son élection au Califat. Cependant, 'Alî, avec sa sagesse habituelle, ne répondit pas immédiatement à leur geste. Il leur déclara que si leur soutien était sincère, ils devaient lui prêter serment d'allégeance formellement. En même temps, il leur fit savoir que si l'un d'entre eux souhaitait accepter le Califat, il était prêt à lui prêter serment d'allégeance avec sincérité et qu'il préférerait les servir en tant que conseiller plutôt que de gouverner lui-même. Talhah et Zubayr déclinèrent cette offre, exprimant ainsi leur satisfaction quant à l'accession de 'Alî au Califat. Ils avancèrent alors leurs mains pour lui rendre hommage.

Il est à noter que Talhah, en raison d'une blessure reçue lors de la bataille d'Ohod, avait le bras estropié et ne pouvait le tendre qu'avec difficulté. Lorsqu'il fut le premier à commencer la cérémonie d'hommage, un murmure parcourut l'assistance. Un des présents fit une remarque prophétique : «Il est probable que ce sera une piètre affaire que celle qui commence par une main estropiée». Les événements futurs allaient malheureusement donner raison à ce présage.

Après que l'assistance eut prêté serment d'allégeance à 'Alî, cet exemple fut suivi par le reste du peuple. Toutefois, aucun des Omayyades ni des proches partisans de 'Othmân ne se présenta pour rendre hommage. 'Alî, respectant leur choix, ne pressa personne de venir lui prêter serment d'allégeance. Parmi ceux qui restèrent à l'écart se trouvaient certains notables de Médine, tels que Sa'd Ibn Abî Waqqâç, Maslamah Ibn Khâlid, Al-Moghîrah Ibn Cho'bah, Qidâmah B. Matzun, Wahbân Ibn Sayfi, Abdullâh B. Salmân, Hasan Ibn Thâbit, Ka'b Ibn Mâlik, Abû Sa'îd Khudrî, Mohammad Ibn Maslamah, et 'Abdullâh Ibn 'Omar. Habib al-Sayyâr ajoute à cette liste Zayd Ibn Thâbit, Osma Ibn Zayd, Abû Mûsâ al-Ach'ari, Zayd B. Râfi', Salma Ibn Salma, Sohayb Ibn Sinân, No'mân Ibn Bachîr, tandis qu'al-Tabari y inclut Râfi' Ibn Khadij. Ces personnes furent surnommées les Mo'tazilah.

Après avoir rendu hommage à 'Alî, les insurgés retournèrent chez eux, marquant ainsi le début d'une nouvelle ère sous le Califat de 'Alî, un chapitre qui allait être rempli de défis et de bouleversements.

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Les Cris de Vengeance pour l'Assassinat de 'Othmân

Après l'inauguration du Califat de 'Alî, une atmosphère tendue régnait. Talhah et Zubayr, figures éminentes de la communauté, accompagnés de plusieurs autres, se présentèrent devant 'Alî. Leur requête était claire et sans équivoque : ils exigeaient que le meurtre de 'Othmân, le calife assassiné, soit vengé avec la plus grande rigueur. Ils offrirent même leurs services pour accomplir cette tâche.

Cependant, 'Alî, conscient des complexités de la situation, savait que ce crime avait été commis sous leurs yeux. Il percevait que leur appel à la vengeance n'était qu'un prétexte pour semer le trouble et attiser les passions d'une foule déjà en ébullition. Avec sagesse, il leur expliqua que cet événement tragique avait des racines profondes dans de vieilles dissensions. Il souligna que de nombreuses parties avaient des opinions divergentes sur la question et qu'il n'était pas encore temps de déclencher une guerre civile. Selon lui, le mécontentement était alimenté par le diable, qui, une fois qu'il aurait pris pied, ne lâcherait pas facilement prise. Les mesures qu'ils proposaient n'étaient, selon 'Alî, que des suggestions diaboliques visant à encourager l'agitation et les troubles.

Pour apaiser les esprits, 'Alî informa ses interlocuteurs qu'il avait déjà convoqué Marwân, le secrétaire de 'Othmân, ainsi que Nâ'ilah, l'épouse du calife assassiné. Tous deux avaient été présents dans la maison au moment du meurtre. Lors de l'interrogatoire, Marwân se montra réticent à parler, tandis que Nâ'ilah révéla que les meurtriers étaient au nombre de deux, mais elle ne put ni les nommer ni les identifier.

'Alî s'adressa ensuite aux partisans de la vengeance, leur expliquant que plusieurs personnes étaient suspectées d'avoir participé au crime, mais qu'aucune preuve formelle ne permettait de les incriminer. Dans ces conditions, il jura que, sans une union de toutes les parties, il serait difficile de prendre des mesures décisives, si telle était la volonté de Dieu. Il leur demanda alors quelle méthode d'action ils proposaient pour atteindre leur objectif. Leur réponse fut un aveu d'impuissance : ils n'en connaissaient aucune.

Confrontés à leur silence, 'Alî déclara : « Si vous parvenez un jour à identifier les assassins de 'Othmân, je n'hésiterai pas à appliquer la majesté de la Loi Divine pour qu'ils paient leur dû. » Leur proposition insidieuse ainsi déjouée, ils quittèrent les lieux.

Simultanément, 'Alî, alerté par le départ précipité des familles Omayyades, entreprit de s'assurer la loyauté des Quraych et des Ançâr. Il leur témoignait une grande estime pour leurs mérites, cherchant à rassembler autant d'alliés que possible pour faire face aux difficultés qu'il redoutait de la part des Omayyades.

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Les Réformes Envisagées par Ali

Les réformes envisagées par Ali, le nouveau Calife, prirent une importance capitale dès le début de son règne. Il s'intéressa particulièrement à la révocation des gouverneurs impies qui, par leur tyrannie, avaient plongé les différentes provinces dans le désespoir. Cette situation désastreuse avait conduit à la mort tragique de 'Othmân. Sous son règne, de nombreux abus avaient été commis, nécessitant une action immédiate. La plupart des provinces étaient encore dirigées par des personnes au passé douteux et à la foi suspecte. Ali, déterminé à instaurer une réforme radicale, prit la décision de destituer Mu'âwiyeh ainsi que les autres gouverneurs nommés par son prédécesseur.

C'est alors qu'Abdullâh Ibn 'Abbâs, de retour de son pèlerinage à la Mecque, s'opposa fermement à cette mesure, notamment à la déposition de Mu'âwiyeh. Il conseilla à Ali de reporter l'exécution de cette réforme jusqu'à ce qu'il soit solidement établi dans son autorité. Il argumenta : « Si tu déposes Mu'âwiyeh, les Syriens, qui lui sont fidèles en raison de sa générosité, se révolteront contre toi. Ils refuseront de te reconnaître comme Calife et, pire encore, t'accuseront du meurtre de 'Othmân. Il serait donc plus sage de le laisser en place jusqu'à ce qu'il se soumette à ton autorité. Une fois cela fait, il te sera facile de le destituer à ta guise. »

Ibn 'Abbâs ajouta également que Talhah et Zubayr n'étaient pas des hommes de confiance et qu'il soupçonnait qu'ils pourraient bientôt prendre les armes contre Ali et peut-être même s'allier à Mu'âwiyeh. Ali, cependant, protesta : « La Loi Divine n'autorise pas les tromperies astucieuses. Je dois suivre strictement les principes authentiques de la Religion, et je ne peux permettre à un impie de rester en poste. Mu'âwiyeh n'aura rien d'autre que l'épée de ma part. Je ne peux le garder même pas un seul jour. »

Ali proposa alors à Ibn 'Abbâs de le nommer gouverneur, mais ce dernier refusa, craignant pour sa vie en raison de sa parenté avec Ali. Lorsque les réformes progressèrent, Talhah et Zubayr se présentèrent à Ali, sollicitant les postes de gouverneurs de Kûfa et de Basrah respectivement. Ali refusa poliment, soulignant qu'il avait besoin de bons conseillers comme eux à ses côtés en ces temps critiques.

Ayant choisi ses hommes pour gouverner les différentes provinces, Ali les envoya à leurs destinations respectives au mois de Moharram 36 H. pour remplacer les gouverneurs destitués. Ainsi, il envoya : 1- 'Obaydullâh Ibn 'Abbâs au Yémen; 2- Qays Ibn Sa'd Ibn 'Obâdah en Égypte; 3- Quthâm Ibn 'Abbâs à la Mecque; 4- Samâhah Ibn 'Abbâs à Tihâmah; 5- 'Awn Ibn 'Abbâs à Yamânah; 6- 'Othmân Ibn Honayf à Basrah; 7- Ammara Ibn Chahab à Kûfa; 8- Sa'îd Ibn 'Abbâs à Bahreïn; 9- Sahl Ibn Honayf en Syrie.

À son arrivée au Yémen, 'Obaydullâh découvrit que son prédécesseur, Ya'lâ, avait transféré tout le trésor à la Mecque, évalué à environ soixante mille dinars. Ce trésor fut cédé à 'Âyechah avec six cents chameaux, dont l'un, une rareté de grande taille et de bonne race, évalué à deux cents pièces d'or, était destiné à l'usage personnel de 'Âyechah. Malgré cela, 'Obaydullâh prit ses fonctions de gouverneur du Yémen.

De son côté, Qays Ibn Sa'd, en approchant de l'Égypte, fut confronté à la résistance des partisans de 'Othmân à la garnison frontalière. Toutefois, il réussit à prendre le siège de son gouvernement en feignant d'être attaché à la cause de 'Othmân. Son prédécesseur, 'Abdullâh Ibn Abî Sarh, ayant appris sa prochaine révocation, avait déjà pris le chemin de la Syrie pour se réfugier chez Mu'âwiyeh, comme l'avaient fait la plupart des Omayyades depuis l'accession d'Ali au Califat.

À Basrah, 'Othmân Ibn Honayf entra sans opposition, mais son prédécesseur, Ibn 'Âmir, était déjà parti avec tout le trésor pour rejoindre Talhah et Zubayr. 'Othmân occupa son poste, mais il constata que la désaffection pour Ali était répandue parmi la population.

Quant à Ammârah, sur la route de Kûfa, il rencontra Tulayhah et Qa'qa' à un relais appelé Zabala. Ils lui conseillèrent de retourner à Médine, lui affirmant que les habitants de Kûfa étaient résolus à ne pas se séparer d'Abû Mûsâ al-Ach'arî, nommé selon leur choix par le dernier Calife. Ils l'avertirent qu'en tentant d'entrer à Kûfa, il ferait face à une forte hostilité. Ammârah rebroussa chemin vers Médine et fit un rapport détaillé de la situation à Ali.

Enfin, lorsque Sahl, le nouveau gouverneur de Syrie, arriva à Tabûk, il rencontra un groupe de cavaliers qui lui annoncèrent que le peuple syrien réclamait vengeance pour 'Othmân et n'était pas prêt à accueillir un homme nommé par Ali, qu'ils n'avaient pas reconnu comme Calife. N'étant pas préparé à faire face à une telle opposition, Sahl retourna à Médine pour informer Ali des événements.

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Le Plan des Omayyades en Vue de Soulever les Gens contre 'Alî

En ces temps troublés, les Omayyades, animés par un désir ardent de déstabiliser 'Alî et son gouvernement, ne laissaient rien au hasard. Ils cherchaient par tous les moyens à attiser les tensions et à semer la discorde. Sur les conseils insistants d'Om Habîbah, veuve du Prophète et sœur de Mu'âwiyeh, ils mirent en place une stratégie des plus macabres. Ils apportèrent à Mu'âwiyeh, en Syrie, la chemise ensanglantée que 'Othmân portait lors de son assassinat. À cette chemise, ils ajoutèrent les doigts mutilés de Nâ'ilah, l'épouse de 'Othmân, qui avaient été coupés lors de l'attaque fatale.

Mu'âwiyeh, habile manipulateur, utilisa ces reliques comme un puissant symbole de vengeance. Il les exposa à la vue de tous, espérant ainsi enflammer les esprits et susciter un désir de représailles parmi les gens. 'Amr Ibn al-'Âç, le conseiller spirituel de Mu'âwiyeh, lui souffla un conseil énigmatique : « Montre à l'ânesse son ânon, elle remuera ses entrailles. » Prenant ce conseil à cœur, Mu'âwiyeh fit suspendre la chemise tachée de sang, avec les doigts estropiés de Nâ'ilah, sur la chaire de la grande mosquée de Damas. Ces reliques sinistres étaient parfois transportées jusqu'au campement de l'armée, où elles continuaient de jouer leur rôle provocateur.

Jour après jour, ces objets étaient exposés aux regards des Syriens, provoquant une vague d'émotion intense. Les habitants de la région, profondément touchés par cette mise en scène, pleuraient abondamment. Leurs joues et leurs barbes étaient souvent trempées de larmes, signe de leur douleur et de leur colère. En proie à une indignation grandissante, ils jurèrent de venger la mort de 'Othmân, déterminés à poursuivre les assassins jusqu'à ce que justice soit rendue.

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'Othmân : Le Troisième Calife

Le Défi de Mu'âwiyeh à l'Autorité de 'Alî

Lorsque Sahl revint à Médine, 'Alî se tourna vers Talhah et Zubayr, les interrogeant sur l'ampleur de la division qui s'était installée parmi les factions, une division contre laquelle il les avait pourtant mis en garde. En réponse, Talhah et Zubayr affirmèrent que s'ils recevaient l'autorisation de quitter Médine, ils accepteraient d'être tenus responsables de la persistance des troubles. Face à cela, 'Alî leur rappela que la sédition était semblable à un feu : plus il brûle, plus il s'intensifie et brille. Malgré tout, il était prêt à supporter cette tension aussi longtemps que possible, mais avertit que si elle devenait insupportable, il tenterait de l'éteindre.

Prenant une décision, 'Alî résolut d'écrire à Mu'âwiyeh et à Abû Mûsâ pour leur demander de prêter allégeance. La réponse d'Abû Mûsâ fut rassurante : lui et les Kûfites, à quelques exceptions près, étaient entièrement à la disposition de 'Alî. Cependant, de Mu'âwiyeh, aucune réponse ne parvint, même après plusieurs semaines. En réalité, Mu'âwiyeh avait retenu le messager de 'Alî, afin qu'il puisse être témoin de l'état d'esprit des armées syriennes. Ces dernières, impatientes et clamant haut et fort "Vengeons le sang d'Othmân", n'attendaient qu'un mot de leur gouverneur pour marcher contre ceux qu'elles tenaient pour responsables de l'assassinat du précédent Calife.

Après plusieurs semaines, Mu'âwiyeh permit enfin au messager de retourner à Médine, accompagné de son propre messager, porteur d'une lettre. Sur l'enveloppe, on pouvait lire : « De Mu'âwiyeh ». Dès son arrivée à Médine, le messager accrocha la lettre en haut d'un bâton, permettant à tous de la lire dans les rues. Informés ainsi de la désaffection de Mu'âwiyeh envers 'Alî, les gens se rassemblèrent en foule, avides de découvrir le contenu du message. C'était seulement trois mois après l'assassinat d'Othmân que le message fut présenté à 'Alî. Il lut l'adresse, puis, enlevant le cachet, découvrit que l'intérieur était entièrement blanc, un acte qu'il interpréta comme un signe d'extrême mépris.

Stupéfait par l'effronterie dédaigneuse de Mu'âwiyeh, 'Alî demanda au messager d'expliquer cette énigme. Le messager, après avoir obtenu l'assurance qu'il aurait la vie sauve, répondit : "Sache donc que j'ai laissé derrière moi en Syrie soixante mille guerriers pleurant le meurtre de 'Othmân sous sa chemise tachée de sang, exposée à côté de la chaire de la grande Mosquée de Damas. Tous sont déterminés à se venger de toi pour l'assassinat du Calife."

Étonné, 'Alî s'exclama : « De moi! Je fais de Dieu le témoin de mon innocence dans cette affaire. Ô mon Dieu! J'implore Ta protection contre cette fausse accusation ». Conscient que la situation ne pourrait être résolue que par la force, 'Alî déclara que seule l'épée pourrait arbitrer entre Mu'âwiyeh et lui-même. Se tournant vers Ziyâd Ibn Handhalah, assis à ses côtés, il ordonna qu'une expédition contre la Syrie soit proclamée, un ordre que Ziyâd s'empressa de communiquer à la population.

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'Othmân : Le Troisième Calife

Le Départ de Talhah et de Zubayr

Talhah et Zubayr, deux figures éminentes de la communauté musulmane, se trouvaient dans une situation délicate à Médine. Leur désir de quitter la ville s'était heurté à des obstacles à deux reprises, et ils observaient avec inquiétude l'évolution des événements. Ils aspiraient à une liberté d'action et de mouvement, une liberté qui leur était impossible tant qu'ils restaient confinés à Médine.

Animés par cette volonté de partir, Talhah et Zubayr se rendirent une nouvelle fois auprès de 'Alî, le calife, pour solliciter la permission de se rendre à la Mecque. Ils prétextèrent vouloir accomplir le Pèlerinage Mineur, une justification qui masquait en réalité d'autres intentions. 'Alî, conscient de leurs véritables motivations, leur rappela la déclaration qu'ils avaient faite de leur plein gré lors de leur serment d'allégeance, le jour où il avait été inauguré en tant que calife.

Bien qu'il fût méfiant, 'Alî leur accorda finalement la permission de partir, non sans exprimer ses attentes de voir surgir des événements étranges de leur part. Il insista pour qu'ils prêtent serment sur leur sincérité, une précaution qui témoignait de ses doutes quant à leurs intentions.

Parallèlement, 'Alî s'attelait à la préparation d'une expédition vers la Syrie. Il lançait un appel à l'assistance de toutes les provinces et recrutait des hommes directement à Médine. Cependant, avant de pouvoir engager le combat contre Mu'âwiyeh, il dut faire face à une autre rébellion sérieuse, dont les détails allaient être révélés par la suite.

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'Othmân : Le Troisième Calife

Le Plan de Rébellion de 'Âyechah

Sur le chemin du retour de la Mecque, 'Âyechah croisa Ibn Om Kalab à Sarif. Celui-ci lui annonça la nouvelle tragique du meurtre de 'Othmân et de l'accession de 'Alî au Califat. À l'écoute de ces informations, 'Âyechah fut saisie d'une vive émotion et s'écria : « Ramenez-moi à la Mecque ! Par Dieu, 'Othmân était innocent, je vengerai son sang ! » Ainsi, elle retourna sans délai à la Mecque, accompagnée de sa complice Hafçah. Dès son arrivée, elle commença à répandre la sédition.

Dans son ouvrage "Annals of the Early Caliphate", Sir W. Muir relate les événements entourant cet incident. Il y décrit comment, durant la période troublée de 'Othmân, 'Âyechah aurait contribué à attiser le mécontentement du peuple à son égard. On dit qu'elle était complice des conspirateurs, parmi lesquels figurait son frère, Mohammad fils d'Abû Bakr, l'un des principaux chefs. Lorsqu'elle apprit la nouvelle de l'assassinat de 'Othmân, elle déclara qu'elle vengerait sa mort. Son informateur, surpris par son soudain zèle, lui fit remarquer qu'elle avait incité à le supprimer en tant qu'apostat. 'Âyechah répondit : « Oui, car bien qu'il se soit repenti de ce dont les rebelles l'accusaient, ils l'ont tué. » En réponse, son informateur récita des vers soulignant son changement d'attitude : « Tu étais la première à fomenter le mécontentement. Tu nous commandais de tuer le prince pour son apostasie, et maintenant... »

Il est indéniable que 'Âyechah était une femme jalouse, violente et intrigante, un caractère qui explique bien des comportements autrement incompréhensibles. En réalité, 'Âyechah espérait que Talhah ou Zubayr succéderait à 'Othmân. Mais en apprenant que 'Alî, qu'elle détestait, avait été élu, elle fut profondément troublée et résolut de s'opposer ouvertement à lui. Se proclamant vengeresse du sang de 'Othmân, elle persuada le puissant clan des Omayyades, auquel appartenait 'Othmân, de se joindre à sa cause. Les Omayyades, qu'ils soient restés à la Mecque ou qu'ils aient fui Médine lors de l'accession de 'Alî au Califat, se rallièrent rapidement à son étendard. Les gouverneurs déchus de plusieurs provinces, entraînant avec eux de nombreux mécontents, firent également cause commune avec elle. Ya'lâ, l'ex-gouverneur du Yémen, lui fournit un soutien précieux en mettant à sa disposition le trésor qu'il avait emporté du Yémen.

Environ quatre mois après le meurtre de 'Othmân, Talhah et Zubayr arrivèrent à la Mecque et constatèrent que les préparatifs avaient bien avancé. Ils avaient des liens familiaux avec 'Âyechah : la sœur cadette de 'Âyechah était l'épouse de Talhah, qui était également un cousin de son père Abû Bakr, tandis que la sœur aînée de 'Âyechah était mariée à Zubayr, dont le fils, 'Abdullâh, avait été adopté par 'Âyechah. Bien qu'ils aient prêté serment d'allégeance à 'Alî, ils affirmèrent désormais que ce serment avait été extorqué sous la contrainte et était donc nul selon eux. Ils exprimèrent leur désir de soutenir la cause de 'Âyechah, une cause qui, en cas de succès, servirait leurs intérêts. Par conséquent, ils la rejoignirent et commencèrent à travailler contre 'Alî, déclarant aux factions de la Mecque que la situation de 'Alî était des plus troublées.

'Âyechah, Talhah et Zubayr, qui avaient toujours été des ennemis de 'Othmân et s'étaient affirmés comme les organisateurs de sa mort, se servirent des véritables amis de 'Othmân pour comploter contre le nouveau Calife. Ainsi, pour des raisons diverses, ils se rassemblèrent tous sous le slogan de la vengeance du sang de 'Othmân. L'étendard de la rébellion fut levé, et les discours de ces figures éminentes furent écoutés avec un vif intérêt par les Arabes revanchards et factieux, dont les pères et frères avaient été tués par 'Alî lorsqu'il défendait le Prophète et sa cause dans les batailles opposant l'Islam naissant aux Quraych païens à l'époque du Prophète. De nombreux Arabes mécontents se rassemblèrent sous l'étendard de la révolte. Le trésor détourné par Ibn 'Âmir, le gouverneur déposé de Basrah, fut utilisé par Talhah et Zubayr pour équiper leurs forces armées.

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'Othmân : Le Troisième Calife

Le Conseil de Guerre

Les préparatifs pour la guerre étant désormais achevés, les dirigeants de la rébellion se réunirent pour tenir un conseil crucial. L'objectif de cette rencontre était de discuter et de déterminer le lieu où les opérations militaires pourraient être menées avec le plus de succès possible. 'Âyechah, une figure influente, proposa audacieusement de marcher sur Médine et d'attaquer 'Alî directement dans sa capitale. Elle pensait qu'en frappant à la racine, ils pourraient renverser la situation en leur faveur. Cependant, cette proposition fut rapidement contestée. On lui fit remarquer que le peuple de Médine était unanimement acquis à 'Alî et que sa force y était trop imposante pour espérer le vaincre.

Un autre participant à la discussion suggéra de se diriger vers la Syrie et de mener une attaque conjointe avec les insurgés de cette province. Cette idée fut cependant vivement rejetée par Walîd Ibn 'Oqbah. Il s'opposa fermement à cette suggestion, expliquant que Mu'âwiyeh, le gouverneur de Syrie, n'approuverait pas la présence de supérieurs dans sa capitale. Il serait encore moins enclin à accepter que ses armées soient contrôlées par eux en ces moments critiques. Walîd souligna également que Mu'âwiyeh verrait cela comme une ingérence dans son propre dessein d'accéder à l'indépendance. C'était d'ailleurs pour cette raison qu'il n'avait pas envoyé le secours demandé par 'Othmân, bien que ce dernier, principal vassal de Mu'âwiyeh, fût dans une situation désespérée et que ses jours fussent comptés.

Finalement, Talhah prit la parole et affirma avec assurance qu'il avait un parti fort en sa faveur à Basrah. Il était convaincu que la ville se rendrait à eux. Sa confiance en la reddition de Basrah convainquit les autres, et ils décidèrent de faire mouvement vers cette destination. En conséquence, une proclamation fut faite à travers les rues de la Mecque, accompagnée du battement de tambour traditionnel. L'annonce déclarait que 'Âyechah, surnommée "la Mère des Croyants", accompagnée des éminents dirigeants Talhah et Zubayr, se dirigeait personnellement vers Basrah. Elle appelait tous ceux qui désiraient venger l'atroce mort du "Prince des Croyants", c'est-à-dire 'Othmân, et servir la cause de la foi, à se joindre à elle. Même ceux qui étaient sans équipement étaient encouragés à les rejoindre, car il leur serait fourni dès leur arrivée.

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'Othmân : Le Troisième Calife

'Âyechah Incite Om Salma

Un jour, 'Âyechah, l'une des épouses du Prophète et connue comme une "Mère des Croyants", se trouvait à la Mecque pour le Pèlerinage. Elle s'approcha d'Om Salma, une autre "Mère des Croyants", et lui proposa de se joindre à elle dans une entreprise audacieuse. Cependant, Om Salma, indignée par cette requête, refusa catégoriquement. Elle interrogea 'Âyechah sur la justification de sa décision de défier les Commandements du Prophète en s'opposant à 'Alî. Ce dernier était alors le Calife, élu à l'unanimité par le peuple de Médine et reconnu par les habitants de plusieurs provinces.

Om Salma rappela à 'Âyechah une parole du Prophète : « 'Alî est mon lieutenant aussi bien de mon vivant qu'après ma mort. Quiconque lui désobéit, me désobéit du même coup. » Elle demanda à 'Âyechah si elle avait entendu ces mots de la bouche du Prophète. 'Âyechah admit qu'elle les avait effectivement entendus. Om Salma continua en évoquant une prédiction du Prophète destinée à ses épouses : « Peu après ma mort, les chiens de Hawab aboieront contre l'une de mes épouses qui sera parmi la bande rebelle. Oh! j'ai su qui elle était! Gare à toi, Ô Homayra! Je crains que ce ne soit toi. »

Ces paroles firent naître une inquiétude palpable chez 'Âyechah. Om Salma, poursuivant son avertissement, lui conseilla de ne pas se laisser influencer par Talhah et Zubayr. Elle prédit qu'ils l'entraîneraient dans l'erreur sans pouvoir la sauver du courroux et de la disgrâce qui s'abattraient sur elle.

Ébranlée par ces mises en garde, 'Âyechah retourna chez elle, presque prête à abandonner son projet. Cependant, les exhortations de son fils adoptif, 'Abdullâh fils de Zubayr, ravivèrent en elle un désir de vengeance. Elle se souvenait de l'homme qui, aux côtés du Prophète, avait un jour douté d'elle lors d'une fausse accusation dont elle avait été victime.

Résolue à ignorer les contraintes de son sexe, 'Âyechah se prépara à partir en campagne et à rallier le peuple de Basrah, tout comme elle l'avait fait avec celui de la Mecque. Hafçah, la fille de 'Omar et également "Mère des Croyants", souhaitait l'accompagner. Cependant, son frère, qui venait de fuir Médine et de se retirer de toutes les factions, l'en empêcha. Cette période tumultueuse est décrite dans les "Annals of the Early Caliphate" de W. Muir, page 353.

