al-imane

Vie du Prophète Mohammad ﷺ

Fraternité entre les Muhâjirîn et les Ançâr

Le Prophète de l'Islam, dans sa sagesse et sa vision, enseigna aux musulmans une vérité fondamentale : la véritable fraternité ne résidait pas dans les liens du sang, mais dans la foi partagée. Ainsi, les relations entre musulmans et non-musulmans furent clairement redéfinies, mettant en exergue l'importance de la communauté de croyance. Les droits liés à l'héritage familial, sacrés en Islam, furent également soulignés, ce qui permit à la communauté musulmane de s'étendre considérablement.

Dans ce contexte, le Prophète établit une fraternité individuelle entre les Muhâjirîn, les émigrés de la Mecque, et les Ançâr, les habitants de Médine. Ce lien de fraternité fut illustré par des exemples concrets : Abû Bakr, un Muhâjir, fut ainsi lié à Kharjah Ibn Zayd, un Ançârî. De même, 'Omar Ibn al-Khattâb fut associé à 'Othbân Ibn Mâlik, tandis qu'Othmân Ibn 'Affân trouva son frère en Aws Ibn Thâbit. En ce qui concerne sa propre fraternité, le Prophète choisit 'Alî, son cousin, comme frère, réaffirmant ainsi un lien déjà établi à la Mecque. Selon al-Suyûtî, le Prophète déclara à 'Alî : « Tu es mon frère dans ce monde et dans l'autre monde ».

Cette fraternité nouvellement instaurée transforma les musulmans, les rendant compatissants et bienveillants les uns envers les autres. Leur foi était si ardente qu'ils devinrent indifférents à tout ce qui avait été considéré comme sacré avant l'Islam ou en dehors de celui-ci. Un esprit de solidarité et de cohésion émergea, les unissant dans leur adhésion au Prophète et dans leur détermination à rester ensemble. L'historien Gibbon décrit cet état de choses en ces termes : « Pour détruire les germes de la jalousie, Mohammad coupla judicieusement ses principaux adeptes par les droits et les obligations de la fraternité; et alors que 'Alî se trouvait sans pair, le Prophète déclara qu'il serait le compagnon et le frère du jeune noble. L'expédient fut couronné de succès, la fraternité sacrée était respectée en temps de guerre comme en temps de paix, et les deux parties rivalisaient l'une avec l'autre dans une émulation généreuse de courage et de fidélité ». (W. Smith, p. 460)

Ce principe de fraternité est magnifiquement exprimé dans le Coran : « Ceux qui ont cru, ceux qui ont émigré et ceux qui ont combattu - avec leurs biens et leur vie - dans le chemin de Dieu, et ceux qui ont offert l'hospitalité aux croyants et qui les ont secourus, seront proches parents les uns des autres ». (Sourate al-Anfâl, 8:72)

Conformément à ce décret divin, chaque paire de frères ainsi formée bénéficiait du droit d'hériter l'un de l'autre, jusqu'à ce qu'un nouveau verset soit révélé après la bataille de Badr, modifiant ces droits d'héritage. Ce verset stipulait : « Le Prophète est plus proche parent des croyants qu'ils ne le sont d'eux-mêmes; et ses épouses sont leurs mères; mais selon le Livre de Dieu, ceux qui sont liés par un lien de sang sont plus proches (parents) les uns des autres que des autres croyants et émigrés ». (Sourate al-Ahzâb, 33:6)

Ainsi, la fraternité établie par le Prophète ne fut pas seulement un acte de solidarité humaine, mais un fondement spirituel et social qui transforma profondément la communauté musulmane.

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