Vie du Prophète Mohammad ﷺ
La Campagne de Mo'tah
Après son retour du pèlerinage connu sous le nom de 'Omrat al-Qadhâ', le Prophète de l'Islam avait passé environ six mois à Médine. C'est alors qu'il reçut une nouvelle tragique : l'assassinat de son messager, Hârith Ibn 'Omayr. Ce dernier avait été envoyé avec une missive destinée au gouverneur de Basrah, l'invitant à embrasser l'Islam. Malheureusement, lors de son passage à Mo'tah, il avait été tué par Charahbil, le chef de Ma'ab ou Mo'tah. Cette nouvelle plongea le Prophète dans une profonde tristesse, mais elle éveilla aussi en lui la détermination de punir le chef responsable de cet acte, afin de garantir que ses ambassadeurs soient respectés à l'avenir.
Pour mener à bien cette résolution, le Prophète rassembla une armée de trois mille hommes au mois de Jumâdî-I de l'an 8 de l'Hégire, correspondant à septembre 629 après J.-C. Il confia à son ancien serviteur affranchi une bannière blanche, symbole du commandement de l'expédition, et lui donna l'ordre de marcher rapidement pour surprendre le peuple de Mo'tah. Leur mission était claire : appeler les habitants à l'Islam, et s'ils refusaient, les combattre au nom du Seigneur. Le Prophète, prévoyant les dangers de la mission, donna des instructions précises concernant la succession du commandement. Si Zayd venait à être tué dans la bataille, Ja'far, le frère de 'Alî, devait prendre le relais. Si Ja'far tombait à son tour, 'Abdullâh Ibn Rawaha devait le remplacer. Et si ce dernier venait également à périr, l'armée devait choisir un nouveau chef parmi ses rangs. Cette précaution s'avéra prophétique.
En effet, lorsque l'armée atteignit Ma'an, Zayd fut informé que l'empereur romain Héraclius campait à Ma'ab, sur le territoire de Belqa, avec une armée impressionnante de cent mille combattants. En réalité, c'était Théodorus, le frère de Héraclius, qui commandait cette force redoutable, renforcée par les hommes que Charahbil avait recrutés parmi les tribus voisines pour le soutenir, après avoir appris l'arrivée de l'expédition musulmane.
Face à cette situation, Zayd fit halte à Ma'an, où les chefs de l'armée musulmane passèrent deux jours entiers à discuter des difficultés qu'ils rencontraient. Beaucoup suggérèrent de contacter le Prophète pour l'informer de la situation et attendre ses instructions. Cependant, 'Abdullâh Ibn Rawaha s'opposa fermement à cette idée et recommanda une avance immédiate. Il déclara avec passion : « Est-ce que nous devons compter sur notre nombre ou sur l'aide du Seigneur, le Tout-Puissant ? Nous combattons pour le Seigneur et, dès lors, nous ne pourrons jamais être des perdants. Victoire ou martyre ! Nous devrons avoir l'un ou l'autre. Aussi, il n'y a pas à hésiter, il faut foncer. »
Enflammés par ce discours plein d'ardeur, les soldats s'écrièrent d'une seule voix : « Par Dieu ! Le fils de Rawaha a dit la vérité. Avançons ! » Ainsi, l'armée reprit sa marche, résolue à affronter l'ennemi malgré les difficultés qui se dressaient devant elle.