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'Othmân : Le Troisième Calife

La Marche de 'Âyechah sur Basrah

À la fin, 'Âyechah prit place dans une litière montée sur le dos du chameau nommé al-'Askar. Elle quitta la Mecque, à la tête d'une troupe de mille volontaires déterminés. Parmi eux, six cents étaient à dos de chameaux, tandis que quatre cents montaient des chevaux. À ses côtés, Talhah se tenait à sa droite et Zubayr à sa gauche, formant un trio de leaders résolus. Au fur et à mesure de leur avancée, de nombreux individus se joignirent à leur cause, augmentant les rangs de leur armée jusqu'à atteindre trois mille hommes.

Parmi les compagnons de cette expédition figuraient Moghîrah Ibn Cho'bah, ancien gouverneur de Basrah et de Kûfa sous le califat de 'Omar, ainsi que Sa'îd, un vétéran respecté de la Mecque et un Mohâjir de la première émigration. Ces deux hommes, nourrissant des doutes quant aux réelles intentions de Talhah et Zubayr, les interrogèrent sur la question cruciale de la succession en cas de victoire. La réponse des deux chefs fut simple : « Celui d'entre nous deux qui sera choisi par le peuple ». Sa'îd, sceptique, répliqua : « Et pourquoi pas un fils de 'Othmân ? » Talhah et Zubayr expliquèrent que les aînés, en tant que chefs éminents et Muhâjidn, ne devaient pas être dirigés par des plus jeunes.

Sa'îd, persistant dans son questionnement, ajouta : « Mais je crois que si l'objet de votre campagne est de venger la mort de 'Othmân, son successeur légitime devrait être son propre fils. Or, deux de ses fils, Obân et Walîd, sont déjà dans votre camp. Votre nomination pourrait signifier que, sous le prétexte de vouloir venger le Calife assassiné, vous poursuivez en réalité vos propres intérêts. » Talhah et Zubayr rétorquèrent : « En tout cas, il appartiendra aux hommes de Médine de choisir quiconque ils voudront. »

Moghîrah et Sa'îd, méfiants envers les dirigeants de la rébellion, prirent la décision de se retirer. Ils tournèrent donc les talons vers la Mecque, accompagnés de leurs partisans, qui constituaient une partie de l'armée rebelle. En passant près des troupes, ils s'écrièrent : « Tuez les assassins de 'Othmân, détruisez-les tous sans exception. » Moghîrah, s'adressant à Marwân et aux autres, lança : « Où allez-vous traquer les meurtriers ? Ils sont devant vos yeux, sur les bosses de leurs chameaux », tout en pointant du doigt Talhah, Zubayr et 'Âyechah. « Tuez-les et retournez chez vous. Ils sont l'objet même de votre vengeance. Ils ont trempé autant que tout autre dans cette sale affaire. »

Malgré ces avertissements, l'armée poursuivit sa marche, tout en reprenant à son compte, et à cor et à cri, ce qu'elle venait d'entendre. On argua que la question de la succession était prématurée. 'Âyechah, pour apaiser toute inquiétude, déclara que le choix d'un successeur était le droit exclusif des Médinois et qu'il devait le rester, comme par le passé. Afin de dissiper toute tension supplémentaire, elle ordonna à 'Abdullâh, le fils de Zubayr, de conduire les prières quotidiennes.

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'Othmân : Le Troisième Calife

'Âyechah dans la Vallée de Hawab

Sur le chemin sinueux qui les menait à Basrah, les rebelles apprirent que 'Alî, le Calife, avait quitté Médine pour les rattraper. Afin de parvenir à Basrah sans rencontrer d'obstacles, 'Âyechah ordonna un changement de route. Abandonnant la voie principale, ses troupes s'engagèrent sur des sentiers détournés, espérant ainsi déjouer toute interception. Pour rompre la monotonie des longues nuits d'automne, le guide se plaisait à chanter et, de temps à autre, à annoncer le nom des vallées, déserts ou villages traversés.

Une nuit, après avoir parcouru une distance considérable, le guide s'écria : « La vallée de Hawab ! ». À l'entente de ce nom, 'Âyechah fut saisie d'une vive émotion. Un frisson parcourut son corps tout entier lorsque, soudain, les chiens du village environnant encerclèrent son chameau, aboyant avec insistance. « Quel est cet endroit ? » demanda-t-elle, la voix empreinte d'inquiétude. Le guide, imperturbable, répéta : « La Vallée de Hawab ».

La prédiction du Prophète, que Om Salma avait récemment ravivée dans sa mémoire, s'imposa alors à son esprit. Tremblante, elle murmura : « Innâ Lillâhi wa Innâ Ilayhî râje'ûn » (Nous appartenons à Dieu et nous devons retourner à Lui). Elle fit agenouiller son chameau, descendit de sa litière et, d'un profond soupir, s'exclama : « Hélas ! Hélas ! Je suis en vérité la malheureuse femme de Hawab. Le Prophète m'en avait déjà avertie ». Elle déclara fermement qu'elle ne ferait pas un pas de plus dans cette expédition funeste.

Talhah et Zubayr tentèrent en vain de la convaincre de poursuivre le voyage. Ils lui affirmèrent que le guide s'était trompé et que cet endroit n'était pas Hawab. Allant jusqu'à soudoyer cinquante témoins pour qu'ils jurent en ce sens, ils ne parvinrent pas à la persuader, et elle refusa obstinément d'avancer. On raconte que ce fut le premier faux témoignage public depuis l'avènement de l'Islam. Ainsi, cette nuit-là et toute la journée suivante, les rebelles demeurèrent à Hawab.

Talhah et Zubayr, déconcertés, ne savaient plus quelle direction prendre. Finalement, usant d'un stratagème ingénieux, ils réussirent à mobiliser l'armée en criant soudainement : « Vite ! Vite ! 'Alî s'approche rapidement pour nous surprendre ». À ces mots, ils commencèrent à fuir précipitamment. 'Âyechah, saisie de terreur, fit demi-tour, retrouva son chameau et se réfugia promptement dans sa litière. Ainsi, la marche reprit, les cœurs battant au rythme de l'urgence.

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Le Campement de 'Âyechah à Khoraybah

Dans l'urgence de rejoindre Basrah, l'armée rebelle progressa à vive allure. À leur arrivée à proximité de la ville, ils établirent leur campement à Khoraybah. 'Âyechah, figure centrale de cette rébellion, fit appel à un notable de Basrah, Ahnaf Ibn Qays, dans l'espoir de le rallier à sa cause. Après un échange de vues approfondi, Ahnaf Ibn Qays déclina l'offre de prendre les armes contre le Calife, préférant adopter une position de neutralité. Ainsi, il quitta Basrah avec six mille de ses partisans et établit son propre campement à Wâdi-1-Saba, aux abords de Basrah.

Dans un effort pour engager le dialogue, 'Âyechah dépêcha un message à 'Othmân Ibn Honayf, le gouverneur de Basrah, l'invitant à la rencontrer. Prompt à répondre, Ibn Honayf s'équipa de son armure et, accompagné d'un grand nombre de citoyens, se dirigea vers le camp de 'Âyechah. À son arrivée, il fut surpris de découvrir l'armée des insurgés déployée sur le terrain, renforcée par un contingent de ses propres concitoyens qui avaient choisi de se ranger aux côtés de 'Âyechah.

Les pourparlers débutèrent rapidement. Talhah et Zubayr prirent tour à tour la parole pour s'adresser aux foules, suivis par 'Âyechah elle-même, qui, du haut de son chameau, tenta de captiver l'attention de l'assemblée. Cependant, sa voix, élevée pour porter au loin, devint stridente et aiguë, ce qui provoqua l'hilarité générale. Une dispute éclata alors, centrée sur la légitimité de son appel. Les différentes factions commencèrent à échanger des insultes, se traitant mutuellement de menteuses et se lançant de la poussière au visage.

Un homme de Basrah s'adressa directement à 'Âyechah, l'interpellant avec véhémence : "Honte à toi, Ô Mère des Croyants ! L'assassinat du Calife était un crime cruel, mais moins abominable que ton oubli de ta condition et de ton sexe. Pourquoi as-tu abandonné le calme de ta maison et ton voile protecteur pour monter comme un homme imberbe sur ce maudit chameau et fomenter querelles et dissensions parmi les fidèles ?" Un autre, moqueur, s'écria à l'adresse de Talhah et Zubayr : "Vous avez amené votre mère avec vous. Pourquoi n'avez-vous pas amené vos femmes aussi ?"

Les tensions montèrent rapidement, les insultes fusèrent de toutes parts. Des épées furent dégainées, et des escarmouches éclatèrent. Les antagonistes s'affrontèrent avec vigueur jusqu'à ce que l'heure de la prière impose une pause dans les hostilités. ("Successors of Mohammad" de W. Irving, p. 172).

Les portes de la cité furent alors hermétiquement fermées aux insurgés. Les jours suivants furent marqués par des escarmouches répétées, causant des pertes significatives parmi les partisans du gouverneur. Ces affrontements permirent aux insurgés de s'établir progressivement dans la ville. Finalement, une trêve fut conclue. Selon ses termes, un messager serait envoyé à Médine pour déterminer si Talhah et Zubayr avaient prêté serment d'allégeance à 'Alî, le jour de l'inauguration de son Califat, de leur plein gré ou sous la contrainte. Dans le premier cas, ils seraient considérés comme des rebelles ; dans le second, leurs partisans à Basrah auraient raison de soutenir leur cause.

Les insurgés, désireux de gagner du temps pour préparer une offensive décisive contre le gouverneur et prendre le contrôle de la ville, acceptèrent cet arrangement. Un messager fut donc envoyé à Médine. À son arrivée, il délivra sa commission, plongeant l'assemblée dans un silence lourd de tension. Finalement, Osâmah se leva pour déclarer qu'ils avaient été contraints. Cette déclaration aurait pu lui coûter la vie sans l'intervention de son ami Sohayl, un homme d'influence et d'autorité, qui le prit sous sa protection et l'amena chez lui.

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'Othmân : Le Troisième Calife

'Âyechah S'Empare de Basrah

Dans l'intervalle tumultueux de cette époque, les dirigeants des insurgés s'employèrent à attirer Ibn Honayf, le Gouverneur de Basrah, dans leur campement. Pour ce faire, ils lui envoyèrent des messages empreints d'une amitié feinte, espérant ainsi le duper. Cependant, Ibn Honayf, prudent et méfiant, soupçonna une ruse derrière ces missives apparemment bienveillantes. Il choisit alors de se retirer chez lui, se barricadant dans sa demeure, tout en confiant ses responsabilités à 'Ammâr pour assurer la continuité de son poste.

Pendant ce temps, Talhah et Zubayr, accompagnés d'une élite de leurs partisans dévoués, profitèrent d'une nuit de tempête pour se fondre dans l'assemblée des fidèles réunis dans la mosquée. Ils surprirent ainsi le gouverneur en pleine prière. Dans l'obscurité de la nuit, après avoir tué quarante hommes de sa garde, ils réussirent à le capturer et à le faire prisonnier.

Le jour suivant, Hâkim Ibn Jabalah, animé par la détermination de libérer le gouverneur captif, tenta une audacieuse opération de sauvetage. Malheureusement, cette tentative se solda par un échec tragique, coûtant la vie à Hâkim et à soixante-dix de ses valeureux partisans. Une bataille féroce s'ensuivit dans la ville, marquée par une violence intense et une confusion générale. Elle se termina par une défaite écrasante et des pertes considérables parmi les partisans de 'Alî.

C'est dans ce contexte de chaos et de désolation qu'Âyechah fit son entrée triomphale dans Basrah, parée de tout le faste de son rang. Le gouvernement de la ville, ainsi que le Trésor, tombèrent alors entre les mains des insurgés, marquant un tournant décisif dans le conflit.

Peu après la capture de 'Othmân Ibn Honayf, la question de son sort fut posée à 'Âyechah. Dans un premier temps, elle le condamna à mort. Cependant, grâce aux supplications insistantes d'une femme de sa suite, elle finit par consentir à épargner sa vie. Néanmoins, il ne fut pas épargné de souffrances cruelles. Les poils de sa barbe, ses moustaches et ses sourcils furent arrachés un à un, et il fut exposé au pilori, subissant ainsi une humiliation publique avant de finalement réussir à échapper à ses ravisseurs.

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'Othmân : Le Troisième Calife

'Alî Apprend la Nouvelle de la Révolte de 'Âyechah

Dans cette période tumultueuse, où les passions et les ambitions se mêlaient, 'Alî, le Calife, se trouvait à Médine, loin des tumultes qui agitaient la Mecque. Les nouvelles des troubles qui avaient éclaté dans la ville sainte ne tardèrent pas à parvenir jusqu'à lui. Cependant, 'Alî, sage et mesuré, avait décidé de ne pas réagir immédiatement. Il avait décrété qu'il n'interviendrait que si les actions des insurgés menaçaient sérieusement l'unité de l'Islam.

Le temps passa, et Om Salma, une figure respectée qui avait déjà repoussé les propositions de 'Âyechah à la Mecque, arriva à Médine. Elle apportait avec elle des nouvelles alarmantes : 'Âyechah, Talhah et Zubayr avaient pris les armes contre le Calife. Peu après, un autre message parvint à 'Alî, cette fois d'Om al-Fadhl, la veuve d'al-'Abbâs, restée à la Mecque. Elle confirmait que les rebelles avaient pris la route de Basrah, défiant ouvertement l'autorité du Calife.

Face à ces nouvelles, 'Alî prit une décision. Il rassembla les habitants dans la grande Mosquée de Médine et les exhorta à prendre les armes pour contrer les rebelles. Son discours, empreint d'éloquence et de passion, fut cependant accueilli avec une inquiétante indifférence. L'assemblée restait silencieuse, hésitante. Beaucoup redoutaient de s'opposer à 'Âyechah, la Mère des Croyants, et craignaient les conséquences d'une guerre civile. D'autres nourrissaient des doutes sur l'implication supposée de 'Alî dans la mort d'Othmân, le précédent Calife.

Durant trois jours, 'Alî tenta de mobiliser les esprits et de rallier les cœurs à sa cause. Ce n'est qu'au troisième jour que Ziyâd Ibn Handhalah se leva, brisant l'immobilisme ambiant. Il s'avança vers 'Alî avec détermination, déclarant : « Laisse-les rester à l'arrière, moi, j'avancerai. » Inspirés par son courage, deux Ançâr, Abul-Hathim et Khazima Ibn Thâbit, s'avancèrent à leur tour, affirmant : « Le Prince des Croyants est innocent du meurtre de 'Othmân, nous devons le rejoindre. »

L'élan de bravoure ne s'arrêta pas là. Abû Qatâda, un autre Ançârî de renom, se leva, dégaina son épée et proclama : « Le Messager de Dieu, que la paix soit sur lui, m'avait ceint avec cette épée. Je l'ai gardée rengainée depuis longtemps, mais à présent il est grand temps de la dégainer contre ces méchants hommes qui trompent toujours le peuple. »

Même Om Salma, animée d'un zèle ardent, s'adressa à 'Alî : « Ô Commandeur des Croyants ! Si la loi le permettait, je t'aurais accompagné dans ton expédition, mais je sais que tu ne me le permets pas. Aussi je t'offre les services de mon fils 'Omar B. Abî Salma, qui m'est plus cher que ma propre vie. Laisse-le partir avec toi pour partager vos chances. » 'Alî accepta cette offre généreuse, et 'Omar Ibn Abî Salma se joignit à l'expédition. Cet homme de grande valeur et de piété, doté de nombreuses qualités, allait plus tard devenir gouverneur de Bahrein.

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'Othmân : Le Troisième Calife

La Marche de 'Alî contre 'Âyechah

Dans une période marquée par des tensions et des incertitudes, 'Alî parvint, non sans difficulté, à rassembler une armée de neuf cents hommes. Cette mobilisation laborieuse reflétait l'attitude froide et distante des habitants de Médine, qui, en cette conjoncture critique, ne montrèrent guère d'enthousiasme pour la cause. Profondément découragé par cette indifférence, 'Alî prit la décision de ne pas revenir parmi eux. Il envisagea de choisir un autre lieu pour établir le siège de son gouvernement, un endroit où il pourrait compter sur un soutien plus solide et plus résolu.

Cependant, déterminé à agir, 'Alî prit la tête de cette modeste troupe de neuf cents hommes. Son objectif était de surprendre les rebelles sur leur chemin vers Basrah. Mais en arrivant à Rabdhah, aux abords de Najd, il découvrit que les insurgés avaient déjà pris de l'avance et se trouvaient bien loin devant lui. Bien que quelques tribus loyales, dont les Banî Tay, vinrent renforcer ses rangs au cours de sa progression, 'Alî réalisa qu'il n'était pas suffisamment équipé pour poursuivre sa marche plus avant.

Face à cette situation, il ordonna à ses hommes de faire halte à Thî-Q'ar (Thî-Qâr). Là, il espérait recevoir des renforts en provenance de Kûfa. Pour cela, il avait dépêché Mohammad Ibn Abî Bakr et 'Abdullâh Ibn Ja'far auprès du gouverneur de la ville, Abû Mûsâ al-Ach'arî. Leur mission était d'inciter les habitants à se rallier à leur Calife, afin de marcher ensemble contre les rebelles et tenter de réunir un peuple divisé par les dissensions.

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'Othmân : Le Troisième Calife

La Conduite d'Abû Mûsâ al-Ach'arî envers le Calife

Abû Mûsâ al-Ach'arî, un homme connu pour sa réserve, n'était pas particulièrement enclin à manifester une grande sympathie envers le Calife. En effet, ce dernier avait précédemment envoyé 'Ammâr Ibn Chahab pour le remplacer, comme cela a été mentionné auparavant. De plus, Abû Mûsâ manquait souvent d'enthousiasme dans l'accomplissement de ses responsabilités. Il avait reçu des lettres de 'Âyechah, qui l'incitait à dissuader ses concitoyens de prêter serment d'allégeance à 'Alî, tout en les encourageant à se lever pour venger le meurtre de 'Othmân. Conscient du succès de 'Âyechah à Basrah, Abû Mûsâ avait commencé à moduler son allégeance à 'Alî et à défendre la cause de 'Âyechah devant les gens.

Lorsque les messagers du Calife arrivèrent à Kûfa pour délivrer leur message, un silence pesant s'installa dans l'assemblée réunie dans la mosquée. Finalement, les gens se tournèrent vers Abû Mûsâ pour lui demander conseil sur la demande du Calife de les rejoindre. Avec gravité, il répondit que sortir pour combattre ou rester chez soi étaient deux choses bien distinctes. Le premier était un acte pour ce monde, tandis que le second concernait l'au-delà. Il laissa donc à chacun le soin de faire son choix. Les envoyés du Calife, choqués par ces propos ambigus, lui reprochèrent son attitude. Abû Mûsâ rétorqua que le serment d'allégeance envers 'Othmân l'engageait encore, tout comme il engageait leur maître, 'Alî, ainsi que son peuple, qui était résolu à poursuivre les assassins du défunt Calife où qu'ils se trouvent. Tant que les meurtriers resteraient impunis, il ne participerait à aucune expédition.

Il demanda alors à Mohammad Ibn Abî Bakr et 'Abdullâh Ibn Ja'far de retourner auprès de 'Alî pour lui rapporter ses paroles. Pendant ce temps, 'Othmân Ibn Honayf, l'ancien gouverneur de Basrah, se rendit à Thî-Qa'r dans un état déplorable. Le Calife le reconnut et, avec un sourire, lui fit remarquer qu'il l'avait quitté en vieil homme et qu'il revenait à lui tel un jeune imberbe. En réalité, 'Othmân avait perdu sa barbe autrefois remarquable, ainsi que ses cheveux et sourcils, lui conférant une apparence étrange. Il raconta à 'Alî ses mésaventures avec les dirigeants des insurgés. Le Calife, compatissant, le réconforta en lui assurant que ses souffrances seraient comptées comme des mérites.

Par la suite, 'Alî exprima sa surprise face à ceux qui, les premiers à le reconnaître comme Calife, furent également les premiers à renier leur serment d'allégeance et à se rebeller contre lui. Il s'étonna de leur soumission volontaire à Abû Bakr, 'Omar et 'Othmân, et de leur opposition à lui-même. Dès que Mohammad Ibn Abî Bakr et 'Abdullâh Ibn Ja'far retournèrent à Médine pour rapporter les paroles d'Abû Mûsâ, le Calife dépêcha Ibn 'Abbâs et Mâlik al-Achtar à Kûfa pour transmettre son message, sollicitant l'assistance des Kûfites.

Cependant, au lieu d'encourager les Kûfites à répondre à l'appel du Calife, Abû Mûsâ leur adressa ces mots : « Frères ! Les Compagnons du Prophète sont plus savants que les Non-Compagnons à propos de Dieu et de Son Prophète. Le désaccord est parmi les Compagnons qui savent mieux à qui il faut faire confiance. Vous ne devez donc pas vous mêler de leurs affaires, car le Prophète a dit une fois : "Il y aura des troubles pendant lesquels il vaudra mieux (pour le Musulman) être couché que réveillé, réveillé qu'assis, assis que debout, debout qu'en marche, en marche que sur une monture". Rengainez donc vos épées, cassez vos arcs et déposez vos lances. Gardez tranquillement vos maisons et accueillez-y avec hospitalité les blessés jusqu'à ce que les troubles cessent. Laissez les Compagnons du Prophète se mettre tous d'accord entre eux. Vous n'avez besoin de faire la guerre contre aucun d'entre eux. Que ceux qui sont venus vous voir de Médine, retournent d'où ils sont venus. »

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'Othmân : Le Troisième Calife

Abû Mûsâ al-Ach'arî démis de ses Fonctions de Gouverneur de Kûfa

Lorsque Ibn 'Abbâs et Mâlik al-Achtar retournèrent à Médine, ils portèrent au Calife la nouvelle des actions controversées d'Abû Mûsâ al-Ach'arî. En réponse, le Calife dépêcha son fils, al-Hassan, accompagné de 'Ammâr Ibn Yâcir. Ce dernier avait déjà été Gouverneur de Kûfa sous le règne du Calife 'Omar, mais avait par la suite subi les foudres du Calife 'Othmân en raison de ses remarques franches. Mâlik al-Achtar, homme de détermination et d'influence parmi les Kûfites, irrité par les ambiguïtés d'Abû Mûsâ lors de sa précédente mission, rejoignit al-Hassan dans son voyage. Ils étaient accompagnés de Qardhah Ibn Ka'b al-Ançârî, récemment nommé Gouverneur de Kûfa pour remplacer Abû Mûsâ al-Ach'arî.

À leur arrivée, Abû Mûsâ les accueillit avec respect. Cependant, lorsque les Kûfites furent rassemblés dans la mosquée pour discuter de leur participation à l'expédition contre les insurgés, conformément aux instructions du Calife, Abû Mûsâ s'opposa vigoureusement à cette idée. Il invoqua le même hadith qu'auparavant, affirmant : «Il y aura des troubles pendant lesquels il vaudra mieux être couché que réveillé, etc.». 'Ammâr Ibn Yâcir, vénérable Compagnon du Prophète, alors âgé d'environ quatre-vingt-dix ans, et général de cavalerie dans l'armée de 'Alî, répliqua vivement. Il accusa Abû Mûsâ de détourner la parole du Prophète, qui visait à réprimander des hommes tels qu'Abû Mûsâ lui-même, suggérant qu'il valait mieux qu'ils restent couchés que réveillés, assis que debout.

Malgré cela, Abû Mûsâ persista à décourager les gens de répondre aux propositions des envoyés de 'Alî. Un tumulte éclata lorsque Zayd Ibn Sihân intervint pour lire une lettre de 'Âyechah, qui commandait soit de rester neutre, soit de la rejoindre. Après cette lecture, il en présenta une autre adressée au public de Kûfa, leur demandant de faire de même. Zayd fit alors remarquer : «Le Coran et le Prophète commandent qu'elle ('Âyechah) reste tranquille chez elle, et que nous combattions jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de sédition. Elle nous ordonne donc de jouer son rôle alors qu'elle a pris le nôtre pour elle.». Cette remarque suscita des reproches parmi l'assistance contre Zayd pour ses propos envers la Mère des Croyants.

Abû Mûsâ continua son discours, s'opposant au Calife, ce qui conduisit certains auditeurs à lui reprocher son infidélité et sa déloyauté. Ils l'obligèrent à quitter la chaire, qui fut ensuite occupée par al-Hassan Ibn 'Alî. Contraint de quitter non seulement la chaire, mais aussi la mosquée, Abû Mûsâ fut confronté à des soldats de la garnison du palais du Gouverneur, venus se plaindre d'avoir été sévèrement battus avec des bâtons.

Le débat se déroulant à la mosquée, Mâlik al-Achtar avait pris avec lui un groupe de partisans et s'était emparé par surprise du palais du Gouverneur. Les hommes de la garnison avaient été bruyamment battus et envoyés à la mosquée pour interrompre le débat. Cette action rapide eut l'effet escompté, rendant l'attitude impassible d'Abû Mûsâ tellement ridicule et méprisable que le peuple se retourna immédiatement contre lui. Lorsqu'il quitta la mosquée, il se rendit hâtivement à son palais, où Mâlik lui ordonna de quitter les lieux immédiatement. La foule rassemblée à l'entrée était prête à piller ses biens, mais Mâlik intervint, accordant à Abû Mûsâ un délai de vingt-quatre heures pour emporter ses effets.

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'Othmân : Le Troisième Calife

Al-Hassan Ibn 'Alî Réussit une Levée de Neuf Mille Kûfites

Du haut de sa chaire, al-Hassan Ibn 'Alî, avec une éloquence qui captiva l'assemblée, s'adressa aux Kûfites rassemblés devant lui. Dans son discours, il s'attacha à défendre l'honneur de son père, affirmant avec force que ce dernier n'était en rien responsable de l'assassinat de 'Othmân. Al-Hassan expliqua que si son père avait commis une erreur, Dieu le punirait en conséquence, mais que s'il était victime d'une injustice, le Très-Haut lui viendrait en aide. Ainsi, l'affaire était entre les mains du Tout-Puissant. Il rappela également que Talhah et Zubayr, qui avaient été parmi les premiers à reconnaître le Califat de son père, avaient aussi été les premiers à se retourner contre lui. Il s'interrogea à voix haute sur les actions de son père en tant que Calife, se demandant quelle faute il avait pu commettre pour justifier une telle opposition. Quelle injustice, quelle avidité ou quel égoïsme avait-il manifesté pour mériter cela ? ("Successors of Mohammad" de W. Irving, p. 177).

L'éloquence d'al-Hassan eut un impact profond sur l'assemblée. Les chefs des tribus, touchés par ses paroles, se murmurèrent entre eux qu'ils avaient prêté allégeance à 'Alî et que ce dernier les avait honorés en sollicitant leur jugement dans une affaire d'une telle importance. Ils regrettèrent de n'avoir pas pris en compte les précédents messagers envoyés par le Calife, ce qui avait conduit ce dernier à mandater son fils pour demander leur soutien. Finalement, ils convinrent qu'ils devaient obéir à leur Calife et répondre à une demande aussi légitime.

