Vie du Prophète Mohammad ﷺ
'Omar Joue une Scène Bizarre
Dans le calme apparent du Masjid, une scène étrange se déroulait, empreinte d'une intensité émotionnelle palpable. À peine le Prophète avait-il quitté ce monde que 'Omar, l'un de ses compagnons les plus proches, pénétra dans l'appartement où reposait le corps du Prophète. D'un geste empreint de respect et de douleur, il souleva le drap qui recouvrait le corps inanimé. Les traits du Prophète, sereins et paisibles, semblaient plongés dans un sommeil profond. Après un moment de contemplation silencieuse, 'Omar remit délicatement la couverture en place et s'exclama avec une conviction farouche : « Le Prophète n'est pas mort, il est simplement parti rejoindre Son Seigneur, tout comme Mûsâ l'avait fait avant lui, pour une absence de quarante jours. Il reviendra parmi nous. »
Soudain, brandissant son épée avec détermination, 'Omar lança un avertissement retentissant : « Je couperai la tête de quiconque oserait dire que le Prophète est mort. » Ses paroles résonnaient avec une force qui trahissait son refus d'accepter la réalité. Alors qu'il haranguait ainsi la foule, Abû Bakr fit son apparition. Après avoir écouté 'Omar pendant un moment, il se dirigea vers l'appartement de 'Âyechah. Là, il souleva à son tour le drap qui recouvrait le corps du Prophète, se pencha pour l'embrasser tendrement sur le front. Avec une infinie douceur, il posa la tête du Prophète sur ses mains, l'observant attentivement, comme pour graver une dernière fois ses traits dans sa mémoire. Puis, reposant la tête sur l'oreiller, il murmura avec une tristesse empreinte de tendresse : « Oui, doux tu étais dans la vie et doux tu es dans la mort. Hélas, mon maître ! Tu es effectivement mort. »
Après avoir recouvert le corps avec soin, Abû Bakr se dirigea vers l'endroit où 'Omar continuait de brandir son épée et d'exhorter les gens. Avec une voix ferme mais empreinte de compassion, il s'écria : « Calme-toi 'Omar ! Assieds-toi ! » Mais 'Omar, emporté par ses émotions, ne prêta pas attention à cet appel. Abû Bakr se tourna alors vers l'assemblée et leur rappela avec solennité : « Avez-vous déjà oublié le verset coranique révélé au Prophète après la bataille d'Ohod : « Mohammad n'est qu'un Prophète; des prophètes sont morts avant lui. Retourneriez-vous sur vos pas, s'il mourait ou s'il était tué? » (Sourate Âle 'Imrân, 3:144). Et ignorez-vous l'autre verset coranique révélé au Prophète : « Tu vas sûrement mourir, (Ô Mohammad) et eux aussi vont mourir. » (Sourate al-Zomar, 39:30) »
Poursuivant son discours, Abû Bakr déclara avec une sagesse empreinte de vérité : « Que celui qui adore Mohammad sache que Mohammad est vraiment mort, mais que celui qui adore Dieu sache que Dieu est immortel : IL est vivant et ne meurt pas. » Ces paroles, résonnant comme un écho de vérité incontestable, firent éclater en sanglots l'assistance, qui se mit à pleurer à chaudes larmes. Il semblait que ces versets coraniques, bien qu'entendus auparavant, prenaient soudain un sens nouveau et poignant. 'Omar lui-même, en entendant ces mots, fut saisi d'une horreur soudaine. Plus tard, il confiera que, en entendant Abû Bakr réciter ces versets, il fut pris de tremblements et s'écroula, réalisant alors avec certitude que le Prophète était vraiment mort.
Pendant ce temps, Om Aymân avait envoyé un messager à son fils Osâmah, qui se trouvait à Jorf, pour l'informer de la condition critique du Prophète. Osâmah, qui avait déjà donné l'ordre à l'armée de se mettre en marche, était sur le point de partir lorsque le messager de sa mère arriva. Abasourdi par la nouvelle, Osâmah dispersa immédiatement l'armée et retourna à Médine, précédé par Boraydah B. al-Haçib, son porte-drapeau. Ce dernier se dirigea directement vers le Masjid, où il planta l'étendard à la porte de la maison où le Prophète reposait.
Peu après ces événements, dans l'après-midi, un ami accourut vers Abû Bakr et 'Omar au Masjid pour les informer d'une réunion cruciale. Plusieurs notables de Médine s'étaient rassemblés dans Saqîfah Banî Sâ'idah, où ils étaient en train d'élire Sa'd B. 'Obâdah comme dirigeant. « Si vous souhaitez détenir l'Autorité Suprême, vous n'avez pas un moment à perdre, et vous devez arriver là-bas avant que l'affaire ne soit réglée et que l'opposition ne devienne dangereuse », leur dit-il avec urgence. Entendant cette nouvelle, Abû Bakr et 'Omar se précipitèrent vers Saqîfah, accompagnés d'Abû 'Obaydah et de plusieurs autres personnes, déterminés à participer à cette décision cruciale pour la communauté.
