Vie du Prophète Mohammad ﷺ
Troubles dans le Camp de l'Ennemi
Dans le camp des Quraych et de leurs alliés, l'atmosphère était lourde de désespoir et de confusion. La perte de leur commandant le plus vaillant, 'Amr Ibn 'Abd Wud, avait laissé une empreinte indélébile sur le moral des troupes. Après deux tentatives vigoureuses mais infructueuses, l'idée même d'une nouvelle attaque générale semblait désormais hors de portée. La discorde s'insinuait insidieusement parmi eux, exacerbant les tensions déjà palpables.
Les bédouins, qui constituaient une partie essentielle de leurs forces, se trouvaient dans une situation critique. Le fourrage pour leurs chevaux et chameaux se faisait rare, et chaque jour voyait le nombre de ces bêtes diminuer de manière alarmante. Les provisions, quant à elles, s'amenuisaient dangereusement, ajoutant à la détresse générale. Mais c'était surtout le mauvais temps qui les accablait de manière insupportable.
Chaque nuit apportait son lot de froid glacial et de tempêtes dévastatrices. Un orage de vent et de pluie soulevait le sable, qui venait frapper leurs visages avec violence. Les tentes étaient renversées, les feux éteints, et les ustensiles projetés dans tous les sens. Les chevaux, effrayés, prenaient la fuite. Dans leur désarroi, ils en vinrent à attribuer ces événements à la magie noire et à la sorcellerie de Mohammad, persuadés qu'il s'apprêtait à fondre sur eux avec toute sa puissance. La terreur s'empara d'eux, les rendant encore plus vulnérables.
Pendant ce temps, le Prophète, dans un acte de foi inébranlable, se consacrait à des prières ferventes durant les trois derniers jours. Il implorait l'aide du Tout-Puissant Allâh avec des mots empreints de dévotion : «Ô Seigneur! Révélateur du Livre Sacré, Toi Qui es prompt dans Tes comptes: Déroute l'armée des confédérés! Mets-les en déroute, et fais-les trembler, Ô Seigneur!».
La quatrième nuit, après avoir achevé ses prières, le Prophète se tourna vers Abû Bakr et lui demanda s'il accepterait de se rendre dans le camp ennemi pour observer leurs mouvements. Abû Bakr, dans un élan de modestie, répondit : «Je demande pardon à Allâh et à Son Prophète». Le Prophète, déterminé à trouver un volontaire, promit alors le Paradis à celui qui oserait prendre ce risque. Il se tourna ensuite vers 'Omar, qui s'excusa de la même manière.
Enfin, le Prophète s'adressa à Huthayfah, qui accepta immédiatement. Profitant de l'obscurité de la nuit, Huthayfah se glissa dans le camp ennemi. Il fut témoin des ravages causés par la tempête et observa Abû Sufiyân, plongé dans une humeur des plus sombres. De retour à son camp, Huthayfah rapporta en détail au Prophète tout ce qu'il avait vu et entendu chez l'ennemi.
Le Prophète, soulagé et reconnaissant, sentit que son appel à Allâh avait trouvé une réponse. « Ô vous qui croyez! Souvenez-vous des bienfaits d'Allâh envers vous: lorsque les armées marchèrent contre vous, Nous avons envoyé contre elles un ouragan et des armées invisibles. Allâh voit parfaitement ce que vous faites ». (Sourate al-Ahzâb, 33:9).