Al-Hassan leur annonça qu'il retournerait auprès de son père et invita ceux qui se sentaient prêts à l'accompagner. Quant aux autres, ils pouvaient le rejoindre par voie terrestre ou par bateaux. Ainsi, neuf mille Kûfites se joignirent à 'Alî, certains par voie terrestre, d'autres par bateaux. À leur arrivée, 'Alî les accueillit chaleureusement et leur déclara : « Je vous ai fait venir ici pour être témoins entre nous et nos frères de Basrah. S'ils acceptent de se soumettre pacifiquement, c'est tout ce que nous désirons. Mais s'ils persistent dans leur révolte, nous les amènerons à la réconciliation avec douceur, à moins qu'ils ne nous offensent. Pour notre part, nous ne négligerons rien qui puisse, d'une façon ou d'une autre, contribuer à un arrangement que nous devons préférer à la désolation de la guerre ». ("History of the Saracens" de S. Ockley, p. 305).

L'armée du Calife, renforcée par des contingents venus de diverses régions, atteignit ainsi une force d'environ vingt mille hommes, prêts à marcher sur Basrah. Pendant qu'il campait avec son armée à Thî-Qâr, 'Alî prit la plume pour écrire à 'Âyechah, Talhah et Zubayr, les mettant en garde contre les démarches imprudentes qu'ils avaient entreprises. Il leur rappela qu'aucun d'entre eux ne pouvait prétendre être le vengeur du sang de 'Othmân, celui-ci étant un Omayyade, tandis qu'aucun d'eux n'appartenait aux Banî 'Omayyah.

À cette missive, 'Âyechah répondit que la situation avait atteint un point où les avertissements n'avaient plus aucune utilité. Quant à Talhah et Zubayr, ils ne prirent pas la peine de répondre par écrit. Ils se contentèrent de faire parvenir à 'Alî un message l'informant de leur refus d'obéir à ses ordres et lui laissant toute liberté d'agir selon sa volonté.

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'Othmân : Le Troisième Calife

L'Arrivée de 'Alî à Basrah

L'armée de 'Âyechah, forte de trente mille hommes, était principalement constituée de nouvelles recrues, des hommes peu aguerris aux rigueurs de la guerre. En face, l'armée de 'Alî se composait essentiellement de vétérans expérimentés, de soldats ayant déjà servi dans les forces armées, et de Compagnons du Prophète, des hommes dont la bravoure et la loyauté n'étaient plus à prouver. Lorsque 'Alî fit son apparition avec ses troupes, déployées en un ordre de bataille impressionnant devant les portes de Basrah, une vague de terreur submergea 'Âyechah et ses alliés.

Approchant de la ville, 'Alî envoya Qa'qâ' Ibn 'Amr, un Compagnon du Prophète, pour engager des négociations avec les chefs des rebelles, espérant ainsi parvenir à un plan de paix. 'Âyechah, cependant, insista pour que 'Alî vienne négocier en personne. À son arrivée, des rumeurs se mirent à circuler parmi les rangs des forces hostiles, visant à compromettre les pourparlers. Malgré cela, 'Alî, Talhah et Zubayr furent vus en pleine discussion, allant et venant sous les yeux des deux armées. Les négociations semblaient si prometteuses que beaucoup pensèrent qu'un accord pacifique était imminent. Par son éloquence remarquable, 'Alî réussit à toucher le cœur de Talhah et de Zubayr, les mettant en garde contre le jugement divin et les défiant à une ordalie où la malédiction divine serait invoquée contre ceux qui avaient encouragé et suggéré le meurtre de 'Othmân.

Au cours d'un de leurs entretiens, 'Alî interrogea Zubayr : « Te souviens-tu du jour où le Messager de Dieu t'a demandé si tu n'aimais pas son cher "fils" 'Alî, et où tu lui as répondu : "Si" ? Ne te rappelles-tu pas cette prédiction du Prophète : "Cependant, il arrivera un jour où tu te soulèveras contre lui et où tu apporteras des misères à lui et à tous les Musulmans" ? » Zubayr, se remémorant cet épisode, exprima son regret, affirmant que s'il s'en était souvenu plus tôt, il n'aurait jamais pris les armes contre 'Alî. Déterminé à ne pas combattre, Zubayr retourna à son camp pour informer 'Âyechah de cet échange.

Il est dit qu'à la suite de cette allusion à la prédiction du Prophète, Zubayr renonça à combattre contre 'Alî. Cependant, malgré cette prédiction prophétique, 'Âyechah, consumée par sa haine envers 'Alî, ne pouvait accepter aucun arrangement, quelles que soient les conditions. D'autres prétendent que c'est le fils de Zubayr, 'Abdullâh, adopté par 'Âyechah, qui le fit changer d'avis en lui demandant si c'était la peur des troupes de 'Alî qui avait motivé ce revirement. Zubayr répondit : « Non, mais le serment prêté à 'Alî. » 'Abdullâh lui suggéra alors d'expier son serment en libérant un esclave, ce qui incita Zubayr à se préparer, sans plus d'hésitation, à combattre contre 'Alî.

Les deux armées se faisaient désormais face sur le champ de bataille. Durant la nuit, chaque camp accusa l'autre d'avoir lancé les hostilités. Le lecteur, en observant les événements relatés, pourra discerner quelle partie est à blâmer pour cette attaque nocturne, et quelle partie s'efforçait d'atteindre un arrangement pacifique pour éviter l'effusion de sang. Les circonstances décrites ici sont suffisamment claires pour éclairer et indiquer la vérité.

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'Othmân : Le Troisième Calife

La Bataille d'Al-Jamal (du Chameau)

La Bataille d'Al-Jamal, également connue sous le nom de Bataille du Chameau, se déroula au matin du vendredi 16 Jamâdî II de l'an 36 de l'Hégire, correspondant à novembre 656 après Jésus-Christ. Ce jour-là, 'Âyechah, l'épouse du Prophète, fit son entrée sur le champ de bataille, installée dans une litière sur le dos de son imposant chameau, al-'Askar. Sa présence charismatique et sa voix résonnante insufflèrent courage et détermination à ses troupes. La bataille tire son nom de cette scène mémorable, bien qu'elle se déroulât à Khoraybah, non loin de Basrah.

Face à elle, l'armée de 'Alî se tenait prête, alignée en ordre de bataille. Le Calife, soucieux d'éviter un bain de sang entre Musulmans, avait donné des instructions claires à ses soldats : ils ne devaient charger que si l'ennemi engageait le combat en premier. De plus, il leur avait formellement interdit de tuer les blessés, de poursuivre les fuyards, de s'emparer de butin ou de violer des maisons. Malgré la pluie de flèches qui s'abattait sur ses troupes, 'Alî ordonna à ses hommes de ne pas riposter, les exhortant à patienter.

Jusqu'au dernier moment, 'Alî manifesta une aversion tenace pour l'effusion de sang entre Musulmans. Juste avant que la bataille ne s'engage, il tenta une ultime fois de rallier ses adversaires à sa cause par un appel solennel au Coran. Un homme du nom de Muslim s'avança alors, brandissant un exemplaire du Livre Sacré dans sa main droite. Il s'efforça de convaincre l'ennemi de renoncer à ses intentions injustifiées. Hélas, un soldat ennemi trancha la main qui tenait le Coran. Sans se laisser abattre, Muslim saisit le Livre de sa main gauche, mais celle-ci subit le même sort. Refusant de céder, il pressa le Coran contre sa poitrine avec ses bras mutilés, continuant ses exhortations jusqu'à ce qu'il soit finalement abattu par les sabres ennemis. Ses compagnons récupérèrent son corps et 'Alî lui-même pria sur sa dépouille.

Dans un geste symbolique, le Calife ramassa une poignée de sable et la lança en direction des insurgés, invoquant contre eux la vengeance divine. C'est alors que l'ardeur des hommes de 'Alî ne put être contenue plus longtemps. Brandissant leurs sabres et pointant leurs lances, ils se lancèrent avec bravoure dans une mêlée féroce et animée d'une animosité sans pareille. La bataille fit rage de toutes parts, marquant l'histoire par son intensité.

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'Othmân : Le Troisième Calife

Le Sort de Talhah

Alors que la bataille faisait rage avec une intensité croissante, la victoire semblait peu à peu pencher en faveur de 'Alî. Marwân Ibn al-Hakm, qui avait été le Secrétaire Particulier du précédent Calife, 'Othmân, se trouvait parmi les officiers de l'armée de 'Âyechah. Observant le champ de bataille, il remarqua que Talhah, avec une détermination farouche, incitait ses troupes à combattre avec vaillance.

« Voyez ce traître ! » s'exclama-t-il avec mépris à l'adresse de son serviteur. « Tout récemment encore, il était compté parmi les assassins du vieux Calife. Et le voilà qui prétend être le vengeur de son sang. Quelle plaisanterie ! » Ces mots, empreints de colère et de ressentiment, furent suivis d'un geste impétueux. Dans un accès de haine et de furie, Marwân décocha une flèche qui, dans sa trajectoire implacable, perça la jambe droite de Talhah, traversant ensuite pour atteindre son cheval. L'animal, pris de panique, se cabra violemment, projetant son cavalier au sol.

Dans cet instant de douleur et d'angoisse, Talhah, le cœur lourd, s'écria : « Ô mon Dieu ! Venge 'Othmân sur moi selon Ta Volonté. » Sa voix était empreinte de désespoir alors qu'il appelait à l'aide. Constatant que ses chaussures étaient imbibées de sang, il demanda à l'un de ses hommes de le soulever, de le faire monter sur son cheval, derrière lui, et de le conduire à Basrah. Sentant sa fin imminente, il fit appel à l'un des hommes de 'Alî qui se trouvait là par hasard. Dans un dernier acte de repentir, il lui dit : « Donne-moi ta main, afin que j'y pose la mienne en guise de renouvellement de mon serment d'allégeance à 'Alî. »

C'est en prononçant ces mots de repentir que Talhah rendit son dernier souffle. Lorsque 'Alî fut informé du récit de sa mort, son cœur généreux fut profondément touché. Il déclara avec une sagesse empreinte de compassion : « Allâh ne voulait pas l'appeler au Ciel avant d'effacer sa première violation de serment par ce dernier serment de fidélité. »

Dans le tumulte de cette bataille, le fils de Talhah, Mohammad, trouva lui aussi la mort, scellant ainsi un destin tragique pour cette famille.

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'Othmân : Le Troisième Calife

Le Sort de Zubayr

L'âme de Zubayr était tourmentée par des remords profonds et une componction sincère après avoir entendu 'Alî rappeler une prédiction du Prophète. Il était clair que sa participation à la bataille avait été motivée par les instances pressantes de 'Âyechah et de son fils, et qu'il l'avait fait à contre-cœur. En observant 'Ammâr Ibn Yâcir, ce vénérable et ancien Compagnon du Prophète, connu pour sa probité et son intégrité, diriger les troupes de 'Alî, Zubayr se remémora des paroles prophétiques. Le Prophète avait en effet prédit que 'Ammâr se tiendrait toujours du côté de la justice et du bon droit, et qu'il tomberait sous les coups de sabres de rebelles malveillants. Ces souvenirs avaient pris pour lui une signification sinistre, le convainquant que sa participation à cette bataille était de mauvais augure.

Ainsi, Zubayr prit la décision de se retirer du champ de bataille et de se diriger seul vers la Mecque. En chemin, il atteignit la vallée traversée par le ruisseau de Saba, où Ahnaf Ibn Qays avait établi son campement avec une troupe d'Arabes, attendant l'issue du combat. Ahnaf, le reconnaissant de loin, s'enquit : « Personne ne peut-il m'apporter des nouvelles de Zubayr ? » L'un de ses hommes, 'Amr Ibn Jarmuz, comprit l'allusion et se mit en route.

Zubayr, voyant cet homme approcher, se méfia de ses intentions. Il lui ordonna donc de garder ses distances. Cependant, après quelques échanges de paroles, une amitié naquit entre eux, et ils descendirent de leurs montures pour accomplir la Prière, car l'heure était venue. Mais alors que Zubayr se prosternait dans sa dévotion, 'Amr profita de l'occasion pour le trahir, abattant sa tête d'un coup de cimeterre.

'Amr apporta cette tête à 'Alî, qui, en la voyant, fut submergé de tristesse. C'était la tête d'un homme qui avait été son ami. Avec indignation, il se tourna vers celui qui lui avait apporté ce présent macabre et s'écria : « Va-t-en, maudit ! Apporte tes nouvelles à Ibn Safiyah en enfer. » Cette malédiction inattendue enragea 'Amr, qui s'attendait à recevoir une récompense. Dans un accès de désespoir, il dégaina son sabre et, dans un geste tragique, l'enfonça dans son propre cœur.

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'Othmân : Le Troisième Calife

La Défaite de 'Âyechah

Tel fut donc le sort des deux grands dirigeants des rebelles. Quant à 'Âyechah, l'implacable âme de la révolte, cette femme de guerre indomptable, elle continua à hurler inlassablement de sa voix stridente : « Tuez les assassins de 'Othmân », incitant ses hommes à se battre avec une détermination farouche. Cependant, les troupes, privées de leurs dirigeants, se sentaient déjà démoralisées et avaient commencé à retourner vers la ville.

Toutefois, voyant que 'Âyechah était en danger, ses partisans, animés par un ultime élan de loyauté, arrêtèrent leur fuite et revinrent à son secours. Se rassemblant autour de son chameau, ils essayèrent l'un après l'autre de saisir la bride et de reprendre l'étendard, mais ils furent abattus à tour de rôle. Ainsi, soixante-dix hommes périrent autour de la bride de cet animal maudit. La litière de 'Âyechah, en tôle d'acier et construite comme une cage, était hérissée de dards et de flèches, et sur la bosse de l'énorme bête, elle ressemblait à un hérisson effrayant et en colère.

Convaincu que la bataille ne pourrait être interrompue tant que le chameau continuerait à s'amuser de la sorte avec les défenseurs de 'Âyechah, 'Alî exprima aux hommes qui l'entouraient son désir de voir l'animal terrassé. Après plusieurs assauts désespérés, Mâlik al-Achtar réussit enfin à forcer un passage et à casser l'une des pattes du chameau. Mais malgré cela, l'animal resta debout, impassible, et persévéra dans son attitude. Une autre patte fut brisée, mais sans résultat. Mâlik al-Achtar, étonné et terrifié par le comportement du chameau, ne savait pas s'il devait continuer ou non.

'Âlî s'approcha et lui demanda de frapper sans hésitation, même si l'animal paraissait bénéficier du soutien d'un agent surnaturel. Stimulé par ces paroles, Mâlik frappa la troisième patte, et l'animal fut immédiatement terrassé.

La litière de 'Âyechah étant maintenant à terre, 'Alî ordonna à Mohammad, fils d'Abû Bakr, de se charger de sa sœur et de la protéger des flèches qui continuaient à pleuvoir de toutes parts. Mohammad s'exécuta, s'approcha de la litière, et en y introduisant sa main, il toucha par hasard celle de 'Âyechah. Il entendit alors cette dernière l'accabler d'insultes et crier, interrogative, quel vaurien osait toucher sa main que personne d'autre que le Prophète n'avait l'autorisation de toucher.

Mohammad répondit que bien que cette main fût celle de la personne la plus proche d'elle par le sang, elle était aussi celle de son pire ennemi. Reconnaissant alors la voix bien connue de son frère, 'Âyechah se défit rapidement de ses appréhensions.

("Mohammadan History" de M. Price, cité par S. Ockley, op. cit., p. 310).

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'Othmân : Le Troisième Calife

La Magnanimité de 'Alî envers l'ennemi

La magnanimité de 'Alî envers ses ennemis est une qualité qui a souvent été mise en lumière par les historiens. 'Âyechah, qui s'était opposée à lui avec une détermination farouche, aurait pu s'attendre à un traitement sévère de sa part. Cependant, 'Alî, connu pour sa grandeur d'âme, était bien trop noble pour se venger d'une adversaire vaincue. Comme l'évoque W. Irving dans son ouvrage "Successors of Mohammad" (p. 179), 'Alî choisit la voie de la clémence.

Après que les tumultes de la bataille se furent dissipés, 'Alî alla voir 'Âyechah pour s'enquérir de son état. Il s'assura qu'elle était en sécurité et n'avait subi aucun dommage. Sur un ton empreint de reproche, il lui demanda : « Le Prophète aurait-il accepté que tu agisses ainsi ? » À cela, 'Âyechah répondit avec sagesse : « Tu es victorieux. Sois donc bon envers ton adversaire vaincu. » Touché par ses paroles, 'Alî cessa ses reproches et prit une décision empreinte de bienveillance.

Il ordonna à son frère, Mohammad, de raccompagner 'Âyechah à la demeure de 'Abdullâh Ibn Khalaf, un notable de la tribu des Khozâ'ites à Basrah, qui avait perdu la vie en combattant pour elle. 'Âyechah exprima le souhait que son frère recherche 'Abdullâh, fils de Zubayr, dont le sort était incertain. On finit par le retrouver, blessé, parmi les corps éparpillés sur le champ de bataille. Conformément au désir de 'Âyechah, il fut amené devant 'Alî pour solliciter son pardon.

Dans un geste de générosité remarquable, 'Alî proclama une amnistie générale pour tous les rebelles et leurs alliés, incluant 'Abdullâh Ibn Zubayr. Cependant, malgré cette clémence, certains comme Marwân et les Omayyades choisirent de fuir. Ils se réfugièrent auprès de Mu'âwiyeh en Syrie ou à La Mecque, préférant l'exil à la réconciliation.

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'Othmân : Le Troisième Calife

Le Carnage dans la Bataille

Les pertes humaines au cours de cette bataille furent véritablement dévastatrices, laissant une empreinte indélébile dans l'histoire. Les récits des historiens divergent quant au nombre exact de victimes, mais tous s'accordent sur la gravité du carnage. Certains historiens avancent le chiffre impressionnant de seize mille sept cent quatre-vingt-seize hommes tombés du côté de 'Âyechah, tandis que mille soixante-dix auraient péri parmi les rangs de 'Alî. D'autres sources, tout aussi crédibles, évoquent dix mille morts parmi les partisans de 'Âyechah et cinq mille du côté de 'Alî.

Quel que soit le chiffre exact, une chose est certaine : le champ de bataille était littéralement jonché de cadavres, témoignant de la violence inouïe des affrontements. Dans un geste de pragmatisme et de respect pour les défunts, une fosse commune fut creusée. Sur ordre du Calife, les corps des combattants, qu'ils soient partisans ou adversaires, furent ensevelis ensemble, unis dans la mort après avoir été divisés par la guerre.

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'Othmân : Le Troisième Calife

La Retraite de 'Âyechah

Lorsque la tempête des événements s'apaisa, 'Alî, le Calife, prit l'initiative d'envoyer 'Abdullâh Ibn 'Abbâs auprès de 'Âyechah. Sa mission était de la convaincre de retourner à Médine. Cependant, 'Âyechah refusa catégoriquement cette proposition, exprimant son désir de ne pas se rendre dans un lieu où résidaient des Hâchimites. Ce refus donna lieu à un échange de propos quelque peu acerbes entre l'émissaire de 'Alî et 'Âyechah. 'Abdullâh Ibn 'Abbâs retourna alors auprès du Calife pour lui faire part de l'échec de sa mission.

Face à ce refus, 'Alî envoya ensuite Mâlik al-Achtar pour tenter de la persuader, mais ce dernier ne réussit pas davantage à faire changer d'avis 'Âyechah. Finalement, 'Alî décida de se rendre lui-même auprès d'elle. Il lui rappela son devoir de rester paisiblement dans sa maison, là où le Prophète l'avait laissée, et l'exhorta à oublier le passé. Dans un geste de clémence, il lui dit : « Que Dieu te pardonne pour ce que tu as fait, et qu'IL te couvre de Sa Clémence. » Malgré ces paroles, 'Âyechah demeura inflexible.

En dernier recours, 'Alî envoya son fils al-Hassan pour transmettre un message d'avertissement. Il lui fit savoir que si elle persistait dans son refus de retourner à Médine, elle serait traitée selon des mesures qu'elle connaissait bien. Lorsque al-Hassan arriva, 'Âyechah était en train de se coiffer. À l'écoute du message, elle fut si troublée qu'elle laissa ses cheveux à moitié coiffés, se leva précipitamment et ordonna que l'on prépare immédiatement son départ.

Après le départ d'al-Hassan, les femmes de la maison, intriguées, lui demandèrent pourquoi ce jeune homme avait réussi là où Ibn 'Abbâs, Mâlik al-Achtar et même 'Alî avaient échoué. 'Âyechah expliqua alors que le Prophète avait confié à 'Alî le pouvoir de prononcer le divorce des femmes du Prophète, aussi bien de son vivant qu'après sa mort. Al-Hassan, porteur de ce message d'autorité, l'avait mise dans un profond embarras.

'Alî prit alors les dispositions nécessaires pour organiser le voyage de 'Âyechah. Il ordonna à ses deux fils, al-Hassan et al-Hussayn, de l'escorter sur une partie du chemin, et il l'accompagna lui-même sur une certaine distance. Sur l'ordre de 'Alî, 'Âyechah fut escortée par un cortège de femmes, quarante ou soixante-dix, déguisées en hommes. Cette familiarité apparente suscita des plaintes constantes de la part de 'Âyechah. Cependant, une fois arrivée à Médine, elle découvrit la subtilité de cette ruse et, reconnaissante, elle exprima sa gratitude avec autant de générosité qu'elle avait manifesté de reproches auparavant.

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'Othmân : Le Troisième Calife

Les Butins de Guerre

Comme il a été mentionné plus haut, 'Alî, fidèle à ses principes de justice et d'équité, avait formellement interdit à ses armées de se livrer à tout acte de pillage. Les ordres de 'Alî concernant cette interdiction furent respectés avec un scrupule exemplaire. Ainsi, tout ce qui avait été trouvé sur le champ de bataille ou dans le camp de l'ennemi fut soigneusement rassemblé dans la grande mosquée. Cet espace sacré devint alors un lieu où chacun pouvait venir réclamer la restitution de ses biens, assurant ainsi que rien ne serait pris sans droit.

Face aux mécontents qui se plaignaient de ne pas avoir la permission de puiser dans le butin, 'Alî répondit avec sagesse et fermeté. Il expliqua que les droits de la guerre avaient prévalu tant que les rangs étaient en ordre de bataille, opposés les uns aux autres. Cependant, dès que les insurgés avaient été soumis, ils avaient immédiatement recouvré leurs droits et privilèges en tant que frères musulmans. Cette déclaration soulignait la valeur de la fraternité et de l'unité au sein de la communauté islamique.

Une fois entré dans la ville, 'Alî procéda à la division du contenu du trésor parmi les troupes qui avaient combattu à ses côtés. En faisant cela, il veillait à récompenser ceux qui avaient montré loyauté et courage. De plus, il leur promit une récompense encore plus grande lorsque, par la volonté de Dieu, la Syrie serait délivrée. Cette promesse ajoutait une dimension d'espoir et de motivation pour les troupes, les incitant à continuer leur lutte avec détermination et foi.

Cette approche, décrite dans les "Annals of the Early Caliphate" de W. Muir, page 366, montre la profondeur de la stratégie et de la vision de 'Alî, qui alliait justice, respect et anticipation des besoins futurs de ses hommes.

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'Othmân : Le Troisième Calife

Le Transfert du Siège du Gouvernement

Le séjour de 'Alî à Basrah fut de courte durée. Après avoir pris soin de nommer 'Abdullâh Ibn 'Abbâs comme Gouverneur de cette ville, le Calife décida de reprendre la route vers Kûfa. C'était au mois de Rajab de l'an 36 de l'Hégire. La décision de se rendre à Kûfa n'était pas anodine. En effet, 'Alî nourrissait des craintes quant aux intentions de Mu'âwiyeh, qui pourraient se révéler hostiles à son égard. Kûfa, par sa position stratégique, offrait une protection idéale pour contrer toute éventuelle attaque dirigée contre les régions de l'Irak ou de la Mésopotamie.

Mais il y avait également une autre raison, plus subtile, derrière ce choix. 'Alî se souvenait de l'aide précieuse qu'il avait reçue des habitants de l'Irak. En signe de reconnaissance, il jugea opportun de transférer le siège de son gouvernement de Médine à Kûfa. En faisant de cette ville le cœur de l'Islam et la capitale de l'Empire, 'Alî prenait une décision judicieuse. Kûfa se trouvait en effet au centre géographique de ses provinces, ce qui en faisait un emplacement idéal pour diriger et administrer l'Empire avec efficacité.

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'Othmân : Le Troisième Calife

La Zone de Domination de 'Alî

La conspiration fomentée par 'Âyechah, Talhah et Zubayr, qui avait pris forme sur le champ de bataille de Khoraybah, s'était finalement éteinte sans atteindre ses objectifs. Cette défaite marqua un tournant décisif, permettant à 'Alî de savourer une victoire éclatante. Fort de ce succès, il s'assura désormais une domination incontestée sur un vaste territoire. Ce domaine s'étendait majestueusement du Khorâsân à l'est, embrassant les terres lointaines de l'Égypte à l'ouest. Cependant, cette emprise territoriale n'était pas sans exception. Les provinces situées au nord-ouest de l'Arabie échappaient encore à son autorité, car elles demeuraient sous l'influence du gouverneur de Syrie, Mu'âwiyeh, qui exerçait son pouvoir avec fermeté dans cette région.

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'Othmân : Le Troisième Calife

Les Activités Préliminaires de Mu'âwiyeh

Nous avons déjà noté que durant son séjour à Médine, à l'occasion de sa visite au Calife 'Othmân, Mu'âwiyeh avait un jour consulté Ka'b al-Ahbar pour connaître l'issue des troubles qui secouaient alors le Califat. Ka'b avait prophétisé que 'Othmân serait assassiné et qu'après un long parcours, la Mule Grise, un surnom désignant Mu'âwiyeh, parviendrait à s'emparer du pouvoir. Fort de cette prédiction, Mu'âwiyeh se mit en quête des opportunités qui pourraient le conduire à la suprême autorité, sans jamais perdre de vue cet objectif dans toutes les actions qu'il entreprenait.

C'est à la lumière de cette ambition que l'on peut comprendre pourquoi Mu'âwiyeh ne s'était pas précipité pour envoyer les secours demandés par 'Othmân lorsque ce dernier était assiégé. Après l'assassinat de 'Othmân, il s'était employé à inciter les Syriens à venger son sang, exhibant du haut de sa chaire la chemise ensanglantée du Calife assassiné. Il avait également retenu longtemps le messager de 'Alî, évitant de répondre de manière définitive à sa demande d'allégeance, espérant ainsi que l'esprit de révolte se propagerait parmi les Syriens.

Mu'âwiyeh avait rassemblé autour de lui tous les notables en disgrâce, tels que 'Obaydullâh, le fils du Calife 'Omar, qui avait fui de peur d'être traduit en justice devant 'Alî pour meurtre. Il avait aussi accueilli 'Abdullâh Ibn Abî Sarh, l'ancien gouverneur d'Égypte révoqué par 'Alî, Marwân, le secrétaire et mauvais génie du Calife 'Othmân, ainsi que presque tous les proches partisans de ce dernier. Les Omayyades qui avaient fui chez lui après la défaite de 'Âyechah à Basrah étaient également présents.

