Vie du Prophète Mohammad ﷺ
Le Mi'râj
C'était une nuit paisible du 27 Rajab, durant la douzième année de sa Mission. Mohammad, le Prophète, venait d'achever ses prières nocturnes dans la demeure de sa cousine, Om Hânî, fille d'Abû Tâlib. Les habitants de la Mecque s'étaient déjà plongés dans le sommeil, enveloppés par la quiétude de la nuit. C'est alors que l'Ange Gabriel, messager céleste, apparut devant lui. Dans un éclat de lumière divine, Gabriel le conduisit vers la Ka'bah, ce lieu sacré au cœur de la ville.
Là, un événement extraordinaire se déroula. Mohammad fut invité à monter sur le dos d'un cheval céleste, nommé Borâq. Ce noble destrier le transporta jusqu'à Jérusalem, où ils descendirent dans le temple. Dans ce lieu empreint de spiritualité, Mohammad dirigea la prière, entouré d'un groupe de prophètes qui avaient été envoyés avant lui. C'était un moment de communion et de reconnaissance entre les messagers divins.
Après avoir accompli cette prière en assemblée, Mohammad enfourcha de nouveau Borâq. Cette fois, il fut transporté vers les cieux, où un spectacle d'une beauté indescriptible l'attendait. Les merveilles du Paradis se dévoilèrent à ses yeux, contrastant avec les visions terrifiantes de l'Enfer. Parmi les lumières célestes, il reçut de Dieu de nouveaux préceptes et commandements, ainsi que l'ordre pour sa communauté, la Ummah, d'accomplir cinq prières quotidiennes obligatoires. Dans cet univers divin, il découvrit également son propre nom inscrit aux côtés de celui de 'Alî dans la Profession de Foi musulmane : « Il n'y a de dieu que Dieu l'Unique, Mohammad est Son prophète avec 'Alî comme sa Main Droite ».
« Gloire à Celui qui a fait voyager de nuit Son serviteur de la Mosquée sacrée à la Mosquée très éloignée (de Jérusalem) dont Nous avons béni l'enceinte, et ceci pour lui montrer certains de Nos Signes. Dieu est vraiment Celui qui entend et qui voit parfaitement ». (Sourate Banî Isrâ'îl, 17:1)
Aucun Musulman ne doit nourrir le moindre doute quant à la réalité de ce voyage nocturne. En témoignage de cet événement miraculeux, l'empreinte du pied du Prophète est encore visible sur une pierre à Jérusalem. C'est sur cette roche qu'il monta pour enfourcher Borâq et s'élever vers les cieux. La mosquée érigée par le calife 'Omar, pour préserver la mémoire de cette empreinte, se dresse toujours à cet endroit.
Cependant, il existe des personnes notables qui n'ont pas cru à l'ascension corporelle du Prophète vers les cieux. Elles soutiennent plutôt l'idée d'un voyage spirituel, où l'esprit du Prophète aurait contemplé les merveilles décrites. Parmi ces sceptiques, on compte 'Âyechah, la fille d'Abû Bakr al-Çiddîq et l'une des épouses du Prophète, ainsi que Mu'âwiyeh, le célèbre fils d'Abû Sufiyân. Il est intéressant de noter qu'à l'époque de l'ascension, 'Âyechah n'était qu'une enfant d'environ sept ans, vivant encore avec ses parents. Elle ne rejoignit le Prophète en tant qu'épouse que deux ans plus tard, à Médine.
Quant à Abû Bakr, le père de 'Âyechah, il croyait fermement à l'ascension corporelle du Prophète. Certains disent même que le titre d'al-Çiddîq, signifiant "le véridique", lui fut attribué en reconnaissance de son soutien à cette histoire. « Moç'ab Ibn Zobayr et d'autres dirent que les gens s'accordèrent à l'appeler al-Çiddîq (témoin de la vérité) parce qu'il avait vite témoigné que Mohammad était le Prophète de Dieu ». ("History of Califat", p. 25, traduction anglaise par Major Jarret de "Târîkh al-Kholafâ'" d'al-Suyûtî).
Quant à Mu'âwiyeh, il n'était pas encore né lors de l'ascension. Il vint au monde un an plus tard, l'année où le Prophète trouva refuge dans une grotte, protégé par des parents païens, ennemis mortels à l'époque. Mu'âwiyeh se convertit à l'Islam dix ans après ces événements, marquant ainsi un tournant dans son existence.