Pour renforcer sa position, Mu'âwiyeh avait scellé une alliance avec 'Amr Ibn al-'Âç, le conquérant de l'Égypte et ancien gouverneur de ce pays. Résidant désormais en Palestine en tant que propriétaire et contestataire, 'Amr avait obtenu l'assurance de Mu'âwiyeh de reprendre son poste de gouverneur en échange de sa coopération pour la déposition de 'Alî. Il prêta serment d'allégeance à Mu'âwiyeh, le reconnaissant comme Calife légitime en présence de toute l'armée, qui suivit son exemple, bientôt rejointe par le grand public de Syrie lors d'une cérémonie d'acclamation.

Mu'âwiyeh avait également cherché à obtenir l'allégeance de nombreux Compagnons distingués du Prophète, tels que Sa'd Ibn Abî Waqqâç, 'Abdullâh Ibn 'Omar, Osâmah Ibn Zayd, et Mohammad Ibn Maslamah. Ces derniers s'étaient fait remarquer par leur refus de prêter serment d'allégeance à 'Alî lors de l'inauguration de son Califat, mais ils avaient également rejeté les sollicitations de Mu'âwiyeh, lui écrivant des lettres de reproches et choisissant de rester à l'écart des deux parties. À cette époque, seuls quelques Compagnons du Prophète, tels qu'Abû Horayrah, Abû al-Dardâ', Abû Osâmah al-Bâhilî, et No'mân Ibn Bachîr al-Ançârî, étaient en service auprès de la Cour de Mu'âwiyeh.

Pendant plus de vingt ans, en tant que gouverneur de la riche province de Syrie, Mu'âwiyeh avait adopté une politique clairvoyante. Il avait amassé un immense trésor et préparé une puissante armée qui lui était totalement dévouée. Les préjugés qu'il avait perfidement inculqués aux Syriens, impliquant 'Alî dans l'assassinat de 'Othmân, militaient désormais en sa faveur. La chemise tachée du sang de 'Othmân pendait encore sur la chaire dans la grande mosquée de Damas, et les gens, enflammés par la vue de cet objet macabre, pleuraient à chaudes larmes, réclamant vengeance contre les meurtriers et leurs protecteurs.

Tel était le redoutable adversaire auquel 'Alî devait faire face après en avoir fini avec 'Âyechah, Talhah et Zubayr.

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'Othmân : Le Troisième Calife

La Marche de 'Alî vers la Frontière Syrienne

La situation en Syrie était marquée par des agitations persistantes, et 'Alî, conscient de l'urgence de la situation, tenta une nouvelle fois de privilégier la voie diplomatique. C'était au mois de Cha'bân de l'année 36 de l'Hégire, correspondant à janvier 657 après Jésus-Christ. Dans cet esprit de conciliation, il envoya à Mu'âwiyeh un émissaire de confiance : Jarîr, un chef respecté des Banî Bajila et Gouverneur de Hamadân. Jarîr se trouvait alors à Kûfa, ayant été convoqué pour prêter serment d'allégeance au nouveau Calife. Sa mission était d'autant plus délicate qu'il était connu pour entretenir des relations amicales avec Mu'âwiyeh.

Cependant, l'attente de son retour à Kûfa fut longue et empreinte d'angoisse. Après trois mois d'absence, Jarîr revint finalement, porteur d'un message oral de Mu'âwiyeh. Ce dernier stipulait qu'il ne pourrait prêter allégeance que si les assassins de 'Othmân étaient punis. Cette réponse ne fit qu'exacerber les tensions. Mâlik al-Achtar, un fidèle de 'Alî, accusa Jarîr d'avoir gaspillé son temps en plaisirs en compagnie de Mu'âwiyeh, qui l'aurait délibérément retenu pour parfaire ses plans hostiles. Offensé par ces accusations, Jarîr quitta Kûfa pour rejoindre Mu'âwiyeh, renforçant ainsi le camp de ce dernier.

Face à l'impasse diplomatique et constatant l'inflexibilité de Mu'âwiyeh, 'Alî n'eut d'autre choix que de se préparer à la confrontation. Il décida de marcher sur la Syrie sans plus tarder. Au mois de Thilqa'dah de l'année 36 de l'Hégire, soit en avril 657 après Jésus-Christ, il envoya un détachement en avant-garde pour le rejoindre à Riqqah. C'est de là qu'il se dirigea avec son armée vers Madâ'in. Depuis cette position stratégique, il dépêcha un contingent et entreprit la traversée du désert mésopotamien, déterminé à résoudre ce conflit par la force des armes si nécessaire.

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La Source Miraculeuse dans le Désert Mésopotamien

Au cœur du désert mésopotamien, sur la route de son périple, 'Alî et son armée se trouvèrent confrontés à une épreuve redoutable : le manque cruel d'eau. Dans cette vaste étendue aride, aucune source ne semblait à portée de main, et la soif commençait à peser lourdement sur les hommes. C'est alors qu'un ermite chrétien, vivant reclus dans une grotte non loin du campement, fut sollicité pour son aide précieuse. On espérait qu'il pourrait localiser un puits salvateur.

L'ermite, avec une sincérité désolée, expliqua à 'Alî qu'aucun puits ne se trouvait à proximité. Il n'y avait là qu'un simple réservoir, contenant à peine de quoi remplir trois seaux d'eau de pluie. Mais 'Alî, avec une conviction inébranlable, lui rappela que jadis, certains prophètes de Banî Isrâ'îl avaient élu domicile en ces lieux. Ils avaient, disait-on, creusé un puits pour assurer leur approvisionnement en eau. L'ermite, bien qu'ayant entendu cette légende, précisa que le puits avait été rebouché depuis des temps immémoriaux. Plus aucune trace n'en subsistait, et selon une tradition ancienne, seul un prophète ou quelqu'un envoyé par un prophète pourrait le retrouver et le rouvrir.

Dans un geste empreint de mystère, l'ermite présenta alors un rouleau de parchemin. Sur celui-ci, Simeon Ibn Çafâ, connu aussi sous le nom de Simon Cephos, l'un des apôtres les plus éminents de Jésus-Christ, avait consigné une prédiction. Elle annonçait la venue de Mohammad, le dernier des Prophètes, et la redécouverte de ce puits par son héritier et successeur légitime. 'Alî, attentif à cette révélation, se tourna vers ses compagnons. D'un geste assuré, il désigna un endroit précis et leur ordonna : "Creusez ici."

Les hommes s'exécutèrent, et après un travail acharné, ils heurtèrent une énorme pierre. Avec beaucoup de peine, ils parvinrent à la déplacer, révélant ainsi le puits miraculeux. Ce dernier offrit à l'armée une réserve d'eau inespérée, confirmant par la même occasion la légitimité du Califat de 'Alî. L'ermite, témoin de ce prodige, fut submergé par la foi. Il se prosterna aux pieds de 'Alî, embrassa ses genoux, et dès lors, ne le quitta plus jamais.

Après avoir remercié Dieu pour cette bénédiction et s'être assuré de suffisamment d'eau pour l'année, 'Alî reprit sa route. Traversant les étendues du désert mésopotamien, il atteignit Riqqah, sur les rives de l'Euphrate. Là, un pont de bateaux fut installé, permettant à l'armée de traverser le fleuve. Ils continuèrent leur avancée vers l'ouest, jusqu'à rencontrer l'avant-poste syrien à Sour-al-Rûm. Après quelques escarmouches entre les avant-gardes des deux armées, l'ennemi finit par prendre la fuite. L'armée de 'Alî poursuivit alors sa progression, jusqu'à ce qu'elle se trouve en vue du principal corps des forces de Mu'âwiyeh, déjà stationnées à Çiffîn. C'était le mois de Thilhaj, en l'an 36 de l'Hégire, correspondant à mai 657 après Jésus-Christ.

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Le Campement de 'Alî à Çiffîn

Dans le récit qui suit, le Major Price nous plonge dans les circonstances dramatiques du début de la guerre opposant Mu'âwiyeh au Calife 'Alî. À Çiffîn, un lieu stratégique, Mu'âwiyeh avait pris soin de placer Abul-Awr, l'un de ses généraux les plus aguerris, à la tête d'une force de dix mille combattants. Leur mission était claire : contrôler l'accès à l'eau de l'Euphrate, un élément vital, et ainsi le bloquer aux troupes de 'Alî. Cette position avantageuse, occupée par l'armée rebelle, ne tarda pas à être contestée par 'Alî, qui arriva peu après et établit son campement à proximité immédiate.

Les hommes de 'Alî, en quête d'eau pour leur survie, découvrirent rapidement que l'accès à cette ressource essentielle leur était interdit. Face à cette situation critique, 'Alî envoya une délégation à Mu'âwiyeh, plaidant pour un geste de bonne volonté entre gens liés par des liens de parenté, même en temps de guerre. Il assurait que s'il avait eu le contrôle de cet accès, il l'aurait partagé équitablement entre les deux armées. Cependant, Mu'âwiyeh, après avoir consulté ses conseillers, rejeta cette demande. Ces derniers rappelaient que les meurtriers de 'Othmân avaient eux-mêmes privé ce dernier d'eau, et voyaient donc une justice dans le fait de faire subir le même sort à 'Alî.

Toutefois, 'Amr Ibn al-'Âç, un conseiller influent, exprima une opinion divergente. Il souligna que 'Alî ne laisserait pas ses hommes mourir de soif, ayant derrière lui les légions de l'Irak et devant lui l'Euphrate. Il conclut en rappelant que l'enjeu véritable n'était pas une simple outre d'eau, mais bien le Califat. Malgré cet avis, la décision initiale prévalut, et la délégation de 'Alî fut renvoyée avec un message ferme : Mu'âwiyeh était résolu à ne pas céder ce qu'il considérait comme un atout crucial pour la victoire future.

Cette interdiction d'accès à l'eau plongea 'Alî dans un profond désarroi, jusqu'à ce que la situation devienne intenable. Mâlik al-Achtar et Ach'ath, fils de Qays, sollicitèrent alors la permission d'ouvrir la voie vers l'eau par la force. Une fois l'autorisation accordée et la proclamation faite dans le camp, dix mille hommes se rassemblèrent en un temps record derrière l'étendard de Mâlik al-Achtar, et dix mille autres autour de la tente d'al-Ach'ath.

Les deux commandants, organisant leurs troupes avec soin, menèrent leurs armées respectives vers le lit de l'Euphrate. Après avoir en vain averti Abul-Awr de dégager la rive, Mâlik, à la tête de la cavalerie, et Ach'ath, dirigeant l'infanterie, engagèrent le combat. Mâlik, épuisé par la soif et l'effort, refusa généreusement une gorgée d'eau offerte par un soldat, déterminé à soulager d'abord ses hommes. Malgré l'attaque ennemie, il parvint à abattre sept de leurs plus valeureux soldats.

Cependant, la soif devenait insupportable pour Mâlik et ses troupes. Il ordonna donc à ceux portant des outres de le suivre à travers les lignes ennemies jusqu'à ce qu'ils aient rempli leurs récipients. Brisant les rangs adverses, Mâlik se dirigea vers le fleuve, où ses hommes purent enfin s'approvisionner en eau.

Une bataille féroce éclata sur les rives de l'Euphrate. Abul-Awr, voyant ses troupes céder sous l'attaque implacable, appela à l'aide Mu'âwiyeh, qui dépêcha immédiatement 'Amr Ibn al-'Âç avec trois mille cavaliers. L'arrivée de ce renfort ne fit qu'accélérer la victoire de Mâlik. En effet, à l'annonce de l'approche de 'Amr, Mâlik, protégé par son bouclier, chargea avec une détermination irrésistible. 'Amr ne put éviter la confrontation qu'en se retirant vers les rangs syriens. De nombreux soldats syriens furent abattus ou précipités dans le fleuve, tandis que le reste cherchait refuge dans le camp de Mu'âwiyeh.

Les troupes de 'Alî, ayant réussi à repousser l'ennemi, s'installèrent paisiblement autour de cette précieuse source d'eau. Mu'âwiyeh, confronté aux reproches de 'Amr, se trouva contraint de solliciter la clémence de 'Alî, à qui il avait récemment refusé la sienne. Mais 'Alî, fidèle à sa nature généreuse et magnanime, accorda sans hésitation l'accès à l'Euphrate à tous les combattants. Dès lors, les soldats des deux camps purent se rendre au fleuve en toute confiance et liberté.

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Des Combats sans suite pendant un Mois

Durant cette période tumultueuse, 'Alî, conscient de la nécessité stratégique, divisa ses forces, qui comptaient un total impressionnant de quatre-vingt-six mille hommes, en sept colonnes distinctes. Chacune de ces colonnes était placée sous la direction d'un Compagnon du Prophète ou d'un chef de renom, assurant ainsi une organisation militaire solide et respectée. Les commandants choisis pour mener ces troupes étaient des figures éminentes : 'Ammâr Ibn Yâcir, 'Abdullâh Ibn 'Abbâs, Qays Ibn Sa'd Ibn 'Obâdah, 'Abdullâh Ibn Ja'far, Mâlik al-Achtar, Ach'ath Ibn Qays al-Kindi et Sa'îd Ibn Qays Hamadânî.

De son côté, Mu'âwiyeh, dont l'armée surpassait en nombre celle de 'Alî avec cent vingt mille combattants, adopta une stratégie similaire en divisant ses forces en sept ou huit colonnes. Ces unités étaient dirigées par des généraux aguerris tels que 'Amr Ibn al-'Âç, 'Abdullâh Ibn 'Amr Ibn al-'Âç, 'Obaydullâh Ibn 'Omar, Abul-Awr, Thul Kala' Homayri, 'Abdul-Rahmân Ibn Khâlid Ibn al-Walîd et Habîb Ibn Maslamah.

Chaque colonne, de part et d'autre, avançait tour à tour vers le champ de bataille. Les combats qui s'ensuivaient prenaient souvent la forme de duels individuels ou de petites escarmouches, où un seul héros de chaque camp s'affrontait jusqu'à ce que la chaleur accablante de la journée rende la lutte insupportable. Ces affrontements sporadiques s'étendirent tout au long du mois de Thilhaj. Cette stratégie était principalement motivée par le désir de 'Alî d'éviter de lourdes pertes parmi les Musulmans, évitant ainsi une bataille générale et décisive qui aurait pu être désastreuse.

Lorsque l'année suivante débuta, marquée par le mois sacré de Moharram où le combat était interdit, les deux armées se retrouvèrent campées face à face, sans engager de véritables hostilités. Durant cette trêve imposée, 'Alî, animé par un désir sincère de réconciliation, chercha à renouer le dialogue avec Mu'âwiyeh pour prévenir une crise imminente. Il parvint à réengager des négociations, mais malgré ses efforts, le mois s'écoula sans résultat concret. 'Alî exprima clairement sa volonté, en tant que Calife, d'appliquer la Loi Divine contre les assassins de 'Othmân, à condition que Mu'âwiyeh puisse les identifier précisément.

Cependant, Mu'âwiyeh, nourrissant des ambitions secrètes pour le Califat, utilisa le prétexte de venger le sang de 'Othmân comme un levier puissant pour rassembler une armée considérable. Ce motif, bien que présenté comme légitime, cachait des intentions plus personnelles. Il refusa tout accord tant que les assassins de 'Othmân ne seraient pas éliminés, maintenant ainsi une tension persistante entre les deux camps.

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Des Combats Féroces à Çiffîn

Les combats féroces reprirent à Çiffîn au début du mois de Çafar de l'année 37 de l'Hégire. Dès les premiers jours, les hostilités s'intensifièrent, et pendant une semaine entière, la bataille fit rage avec une intensité grandissante. Du lever au coucher du soleil, les belligérants s'affrontaient sans relâche. Chaque jour, la violence des affrontements augmentait, rendant la situation de plus en plus affligeante pour les combattants des deux camps.

La deuxième semaine de ce conflit acharné, 'Alî prit la décision d'engager un combat décisif. Les récits minutieux rapportés par Price décrivent avec précision les nombreux duels qui eurent lieu au cours de cette campagne prolongée. Dans nombre de ces affrontements singuliers, 'Alî lui-même était impliqué. Sa force et son habileté extraordinaires étaient bien connues et redoutées par ses adversaires, au point qu'il devait souvent dissimuler son identité pour inciter un combattant ennemi à l'attaquer.

Lors d'une occasion mémorable, 'Alî, monté sur le cheval d'un de ses généraux et vêtu de son armure, fut pris pour cible par un guerrier de l'armée de Mu'âwiyeh. D'un coup de cimeterre d'une puissance redoutable, il trancha le corps de son adversaire en deux, séparant la partie supérieure de la partie inférieure. La légende raconte que la lame était d'une telle acuité et d'une telle dureté, et que le coup fut exécuté avec tant de rapidité et de précision, que l'homme ainsi coupé en deux resta un moment en selle. On crut même un instant que 'Alî avait manqué son coup, jusqu'à ce que le cheval bouge, laissant tomber les deux moitiés du corps sur le sol. Cette scène dramatique est relatée dans "History of the Saracens" de S. Ockley, page 314.

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'Ammâr Tombe dans la Bataille

Les pertes en vies humaines lors de ces combats furent particulièrement lourdes, surtout dans les rangs de l'armée de Mu'âwiyeh. Dans l'armée de 'Alî, la perte de certains Compagnons distingués du Prophète fut profondément regrettée, aussi bien par les partisans que par l'ennemi. Parmi ces pertes, 'Ammâr Ibn Yâcir, un Compagnon éminent, fut grièvement blessé. À ses côtés, Hâchim Ibn 'Otbah, le héros de Qâdiciyyah, tomba en combattant avec bravoure. En voyant Hâchim s'effondrer, 'Ammâr s'écria vers ses compagnons : « Ô Hâchim, en ce moment-même, je vois le Ciel ouvert et les vierges aux yeux noirs, vêtues de robes de mariées, t'étreignant de leurs baisers affectueux. »

Réconforté par cette vision céleste, 'Ammâr se désaltéra avec sa boisson préférée, un mélange de lait et d'eau, et retrouva l'ardeur de sa jeunesse pour se lancer à nouveau dans la bataille. Il attaqua les rangs ennemis avec une vigueur renouvelée avant de finalement tomber, rencontrant ainsi le sort tant envié des martyrs. Les paroles du Prophète concernant 'Ammâr résonnèrent longtemps dans les esprits : « Tu seras tué un jour par la partie rebelle et déviée, Ô 'Ammâr ! » Cette prédiction fut interprétée comme une affirmation que 'Ammâr mourrait en combattant pour la bonne cause. Sa mort devint ainsi une condamnation claire de la partie contre laquelle il avait lutté, semant la discorde dans les rangs de l'armée de Mu'âwiyeh.

Lorsque 'Amr Ibn al-'Âç apprit la mort de 'Ammâr, il chercha à disculper son camp en déclarant : « Et qui d'autre a tué 'Ammâr, si ce n'est 'Alî, le rebelle, en l'amenant ici ? » Cette réplique habile se répandit rapidement parmi les soldats de l'armée syrienne, dissipant le mauvais présage associé à la mort de 'Ammâr. Selon d'autres récits, les dernières paroles de 'Ammâr furent : « L'homme assoiffé désirait ardemment de l'eau, et tout près de lui une source jaillit, il descend dans la source et boit. C'est le jour joyeux de la rencontre avec les amis, avec Muhammad et ses Compagnons. »

« Par Allâh ! Je ne connais pas d'action qui fasse plus plaisir à Dieu que de guerroyer contre les vagabonds hors-la-loi. Je voudrais combattre même si j'étais sûr d'être emporté par une lance, car mourir en martyr et l'assurance d'aller au Paradis de cette façon ne peuvent être acquis que dans les rangs de 'Alî. Quel que soit le courage avec lequel les ennemis peuvent se battre, la justice restera de notre côté. Ils ne veulent pas vraiment venger la mort de 'Othmân, mais c'est l'ambition qui les conduit à la rébellion. Suivez-moi, Ô Compagnons du Prophète ! Les portes des Cieux sont ouvertes et les houris attendent de nous accueillir. Triomphons ici, ou rencontrons Muhammad et ses amis au Paradis ! »

Après avoir prononcé ces mots inspirants, 'Ammâr brandit son arme et se lança avec une violence désespérée dans le combat, jusqu'à ce qu'il soit finalement cerné par les Syriens et tombe, sacrifié par son propre courage. Sa mort incita les troupes de 'Alî à chercher vengeance, tandis que même les Syriens regrettèrent sa perte en raison de la haute estime dans laquelle le Prophète le tenait.

Voyant 'Ammâr tomber, Mu'âwiyeh s'adressa à 'Amr Ibn al-'Âç, qui était assis à ses côtés : « Vois-tu quelles précieuses vies sont perdues à cause de nos dissensions ? » 'Amr répondit avec tristesse : « Oui, je vois. J'aurais voulu que Dieu ne me laissât pas vivre jusqu'à ce que j'assiste à une pareille catastrophe. »

'Ammâr Ibn Yâcir, le patriarche de la chevalerie musulmane, avait atteint l'âge vénérable de quatre-vingt-treize ans. Il avait combattu sous les ordres du Prophète à Badr et dans de nombreuses autres batailles. Dans cette dernière bataille, il était le Commandant de la Cavalerie de l'armée de 'Alî. Révéré de son vivant, il fut pleuré par tous après sa mort. Mortellement blessé par la lance de Jowayr Oskoni, il fut ramené à sa tente où 'Alî, le cœur lourd, le prit dans ses bras, versa des larmes de deuil et pria sur lui.

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Le Piètre État de 'Amr Ibn al-'Âç

Dans le tumulte des batailles et des intrigues politiques, 'Amr Ibn al-'Âç ne semble pas avoir fait preuve de plus de bravoure personnelle que son allié Mu'âwiyeh. Selon le récit de Price, peu de temps après un changement d'armure d'Alî pour se déguiser et retourner au combat, 'Amr Ibn al-'Âç, ignorant l'identité de son adversaire, s'avança avec assurance. Alî, feignant une légère appréhension, l'encouragea à s'approcher davantage. Tous deux étaient à cheval, et alors qu'Amr se rapprochait, il déclama quelques vers vantards, affirmant qu'il semerait la désolation dans l'armée ennemie, même si elle comptait un millier d'hommes comme Alî dans ses rangs.

Cependant, Alî répondit avec des mots qui révélèrent de manière inattendue sa véritable identité. Pris de panique, 'Amr s'éloigna précipitamment, fouettant et éperonnant son cheval pour fuir aussi vite que possible. Alî, déterminé, se lança à sa poursuite avec une ardeur sans faille. D'un geste précis, il plongea en avant, et la pointe de sa lance traversa les bordures de la cotte de mailles de 'Amr, le projetant à terre, la tête la première. Dans sa chute, 'Amr se retrouva dans une situation embarrassante : ne portant pas de sous-vêtements, ses parties intimes furent exposées à la vue de tous. Face à cette scène, Alî, dans un élan de clémence, renonça à lui infliger davantage de mal et lui permit de s'enfuir, non sans lui adresser une remarque méprisante sur les circonstances qui lui avaient sauvé la vie.

La suite de cette aventure se poursuit par un échange plein d'humour entre 'Amr et Mu'âwiyeh lors de leur prochaine rencontre. Mu'âwiyeh, avec une pointe de sarcasme, déclara : « Je te fais crédit pour ton ingéniosité, Ô 'Amr, et je crois que tu es le premier guerrier à avoir échappé à l'épée par un si scandaleux dévoilement. Tu dois être reconnaissant envers ces organes que tu as exposés jusqu'au jour de ta mort. »

'Amr Ibn al-'Âç, piqué au vif, rétorqua : « Cesse de te moquer de moi, Ô Mu'âwiyeh ! Si tu avais été à ma place, ton orgueil aurait été complètement rabaissé, et tes femmes et enfants auraient été respectivement veuves et orphelins. »

Mu'âwiyeh, poursuivant sur le ton de la plaisanterie, ajouta : « De grâce, 'Amr ! Comment respirais-tu avec tes jambes suspendues en l'air ? Si tu avais su comment tu allais être déshonoré, tu aurais sûrement porté un caleçon. »

'Amr, tentant de justifier sa fuite, répondit : « Je me suis seulement retiré devant la force supérieure de mon ennemi. »

Mu'âwiyeh, implacable, continua : « Je ne considère pas comme déshonorant le fait de te soumettre à Alî, mais je maintiens qu'il était scandaleux de faire de tes jambes un mât de drapeau et de t'exposer si honteusement devant Alî et devant tout le monde. »

'Amr, cherchant une explication plus noble à sa survie, suggéra : « Je n'exclurais pas que 'Alî m'ait épargné parce qu'il se serait rappelé que je suis le fils de son oncle. »

Mu'âwiyeh, d'un ton moqueur, répliqua : « Non ! 'Amr ! C'est trop arrogant de ta part. Le Prophète avait déclaré que 'Alî était de la même ascendance que lui, et nous savons tous que son père était un chef de l'illustre race de Hâshim, tandis que le tien était un simple boucher de la tribu de Quraych. »

'Amr, accablé par ces mots, s'exclama : « Grand Dieu ! Tes remarques sont pires que les épées et les flèches de l'ennemi. Si je ne m'étais pas impliqué dans ta querelle, ni troqué mon bien-être éternel contre le profit de ce bas-monde, je n'aurais pas été obligé de supporter de tels propos, ni d'endurer un tel fardeau de peine et d'angoisse. »

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'Othmân : Le Troisième Calife

Une Bataille Férocement Livrée

Un jour mémorable, alors que la campagne semblait imminente, 'Alî se prépara à la bataille avec une solennité qui ne laissait présager rien de bon. Il s'habilla de la cotte de mailles et du turban du Prophète, symboles de courage et de foi, et monta sur le noble cheval du Prophète, Riyâh. Dans un geste empreint de respect et de détermination, il déploya l'ancien et vénérable étendard de Mohammad. Cette relique sacrée, bien que déchirée et usée par le temps, évoqua une profonde émotion parmi les illustres Compagnons. Ceux qui avaient si souvent combattu et triomphé sous son ombre ne purent retenir leurs larmes. L'apparition de cette bannière inspira les troupes, qui, dans un élan d'enthousiasme, se rassemblèrent pour former une imposante démonstration de force sous ce symbole sacré.

De l'autre côté, Mu'âwiyeh avait rassemblé douze mille des plus vaillants guerriers de Syrie. Cependant, 'Alî, brandissant son épée, à la tête de ses vétérans intrépides, lança l'assaut avec le cri puissant de "Allâh-û-Akbar". Ce cri de ralliement résonna avec une telle intensité qu'il plongea immédiatement les rangs syriens dans une confusion totale.

Peu à peu, les Syriens parvinrent à se ressaisir et à réorganiser leurs lignes. La tribu de Awk, alliée de Mu'âwiyeh, et celle des Hamandites, soutenant 'Alî, firent chacun de leur côté un vœu solennel : ne jamais quitter le champ de bataille tant qu'un seul ennemi y resterait pour le disputer. Cette résolution farouche conduisit à un carnage terrible parmi les plus braves des deux armées. Les têtes roulaient sur le sol, et le sang coulait à flots, créant un spectacle de désolation et de bravoure.

Finalement, l'issue de la bataille fut fatale pour les Syriens. Ils subirent une défaite totale, contraints de se retirer dans une confusion et un désarroi des plus grands. Cette journée, marquée par le courage et le sacrifice, resta gravée dans les mémoires comme un témoignage de la détermination et de la force des combattants sous la bannière de 'Alî.

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Des Combats Décisifs à Çiffîn

La bataille de Çiffîn, un affrontement décisif et mémorable, se déroula avec intensité durant les journées des 11, 12 et 13 Çafar de l'année 37 de l'Hégire. Alors que le jour laissait place à la nuit, la guerre continuait de faire rage sous la lumière éclatante de la pleine lune du 13 Çafar. Cette nuit-là, semblable à celle du champ de bataille de Qadisiyyah, fut surnommée la seconde Laylat al-Harir, la nuit des sons métalliques, en raison du fracas incessant des armes.

Parmi les combattants, Mâlik al-Achtar se distinguait par sa bravoure. Monté sur un cheval pie, il maniait un sabre large à double tranchant avec une dextérité redoutable. Inlassablement, il scandait le cri puissant de «Allâho Akbar». À chaque fois que son cimeterre s'abattait, un guerrier ennemi tombait, fendu en deux. Les chroniques rapportent que, durant cette nuit, son cri résonna au moins quatre cents fois, témoignant de sa détermination inébranlable à remporter la victoire. Animé par une volonté farouche, Mâlik al-Achtar menait ses attaques avec une vigueur et une pugnacité remarquables.

Lorsque le jour se leva, la situation semblait désastreuse pour les Syriens. Sous la pression des assauts incessants de leurs adversaires courageux, ils furent repoussés vers leur campement. Mu'âwiyeh, observant le déroulement de la bataille avec une inquiétude croissante, voyait ses rangs se désintégrer. Ses gardes du corps, autrefois solides, étaient taillés en pièces. Pris de panique, il envisagea même de fuir et ordonna que son cheval soit préparé.

Cependant, à ses côtés, 'Amr Ibn al-'Âç, faisant preuve de sang-froid, l'encouragea : «Courage, Mu'âwiyeh! Ne te démoralise pas! J'ai imaginé le moyen de prévenir la crise. Appelle l'ennemi à la Parole de Dieu en levant haut le Livre Sacré. S'il accepte, cela te mènera à la victoire, et s'il refuse de subir l'épreuve, la discorde sévira dans ses rangs». Ces mots apportèrent une lueur d'espoir à Mu'âwiyeh, lui offrant une stratégie pour inverser le cours des événements.

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'Othmân : Le Troisième Calife

Une Supercherie pour Détourner la Crise

Mu'âwiyeh, dans un geste calculé et désespéré, s'accrocha fermement aux paroles qui avaient été prononcées. Peu de temps après, cinq cents copies du Coran furent brandies haut dans le ciel, accrochées à la pointe des lances. Les porteurs de ces copies sacrées s'adressèrent à l'armée adverse avec une exclamation retentissante : « Regardez ! Laissons au Livre de Dieu le soin de décider de nos différends. » Ce stratagème, habilement orchestré, eut un effet presque envoûtant sur Ach'ath Ibn Qays et ses partisans, ainsi que sur certains des Kûfites. Il semblait que ces hommes attendaient avec une impatience mêlée d'angoisse cet artifice. Ils se précipitèrent en avant avec une énergie renouvelée, criant d'une seule voix : « Oui, le Livre de Dieu ! Laissons-le décider de nos différends », tout en déposant leurs armes avec détermination.

En entendant ce tumulte, 'Ali avança de quelques pas pour les admonester. Avec une voix empreinte de sagesse et de fermeté, il leur dit : « C'est une supercherie. Craignant la défaite, ces hommes malveillants ont trouvé cette astuce de sauvetage. » Les hommes, dupés par la ruse de Mu'âwiyeh, s'exclamèrent avec incrédulité : « Est-ce que tu refuses de te soumettre à la décision du Coran auquel ils t'appellent ? » 'Ali, avec une clarté inébranlable, répondit : « Mais c'est pour les amener au Coran que je les ai combattus si longuement. Ce sont des rebelles. Allez donc combattre votre ennemi. Je connais Mu'âwiyeh, 'Amr Ibn al-'Âç, Ibn Abî Sarh, Habib et Dhohâk mieux que vous. Ils n'ont pas d'égard pour la religion ni pour le Coran. »

Cependant, malgré ses avertissements, les hommes persistèrent : « Quoi qu'il en soit, nous sommes à présent appelés au Coran et nous ne devons pas décliner cet appel. » Ils restèrent sourds à tout argument, et finalement, dans une attitude de révolte, ils menacèrent le Calife. S'il refusait l'appel, ils l'abandonneraient tous, ou pire encore, ils le livreraient à son ennemi, ou lui réserveraient le même sort qu'avait subi 'Othmân. 'Ali, réalisant l'inutilité de tenter de convaincre ces soldats définitivement séduits par l'astuce de Mu'âwiyeh, leur dit alors : « Arrêtez d'user de ce langage véhément et traître et obéissez-moi en reprenant le combat. Mais si vous êtes déterminés à me désobéir, faites comme vous voulez. »

Face à leur refus d'obéir, ils insistèrent pour que Mâlik al-Achtar soit retiré du champ de bataille. Ces hommes, devenus très sectaires, seront plus tard connus dans l'histoire sous le nom de "Khârijites" - les sécessionnistes. Mâlik al-Achtar, sommé de revenir, refusa d'abord, déclarant : « Je ne peux pas quitter le champ de bataille. La victoire est à la portée de la main. » Devant cette réponse, le tumulte des Khârijites s'intensifia, et ils pressèrent 'Ali de le faire ramener immédiatement. 'Ali envoya un autre message à Mâlik al-Achtar, lui disant : « À quoi sert la victoire lorsque la trahison sévit à l'intérieur de mon propre camp. Reviens tout de suite avant que je sois tué ou livré à mes ennemis. »

Mâlik al-Achtar, bien que réticent, cessa le combat et accourut auprès du Calife. Une vive dispute éclata entre lui et les soldats en colère. Il leur dit : « Vous combattiez, jusqu'à hier encore, pour Dieu et les plus élus d'entre vous y ont laissé leur vie. Cela signifie-t-il que vous reconnaissez maintenant que vous êtes dans l'erreur et que vos martyrs sont allés en enfer ? » Ils répliquèrent avec force : « Non ! Ce n'est pas ainsi. Hier nous combattions pour le Seigneur, et aujourd'hui c'est pour le Seigneur aussi que nous arrêtons le combat. » À cette réponse, Mâlik al-Achtar les accusa de traîtrise, de lâcheté, d'hypocrisie et de mécréance. Ils ripostèrent en l'injuriant et frappèrent son cheval avec leurs fouets. 'Ali s'interposa alors, et le tumulte s'apaisa, ramenant un semblant de calme dans le camp.

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'Othmân : Le Troisième Calife

Des Propositions d'Arbitrage

Ach'ath Ibn Qays al-Kindî, un personnage influent parmi les Khârijites, prit une décision audacieuse en quittant leurs rangs pour s'approcher de 'Alî. Il souhaitait obtenir la permission de rencontrer Mu'âwiyeh afin de comprendre la véritable signification de l'action de ce dernier, qui avait consisté à lever le Coran bien haut. Avec l'accord de 'Alî, il se rendit donc chez Mu'âwiyeh. À son retour, Ach'ath rapporta que Mu'âwiyeh et son camp désiraient soumettre les différends à l'arbitrage de deux juges. Ces juges devaient rendre leur verdict en se basant sur le véritable sens du Coran, chaque partie devant nommer un juge, et le verdict serait définitif.

Ach'ath, bien que jouissant d'une grande influence parmi les soldats irakiens, était soupçonné d'avoir été corrompu par Mu'âwiyeh. Il demanda à 'Alî son avis sur cette proposition. 'Alî, avec une froideur calculée, répondit : "Celui qui n'est pas libre ne peut donner son avis. Il vous appartient donc de régler cette affaire de la manière que vous estimerez convenable vous-mêmes." Cette réponse, tirée de l'ouvrage "History of the Saracens" de S. Ockley, p. 317, reflétait la complexité de la situation.

L'armée, résolue à accepter la proposition, désigna Abû Mûsâ al-Ach'ari comme arbitre. Ce choix était surprenant, car Abû Mûsâ avait été le dernier Gouverneur de Kûfa, déposé par 'Alî pour sa déloyauté. 'Alî, surpris par cette désignation, rappela que cet homme les avait déjà quittés et ne combattait plus à leurs côtés. Il suggéra alors de choisir 'Abdullâh Ibn 'Abbâs, le fils de l'oncle du Prophète, comme arbitre. Cependant, ses détracteurs, avec une ironie mordante, proposèrent plutôt qu'il se nomme lui-même, affirmant qu'ils voulaient quelqu'un d'impartial vis-à-vis de lui et de Mu'âwiyeh.

Face à cette situation, 'Alî proposa Mâlik al-Achtar, mais l'armée insista obstinément pour qu'Abû Mûsâ soit le représentant. Ce choix, bien que douloureux pour 'Alî, ne laissait aucune alternative. Abû Mûsâ, qui s'était tenu à l'écart de la bataille, fut informé de sa nomination. Il s'exclama avec soulagement : "Dieu soit loué pour avoir mis fin au combat !" Mais lorsqu'on lui annonça qu'il était nommé arbitre, il réagit avec une certaine appréhension : "Hélas ! Hélas !" Malgré cela, il se rendit avec empressement au camp de 'Alî.

Ahnaf Ibn Qays, quant à lui, demanda à être nommé juge conjointement avec Abû Mûsâ, arguant que ce dernier n'avait ni le tact ni l'esprit nécessaires pour mener à bien cette tâche. Il déclara : "Il n'y a pas de nœud qu'Abû Mûsâ puisse nouer sans que je ne puisse le dénouer, ni de nœud qu'il puisse dénouer sans que j'en trouve un encore plus dur à défaire." Bien que cette affirmation fût tout à fait juste, l'armée, dans une humeur insolente et perverse, ne voulait entendre parler de personne d'autre qu'Abû Mûsâ.

De l'autre côté, l'arbitre syrien choisi était 'Amr Ibn al-'Âç, un homme aux moyens profonds et astucieux, face auquel Abû Mûsâ ne pesait guère. Cette situation complexe et tendue est relatée dans "Annals of ..." de W. Muir, p. 385.

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L'Acte d'Arbitrage

Lorsque les deux arbitres, Abû Mûsâ et 'Amr Ibn al-'Âç, se présentèrent dans le camp de 'Alî, un accord de trêve fut soigneusement rédigé. Sous la dictée de 'Alî, le document commençait par ces mots solennels : « Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux. Voici ce qui a été agréé entre le Commandeur des Croyants, 'Alî, et ... ». Cependant, 'Amr Ibn al-'Âç, attentif aux détails, s'opposa à cette formulation. Il déclara : « 'Alî est votre Commandeur, pas le nôtre. Il faut écrire tout simplement : "entre 'Alî et Mu'âwiyeh" ».

À cet instant, 'Alî se remémora une prophétie prononcée par le Messager de Dieu lors du traité de Hudaybiyyah. Il partagea cette mémoire avec ceux qui l'entouraient : « Lorsqu'une objection similaire avait été soulevée par Quraych pour supprimer la formule "Le Messager de Dieu" rattachée au nom du Prophète dans le traité, le Prophète avait cédé. Il avait effacé de ses propres mains les mots contestés, me voyant hésiter à le faire. Il avait alors prédit qu'un jour viendrait où je devrais céder moi aussi et faire une semblable concession ».

En entendant ces paroles, 'Amr Ibn al-'Âç s'exclama avec indignation : « Est-ce que tu nous compares aux Arabes païens bien que nous soyons de bons Croyants ! ». À cela, 'Alî répondit par une réflexion : « Et quand a-t-on vu qu'un fils de mauvaise naissance ne fût pas l'ami des méchants et l'ennemi des gens intègres ? ». Sur ces mots, 'Amr jura qu'il ne voudrait plus jamais se retrouver en compagnie de 'Alî, tandis que 'Alî exprima le souhait que Dieu le préserve d'un tel compagnon.

Malgré ces tensions, 'Alî n'avait d'autre choix que de céder. Ainsi, l'accord de trêve fut écrit avec les simples noms de 'Alî et de Mu'âwiyeh, et il fut signé. Par cet accord, les parties contractantes s'engagèrent à ratifier et à confirmer la décision des juges, décision qui devait être rendue quelques six ou huit mois plus tard, quelque part à mi-distance entre Kûfa et Damas. Les juges prêtèrent serment de juger avec intégrité, conformément au Livre Sacré et sans aucune partialité.

Cet Acte d'arbitrage, empreint de gravité et de promesses, eut lieu le mercredi 13 Çafar de l'année 37 de l'Hégire, correspondant au 31 juillet 657 du calendrier chrétien.

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Le Massacre de Çiffîn

À Çiffîn, un théâtre de guerre impitoyable, quatre-vingt-dix batailles s'étaient succédé, chacune marquée par une violence inouïe. Les pertes humaines étaient considérables, un tribut lourd payé par les deux camps engagés dans ce conflit acharné. Les historiens, dans leurs récits, évoquent souvent le chiffre impressionnant de soixante-dix mille soldats tombés au champ d'honneur, victimes de cette guerre fratricide. Parmi ces pertes, quarante-cinq mille étaient des Syriens, tandis que vingt-cinq mille appartenaient aux rangs des Irakiens.

Parmi les partisans de 'Alî, plusieurs figures éminentes avaient trouvé la mort, leur sacrifice marquant à jamais les annales de l'histoire. 'Ammâr Ibn Yâcir, Hâchim Ibn 'Otbah, Khazimah Ibn Thâbit, 'Abdullâh Ibn Bodayl et Abul-Hathîm Ibn Tayhân comptaient parmi ces chefs notables qui avaient atteint le martyre, leur bravoure et leur dévouement demeurant à jamais gravés dans les mémoires.

Du côté de Mu'âwiyeh, la liste des hommes distingués ayant péri dans ces batailles était tout aussi poignante. Thul-Kala', Homayrî, 'Obaydullâh Ibn 'Omar, Hochâb Ibn Thil-Zalim et Habîb Ibn Sa'd al-Tay faisaient partie de ces figures marquantes dont la disparition avait laissé un vide immense dans les rangs syriens. Ces noms, porteurs d'histoires et de légendes, témoignent de l'ampleur et de la tragédie de ce conflit.

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Le Retour des Armées

Avec l'entrée en vigueur de la trêve, un moment de répit s'installa. Mu'âwiyeh, qui avait frôlé la défaite, parvint à éviter un revers décisif. Ce sursis lui permit de marquer un point stratégique et de nourrir de solides espoirs pour l'avenir. Les armées, après avoir accompli le douloureux devoir d'enterrer leurs morts, se retirèrent du champ de bataille, désormais empreint de tristesse et de souvenirs amers.

Mu'âwiyeh, chef avisé et calculateur, choisit de se retirer à Damas, une ville qui lui offrait un refuge sûr et stratégique. De son côté, 'Alî, fidèle à ses convictions et à ses hommes, prit la direction de Kûfa, où il espérait rassembler ses forces et préparer les temps à venir. Ainsi, les deux dirigeants se retirèrent chacun dans leur bastion respectif, laissant derrière eux un champ de bataille silencieux, témoin des luttes passées et des incertitudes futures.

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La Décision des Juges

L'heure tant attendue de l'arbitrage était enfin arrivée. Les juges, fidèles à leur engagement, se dirigèrent vers Dumat al-Jondel, également connue sous le nom d'Azroh. Chacun était accompagné d'une suite impressionnante de quatre cents cavaliers, comme cela avait été convenu. Cette rencontre attirait l'attention de nombreux chefs notables venus des quatre coins du monde islamique : de la Mecque, de Médine, d'Irak et de Syrie, tous désireux d'assister aux délibérations cruciales qui allaient décider de l'avenir de l'Islam.

Parmi eux se trouvait 'Abdullâh Ibn 'Abbâs, compagnon d'Abû Mûsâ, qui avait pour mission de présider aux prières quotidiennes. Lors de leurs discussions sur les enjeux de l'arbitrage, 'Abdullâh prodigua des conseils avisés à Abû Mûsâ. Il l'exhorta à rester vigilant face aux ruses de son collègue, connu pour sa grande astuce. Il lui rappela également l'importance de garder à l'esprit que 'Alî n'avait aucun défaut qui puisse le disqualifier pour gouverner, tandis que Mu'âwiyeh ne possédait aucune vertu qui le rendrait apte à diriger le gouvernement islamique.

À son arrivée à Dumat, Abû Mûsâ trouva 'Amr Ibn al-'Âç déjà informé des faiblesses de son caractère. 'Amr usa de respect et de politesse, dans le but de gagner sa confiance et de l'influencer. Ayant réussi à établir cette confiance, 'Amr fit admettre à Abû Mûsâ que 'Othmân avait été ignoblement assassiné. Il lui posa ensuite une question cruciale : pourquoi le vengeur de ce meurtre, qui était aussi un proche parent et un administrateur compétent, Mu'âwiyeh, ne devrait-il pas être son successeur ?

Abû Mûsâ répondit que la succession ne devait pas être fondée sur de tels critères. Selon lui, si tel était le cas, la préférence devrait aller aux fils de 'Othmân, en tant que prétendants légitimes. Il souligna que le choix devait avant tout viser à éviter l'éclatement d'une nouvelle révolte ou guerre. Face à cela, 'Amr Ibn al-'Âç lui demanda quelle solution il proposait. Abû Mûsâ suggéra alors : « Écartons à la fois 'Alî et Mu'âwiyeh et laissons les Croyants élire une tierce personne. » 'Amr Ibn al-'Âç acquiesça : « Je suis d'accord. Allons annoncer notre décision. »

Un tribunal fut érigé, destiné à permettre aux deux arbitres de déclarer publiquement leur décision. Abû Mûsâ proposa à 'Amr Ibn al-'Âç de monter le premier à la tribune, mais 'Amr, sous prétexte de courtoisie, insista pour que l'homme de 'Alî prenne la parole en premier. Abû Mûsâ, vaincu par cette insistance, monta donc sur la tribune et s'adressa à l'assemblée : « Frères ! 'Amr Ibn al-'Âç et moi-même avons examiné la question en profondeur, et nous avons conclu que le meilleur moyen de restaurer la paix et d'effacer la discorde parmi le peuple est de déposer à la fois 'Alî et Mu'âwiyeh. Ainsi, nous laissons au peuple le soin de choisir un homme meilleur à leur place. C'est pourquoi je destitue 'Alî et Mu'âwiyeh du Califat auquel ils prétendent, de la même façon que je retire cette bague de mon doigt. »

Après avoir terminé sa déclaration, Abû Mûsâ descendit de la tribune. Ce fut alors au tour de 'Amr Ibn al-'Âç de monter et de s'adresser à la foule. « Vous avez entendu, » déclara-t-il, « comment il a déposé son Chef 'Alî. Pour ma part, je le dépose également et j'investis mon Chef Mu'âwiyeh du Califat, et je l'y confirme, de la même façon que je mets cette bague à mon doigt. Je fais ceci avec justice, car Mu'âwiyeh est le vengeur de 'Othmân et son successeur légal. » Ayant prononcé ces mots, il descendit de la tribune.

Cet arbitrage, riche en enjeux et en tensions, eut lieu au mois de Ramadhân, 37 H., ce qui correspond à février 658 après Jésus-Christ.

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Stupéfaction devant la Décision

L'assemblée fut plongée dans une stupéfaction totale face à l'issue inattendue de l'arbitrage. Ni les Kûfites n'auraient pu imaginer que 'Amr Ibn al-'Âç parviendrait à tromper aussi honteusement Abû Mûsâ, ni les Syriens n'auraient osé rêver que Mu'âwiyeh pourrait remporter un tel triomphe. Abû Mûsâ, déconcerté et abasourdi, se retrouva assailli de toutes parts. Dans un moment de désarroi, il s'exclama : « Que puis-je faire ? J'ai été dupé par 'Amr, qui était d'accord avec moi, mais qui a finalement dévié de notre entente. »

Les Syriens, en liesse, applaudissaient la décision, tandis que les Kûfites, furieux, bouillonnaient de rage. Au paroxysme de l'indignation, Churay, le commandant de l'escorte de Kûfa, se précipita sur 'Amr Ibn al-'Âç. Il était en train de le malmener sévèrement lorsque les spectateurs s'interposèrent pour les séparer, les laissant échanger des injures plutôt que des coups. Abû Mûsâ, raillé par les Syriens et réprimandé par les Kûfites, ressentait une profonde honte d'avoir été dupé par son collègue. Craignant de devoir assumer les conséquences de cet échec, il s'enfuit précipitamment à la Mecque. Là, il choisit de vivre dans l'obscurité, et l'on n'entendit plus parler de lui jusqu'à sa mort, survenue en 42 H., ou en 52 H. selon certaines sources.

Les paroles prononcées avec colère par les notables, stupéfaits par cet étrange dénouement, ont traversé les âges. Parmi elles, le fils de 'Omar déclara : « Voyez ce qui est arrivé à l'Islam. Sa plus grande affaire a été confiée à deux hommes dont l'un ne distingue pas le bon droit de l'erreur, et l'autre est un nigaud. » Le fils d'Abû Bakr ajouta : « Il aurait été préférable pour Abû Mûsâ qu'il fût mort avant cette affaire. » Abû Mûsâ lui-même, dans un accès de désespoir, se référa au langage coranique pour décrire 'Amr : « Il est semblable au chien : il grogne quand tu l'attaques, il grogne quand tu le laisses tranquille. » (Sourate al-A'râf, 7:176) À cela, 'Amr répliqua : « Et toi, tu es comme l'âne chargé de livres et qui n'en est pas plus avancé. » (Sourate al-Jum'ah, 62:5)

Churayh, toujours en colère, s'élança à nouveau sur 'Amr, et ils échangèrent des coups de fouet jusqu'à ce que les gens les séparent. Churayh s'écria qu'il aurait préféré se servir de l'épée plutôt que du fouet. Ce tumulte est relaté dans les "Annals of ..." de W. Muir, page 394. Après ces événements, 'Amr Ibn al-'Âç retourna à Damas, où Mu'âwiyeh fut acclamé en tant que Calife par les Syriens, au milieu d'une joie débordante. Dès lors, les intérêts de Mu'âwiyeh commencèrent à prospérer, et la prédiction de Ka'b al-Ahbar semblait sur le point de se réaliser dans un avenir proche, tandis que le pouvoir de 'Alî commençait à décliner.

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Les Khârijites

La trêve ayant été conclue le 13 Çafar de l'année 37 de l'Hégire à Çiffîn, 'Alî, le Calife, prit le chemin du retour avec son armée. Alors qu'ils avançaient en direction de Kûfa, un groupe de douze mille hommes se détacha des rangs principaux. Ces soldats, mécontents du compromis qui avait été conclu, commencèrent par murmurer leur désapprobation à voix basse. Ils se reprochaient mutuellement d'avoir abandonné la cause de la Foi pour un compromis qu'ils considéraient impie. Ces dissidents étaient les Khârijites, terme désignant ceux qui se rebellent contre les principes établis d'une religion.

Les Khârijites avaient refusé de poursuivre le combat après la ruse de l'ennemi et avaient insisté auprès du Calife pour accepter l'arbitrage, ainsi que l'arbitre en particulier. À l'approche de Kûfa, ces sécessionnistes établirent leur campement dans un village nommé Harora, non loin de la ville. Leur ferveur religieuse se transforma en un zèle fanatique, prônant que tous les croyants étaient égaux et qu'aucun ne devait exercer une autorité sur les autres. Leur credo se résumait en une formule simple : "La hukma illâ lillâh", signifiant qu'il n'y a de jugement que celui de Dieu seul. Par conséquent, ils rejetaient l'idée d'un Calife ou de prêter allégeance à un être humain.

Ils reprochaient à 'Alî d'avoir commis un péché en acceptant de se référer à un jugement humain, alors que, selon eux, le jugement appartient exclusivement à Dieu. Ils lui demandaient de se repentir de ce qu'ils considéraient comme une "apostasie". Selon eux, 'Alî n'aurait pas dû épargner l'ennemi, qui aurait dû être poursuivi et vaincu par l'épée.

Le Calife, se rendant à leur camp, les admonesta avec fermeté. Il leur reprocha d'avoir mal interprété la formule : "La hukma illâ Lillâh". Il leur expliqua qu'en acceptant l'arbitrage, il n'avait fait que suivre les stipulations du Coran et qu'il n'avait pas commis un péché nécessitant un repentir. Il souligna que le péché résidait de leur côté, car ils avaient refusé obstinément de continuer à combattre l'ennemi. Par leur révolte, ils avaient forcé 'Alî à rappeler Mâlik al-Achtar, qui était sur le point de repousser l'ennemi vers son camp et d'obtenir une victoire totale. Ils l'avaient contraint à accepter l'arbitrage et l'arbitre en particulier.

'Il ajouta que les arbitres étaient engagés, selon les termes de l'accord de trêve, à émettre un jugement juste et conforme au Coran. Si le jugement s'écartait de la droiture, il le rejetterait immédiatement et reprendrait les armes contre l'ennemi. Il conclut en leur disant qu'il était erroné de lui demander de rompre la trêve qu'ils l'avaient eux-mêmes poussé à conclure.

Face à ces raisonnements, les Khârijites répondirent simplement : « Nous admettons notre péché, mais nous nous sommes repentis de notre apostasie. Toi aussi, tu dois te repentir de la tienne. » 'Alî répliqua, affirmant qu'en tant que vrai croyant, il ne pouvait se démentir en admettant être ce qu'il n'était pas, c'est-à-dire un apostat.

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La Révolte des Khârijites

Les Khârijites, mécontents et insatisfaits, se trouvaient à un tournant décisif de leur histoire. Bien qu'ils aient pris la décision de se rebeller, ils choisirent d'attendre patiemment l'issue du jugement des arbitres avant d'entreprendre toute action concrète. Cependant, dès que le jugement fut rendu public par ces derniers, leur détermination se renforça. Ils décidèrent alors de brandir le drapeau de la révolte. Dans un geste inhabituel et contraire aux principes de leur doctrine, ils convainquirent 'Abdullâh Ibn Wahab, l'un de leurs chefs, d'accepter le commandement, bien que ce fût à titre provisoire, afin de faire face à la situation critique qui se présentait.

Leur quartier général fut établi à Nahrawân, un lieu stratégique situé à quelques kilomètres de Bagdad. C'était au cours du mois qui suivit l'arbitrage que les Khârijites commencèrent à converger vers ce point de ralliement. Ils prenaient la route soit individuellement, soit par petits groupes, une stratégie délibérée pour éviter d'attirer l'attention sur leur départ. Parmi eux, quelque cinq cents mécontents originaires de Basrah vinrent également grossir les rangs des insurgés à Nahrawân.

Pendant ce temps, 'Alî, ayant pris connaissance du faux arbitrage à Dumat, se contentait d'observer le mouvement de ces zélateurs fanatiques. Son esprit était principalement préoccupé par la question de Mu'âwiyeh et la nécessité de lever des troupes contre la Syrie pour reprendre les hostilités. Cependant, les nouvelles de l'insurrection des Khârijites lui parvinrent rapidement. En réponse, il leur écrivit pour leur faire savoir qu'il se préparait à marcher contre Mu'âwiyeh et qu'il était encore temps pour eux de se joindre à lui sous son drapeau.

Les sécessionnistes, cependant, lui envoyèrent une réponse cinglante et insultante. Ils déclarèrent qu'ils l'avaient rejeté en tant qu'apostat hérétique. Ils posèrent une condition sévère : à moins qu'il ne reconnaisse son apostasie et ne s'en repente, ils ne verraient aucune possibilité de parvenir à un quelconque arrangement avec lui.

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La Bataille de Nahrawân

Alors qu'il entamait sa marche vers la Syrie, 'Alî fut informé d'un événement troublant. Les Khârijites, un groupe dissident, avaient attaqué la ville de Madâ'in. Bien que leur assaut ait été repoussé, ils continuaient à semer la terreur dans les régions environnantes. Ces fanatiques, animés par une ferveur dévastatrice, condamnaient comme impies tous ceux qui refusaient de partager leurs convictions. Ils avaient même commis l'atrocité de tuer un voyageur qui n'avait pas accepté leur doctrine, allant jusqu'à éventrer sa femme enceinte.

Les soldats de 'Alî, préoccupés par le sort de leurs familles laissées sans protection, redoutaient les dangers que représentaient ces fanatiques barbares. Ils exprimèrent leur désir ardent de neutraliser ces hors-la-loi avant de poursuivre leur route vers la Syrie. Pour évaluer la situation, un messager fut dépêché sur place, mais il subit le même sort tragique, étant mis à mort par les Khârijites. Face à cette menace grandissante, 'Alî comprit qu'il était impératif de prendre des mesures décisives pour contenir ces insurgés. Il modifia donc sa trajectoire, dirigeant son armée vers l'est.

Traversant le Tigre, 'Alî s'approcha de Nahrawân. Il envoya un messager aux insurgés, exigeant la reddition des meurtriers. Cependant, les Khârijites répliquèrent qu'aucun individu en particulier n'était responsable, affirmant qu'ils partageaient tous le mérite d'avoir versé le sang des apostats. Malgré cette réponse provocante, 'Alî, désireux d'éviter une effusion de sang inutile, tenta encore de ramener ces fanatiques égarés à la raison par des moyens pacifiques. Il planta un drapeau à l'extérieur de son camp et fit proclamer que ceux qui se rassembleraient autour de ce symbole, ou qui choisiraient de retourner chez eux, auraient la vie sauve.

Cette proclamation eut l'effet escompté. Les rebelles commencèrent à se disperser, désertant leur camp. Finalement, 'Abdullâh Ibn Wahab se retrouva avec seulement mille huit cents partisans déterminés à combattre le Calife coûte que coûte. 'Alî déclara que ces hommes étaient les véritables Khârijites, ceux qui voulaient s'opposer à l'Islam. Rapidement, sous la conduite de leur chef, 'Abdullâh Ibn Wahab, ils lancèrent une attaque désespérée contre l'armée de 'Alî. Mais leur sort fut scellé : ils furent tous tués, à l'exception de neuf d'entre eux qui parvinrent à échapper à la mort. Ces survivants devinrent des semeurs de discorde, prêts à rallumer les flammes de la rébellion.

Du côté de 'Alî, les pertes furent minimes, avec seulement sept soldats tués. Les zélateurs qui avaient échappé à la bataille continuèrent à propager secrètement leur doctrine à Basrah et à Kûfa. Ils réapparurent au fil des années sous forme de bandes d'insurgés fanatiques, mais furent rapidement dispersés ou anéantis.

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'Othmân : Le Troisième Calife

L'Expédition Syrienne Avortée

Après la victoire décisive contre les Khârijites à Nahrawân, 'Alî, déterminé à poursuivre sa campagne en Syrie, fit demi-tour avec son armée pour retraverser le Tigre. Cette traversée symbolisait le retour vers une nouvelle confrontation, mais cette fois-ci, les chefs de ses partisans, conscients de l'épuisement de leurs hommes, le pressèrent de marquer une pause. Ils souhaitaient que l'armée puisse se reposer et se préparer convenablement pour le long voyage qui les attendait. Il était crucial que les soldats se réarment et se renforcent afin de faire face à un ennemi bien équipé et redoutable. Sensible à ces arguments, 'Alî accepta cette proposition de bon sens.

L'armée fit donc marche arrière et se dirigea vers Kûfa, où elle établit son campement à Nokhaylah, à proximité de la ville. Une proclamation fut alors émise, autorisant les soldats à quitter temporairement le camp pour régler des affaires personnelles en ville, à condition qu'ils reviennent le lendemain. Cependant, en très peu de temps, le camp se vida presque entièrement, les soldats se rendant en ville les uns après les autres.

Le lendemain, à la grande surprise de 'Alî, aucun des soldats ne revint au camp. Impatient et préoccupé par cette situation inattendue, il se rendit lui-même en ville. Là, il harangua les habitants, les exhortant à se joindre à lui pour l'expédition syrienne. Mais, à son grand désarroi, il ne reçut aucune réponse. Personne ne s'avança pour répondre à son appel. Profondément déçu par cette indifférence, 'Alî dut se rendre à l'évidence : le projet d'expédition devait être abandonné. Ainsi, cette campagne ne fut jamais reprise, marquant un tournant dans son ambition de poursuivre la lutte en Syrie.

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Les Affaires d'Egypte (38 H.)

Mohammad, fils de Hothayfah, était un homme dont le destin avait été marqué par l'absence de son père, un compagnon éminent du Prophète, tombé à Yamamah. Orphelin, il avait trouvé refuge et protection auprès de 'Othmân, qui l'avait adopté et élevé avec soin. En grandissant, Mohammad aspira à un rôle de commandement et sollicita 'Othmân, devenu Calife, pour obtenir une charge. Cependant, le Calife, prudent, refusa de lui accorder cette responsabilité sans que Mohammad ne prouve d'abord sa valeur sur le champ de bataille. Déçu par cette réponse, Mohammad quitta Médine pour l'Égypte, où il chercha refuge auprès du gouverneur de la province, Ibn Abî Sarh.

Mohammad, homme de grande piété, gagna rapidement en influence parmi le peuple et à la cour. Ibn Abî Sarh, reconnaissant ses qualités, lui confia la gestion de la province lors de son voyage à Médine, où il se rendait pour prêter main-forte au Calife assiégé par des insurgés. En chemin, Ibn Abî Sarh apprit la terrible nouvelle de l'assassinat de 'Othmân et de l'accession de 'Alî au Califat. Pris de remords et conscient de sa propre tyrannie, il choisit de fuir le tribunal de 'Alî et se réfugia en Syrie auprès de Mu'âwiyeh, sans jamais revenir en Égypte.

Ainsi, Mohammad Ibn Hothayfah gouverna l'Égypte jusqu'à l'arrivée imminente de Qays Ibn Sa'd, le nouveau gouverneur désigné par 'Alî. Durant son administration, Mohammad critiqua ouvertement les défauts de caractère de 'Othmân. Avant que Qays ne prenne ses fonctions, Mohammad fut invité amicalement par 'Amr Ibn al-'Âç à 'Arîch, une ville frontalière. Cependant, ce dernier le captura et l'emmena prisonnier chez Mu'âwiyeh, sur ordre de qui 'Amr avait agi.

Qays, fils de Sa'd Ibn 'Obâdah, un homme de distinction et ancien rival d'Abû Bakr lors de l'élection de Saqîfah, prit alors le commandement de l'Égypte au nom de 'Alî. Administrateur compétent, il gouverna avec sagesse, obtenant le serment d'allégeance des Égyptiens pour 'Alî et consolidant son autorité. Cependant, une faction de partisans de 'Othmân à Kharamba s'éleva pour réclamer vengeance pour son sang. Qays, faisant preuve de prudence, choisit de ne pas les confronter immédiatement, allant jusqu'à renoncer à leur demander le paiement de la Zakât.

Mu'âwiyeh, inquiet de l'influence et de la fermeté de Qays à la frontière, considérait sa présence en Égypte comme un obstacle à ses ambitions. Il tenta d'abord de le séduire avec des promesses de pouvoir et de privilèges pour lui et ses proches, mais Qays, fidèle à 'Alî, repoussa ces offres. Face à cet échec, Mu'âwiyeh recourut à la ruse, insinuant que Qays était son allié. Il fabriqua une lettre prétendument écrite par Qays, indiquant un accord pour ne pas agir contre les partisans de 'Othmân à Kharamba, et la fit parvenir à 'Alî.

La rumeur sema le doute dans l'esprit de 'Alî, qui ordonna à Qays de prendre des mesures décisives contre les dissidents de Kharamba. Ignorant les machinations de Mu'âwiyeh, Qays protesta innocemment contre cet ordre, ce qui fut interprété comme une preuve de sa duplicité. En conséquence, il fut démis de ses fonctions, et Mohammad, fils d'Abû Bakr, fut envoyé pour le remplacer.

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'Othmân : Le Troisième Calife

L'Empiétement de Mu'âwiyeh sur l'Egypte

Dès que Mohammad Ibn Abû Bakr prit les rênes du pouvoir en l'an 38 de l'Hégire, il se lança dans une campagne vigoureuse contre les partisans de 'Othmân. Cette initiative, bien que motivée par un désir de justice, ne fit qu'attiser les tensions et provoquer des troubles à travers l'Égypte. Face à cette situation chaotique, le Calife prit la décision de remplacer le gouverneur en place. Il releva Mâlik al-Achtar de ses fonctions à Nisbine et l'envoya en urgence en Égypte pour y rétablir l'ordre et la stabilité.

Mu'âwiyeh, qui tirait les ficelles des troubles en Égypte, suivait de près chaque événement, même le plus insignifiant. Lorsqu'il apprit la nomination de Mâlik, il comprit que ses ambitions pourraient être compromises par cet homme, redouté pour sa capacité à inspirer la terreur, tant parmi les Syriens que chez Mu'âwiyeh lui-même. Il devint alors crucial pour lui de se débarrasser de Mâlik au plus vite. Pour ce faire, il manipula un notable vivant à la frontière de l'Arabie et de l'Égypte, chez qui Mâlik devait faire une halte durant son voyage. En échange de l'exemption de la Zakât sur les revenus qu'il percevait, ce notable accepta de commettre l'odieux meurtre. Ainsi, il empoisonna Mâlik en versant un poison mortel dans un verre de miel. Mâlik succomba avant même de quitter la maison.

À la nouvelle de la mort de Mâlik, Mu'âwiyeh s'exclama : « Dieu a vraiment des armées de miel. » Il dépêcha aussitôt 'Amr Ibn al-'Âç, à la tête de six mille cavaliers, pour s'emparer de l'Égypte, profitant du désordre ambiant. 'Amr, ravi de retrouver cette terre qu'il avait autrefois conquise et gouvernée avec succès, rejoignit Alexandrie. Là, il fut rejoint par Ibn Charigh, le chef du parti othmanite. Ensemble, ils se préparèrent à affronter Mohammad Ibn Abî Bakr, qui représentait encore l'autorité de 'Alî.

La bataille tourna en faveur de 'Amr, et Mohammad Ibn Abî Bakr fut capturé. Les vainqueurs le traitèrent avec une cruauté inouïe : ils l'enfermèrent vivant dans la peau d'un âne et le jetèrent dans le feu, le réduisant en cendres. Ainsi, le gouvernement de l'Égypte échappa au contrôle de 'Alî pour tomber entre les mains de Mu'âwiyeh. La nouvelle de ce sort tragique plongea 'Âyechah dans une profonde affliction. Elle maudit 'Amr Ibn al-'Âç et Mu'âwiyeh dans chacune de ses prières. On raconte que la tête calcinée de son frère fut envoyée à 'Âyechah en guise de sinistre cadeau. Cette vision macabre marqua à jamais 'Âyechah, qui ne put plus jamais consommer de viande rôtie jusqu'à sa mort.

L'Empiétement de Mu'âwiyeh sur Basrah 'Alî, quant à lui, fut profondément attristé par l'assassinat de son fidèle général, Mâlik al-Achtar, et par la mort cruelle de Mohammad Ibn Abî Bakr. Il ressentit une colère intense face à la trahison de Mu'âwiyeh, mais se trouva impuissant à riposter, incapable de rassembler une armée malgré ses discours passionnés et répétés pendant cinquante jours pour inciter les gens à prendre les armes. Son cousin, 'Abdullâh Ibn 'Abbâs, gouverneur de Basrah, quitta temporairement son poste pour venir le réconforter à Kûfa.

Profitant de l'absence de 'Abdullâh, Mu'âwiyeh, toujours à l'affût de la moindre opportunité de nuire à 'Alî, envoya l'un de ses capitaines, 'Abdullâh Hadhramî, avec deux mille cavaliers pour s'emparer de Basrah. Le chancelier en charge, ne disposant pas des forces nécessaires pour résister, abandonna la ville et demanda de l'aide au Calife. Une force de secours, dirigée par Jariya Ibn Qidamah, fut rapidement envoyée. Après une bataille intense et sanglante, Hadhramî fut vaincu et se réfugia dans un château voisin, qui fut assiégé et incendié. Hadhramî et les soixante-dix soldats qui l'accompagnaient périrent dans les flammes. La ville fut ainsi reprise par les forces de 'Alî, et 'Abdullâh Ibn 'Abbâs, de retour de Kûfa, reprit son poste. Ces événements se déroulèrent en l'an 38 de l'Hégire.

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'Othmân : Le Troisième Calife

D'Autres Révoltes des Khârijites

Au cours de cette même année tumultueuse, les Khârijites, animés par une détermination farouche, se rebellèrent à plusieurs reprises contre l'autorité de 'Alî. Ces soulèvements, qui se comptèrent au nombre de cinq ou six, virent à chaque occasion les insurgés être impitoyablement vaincus et dispersés. Parmi ces révoltes, l'une des plus marquantes fut celle menée par Khirrit. Ce dernier, charismatique et audacieux, parvint à rallier à sa cause non seulement les Khârijites, mais aussi les Persans, les Kurdes et les Chrétiens des régions d'Ahwâz et de Ram Hurmuz. Ensemble, ils levèrent l'étendard de la rébellion, défiant l'autorité en place.

Face à cette menace grandissante, une armée fut rapidement envoyée depuis Basrah pour écraser cette insurrection. La confrontation fut intense et décisive, culminant avec la mort de Khirrit sur le champ de bataille. Avec sa disparition, l'autorité du Calife fut rétablie, et la rébellion fut étouffée dans l'œuf, ramenant un semblant de paix et d'ordre dans la région.

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'Othmân : Le Troisième Calife

La Politique Agressive de Mu'âwiyeh

En l'an 39 de l'Hégire, une période marquée par de nombreuses tensions, Mu'âwiyeh se lança dans une série de raids audacieux contre le territoire contrôlé par 'Alî. Ces incursions, bien que souvent infructueuses, avaient pour but de semer la désolation et de perturber la quiétude du pays. Tantôt, elles visaient à prélever la Zakât auprès des populations, tantôt, elles cherchaient à démontrer la supériorité militaire de Mu'âwiyeh à 'Alî. L'objectif principal de ces manœuvres était de déstabiliser 'Alî et de répandre un sentiment d'insécurité parmi ses sujets, remettant en question la solidité de son règne.

Durant cette année, pas moins de huit à dix raids furent menés dans diverses régions sous l'autorité de 'Alî. Parmi ces opérations, Sufiyân Ibn 'Awf fut envoyé à la tête d'une imposante armée pour dévaster les terres s'étendant de Hît à Anbâr et jusqu'à 'Ayn Tamr. Parallèlement, 'Abdullâh Ibn Masûd Fizârî avait pour mission de collecter la Zakât auprès des bédouins de Taymah. Zohak Ibn Qays, quant à lui, fut chargé de prendre par surprise les forteresses de Tha'labiyyeh et de Qatqatana.

Pendant la saison du Pèlerinage, un fonctionnaire de Mu'âwiyeh fut désigné pour guider les pèlerins dans l'accomplissement de leurs rites à la Mecque. Cette nomination obligea Qothâm Ibn 'Abbâs, le gouverneur de 'Alî, à abandonner temporairement ses fonctions, cédant la place à 'Othmân Ibn Chaybah Abdarî, le représentant de Mu'âwiyeh.

Les forces envoyées par 'Alî pour contenir ces provocations arrivèrent souvent trop tard, les Syriens ayant déjà pris la fuite vers leur territoire. Toutefois, ils furent poursuivis et rattrapés à Wadî-l-Qorâ, où quelques escarmouches eurent lieu avant que les envahisseurs ne se dispersent. Certains d'entre eux furent capturés et ramenés comme prisonniers au Calife, qui les échangea contre ses propres hommes détenus par Mu'âwiyeh.

Bien que ces raids n'aient pas toujours rencontré le succès escompté, ils atteignirent en grande partie leur but. La population, de plus en plus tiède envers la cause de 'Alî, n'opposait guère de résistance aux envahisseurs qui cherchaient à leur faire prêter allégeance à Mu'âwiyeh. À une occasion, pour repousser les assaillants, le capitaine de 'Alî les poursuivit jusqu'à Ba'lbak, au cœur du territoire syrien, avant de retourner en Irak par Riqqah, sans rencontrer d'opposition notable.

En représailles, Mu'âwiyeh ne tarda pas à riposter en pénétrant profondément dans le territoire de 'Alî, allant jusqu'à camper plusieurs jours à Mossoul. Ce geste audacieux visait à afficher son mépris pour le pouvoir de 'Alî. Il retourna à Damas sans rencontrer d'obstacle, marquant ainsi un épisode de plus dans cette lutte acharnée pour le pouvoir.

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'Othmân : Le Troisième Calife

Les Raids de Mu'âwiyeh au Hidjâz

Au début de la quarantième année de l'Hégire, une période marquée par de nombreux bouleversements, Mu'âwiyeh, un chef militaire déterminé, envoya un officier impitoyable à la tête de trois mille cavaliers. Leur mission était de prendre le contrôle de Médine et de la Mecque, les villes sacrées du Hidjâz, et d'obtenir l'allégeance de leurs habitants. Lorsque Bosar, le commandant de cette expédition, approcha de Médine, le gouverneur de la ville, Abû Ayyûb, se résigna à fuir vers Kûfa, laissant ainsi la cité sans défense face à l'envahisseur. Bosar entra dans Médine sans rencontrer de résistance, et, dans un acte de cruauté, il exécuta plusieurs habitants de la ville. Il menaça ensuite les notables de Médine d'un massacre général s'ils refusaient de reconnaître Mu'âwiyeh comme leur Calife, forçant ainsi leur soumission à travers un serment d'allégeance extorqué.

Après avoir assuré sa domination sur Médine, Bosar se dirigea vers la Mecque, où il appliqua les mêmes méthodes coercitives. Une fois que les Mecquois eurent prêté serment d'allégeance à Mu'âwiyeh, Bosar poursuivit sa campagne vers le Yémen. Là, il ordonna la décapitation de plusieurs milliers de partisans de 'Alî. 'Obaydullâh Ibn 'Abbâs, qui représentait 'Alî au Yémen, réussit à s'enfuir à Kûfa. Cependant, il laissa derrière lui ses deux petits-fils, qui furent capturés par Bosar. Dans un acte de barbarie indescriptible, ces deux jeunes garçons furent exécutés, tout comme leur serviteur bédouin, qui avait osé protester contre cet assassinat.

Lorsque 'Alî apprit la nouvelle de cette incursion dévastatrice, il réagit promptement en envoyant une armée sous le commandement de Jariya Ibn Qidâmah. Malheureusement, il était déjà trop tard pour arrêter les atrocités commises. Bosar était déjà en route vers la Syrie lorsque l'armée de 'Alî atteignit le Yémen. Jariya poursuivit les Syriens jusqu'à Najrân, où ils avaient été accueillis chaleureusement. À l'approche de Jariya, les Syriens prirent la fuite, mais Jariya procéda à l'exécution de ceux parmi les habitants dont la complicité avec la horde de Mu'âwiyeh était manifeste, ainsi que de ceux qui s'étaient rebellés contre le gouverneur légitime.

Jariya poursuivit ensuite sa route vers la Mecque, espérant rattraper les fuyards, mais ils avaient déjà quitté la ville. Il exhorta les Mecquois à renier le serment d'allégeance qu'ils avaient prêté à Mu'âwiyeh et à renouveler leur hommage à 'Alî. Après cela, il se rendit à Médine, où Abû Horayrah, un membre de la faction d'opposition qui dirigeait la prière quotidienne pour le compte de Mu'âwiyeh, se cachait. Jariya obtint des habitants de Médine qu'ils prêtent serment d'hommage à al-Hassan, le fils de 'Alî, puis quitta la ville après un séjour de quatre jours pour retourner à Kûfa. Après son départ, Abû Horayrah réapparut et reprit la conduite des prières comme auparavant.

Le sort tragique des deux garçons de 'Obaydullâh, un cousin de 'Alî, causa une profonde douleur à leur père et à leur mère, et accabla 'Alî plus que tout autre souci. Dans sa détresse, 'Alî invoqua le courroux de Dieu sur Bosar, priant pour qu'il perde la raison. Cette prière fut exaucée, car Bosar sombra dans la folie, devenant un homme délirant. Dans sa démence, il réclamait sans cesse son épée. Ses amis, dans une tentative de le calmer, lui donnèrent une épée de bois et une autre creuse remplie d'air. Le malheureux frappait son épée de bois contre l'autre, croyant à chaque coup qu'il avait vaincu un ennemi.

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'Othmân : Le Troisième Calife

La Mauvaise Conduite de 'Abdullâh Ibn 'Abbâs

Dans le sillage des tensions politiques et des défis auxquels il devait faire face, 'Alî, le Calife, se trouva confronté à de nouvelles préoccupations. Des rumeurs persistantes et des plaintes formelles lui parvinrent, signalant des irrégularités financières et des détournements de fonds au détriment du trésor public de Basrah. Ces accusations pesaient lourdement sur le gouverneur de la ville, 'Abdullâh Ibn 'Abbâs, un homme de confiance mais aussi un proche parent du Calife.

Face à ces allégations sérieuses, 'Alî prit la décision de convoquer 'Abdullâh Ibn 'Abbâs afin qu'il vienne présenter les comptes du Trésor et s'expliquer sur ces accusations troublantes. Cependant, au lieu de répondre à cet appel avec la diligence attendue, 'Abdullâh Ibn 'Abbâs choisit de réagir avec mépris. Plutôt que de se soumettre à l'autorité du Calife et de clarifier sa position, il préféra abandonner son poste. Dans un geste audacieux et controversé, il quitta précipitamment Basrah, emportant avec lui une fortune considérable, fruit de ses fonctions.

Sa fuite ne passa pas inaperçue. Les habitants de Basrah, indignés par cet acte de défiance et de trahison, se lancèrent à sa poursuite. Malgré la détermination de ses poursuivants, 'Abdullâh Ibn 'Abbâs réussit à atteindre la Mecque après un bref affrontement, échappant ainsi à toute capture immédiate et aux conséquences de ses actes.

Pour 'Alî, cette défection fut une source de grande affliction. La conduite de son cousin, qu'il avait autrefois estimé et en qui il avait placé sa confiance, le laissa profondément déçu. Afin de combler le vide laissé par cette trahison et de rétablir l'ordre à Basrah, 'Alî se tourna vers un autre membre de sa famille, 'Obaydullâh Ibn 'Abbâs. Ce dernier, gouverneur loyal du Yémen et cousin fidèle, fut dépêché pour prendre en main la situation à Basrah et remplacer 'Abdullâh Ibn 'Abbâs, espérant ainsi restaurer la confiance et l'intégrité au sein de l'administration locale.

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'Othmân : Le Troisième Calife

La Défection de 'Aqîl

À cette époque, 'Alî fut frappé par une autre épreuve de taille. Son frère, 'Aqîl, choisit de se rendre auprès de Mu'âwiyeh, qui l'accueillit chaleureusement et lui octroya des revenus considérables. 'Aqîl justifia sa défection par le fait que son frère 'Alî ne lui fournissait pas un soutien financier proportionnel à son statut. Cette situation est relatée dans "History of the Saracens" de Simon Ockley, à la page 326.

'Aqîl se plaignait régulièrement à 'Alî de ses ressources limitées et le suppliait de lui accorder un supplément d'allocation provenant du trésor public. Cependant, 'Alî refusa cette demande. Face à l'insistance répétée de son frère, 'Alî proposa un jour de le rencontrer la nuit pour pénétrer ensemble dans la maison d'un riche voisin, où 'Aqîl pourrait trouver tout ce qu'il lui manquait. Surpris et indigné, 'Aqîl demanda à 'Alî s'il était sérieux. 'Alî répondit avec sagesse : "Le Jour des Comptes, il sera beaucoup plus facile de me défendre contre l'accusation d'un seul individu que contre le cri collectif de toute la communauté musulmane, propriétaire de ce trésor dont tu me demandes de te servir."

Dans d'autres récits, lorsque 'Aqîl sollicita une augmentation de sa pension, 'Alî lui demanda de patienter un instant. Il se retira brièvement dans sa maison et revint avec un fer chauffé au rouge, qu'il tendit à 'Aqîl en l'invitant à le prendre dans ses mains. Naturellement, 'Aqîl refusa. 'Alî lui dit alors : "Si tu ne peux pas supporter une chaleur produite par l'homme, comment veux-tu que j'accepte de m'exposer à un feu allumé par Dieu ?"

Conscient que sa requête ne serait pas satisfaite, 'Aqîl quitta Kûfa et rejoignit Mu'âwiyeh. Cette histoire est également relatée dans "Mohammadan History" de M. Price.

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'Othmân : Le Troisième Calife

Les Plans des Khârijites en vue de se débarrasser des Gouvernants

Le règne de 'Alî fut une période tumultueuse, marquée par des conflits incessants qui ne lui laissèrent jamais le loisir de gouverner en paix. Parmi les nombreux défis auxquels il dut faire face, on compte la révolte menée par 'Âyechah, Talhah et Zubayr, ainsi que les trahisons perfides de Mu'âwiyeh et de 'Amr Ibn al-'Âç. À cela s'ajoutaient les soulèvements des Khârijites, ces fanatiques qui rejetaient toute autorité autre que celle de Dieu, et qui se montraient particulièrement impatients de détruire le gouvernement de 'Alî. Leur doctrine était résumée dans leur célèbre devise : "La hukma illâ lillâh", signifiant "le commandement appartient à Dieu seul".

En outre, 'Alî devait composer avec la froideur et l'apathie de ses propres citoyens, l'infidélité de son cousin 'Abdullâh Ibn 'Abbâs, et, plus douloureux encore, la défection de son propre frère 'Aqîl. Ces épreuves successives accablaient son esprit, le plongeant dans une profonde détresse.

Les Khârijites, quant à eux, espéraient que les gouvernants qu'ils considéraient comme impies, à savoir 'Alî et Mu'âwiyeh, périraient dans leurs conflits, permettant ainsi au règne de Dieu de s'établir sur terre. Lassés de leur vie de retrait, trois de ces fanatiques se rencontrèrent fortuitement dans l'enceinte sacrée de la Ka'bah. Ils évoquèrent avec amertume le sang versé en vain à Nahrawên et sur d'autres champs de bataille, et déplorèrent ce qu'ils percevaient comme la tyrannie impitoyable et l'apostasie régnant sur le monde musulman.

Soudain, une idée traversa l'esprit de l'un d'eux, illuminant son visage d'un éclat d'espoir. Il proposa : « Il est inutile de pleurer les pertes que nous avons subies. Nous devons agir pour redresser les torts. Il ne faut pas que notre sang soit répandu en vain. Que chacun de nous tue l'un des trois oppresseurs des croyants. L'Islam peut encore être libéré et le règne de la droiture peut encore être établi. » Ses compagnons accueillirent cette suggestion avec enthousiasme. Ensemble, ils s'engagèrent par serment à sacrifier leur vie pour leur cause, convaincus que la seule manière de restaurer l'unité et la paix en Islam était d'éliminer les trois "apostats ambitieux" : Mu'âwiyeh, 'Amr Ibn al-'Âç et 'Alî.

Chacun d'eux se vit attribuer une cible : Borâq Ibn 'Abdullâh al-Taymî devait s'occuper de Mu'âwiyeh, 'Amr Ibn Bakr al-Taymî de 'Amr Ibn al-'Âç, et 'Abdul-Rahmân Ibn Muljim de 'Alî. Ils convinrent que le troisième vendredi du mois de Ramadhân serait le jour de l'exécution de leur plan funeste. L'attentat devait se dérouler pendant la prière du matin dans les mosquées de Damas, Fostat et Kûfa. Pour s'assurer de la réussite de leur entreprise, chacun empoisonna son sabre avant de se diriger vers sa destination : Borâq vers Damas, 'Amr vers Fostat, et 'Abdul-Rahmân vers Kûfa.

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'Othmân : Le Troisième Calife

Attentat contre la Vie de Mu'âwiyeh

Une fois arrivé à Damas, Borâq, animé par des intentions funestes, se rendit au lieu de prière le matin du jour qu'il avait choisi pour accomplir son dessein. Se fondant parmi les fidèles, il attendit le moment propice pour passer à l'action. Dès que l'occasion se présenta, il poignarda Mu'âwiyeh à l'aine, pensant que son coup serait fatal et qu'il parviendrait ainsi à ses fins. Cependant, le destin en décida autrement.

Le chirurgien personnel de Mu'âwiyeh fut rapidement appelé pour examiner la blessure infligée par Borâq. Après un examen minutieux, il annonça que la vie de Mu'âwiyeh pouvait être sauvée, mais à un prix. Deux options s'offraient alors au calife : subir une cautérisation ou boire une potion qui, bien qu'elle le sauverait, le rendrait impotent pour le reste de ses jours. Confronté à ce choix difficile, Mu'âwiyeh opta pour la potion, acceptant ainsi les conséquences de cette décision. Il vécut dès lors avec cette impuissance imposée par les circonstances.

Quant à Borâq, il fut immédiatement appréhendé après son acte. La justice ne tarda pas à s'abattre sur lui : on lui coupa les mains et les pieds en guise de châtiment pour sa tentative d'assassinat. Il fut ensuite renvoyé chez lui à Basrah. Quelques années s'écoulèrent et, malgré son état, Borâq eut un fils. Cette nouvelle parvint aux oreilles du gouverneur de Basrah de l'époque, qui décida de mettre un terme à la vie de Borâq. En prononçant sa sentence, le gouverneur déclara : « Maudit ! Tu as engendré un fils pour toi, alors que tu avais rendu le Calife impotent. Tu dois mourir ». Ainsi, Borâq paya de sa vie son crime contre Mu'âwiyeh.

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'Othmân : Le Troisième Calife

Attentat contre la Vie de 'Amr Ibn al-'Âç

En ce vendredi du mois de Ramadhân, la mosquée de Fostat était emplie de fidèles venus accomplir la prière. Parmi eux se trouvait 'Amr Ibn Bakr, le deuxième conspirateur, animé par de sombres desseins. Armé et déterminé, il attendait le moment propice pour accomplir son acte ignoble. Lorsque l'imam se mit en position de prière, 'Amr Ibn Bakr frappa avec son arme, espérant atteindre sa cible. Cependant, le destin en décida autrement. La victime, qui s'effondra sur-le-champ, n'était pas 'Amr Ibn al-'Âç, mais Kharijah, qui dirigeait la prière en son absence. Ce dernier avait été contraint de rester chez lui à cause de violentes coliques, une maladie qui, par un curieux hasard, lui sauva la vie ce jour-là.

L'assassin, capturé sans délai, fut conduit devant 'Amr Ibn al-'Âç. Face à celui qu'il avait initialement visé, il exprima son regret en s'exclamant : « C'est toi que je visais, Ô tyran ! » 'Amr Ibn al-'Âç, imperturbable, répondit avec une sagesse tranquille : « Tu m'as visé, mais le Seigneur t'a visé. » Sur ces mots, il ordonna l'exécution immédiate de l'assassin.

Passons maintenant à l'attentat contre la vie de 'Alî. Le troisième conspirateur, 'Abdul-Rahmân Ibn Muljim, arriva à Kûfa avec un plan en tête. Il fit la connaissance d'une femme, une belle servante appartenant à la secte Khârijite, dont les proches avaient péri à Nahrawân. Subjugué par elle, 'Abdul-Rahmân lui proposa le mariage. La femme, nommée Qatam, posa des conditions terrifiantes : elle exigea pour dot la tête de 'Alî, trois mille dirhams en argent, un esclave et une servante. Sans hésiter, 'Abdul-Rahmân accepta ces conditions.

Qatam le présenta alors à deux autres hommes animés par la même haine, Werdân et Chuhayb. Ensemble, ils se préparèrent à accomplir leur sinistre mission. Le matin du vendredi fixé, ils se rendirent à la mosquée. Lorsque 'Alî apparut pour diriger la prière, Werdân et Ibn Muljim parvinrent à se positionner juste derrière lui. Dès le début de la prière, Werdân tenta de frapper 'Alî, mais échoua. Ce fut 'Abdul-Rahmân qui, d'un coup précis, atteignit mortellement 'Alî à la tête, au même endroit où il avait été blessé lors d'une bataille du vivant du Prophète.

Dans la confusion qui suivit, les trois conspirateurs prirent la fuite. Werdân, rattrapé par un poursuivant, fut tué. Chuhayb, quant à lui, disparut à jamais. 'Abdul-Rahmân se cacha quelque temps, mais fut finalement découvert dans un recoin de la mosquée, son sabre encore taché de sang. Interrogé sur son implication, il hésita avant d'avouer sa culpabilité, poussé par sa conscience.

Amené devant 'Alî, ce dernier, avec sa clémence légendaire, confia sa détention à son fils al-Hassan. Il lui ordonna de veiller à ce qu'il ne manque de rien et ajouta : « Si je meurs des suites de ma blessure, fais en sorte qu'il meure d'un seul coup. » La blessure d'Alî était en effet fatale. Lorsqu'il exprima sa soif, on lui apporta un verre de sirop. Dans un geste de générosité caractéristique, il offrit son propre verre au prisonnier qui demandait à boire.

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'Othmân : Le Troisième Calife

Les Présages de 'Alî relatifs à sa Mort

Durant tout le mois de Ramadhân, un mois empreint de spiritualité et de réflexion, 'Alî, le cousin et gendre du Prophète, ressentit plusieurs signes annonciateurs de sa propre fin tragique. Ce mois-là, qui devait être le dernier de sa vie, fut marqué par des présages inquiétants. En privé, 'Alî laissait parfois échapper quelques mots qui trahissaient sa conscience de l'inéluctable. Lorsqu'il fut victime d'un malaise sérieux, on l'entendit murmurer avec une résignation poignante : « Hélas mon cœur ! On a besoin de patience, car il n'y a pas de remède à la mort. » Ces paroles reflétaient une acceptation stoïque de son destin.

Peu avant le vendredi 19 de ce mois sacré, 'Alî quitta sa maison aux premières lueurs de l'aube pour se rendre à la mosquée. Ce matin-là, un événement étrange se produisit. Les oiseaux domestiques, habituellement calmes, s'étaient mis à pousser des cris particulièrement bruyants dans la cour. L'un de ses serviteurs, agacé par ce vacarme inhabituel, lança un gourdin pour les faire taire. Mais 'Alî l'arrêta avec douceur, lui disant : « Laisse-les, leurs cris ne sont que des lamentations présageant ma mort. » Ces mots, empreints de gravité, résonnaient comme une sombre prophétie. Cet épisode est relaté dans l'ouvrage "History of the Saraceens" de S. Ockley, à la page 328, témoignant de la conscience aiguë qu'avait 'Alî de son sort imminent.

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La Mort de 'Alî en l'An 40 H.

En cette année de l'Hégire, l'histoire fut marquée par un événement tragique qui bouleversa le monde musulman : la mort de 'Alî. C'était un vendredi, le 19 Ramadhân de l'an 40 H., lorsque 'Alî, fidèle à ses habitudes, se rendit à la mosquée de Kûfa pour diriger la prière du matin. Ce jour-là, un destin funeste l'attendait, car il fut blessé lors de cet acte pieux. Gravement atteint, il fut immédiatement transporté chez lui, où il allait passer les derniers jours de sa vie.

Malgré la douleur de sa blessure, 'Alî trouva la force de réunir ses fils bien-aimés, al-Hassan et al-Hussayn, à ses côtés. Dans ces moments empreints d'émotion, il leur prodigua des conseils empreints de sagesse et de foi. Il les exhorta à demeurer fermes dans leur piété, à accepter la Volonté de Dieu avec résignation et à témoigner de la bonté envers leur jeune frère, al-'Abbâs, le fils qu'il avait eu avec sa femme Hanifite. En homme prévoyant, 'Alî prit également soin de rédiger son testament. Jusqu'à son dernier souffle, il ne cessa de prononcer le nom du Seigneur, montrant ainsi sa dévotion inébranlable. C'est ainsi qu'il quitta ce monde, le lundi 21 Ramadhân, à l'âge de soixante-trois ans.

Après sa mort, les restes de 'Alî furent inhumés à environ sept kilomètres de Kûfa. Avec le temps, ce lieu devint un site de grande importance. Une tombe majestueuse, surmontée d'une mosquée ornée d'un dôme magnifique, fut érigée en son honneur. Ce lieu sacré devint une ville florissante, connue sous le nom d'al-Najaf al-Achraf, également appelée Machhad 'Alî, le Sépulcre de 'Alî. Plusieurs monarques persans contribuèrent à son embellissement et à son enrichissement, faisant de cet endroit un lieu de pèlerinage et de recueillement.

Il est dit que durant le règne des Omayyades, le Sépulcre de 'Alî fut maintenu dans la discrétion, préservant ainsi son sanctuaire des tumultes politiques de l'époque.

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L'Oeuvre Littéraire de 'Alî

'Alî, figure emblématique de l'histoire islamique, jouit d'une réputation de sagesse inégalée parmi tous les Musulmans, quelles que soient leurs tendances. Sa renommée est telle qu'il nous a laissé un héritage littéraire précieux, comprenant notamment un recueil de cent sentences. Ce recueil a traversé les frontières linguistiques, étant traduit de l'arabe vers le turc et le persan, témoignant de son influence durable. En outre, un recueil de ses poèmes, rassemblés sous le titre "Anwâr al-'Aql", contribue à enrichir son œuvre littéraire.

La bibliothèque Bodleian, réputée pour ses trésors littéraires, conserve un volumineux livre renfermant ses sentences. Cependant, l'écrit le plus célèbre de 'Alî est sans conteste intitulé "Jafr wa Jam". Ce texte mystérieux, rédigé sur parchemin, est orné de caractères mystiques entremêlés de figures. Il a pour vocation de relater ou de symboliser tous les grands événements, tant passés que futurs, depuis l'avènement de l'Islam jusqu'à la fin des temps. Ce précieux parchemin, transmis au sein de sa famille, demeure encore aujourd'hui en grande partie indéchiffré. Ja'far al-Çâdiq, figure éminente de l'érudition islamique, avait réussi à en interpréter partiellement le contenu, mais la compréhension complète de ce texte est réservée au douzième Imam, connu sous le nom d'"Al-Mahdî" ou "Le Grand Guide". Cette information est rapportée dans l'ouvrage "History of the Saracens" de S. Ockley, à la page 332.

Les savants de la langue arabe doivent une immense gratitude à 'Alî. En effet, il a joué un rôle crucial dans l'établissement des règles de la composition correcte de la langue arabe. Avant son intervention, l'absence d'une grammaire formelle constituait un défaut majeur pour la littérature arabe, et ce manque se faisait profondément ressentir par les écrivains de l'époque. Grâce à 'Alî, la langue arabe a pu se structurer et s'enrichir, facilitant ainsi la transmission des connaissances et des idées à travers les générations.

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Des Anecdotes de la Vie de 'Alî

Les anecdotes qui suivent, relatant des épisodes de la vie de 'Alî, sont principalement extraites de l'ouvrage "Oriental Table Talk", traduit en anglais par Jonathan Scott Esqr, et mentionné dans les "Oriental Collections" d'Ouseley. Ces récits nous offrent un aperçu fascinant et instructif des interactions et des sagesses de 'Alî.

Un jour, alors que le Prophète Mohammad et 'Alî partageaient un repas de dattes, une scène amusante se déroula. Tandis qu'ils dégustaient ces fruits sucrés, le Prophète, sans s'en rendre compte, déposait les noyaux des dattes qu'il consommait sur l'assiette de 'Alî. Une fois le repas terminé, Mohammad observa avec un sourire : « Celui qui a le plus de noyaux a certainement mangé le plus. » À cela, 'Alî rétorqua avec esprit : « Non, celui qui a mangé le plus, c'est sûrement celui qui a avalé aussi les noyaux. » Cette anecdote illustre non seulement l'humour subtil de 'Alî, mais aussi la complicité entre les deux hommes.

Dans une autre anecdote, un Juif aborda 'Alî pour discuter de la vérité de leurs religions respectives. Il lança une remarque provocante : « Vous vous êtes mis à vous disputer avant même d'avoir enseveli le corps de votre Prophète. » À cette attaque, 'Alî répondit avec sagesse et perspicacité : « Nos divisions étaient la conséquence de sa perte, et ne concernaient pas notre foi; mais vous, la boue de la Mer Rouge n'avait pas encore séché sur vos pieds que vous vous êtes mis à crier à l'adresse de Moïse : "Fais-nous des dieux semblables à ceux des idolâtres afin que nous les adorions". » Cette réponse, empreinte de profondeur historique et de connaissance, laissa le Juif confus et sans réplique.

Enfin, une autre histoire met en lumière la sagacité de 'Alî en matière de justice. Un jour, une personne vint à lui avec une plainte singulière : « Un homme a déclaré qu'il avait rêvé qu'il couchait avec ma mère. Ne puis-je pas lui infliger une punition selon la Loi ? » 'Alî, avec une logique implacable, répondit : « Quelle punition ? Mets-le au soleil et frappe son ombre, car que peut-on infliger à un crime imaginaire, sinon un châtiment imaginaire ? » Par cette réponse, 'Alî démontra une fois de plus son sens aigu de la justice et sa capacité à résoudre les conflits avec intelligence et équité.

Ces anecdotes, bien que courtes, révèlent la profondeur de caractère et la sagesse de 'Alî, offrant un regard précieux sur sa vie et ses enseignements.

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Une Décision Ingénieuse de 'Alî

Dans l'histoire de l'Islam, la sagesse et l'ingéniosité de 'Alî, cousin et gendre du Prophète Muhammad, sont souvent mises en lumière. Un exemple célèbre de cette sagesse est illustré par une anecdote qui témoigne de son sens aigu de la justice et de l'équité.

Deux voyageurs, fatigués par leur périple, s'étaient arrêtés pour partager un repas. L'un d'eux possédait cinq pains, tandis que l'autre en avait trois. Alors qu'ils s'apprêtaient à manger, un étranger les aborda, demandant humblement la permission de se joindre à eux. Avec une hospitalité généreuse, les deux compagnons acceptèrent sa demande.

Après avoir partagé ce repas frugal, l'étranger, en guise de remerciement, laissa derrière lui huit pièces d'argent avant de reprendre sa route. C'est alors que débuta une querelle entre les deux voyageurs. Celui qui avait apporté cinq pains prit cinq pièces d'argent, laissant les trois autres à son compagnon. Ce dernier, cependant, revendiquait la moitié de la somme laissée par l'étranger, arguant que l'argent devait être partagé équitablement.

Face à cette dispute, les deux hommes décidèrent de solliciter le jugement de 'Alî. Avec une intelligence remarquable, 'Alî écouta attentivement leur récit et prononça un verdict qui reflétait une parfaite équité : « Que le propriétaire des cinq pains prenne sept pièces d'argent et l'autre une seule ». Cette décision reposait sur un calcul précis de la contribution de chacun au repas partagé avec l'étranger.

En effet, chaque pain fut divisé en trois parts, ce qui faisait un total de vingt-quatre parts pour les huit pains. Chacun des trois convives avait consommé une portion égale, soit huit parts chacun. L'étranger avait donc mangé sept parts des cinq pains et seulement une part des trois pains. C'est ainsi que 'Alî, avec une logique implacable, répartit les pièces d'argent selon la proportion exacte de la contribution de chaque voyageur.

Outre sa sagesse, 'Alî était également connu pour sa piété et son intégrité. Sa chevalière portait une inscription qui louait la grandeur de Dieu : « L'Omnipotent Dieu est Excellent », ou selon un autre récit, « Le Royaume appartient à l'Unique Tout-Puissant Seigneur ». Il avait pour habitude de balayer le Trésor Public et d'y prier ensuite, espérant que cela témoignerait de sa transparence et de son honnêteté, prouvant qu'il n'avait jamais dissimulé aux musulmans les biens de l'État.

Enfin, 'Alî est également reconnu pour avoir rapporté cinq cent vingt-six hadiths directement du Messager de Dieu, contribuant ainsi de manière significative à la transmission des enseignements prophétiques.

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Quelques hadiths relatifs aux mérites de 'Alî, tirés de " Târîkh al-Kholafa' "

Dans l'ouvrage "Târîkh al-Kholafa'" de Jalâl-ul-Dîn As-Suyûtî, traduit de l'arabe en anglais par le Major H.S. Jarret, édition de Calcutta en 1881, de nombreux hadiths témoignent des mérites de 'Alî, un des plus proches compagnons du Prophète de l'Islam. Voici quelques-uns de ces récits édifiants :

  1. Ahmad Ibn Hanbal affirme : «Ce qui nous a été transmis concernant les mérites de 'Alî n'a été égalé par les mérites d'aucun des Compagnons du Messager de Dieu». Selon Al-Hâkim, aucun autre compagnon n'a été autant exalté que 'Alî, pour qui trois cents versets ont été révélés.

  2. Al-Tabarânî et Abû Hatim rapportent qu'Ibn 'Abbâs a déclaré : «Jamais le Seigneur n'a révélé les termes "Ô vrais Croyants" sans que 'Alî y soit compris comme étant leur maître et leur chef. Le Seigneur a réprouvé à divers endroits les Compagnons du Prophète, mais IL n'a jamais mentionné 'Alî sans approbation».

  3. Al-Tirmithî, al-Nasâ'î et Ibn Majah, citant Habchi Ibn Jonada, ont rapporté que le Messager de Dieu avait dit : «'Alî est de moi et je suis de 'Alî».

  4. Al-Tabarânî rapporte, dans "Awsat", citant Jâbir Ibn 'Abdullâh, que le Messager de Dieu a dit : «Les gens sont de souches diverses, mais moi et 'Alî, sommes d'une seule souche».

  5. Al-Tabarânî rapporte dans "Awsat" et "Çaghîr" qu'Om Salma a relaté : «J'ai entendu le Messager de Dieu dire : "'Alî est avec le Coran et le Coran est avec 'Alî. Ils ne se sépareront pas avant qu'ils arrivent à la fontaine de Kawthar au Paradis"».

  6. Ibn Sa'd rapporte que 'Alî a dit : «Par Allah, jamais un verset du Coran n'a été révélé sans que je voie maintenant ce qu'il a révélé et à propos de qui il a été révélé, car mon Seigneur m'a doté d'un coeur sage et d'une langue éloquente».

  7. Ibn Sa'd et d'autres rapportent d'Ibn Tofayl, que 'Alî a dit : «Interrogez-moi sur le Coran, car il n'y a pas un verset dont je ne sache pas s'il a été révélé la nuit ou le jour, dans les plaines ou sur les montagnes».

  8. Al-Tirmithî et al-Hâkim rapportent de 'Alî que le Prophète a dit : «Je suis la Cité du Savoir, et 'Alî en est la Porte».

  9. Ibn Mas'ûd rapporte que le Prophète a dit : «Regarder 'Alî est un acte de dévotion».

  10. Ibn 'Asâkir, citant le témoignage d'Abû Bakr, écrit : «Le Prophète dit : "Regarder 'Alî est un acte de piété».

  11. Muslim rapporte que 'Alî a dit : «Par Celui qui a fendu les graines et créé l'âme, le Prophète m'a promis que ne m'aimera qu'un vrai Croyant et que ne me détestera qu'un hypocrite».

  12. Al-Tirmithî rapporte qu'Abû Sa'id al-Khudrî a dit : «Nous avions l'habitude de reconnaitre les hypocrites à leur haine pour 'Alî».

  13. Al-Tabarânî, citant le témoignage d'Om Salma, rapporte que le Prophète a dit : «Celui qui aime 'Alî m'aura aimé et celui qui déteste 'Alî m'aura détesté, et celui qui m'aura détesté aura détesté le Seigneur».

  14. Abû Ya'lâ et Al-Bazzâr, citant Sa'd Ibn Abî Waqqâç, rapportent que le Messager de Dieu a dit : «Celui qui injurie 'Alî, m'injurie aussi».

  15. Ahmad rapporte, et al-Hâkim le confirme, qu'Om Salma a dit : «J'ai entendu le Messager de Dieu dire : "Celui qui injurie 'Alî, m'injurie aussi"».

  16. Sa'id lbn al-Mussyyab rapporte que 'Omar Ibn al-Khattâb avait l'habitude d'implorer Dieu de le préserver d'une situation difficile dans laquelle le père d'al-Hassan ('Alî) n'aurait pas été présent pour la résoudre, et qu'il dit un jour : «Personne parmi les Compagnons, à part 'Alî, n'avait l'habitude de dire "Interrogez-moi"».

  17. Al-Tabarânî rapporte dans "Al-Awsat" qu'Ibn 'Abbâs a dit : «'Alî possédait dix-huit qualités éminentes qui n'étaient communes à aucun autre de ce peuple».

  18. Al-Bazzâr rapporte en citant Sa'd, que le Messager de Dieu a dit à 'Alî : «Il n'est permis à personne ayant l'obligation d'accomplir l'ablution totale d'entrer dans la mosquée, excepté moi et toi».

  19. Abû Ya'la rapporte qu'Abû Horayrah a relaté que 'Omar lbn al-Khattâb avait dit : «'Alî a été doté de trois choses dont si je ne possédais qu'une seule, elle me serait plus précieuse que si on m'avait donné des chameaux de haute race». Lorsqu'on lui demanda quelles étaient ces trois choses, il répondit : «Son mariage avec Fâtimah, la fille du Prophète, son autorisation de rester à la mosquée dans le cas où cela me l'est interdit, et le fait d'avoir porté l'Etendard le jour de Khaybar».

  20. Les deux Cheikhs (Al-Bokhârî et Muslim), se référant à Sa'd Ibn Abî Waqqâç, rapportent que le Messager de Dieu, ayant décidé de laisser derrière lui 'Alî Ibn Abî Tâlib comme son Lieutenant pendant l'expédition de Tabûk, 'Alî lui dit : «Ô Messager de Dieu! Me laisses-tu derrière, parmi les femmes et les enfants?». Le Prophète répondit : «N'es-tu pas content d'être à moi ce qu'Aaron avait été à Moïse, à cette différence près qu'il n'y aura pas de Prophète après moi?».

  21. Selon Sah Ibn Sa'd, le Messager de Dieu dit, le jour de Khaybar : «Je confierai sûrement l'Etendard, demain, à un homme entre les mains duquel le Seigneur accordera la victoire, un homme qui aime Dieu et Son Prophète et que Dieu et Son Prophète aiment». Les gens passèrent la nuit à s'interroger sur l'identité de celui d'entre eux à qui l'Etendard serait confié. Une fois que l'aube se fut levée, ils se hâtèrent chez le Prophète, chacun d'eux espérant être l'heureux élu. «Où est 'Alî le fils Abû Tâlib?» demanda-t-il. Ils lui dirent : «Il souffre d'un mal aux yeux». Il dit : «Faites-le venir». Ils l'amenèrent et le Messager de Dieu projeta un peu de sa salive sur ses yeux et pria pour lui. 'Alî fut établi parfaitement, comme s'il ne souffrait de rien, et le Prophète lui remit l'Etendard.

  22. Citant Sa'd Ibn Abî Waqqâç, Muslim relate que lorsque le verset : «Venez! Appelons nos fils et vos fils, nos femmes et vos femmes, etc...» (Sourate Âle 'Imran, verset 61) fut révélé, le Messager de Dieu convoqua 'Alî, Fâtimah, al-Hassan et al-Hussayn et dit : «Ô Mon Dieu! ils sont ma Famille».

  23. Al-Tirmithî et al-Hâkim confirment, en se référant à Borayda, que le Messager de Dieu dit : «Le Seigneur m'a ordonné l'amour de quatre hommes et m'a déclaré qu'IL les aime». On lui demanda : «Ô Messager de Dieu! Nomme-les». Il répondit : «'Alî en fait partie (il le répéta trois fois), Abû Thârr, al-Miqdâd et Salmân».

  24. Abû No'aym rapporte dans "Al-Dalâ'il", en se référant au père de Ja'far Ibn Mohammad que : Deux hommes ayant eu une altercation, furent amenés devant 'Alî qui s'assit au pied d'un mur. Un homme lui ayant dit : «Le mur va tomber», il répondit : «Va au ... Dieu est le Protecteur». Il jugea entre les deux parties et s'en alla. Le mur tomba après son départ.

  25. Al-Tabarânî rapporte dans "Awsat", et Abû No'aym dans "Al-Dala'il", en citant Zadan, que pendant que 'Alî relatait un hadith, un homme l'accusa de parier faussement. 'Alî lui dit : «Pourrais-je appeler l'anathème sur toi, si j'ai menti?». Il répondit : «Appelle-le». 'Alî le maudit, et lorsqu'il se retira de l'endroit sa vue l'avait quitté.

  26. Abûl-Qâcim al-Zajjâjî relate dans ses "Dictées" que 'Alî travailla sur les principes de la langue arabe, "La Grammaire de la Langue Arabe".

Ainsi, ces récits témoignent de la place éminente qu'occupait 'Alî dans l'entourage du Prophète, et de l'amour et du respect que lui vouaient ses contemporains.

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3. «La vengeance était presque un principe

Dans le vaste désert de la péninsule arabique, la vengeance tenait une place centrale, presque sacrée, dans la culture des tribus arabes. Elle était bien plus qu'un simple acte de représailles ; elle se dressait comme un devoir impérieux, une obligation morale et sociale. Lorsqu'un membre d'une famille était tué, il incombait à ses proches de laver l'affront par le sang, de restaurer l'honneur bafoué, non seulement de la famille immédiate, mais de toute la tribu. Cette quête de justice devenait alors une affaire collective, engageant l'honneur et la réputation de l'ensemble du groupe.

Les dettes de sang, comme des spectres du passé, hantaient les générations futures. Elles demeuraient souvent impayées, se transmettant d'une génération à l'autre, comme un héritage empoisonné. Ces querelles, enracinées dans le temps, se transformaient en conflits meurtriers, embrasant les relations entre les tribus pour des décennies. Washington Irving a souligné cet aspect tragique et inextricable de la culture arabe.

L'historien Gibbon, quant à lui, observait avec acuité que la vie des Arabes était souvent marquée par une intention criminelle latente et un climat de suspicion. Ces tensions pouvaient perdurer pendant cinquante ans, une période durant laquelle les comptes de la vengeance restaient ouverts, attendant le moment propice pour être réglés. Ainsi, la vengeance n'était pas seulement un acte, mais un état d'esprit persistant, une ombre planant sur la vie quotidienne des tribus arabes.

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13. a- Les deux Cheikh (Bokhârî et Muslim)

Les célèbres compilateurs de hadiths, Bokhârî et Muslim, ont consigné dans leurs ouvrages les paroles empreintes de sagesse de 'Omar. Ce dernier avait déclaré avec une clarté sans équivoque : « Que personne ne se méprenne en affirmant que l'allégeance à Abû Bakr a été faite à la légère - bien qu'elle ait effectivement été ainsi réalisée - le Seigneur en a prévenu les mauvaises conséquences... » Cette citation, extraite de l'ouvrage "History of Califat" traduit en anglais par Major Jarret de Suyûtî, souligne la complexité de cet événement historique.

En effet, l'urgence du moment et l'assentiment général des gens ont pu justifier cette action illégale et précipitée. Cependant, 'Omar, conscient des implications d'une telle démarche, n'hésita pas à monter en chaire pour exprimer son avis. Il avoua avec une franchise désarmante que si, à l'avenir, un Musulman sollicitait le suffrage de son frère, tous deux, l'électeur et l'élu, mériteraient la peine de mort. Cette déclaration, rapportée par l'historien Gibbon, témoigne de la gravité avec laquelle 'Omar considérait la question de la légitimité et de l'intégrité dans le processus d'allégeance.

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Note:

15.

  1. Ibn Abîl-Hadîd relate que selon une grande partie de la Ummah, la politique et les mesures apparemment précipitées adoptées par Abû Bakr et 'Omar pour s'emparer du Califat n'étaient en réalité que l'exécution d'un plan prémédité et soigneusement élaboré. Ce plan aurait été conçu durant la maladie du Prophète, alors que son lit était entouré par l'habile 'Âyechah, fille d'Abû Bakr et adversaire de 'Alî, comme le mentionne Gibbon. Abû Bakr, déjà bien âgé, avait à peu près le même âge que le Prophète, ce qui laissait supposer qu'il ne survivrait pas longtemps après lui. 'Omar, étant beaucoup plus jeune, nourrissait l'espoir de lui succéder dans un avenir pas trop lointain. On peut donc imaginer qu'un accord avait été passé entre eux sur l'ordre de leur accession au pouvoir. C'est ainsi qu'Abû Bakr, sur son lit d'agonie, ne se contenta pas de faire élire son successeur, mais désigna clairement 'Omar pour lui succéder, évitant ainsi les incertitudes d'une élection.

  2. La réponse de 'Omar à Hobâb, évoquée dans un paragraphe précédent, laisse également entendre qu'il avait déjà assuré son établissement au Califat avec le soutien de ses partisans.

  3. La déclaration de 'Omar, selon laquelle il pensait qu'il ne convenait pas de désobéir au Calife deux fois en une seule journée, tend à démontrer qu'il avait préalablement choisi Abû Bakr comme Calife avant même l'élection. Autrement, comment aurait-il pu évoquer l'existence d'un Calife alors qu'il avait fermement soutenu que le Prophète n'avait pas désigné de successeur, rendant une élection nécessaire ?

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16. Ayant encore le souvenir de l'expérience

'Omar, se remémorant intensément l'expérience de Saqîfah, alors qu'il était sur son lit d'agonie, prit une décision empreinte de sagesse et de prévoyance. Il décréta un délai de trois jours pour l'élection de son successeur, malgré le fait qu'il n'y avait que six électeurs, soigneusement choisis par lui-même. Ce geste réfléchi souligne l'importance qu'il accordait à un processus de succession ordonné et rapide.

L'épisode de Saqîfah, avec ses nombreuses parties contestataires parmi les Ançâr et les Muhâjirîn, aurait pu s'éterniser bien plus longtemps sans les mesures décisives prises par 'Omar pour conclure l'affaire promptement. Cette précaution témoigne de sa volonté d'éviter toute discorde prolongée, en s'assurant que le choix du nouveau dirigeant se fasse de manière efficace et sans délai excessif.

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23. Une grande partie des Musulmans soutiennent

Une grande partie des Musulmans de l'époque s'accordaient à penser qu'Omar avait obtenu de manière anticipée la promesse de succéder à Abû Bakr, et ce, avec l'accord explicite de ce dernier. Cette promesse de succession était un pacte scellé entre les deux hommes, prévoyant qu'Omar prendrait la relève après le décès d'Abû Bakr. Cependant, Omar, bien conscient des tensions potentielles, redoutait une réaction de colère de la part d'Ali, le prétendant légal à la succession. Cette réaction, s'il elle venait à se manifester, pourrait anéantir ses ambitions soigneusement élaborées.

Omar, rongé par l'angoisse, nourrissait le désir ardent de se débarrasser d'Ali par tous les moyens possibles, afin de sécuriser sa position. Toutefois, Ali, doté d'une sagesse remarquable, choisit de faire preuve de patience face aux nombreuses insultes et provocations graves dont il était la cible. Il comprenait l'importance de ne pas commettre de faux pas, conscient que cela pourrait mettre en péril la sécurité de l'Islam tout entier. Sa patience et sa retenue étaient des témoignages de sa profonde compréhension des enjeux politiques et religieux de l'époque.

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66. Ibn Abî Sarh était le frère

Ibn Abî Sarh, connu pour être le frère de lait de 'Othmân, est mentionné dans le verset 93 de la Sourate al-An'âm. Ce verset fait allusion à lui par ces mots puissants : « Qui est plus injuste que celui qui forge un mensonge contre Dieu; ou celui qui dit: "J'ai reçu une révélation", alors que rien ne lui a été révélé. Ou celui qui dit: "Je vais faire descendre quelque chose de semblable à ce que Dieu a fait descendre" » (Sourate al-An'âm, 6:93).

Ibn Abî Sarh, profitant de sa position privilégiée, se permettait d'intercaler des passages de son cru, des inventions grotesques, dans les révélations divines. Cependant, ses méfaits ne passèrent pas inaperçus. Une fois découvert, il prit la fuite vers la Mecque, où il renia sa foi et devint apostat. Durant cette période de proscription par le Prophète, 'Othmân, son frère de lait, lui offrit refuge et intercéda auprès du Prophète pour obtenir son pardon.

Malgré ces événements tumultueux, Ibn Abî Sarh fut plus tard nommé Gouverneur d'Égypte pendant le règne de 'Othmân, une nomination qui témoigne de l'influence et de la complexité des relations politiques et personnelles de l'époque.

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102. Le Prophète eut une vision à

Un jour, le Prophète Muhammad eut une vision qui le troubla profondément. Dans cette vision, il aperçut la famille de Banî Omayyah, une puissante tribu de l'époque, en train de monter sur sa chaire. Ce n'était pas une simple ascension, mais plutôt une scène étrange où ils semblaient bondir et faire des sauts, à la manière des singes. Cette image symbolique et déroutante portait en elle un message que le Prophète exprima en ces termes : « C'est leur part dans ce monde qu'ils ont gagnée par leur profession de Foi à l'Islam. » Ces mots, rapportés par "Sale" citant al-Baydhâwî, témoignaient de la perception que le Prophète avait de l'influence et du pouvoir que cette famille avait acquis grâce à leur adhésion à l'Islam.

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106. Na'thal était le nom d'un Juif à

longue barbe, originaire d'Egypte. Sa ressemblance avec 'Othmân incitait
les ennemis de ce dernier à l'appeler par le nom de son sosie. Ibn
Athîr, dans "Nihâyeh".

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110. Al-Mas'ûdî reproche à 'Abdullâ

Ibn 'Omar de s'être abstenu de prêter serment d'allégeance
au Calife 'Alî, et de rendre hommage par la suite à Yazîd
Ibn Mu'âwiyeh pour son élection au Califat et encore à
'Abdul-Malik Ibn Marwân.

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113. Selon Major Price, la réponse du messager

La réponse du messager adressée à 'Alî fut empreinte d'une intensité dramatique : « Cinquante mille hommes se sont rassemblés autour des vêtements de 'Othmân. Leurs joues et leurs barbes sont constamment baignées de larmes, et leurs yeux ne cessent de verser des larmes de sang depuis l'instant de ce meurtre atroce. Ils ont dégainé leurs sabres avec la promesse solennelle de ne jamais les rengainer, ni de cesser de se lamenter avant d'avoir exterminé tous ceux qui ont été impliqués dans cette détestable affaire. Ce désir de vengeance a été transmis à leurs descendants comme un héritage solennel, et dès leur plus jeune âge, les mères inculquent à leurs enfants le principe de venger jusqu'au bout le sang de 'Othmân. »

Cet exposé audacieux et provocateur provoqua une vive colère parmi les compagnons du Calife. La tension était telle que, sans l'intervention sage et mesurée de 'Alî, des actes aux conséquences incalculables auraient pu être commis. La magnanimité dont fit preuve 'Alî eut un effet presque magique sur le messager de Mu'âwiyeh. Ce dernier, touché par la grandeur d'âme de 'Alî, se déclara alors convaincu de son erreur. Il jura qu'il ne se séparerait plus jamais volontairement de 'Alî et qu'il ne reconnaîtrait l'autorité d'aucun autre souverain à son détriment. Cette scène, décrite dans "History of the Saracens" de S. Ockly, page 295, illustre la puissance des émotions et des serments dans ces temps troublés.

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139. 'Amr était le fils d'une courtisane

À la Mecque, vivait une femme dont la réputation et le charme n'étaient pas sans rappeler ceux de Phryne et Aspasie, célèbres figures de la Grèce antique. Cette courtisane captivait les esprits et attirait à elle certains des hommes les plus nobles de la région. Sa renommée était telle que, lorsqu'elle mit au monde un fils, elle évoqua plusieurs notables de la tribu de Quraych comme étant potentiellement le père de l'enfant.

Parmi ces hommes, l'un se distinguait par l'âge et la sagesse, et c'était 'Âç, le plus âgé de ses admirateurs. L'enfant, en grandissant, montra une ressemblance frappante avec 'Âç, ce qui conduisit à l'acceptation tacite de sa paternité. Ainsi, le garçon fut non seulement nommé 'Amr, mais il reçut également l'appellation de Ibn al-'Âç, signifiant littéralement "fils de 'Âç". Cette désignation marquait à la fois son identité et son lien avec l'un des hommes les plus respectés de son temps. ("Life of Mohammad", W. Irving, p. 48)

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143. Ach'ath est le même homme qui en l'an

17 H. avait parcouru la longue distance séparant l'Irak de Kinnisrin
en Syrie pour chercher la charité de Khâlid Ibn al-Walîd
qui lui donna mille pièces en or.

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Notes de la 2ème Partie

  1. Ibid.

Les références historiques abondent dans les récits de la vie du Prophète, et parmi celles-ci, les ouvrages tels que "Tabaqât Ibn Sa'd" et "Ibn Hichâm" se distinguent par leur richesse en détails. Ces textes, souvent cités, offrent un aperçu précieux des événements qui ont marqué l'époque du Prophète.

Un phénomène fascinant lié à la ville de La Mecque est celui du puits de Zam-Zam. Burkhard a observé que le niveau de l'eau de ce puits reste constant, indépendamment de la quantité d'eau puisée. Ce phénomène est perçu comme un miracle par les Turcs, car l'eau de Zam-Zam est utilisée non seulement par les innombrables pèlerins, mais aussi par chaque famille de la ville pour la boisson et l'ablution. Cependant, elle est trop sacrée pour être utilisée à des fins culinaires. Un observateur, descendu pour examiner la maçonnerie du puits, a découvert que l'eau s'écoule au fond, alimentée par un ruisseau souterrain. L'eau de Zam-Zam a un goût distinct, parfois comparé au lait, bien qu'elle soit douce et diffère considérablement de celle des autres puits saumâtres de la ville. Lorsqu'elle est puisée, elle est légèrement tiède, semblable à l'eau de nombreuses autres fontaines du Hijâz. (Travers, p. 144, "Life of Muhammad" de W. Muir)

Ali Bey décrit le puits de Zam-Zam comme ayant un diamètre de 7 pieds 8 pouces et une profondeur de 56 pieds jusqu'à la surface de l'eau, qui est plus chaude que l'air ambiant immédiatement après avoir été puisée. Cette eau est potable et si abondante que son niveau ne baisse pas sensiblement pendant la saison du pèlerinage, malgré les milliers de personnes qui y puisent. (W. Muir, op. cit., vol. II, p. 81)

Sale, citant al-Idrisi, souligne que, mis à part le puits de Zam-Zam, les fontaines de La Mecque sont amères et imbuvables. (Prel. Disc., p. 3, op. cit.)

L'Imâm al-Hussayn, petit-fils du Prophète Mohammad, est connu pour son sacrifice en l'an 61 de l'Hégire, un acte destiné à préserver l'intégrité de l'Islam.

W. Irving rapporte un récit étonnant concernant la naissance du Prophète. Il écrit que sa mère n'a ressenti aucune douleur lors de l'accouchement. Au moment de sa naissance, une lumière céleste aurait illuminé la région environnante, et le nouveau-né aurait levé les yeux vers le ciel en proclamant : « Dieu est Grand ! Il n'y a pas de dieu si ce n'est Dieu, et je suis Son Prophète ». ("Life of Muhammad", p. 13)

D'autres passages des Écritures, que les musulmans considèrent comme se rapportant à leur Prophète, sont mentionnés. Par exemple, dans le Deutéronome XXXIII, 2, il est écrit que Sinaï est associé au Judaïsme, Séïr (en Galilée) au Christianisme, et Paran (en Arabie) à l'Islam. Dans Isaïe XXI, 6, "celui qui est sur l'âne" est identifié à Jésus, tandis que "celui qui est sur le chameau" est associé à Mohammad. Dans Matthieu XX, 1-6, le matin, le midi et le soir symbolisent respectivement le Judaïsme, le Christianisme et l'Islam. Enfin, dans Jean IV, 2-3, Mohammad est décrit comme "l'esprit qui celui de Dieu" pour avoir proclamé que Jésus était un homme véritable et non Dieu. (Rodwell's Kor., p. 445 et Habak, III, 3)

Les récits historiques continuent de se déployer à travers les pages des ouvrages tels que "Tabaqât Ibn Sa'd", "Ibn Hichâm", "Rawdhat al-Ahbâb", "Al-Tabarî", et bien d'autres, chacun apportant sa contribution unique à la compréhension de la vie du Prophète et de ses compagnons. Ces textes, riches en détails et en enseignements, constituent une source inestimable pour quiconque souhaite approfondir sa connaissance de cette période cruciale de l'histoire islamique.

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'Othmân : Le Troisième Calife

166. Lorsque le Prophète annonça

C'est dans un contexte vibrant de poésie et de traditions orales que le Prophète de l'Islam fit pour la première fois l'annonce de sa Mission. Parmi les nombreux jeunes hommes de l'époque, se trouvait 'Amr Ibn al-'Âç, un poète talentueux et reconnu pour son esprit aiguisé. Avec une plume habile, il composa des satires et des madrigaux humoristiques qui visaient directement le Prophète et son message. Ces œuvres, imprégnées du goût poétique des Arabes, capturèrent l'attention de nombreux auditeurs et se répandirent rapidement à travers la péninsule.

Ces compositions ne se contentaient pas de divertir; elles jouaient un rôle bien plus insidieux. En effet, leur large diffusion eut un impact significatif sur la croissance de l'Islam. Plus que n'importe quelle persécution physique, ces vers satiriques s'infiltrèrent dans les esprits, semant le doute et la dérision parmi ceux qui auraient pu être réceptifs au message du Prophète. Ainsi, les mots de 'Amr Ibn al-'Âç, portés par le vent des récitations publiques, s'avérèrent être un obstacle redoutable sur le chemin de l'expansion de la nouvelle foi.

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194. Selon Yanâbî' al-Mawaddah (édition

de Bombai, p. 107), ces propos furent prononcés par Prophète
à l'occasion de la victoire de 'Alî à Khaybar, avec
d'autres louanges. Voir "Habîb al-Sayyâr".

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212. Ici allusion est faite au Commandement contenu

Dans la sourate al-Charh, une révélation divine d'une profondeur inégalée, Dieu s'adresse directement au Prophète avec des mots empreints de réconfort et de promesse. Il commence par rappeler au Prophète les bienfaits qu'Il lui a accordés : «N'avons Nous pas ouvert ton cœur?» (Sourate al-Charh, 94:1). Cette ouverture du cœur symbolise une élévation spirituelle, une préparation divine pour la mission prophétique.

Ensuite, Dieu poursuit en disant : «Ne t'avons Nous pas débarrassé de ton fardeau qui pesait sur ton dos?» (Sourate al-Charh, 94:2-3). Ce fardeau, lourd et pesant, représente les difficultés et les responsabilités immenses que le Prophète devait porter. Par cette libération, Dieu allège le poids de ces épreuves, permettant au Prophète de poursuivre sa mission avec une force renouvelée.

Dieu continue avec une promesse d'exaltation : «N'avons-Nous pas exalté ta renommée?» (Sourate al-Charh, 94:4). La renommée du Prophète, en effet, s'est étendue bien au-delà des frontières de la péninsule arabique, marquant l'histoire de l'humanité de manière indélébile.

Les versets suivants apportent un message d'espoir : «Le bonheur est proche du malheur. Oui, le bonheur est proche du malheur.» (Sourate al-Charh, 94:5-6). Ces paroles rappellent que les épreuves et les souffrances précèdent souvent des périodes de bonheur et de succès, incitant à la patience et à la persévérance.

Enfin, dans le verset 7, un commandement divin est donné : «Lorsque tu es libéré de tes occupations, lève-toi pour prier.» (Sourate al-Charh, 94:7). Cette injonction à la prière, acte de dévotion et de connexion avec le divin, est suivie par l'invitation à «recherche ton Seigneur avec ferveur» (Sourate al-Charh, 94:8), soulignant l'importance de la quête spirituelle continue.

Dans ce contexte, le verset 7 revêt une signification particulière. Il est interprété comme un commandement divin pour le Prophète de désigner son successeur. Ce passage, bien que subtil, porte en lui une directive essentielle pour la continuité de la communauté musulmane, assurant que le message prophétique soit préservé et transmis aux générations futures.

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219. Dans sa traduction d' "Al-Koran", Sale

Dans sa traduction de l' "Al-Koran", Sale accompagne les versets 5 à 10 de la Sourate al-Dahr (également connue sous le nom de Sourate Al-Insân) d'un commentaire explicatif. Voici la traduction de ces versets par Sale :

Verset 5 : «Mais les justes boiront à une coupe (de vin), mélangé avec (de l'eau de) Kawthar».

Verset 6 : «Une fontaine à laquelle boiront les serviteurs de Dieu...».

Verset 7 : «Ils tiennent leur promesse, et redoutent un Jour dont le mal sera répandu très loin.».

Verset 8 : «Ils nourrissent le pauvre, l'orphelin et le captif pour l'amour de Dieu, (en disant) :».

Verset 9 : «Nous vous nourrissons pour plaire à Dieu seul : nous n'attendons de vous ni récompense ni gratitude».

Verset 10 : «Oui, nous redoutons, de la part de notre Seigneur, un jour menaçant (et) calamiteux».

La note de Sale, inspirée des écrits d'al-Baydhâwi, éclaire les versets 7 à 10 par une anecdote touchante. Il est relaté qu'al-Hassan et al-Hussayn, les petits-fils bien-aimés du Prophète Mohammad, tombèrent tous deux malades. Le Prophète, accompagné d'autres visiteurs, se rendit à leur chevet. Ces visiteurs suggérèrent à 'Alî, leur père, de faire un vœu à Dieu pour la guérison de ses fils. En réponse à cette suggestion, 'Alî, sa femme Fâtimah, et leur servante Fidhdhah, firent le vœu de jeûner pendant trois jours si les enfants recouvraient la santé. Par la grâce divine, les deux garçons guérirent.

Avec une dévotion exemplaire, ils entreprirent de tenir leur promesse. Cependant, le premier jour, dépourvus de provisions, ils furent contraints d'emprunter trois mesures d'orge à Siméon, un Juif de Khaybar. Ce jour-là, Fâtimah broya une mesure d'orge et prépara cinq gâteaux pour le repas. Alors qu'ils s'apprêtaient à rompre leur jeûne au coucher du soleil, un pauvre se présenta à leur porte. Sans hésitation, ils lui donnèrent leur pain et passèrent la nuit à jeûner, se contentant d'eau.

Le lendemain, Fâtimah prépara une deuxième mesure d'orge. Mais cette fois, un orphelin sollicita leur aide alimentaire. Fidèles à leur générosité, ils lui offrirent leur repas et passèrent une seconde nuit sans manger. Le troisième jour, leur repas fut donné à un captif affamé. C'est à ce moment que Jibrâ'îl, l'Ange Gabriel, révéla au Prophète la sourate susmentionnée, informant Mohammad que Dieu félicitait sa famille pour leurs vertus exemplaires.

En ce qui concerne la promesse divine mentionnée dans le verset 6, il est fait allusion à un récit captivant où 'Alî découvrit miraculeusement une fontaine pour approvisionner en eau ses armées dans le désert aride de la Mésopotamie. Ce récit est détaillé dans le second volume.

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220. Un noble exemple de la générosité

Dans les annales de l'histoire islamique, nombreux sont les récits qui illustrent la noblesse de caractère et la générosité des descendants du Prophète. Parmi ces histoires, celle d'al-Hassan, fils de 'Alî, résonne particulièrement par sa profondeur et sa beauté spirituelle. Ce récit, parmi des milliers d'autres, témoigne de son ardeur à satisfaire Dieu en incarnant toutes les vertus évoquées dans Ses commandements.

Un jour, alors qu'al-Hassan s'apprêtait à prendre son repas, un serviteur, dans un moment d'inattention, fit tomber un plat bouillant sur lui. Redoutant la colère de son maître, le serviteur se précipita à genoux devant al-Hassan, cherchant à apaiser sa potentielle fureur. Dans un élan de sagesse et de foi, il commença à réciter : "Le Paradis est pour ceux qui refrènent leur colère". Al-Hassan, en homme de vertu, répondit avec calme et bienveillance : "Je ne suis pas en colère".

Encouragé par cette réponse apaisante, le serviteur continua : "Et pour ceux qui pardonnent aux gens". Sans hésitation, al-Hassan lui accorda son pardon : "Je te pardonne", dit-il. Cependant, le serviteur, animé par le désir de compléter les versets coraniques, ajouta : "Car Dieu aime les bienfaisants". Touché par cette invocation, al-Hassan alla au-delà du pardon. Il déclara alors : "Puisque c'est ainsi, je t'affranchis et je te donne quatre cents pièces d'argent".

Ce geste magnanime d'al-Hassan était inspiré par les versets 133-134 de la Sourate Âle 'Imrân : «Hâtez-vous vers le pardon de votre Seigneur et vers un Jardin large comme les cieux et la terre, préparé pour ceux qui craignent Dieu; pour ceux qui font l'aumône, dans l'aisance ou dans la gêne; pour ceux qui maîtrisent leur colère; pour ceux qui pardonnent aux hommes - Dieu aime ceux qui font le bien» (Sourate Âle 'Imrân, 3:133-134). À travers cet acte de générosité, al-Hassan démontra non seulement sa maîtrise de soi et sa clémence, mais aussi son engagement profond envers les enseignements divins.

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Je vous laisse deux grands Préceptes dont chacun dépasse l'autre en grandeur: le Livre de Dieu et ma Famille. Ils ne se sépareront pas jusqu'à ce qu'ils me rencontrent au Paradis

  1. Dans l'histoire de l'Islam, une phrase prononcée par 'Omar a suscité de nombreuses réflexions et débats parmi les Musulmans. Cette phrase est perçue par une grande partie de la communauté comme un geste qui s'écarte de l'orthodoxie établie par le Prophète Muhammad. En effet, le Prophète avait clairement ordonné à tous les croyants de suivre deux piliers fondamentaux : le Coran et sa Famille. Il avait déclaré avec une autorité indiscutable : « Je vous laisse deux grands Préceptes dont chacun dépasse l'autre en grandeur: le Livre de Dieu et ma Famille. Ils ne se sépareront pas jusqu'à ce qu'ils me rencontrent au Paradis ».

Ces paroles résonnent profondément dans le cœur des fidèles, soulignant l'importance inébranlable de ces deux guides spirituels. Le Coran, parole divine et source de toute sagesse, et la Famille du Prophète, dépositaire de sa tradition et de son savoir, sont indissociables dans leur mission de guider l'humanité. Le Prophète a ainsi établi un lien éternel entre ces deux entités, promettant qu'elles ne se sépareront jamais jusqu'à ce qu'elles le rejoignent au Paradis. Cette déclaration, empreinte de solennité, continue de marquer les esprits et de nourrir la foi de ceux qui cherchent à suivre le chemin tracé par le Prophète.

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230. Il est dit que ce verset fut descendu à

L'histoire raconte qu'un jour, une dispute éclata entre Abû Bakr et 'Omar. La querelle portait sur la nomination du gouverneur d'une ville, une question d'une importance capitale qui nécessitait une décision sage et réfléchie. Cependant, la tension monta rapidement entre les deux compagnons du Prophète, et leurs voix s'élevèrent de manière si véhémente et si bruyante que l'on crut bon d'intervenir pour éviter que de telles indécences ne se reproduisent à l'avenir. Ce tumulte se produisit en présence du Prophète lui-même, et il devint évident qu'une directive divine était nécessaire pour préserver le respect et la dignité dans de telles situations.

C'est ainsi que ce verset fut révélé, comme un rappel solennel de l'importance du respect et de la retenue, même dans les moments de désaccord. Le Prophète, conscient de la gravité de la situation, rappela l'avertissement contenu dans ce Commandement, soulignant combien il était crucial de maintenir la décence et la courtoisie, surtout lorsqu'on se trouvait en sa présence. Cela servit de leçon non seulement pour Abû Bakr et 'Omar, mais pour tous ceux qui seraient amenés à débattre de questions importantes à l'avenir.